Biographie

Père, entrepreneur.
Son épouse, d’origine russe lui donne deux enfants, un garçon, Marc et une fille, Véronique.

Jacques Moeschal, dès l’âge de 10 ans, fabrique un « Carrousel pour grandes personnes »

Il est probablement le sculpteur « monumentaliste » belge le plus connu internationalement.
* L’intégration de sculptures monumentales dans les sites urbains ou autres lieux majeurs dans la vie de l’homme représentera toujours une préoccupation essentielle dans la création de Jacques Moeschal : prendre la route, jalonner les étapes par des signes qui guident, qui rassurent, qui témoignent du progrès et du génie de son temps…
Même si tout le monde ne connaît pas le nom de leur créateur, les œuvres de Jacques Moeschal sont connues, principalement de ceux qui sillonnent les autoroutes et sont attirés par ses signes devenus familiers.

Ses sculptures peuvent être qualifiées de créations d'ingénieur - architecte‑artiste l'accent étant mis sur la partie technico‑scientifique. Pour lui l'architecture et la sculpture sont régies par les mêmes lois. Captivé par les possibilités techniques de son temps, Moeschal a été le premier dans notre pays à utiliser le béton pour construire des sculptures de grandes dimensions.

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Formation :
‑ Académie de Bruxelles. Architecture et sculpture.
* Architecte de formation, élève à l'Académie de Bruxelles (1929‑1941), où il deviendra professeur aux côtés d’un de ses maîtres, le professeur Henry Lacoste, il s’oriente rapidement vers la sculpture.

Comme architecte, réalise toutefois, dans l’immédiat après‑guerre et l’essentiel des années 50, divers projets d’habitations, comme par exemple, la maison du célèbre violoniste belge Arthur Grumiaux à Rhode‑Saint‑Genèse (1952), et agrémente de sculptures ou bas‑reliefs plusieurs réalisations de ses collègues et amis architectes, comme par exemple Robert Schuiten (notamment l’Église Saint‑Joseph à Wezembeek‑Oppem (1953).

1945 (ou 46)
Professeur de sculpture à l'Académie de Bruxelles. Poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1977.

1948
Bruxelles, Ceria. Sculpture en bronze.

1948-49 ( ?)
Passage devant le conseil académique (peut-être le seul de toute l’histoire de l’Académie) suite à un article du journal Le Peuple dénigrant l’atelier de sculpture abstraite (2 articles d’une page)

1950
Réalise une médaille à l'effigie du prince Baudouin.

1952
Sculpture à la bibliothèque de l’Université de Louvain.

Participe au concours international pour la réalisation d’un "Monument au prisonnier politique inconnu" oraganisé par l’institut d’Art Contemporain de Londres. 3500 maquettes présentées aux différents jurys nationaux, 200 sélectionnées pour Londres, 80 retenues, puis 12 en dernière phase, avant de sélectionner le vainqueur .
1er prix : Reg Butler (GB), quatre 2ème prix :  Naum Gabo (USA), Barbara Hepworth (GB), Luciano Minguzzi (IT), Antoine Pevsner (FR)
Mentions : Henri-Georges Adam (FR), Alexande Calder (USA), Marcel Hinder (Au), Mirko BasaldellaLynn Chadwick (GB), Richard Lippold, , Max Bill (S),
* Projet non réalisé. Modèle dans l’atelier de l’artiste.

1953
Projet pour le concours Sabena, « Equilibre dans l’espace (aluminium).
* Projet dans l’atelier de l’artiste.

1955
(25/05-15/09) Anvers, Middelheim. Biennale (03e)

1957
(25/05-15/09) Anvers, Middelheim. Biennale (04e)

1958
La flèche du génie civil, à l'expo de 1958.

(21/04-19/10) Bruxelles, Heysel ‑ Expo. internationale et universelle. Art belge contemporain (Palais VII)
 

1959
Participe à l'important symposium des Sculpteurs Européens à Santa Marghareten / AT

A partir de 1959, il s’intéresse à la sculpture monumentale et devient le défenseur le plus agissant de l’intégration au site ambiant.

1960
Rédaction du texte "Route des Hommes".

Art public.
Signal pour autoroute allemande (de forme proche du Signal de Zellik mais inversé).
* Modèle en bronze poli, atelier de l’artiste.
 

Co‑fondateur du groupe Art Construit.
(30/01-28/02) Bruxelles / Ixelles, Musée: Art Construit.
(04/05-19/05) Milano / IT, Galleria Bruno Danese. 7 Artisti del G 58.
(02/06-16/06) Liège, Foire internationale MMME. Art d’aujourd’hui.
(06/09-22/09) Bruxelles, Galerie de la Madeleine. Peintres et sculpteurs abstraits.
 

1961
Art public.
‑ Table de pierre pour l'institut national du logement à Mons (Parc au bois), Pierre de Soignies.

(15/07-15/10) Anvers. Middelheim. Biennale de sculpture (06e)
( / - / ) Paris / FR. Musée Rodin. [Sans titre]
(  /  -  /  ) Berlin / DE,                                  .                                   
(  /  -  /  )                 / AT,                                 .                                 

1962
Art public.
‑ « Capteur de lumière » érigé dans le désert du Néguev. Béton.

(juillet-septembre) Carrara / IT. Biennale Internazionale di Sculttura.
 

1963
Art public.
‑ « Signal de Grand‑Bigard » sur l’échangeur routier de l’E40 avec le ring de Bruxelles. Béton.
‑ Désigné comme lauréat (relief monumental) du mémorial à François Bovesse, à la Maison de la Culture de Namur. Inauguré en 1964.

(08/06-30/09) Anvers, Middelheim. Biennale de sculptures (07e).
(27/03-08/04) Bruxelles, Galerie de la Madeleine. Hommage à Jean Séaux, critique d'art, 1921-1962,
( / - / )          /NL
(  /06-  /08) Avionpuits. Centre artistique et culturel. Sculpture belge contemporaine.
(19/10-24/11) Stuttgart / DE. Würtembergischer Kunstverein. Belgische Kunstler von der Jahrhundertwende.

 

1964.
Prix aux Fêtes de Wallonie.

 (  /  -  /  ) Mons, Jardin du Waux-Hall. [Sans titre]
 

1965
(03/12-26/12) Œuvres d’art acquises par l’Etat en 1965.
 

1966
Art public.
Bruxelles, C.N.P.E. / Tour du Midi, Sculpture-fontaine, acier inoxydable.
- La Tour du Midi in La Maison. Bruxelles, janvier, 1969, n° 1, p. 43
- Modèle du Signal d’Hensies. Acier. Atelier de l’artiste.

(01/01-  /  ) Bruxelles, Galerie Montjoie. Hommage à Vantongerloo.
(04/06-17/07) Liège / Sart Tilman, Musée en plein air / Domaine Universitaire - Parc et château de Colonster. Sculpteurs belges et leurs dessins
(  /  -  /  ) Bachte-Maria-Leerne, Kasteel Ooidonk. Biennale (2e)
 

1967
Membre du comité technique de la "Voie des Arts" au Centre culturel de           Royaumont.
‑ Groupe de fontaines, acier inoxydable réalisée pour l'Etat belge à l'exposition internationale de Montréal.
Art public.
Bruxelles. Trois « Signaux du Parking des Deux Portes », acier corten.

(  /  -  /  ) Bruxelles, Centre belgo-luxembourgeois d'information sur l'acier. Sculptures d'acier.

1967-68
Art public.
Bruxelles, rue de l’Ecuyer. Entrée de parking, acier inoxydable.

 

1968
Aménagement du pavillon belge à l'exposition internationale de San Antonio (Texas)

Art public
‑ Le monumental « disque solaire » sur la Route de l’amitié des Jeux olympiques de Mexico (XIXe Olympiade). Béton.
- Oudenbourg, De Keignaert. Equilibre de trois volumes. Acier.
 

(  /  -03/02) Bruxelles, Galerie Veranneman. Moeschal et ses élèves.
 (11/07-08/09) Bruges, Stadshallen. Triennale d'art plastique (01e)
 

1969

Art public
Bruxelles, Dexia (ex-Crédit communal). Relief, acier inoxydable.

(  /  -25/  ) Hommage de "Hainaut Cinq à Pol Mara et à 15 sculpteurs.

(15/06-05/10) Biennale de sculpture (10e)
(23/08-26/10) Péruwelz, Centre Culturel / Parc Petit. Sculpture contemporaine
 

1970
Composition plastique dans le patio du Pavillon de l'exposition Universelle et Internationale d'Osaka. Cristal et plexiglas.
Projet d’aménagement de la Place de la Monnaie à Bruxelles. Partiellement exécuté dont deux fontaines.
Art public.
Projet de Signal pour le désert en Iran. Non réalisé.

(29/03-01/10) Annevoie, Jardins. Sculptures d’aujourd’hui
(19/09-18/10) Mons, Musée des B.A. Réouverture du Musée. Hommage à Fernand Léger - artistes belges d'aujourd'hui.
 

1971
‑ Aalbeke, le long de l’autoroute E17 Gand – Lille, Mémorial du Westvlaamse Sjouwer, béton, exécuté en 1973, inauguré en 1974.
- Anvers, Faculté de Médecine. Sculpture, acier corten en trois éléments peints en blanc.
- Projet de Signal pour échangeur d’autoroutes Nuremberg-Neumarkt. Béton. Non réalisé.
- Emblème de parking.

(06/02-28/02) Mons, Musée des Beaux-Arts. Œuvres d’art acquises par le ministère de la culture française en 1970.
(22/02-20/03) Bruxelles, Bibliothèque royale Albert Ie. La construction en Belgique 1945-70.
(19/06-31/08) Spa, Parc du Musée. Sculpture contemporaine.
(26/11-13/02/72) Acquisitions récentes du Musée d’Art moderne.
 

1971-72
(  /  -  /  ) Nürnberg. Symposium Urbanum.
 

1972
Art public.

‑ Le gigantesque « signal d’Hensies » le long de l’autoroute Bruxelles – Paris (1972) dont l’étreinte de mains stylisées reliant deux pylônes jumeaux symbolise l’amitié entre la France et la Belgique.
- Zwijnaarde. Projet de Signal pour échangeur des autoroutes E40-E17. Acier. Non réalisé
* Modèle dans l’atelier de l’artiste.

(  /  -  /  ) Bruxelles,                                . Sculptures en plein air.

1972-73. Exposition itinérante (Namur, Tournai, Ixelles, Wavre) : 112 sculptures de petit format
 

1973
Art public
- Bruxelles. Monument du Centre culturel d’Auderghem. Acier corten.
 

1973-74
Art public
‑ La maison « De Keignaert » près d’Ostende (Oudenburg)
 

1974
Art public
Bruxelles. Projet de Portique pour le rond-point Schuman. Non réalisé.
Libramont. Zoning industriel. Sculpture pour l’usine L’Oréal. Acier corten.

Ardennes, Collection privée. Sculpture sur la colline. Acier corten.

 

1975
Correspondant de l'Académie royale de Belgique.
 

(juillet) Saint-Hubert,                                     .Sculptures de petit format.
(14/11-06/12) Gand , CIC. Laenen Jean-Paul, Moeschal Jacques, Peire Luc, Temmerman V., Verstockt Mark.
 

1976
(  /  -  /  ) Kruishoutem, Fandation Veranneman. Sculpture rurale.
(13/05-13/06) Œuvres d’art acquises par l’Etat 1973-1974-1975 (Communauté française).
 

1977
(15/10-15/11) Site du Sart Tilman et Château de Colonster. Ouverture du Musée., Artistes d’aujourd’hui.
 

1979
Art public.
- Bruxelles, Woluwé-Saint-Pierre. Sculpture pour Les Venelles. Acier corten.

(11/05-17/06) Bruxelles, Palais des Beaux‑Arts. Œuvres d'art acquises par le Ministère de la Culture. (Communauté française), 1976/77/78.
(  /  -  /  ) Œuvres acquises en 1978. Secrétariat d’Etat aux Affaires communautaires françaises. 1979
(16/05-18/06) Paris / FR, Centre Georges Pompidou (Promrnoir de la mezzanine). Animation des autoroutes. Art et Archéologie. [Vérifier si Moeschal y était représenté]

 

1980
(26/09-04/01/81) Bruxelles, Musées royaux des 150 ans d'art belge dans les Beaux‑Arts de collections des M.R.B.A.de Belgique.
(18/10-  /  ) Courtrai, Hallen. Visie 80. Exposition de sculptures en plein air.
(28/11-18/01/81) Cent cinquante ans de vie artistique, documents et témoignages d’académiciens de la Classe des Beaux-Arts présentés à l’occasion du 150e anniversaire de l’Indépendance de la Belgique.
 

1983
Réalise le trophée «  Dunhill Distinction » offert à des restaurateurs (peinture, sculpture)
 

1984
Directeur de la Classe des Beaux‑Arts de l'Académie Royale de Belgique.
 

Art public
- Bruxelles. Projet de parking souterrain au Grand Sablon. Non réalisé.
 

1988
Art public
‑ La station de la Gare du Midi à Bruxelles. Peinture sur 7.000 m2.

 

1990
Collection privée. Sculpture de jardin. Acier corten.
 

(09/10-31/10) Woluwé-Saint-Lambert. Galerie de prêt d’œuvres d’art / GPOA – La Médiatine. Coups de cœur abstraits 1920 - 1950 – 1980 ou trois générations d'abstraction belge.
 

1991
Art public.
Bruxelles. Projet d’aménagement extérieur de la Tour des Finances. Non réalisé.
 

1992
Anobli par le Roi Baudouin en 1992 au titre de chevalier.
 

(27/11-31/12) Namur, Maison de la culture de la province de Namur (étage). Bijoux belges contemporains.
 

1993
(02/12/93-16/01/94)., 't Elzenveld, Anvers. Confrontations, 111 artistes contemporains belges et luxembourgeois.
 

1994-95.
Louvain-la-Neuve, UCL. « Main au diplôme ».
 

1995
Saint-Géry, Collection privée. Cinq sculptures. Acier corten.
 

1997
(27/11-13/12) Woluwé-Saint-Lambert. GPOA. Kaléidoscope 2.
 

1999
Art public
«Signe de lumière » de la Porte de Namur à Bruxelles. Acier inoxydable.

(07/10-28/11) Bruxelles, Galerie Amaryllis. 10 artistes du Métro. Le choix de Herman Liebaers.
 

2000
(16/09-13/10) Bruxelles, ULB‑Culture / Salle Allende. Moeschal Jacques.
(21/09-14/01/01) Bruxelles, Crédit communal / Passage 44. Art @ Belgium. 100 œuvres de la "Collection du Crédit communal".
 

2002
Art public
‑ Inauguration de « La Voie des airs » à l’aéroport de Bruxelles National.
 

Publication de Philippe Roberts-Jones ou la sculpture architectonique. Bruxelles, CFC-Editions.
 

2004.
(24/12). Décès de l’artiste.

 

 

POST MORTEM

205
(24/05-24/06) Bruxelles, Parlement de la Communauté française (Hôtel de Ligne, 72 rue Royale, 1000 Bruxelles).
 

2007
Publication de Marc Crunelle et Pierre Loze L'atelier de Moeschal. Lanrodec / FR, éd. Scripta.
 

(11/05-20/05) Auderghem, Centre culturel. Moeschal Jacques. Hommage à …
 

2009
(23/09-14/12) Bruxelles, Fondation Européenne pour la sculpture – Parc Tournay-Solvay. Moeschal Jacques. Hommage à Jacques Moeschal.
 

2012
(11/10-20/01/13) Art belge. Un siècle moderne. Collection Caroline & Maurice Verbaet.
 

2014
Publication de Richard Flament et Véronique Moeschal. Jacques Moeschal, sculpteur-architecte. Bruxelles, 180° éditions.
 

(22/03-13/07) Mons, Musée des Beaux‑Arts. Abstractions géométriques belges de 1945 à nos jours.
(18/11) Bruxelles, Salle de vente Cornette Saint Cyr (chaussée de Charleroi). Moeschal Jacques.
* Vente de maquettes, plans, photos d’archives et sculptures (dont certaines monumentales !)
 

2015
(19/09-20/12) Anvers, Maurice Verbaet Art Center Belgische Kunst / Art Belge / Belgian Art, 1945-1975.


2016
(18/09-15/01/17) Pontoise / FR, Musée Tavet-Delacour. Abstractions. Arts non figuratifs belges après 1954.

 

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de l'artiste, Interviews

    • - Jacques Moeschal cité par Pierre-Louis Flouquet. Jacques Moeschal, sculpteurs d’espace in La Maison n° 4, avril 1958.

       « Le principe de la sculpture se trouve au cœur même de l’architecture. Ses lois leur sont communes, qu'il s’agisse de statique ou d’optique de matière ou d’harmonie. Que la sculpture soit mobile comme ln sculpture hindoue, immobile comme l’Egyptienne, qu’elle soit intellectuelle comme la sculpture byzantine, mystique comme le roman, sensuelle comme l’art nègre, elle gravite toujours autour de ce principe central. Parce que l’architecture d’aujourd`hui apporte à la sculpture ses volumes simples, ses matériaux, ses structures hardies, ses préoccupations humaines, elle ne peut l’ignorer et doit trouver en elle sa véritable source d'énergie ».

      - idem.

      Toute sculpture est destinée à s’intégrer dans l’espace architecturale.

      - idem.

      La sculpture se juge par elle-même et non par comparaison.

      1960 (mai). Rédaction du texte "Route des Hommes".
      Texte dactylographié, archives de l’artiste, repris par divers auteurs sous formes d’extraits : E. Cramer, M. Joray, J. Pyl (Jacques Moeschal – La route des hommes, mémoire, Université de Gand, 1999-2000). Ce texte sera paraphrasé par L.- H. Franckart sous le titre « Ce rébus géométrique » in La Dernière Heure, 14/05/1964)

      Bref extrait : De tout temps, prendre la route fut pour l’homme un besoin, un plaisir et un risque, et c’est pourquoi il a toujours cherché a jalonner ses étapes par des signes qui l’aidaient, le guidaient et le rassuraient : les grandes bornes de pierre, les tombeaux, les calvaires, les croix, les bornes kilométriques et les poteaux indicateurs. Mais, si ces signes sont des points de repères, ils se veulent aussi symboles et témoignages : l’homme est passé par là et y a laissé sa marque. Pourquoi ne pas faire en sorte que ces marques portent en elles le génie de notre race et de notre temps. (…)

      - in catalogue de l’exposition « Sculpteurs belges et leurs dessins » au Château de Colonster en 1966.

      Les lois fondamentales de la sculpture restent immuables, elles sont rapport d’ombres et lumières : exploitation de la matière à sa juste valeur ; équilibre en accord avec le cadre et la civilisation qu’elle doit exprimer, car elle doit être une vision du monde contemporain et non une accumulation des folklores, c’est-à-dire qu’elle est l’image de l’évolution scientifique et de la volonté de participation collective comme le monde devrait le concevoir. En fait, la sculpture doit tenir aujourd’hui la place qu’elle a toujours occupée dans les grandes civilisations depuis des millénaires.

      Gesprek met Ludo Bekkers in Streven. Leuven, février 1969.

      - Jacques Moeschal in Catalogue ??????

      Mon opinion est que le XX° est conduit par deux paramètres : la science et l’art d’une part et le mercantilisme de l'autre. La science, et son` corollaire la technologie, sont facteurs de progrès. Elle permettent à l'homme un développement continuel qui le transcende et toutes proportions gardées, exercent le rôle de la religion dans les civilisations anciennes.
      Elles permettent à l'homme de se dépasser. En contrepartie, le mercantilisme ravale l'homme aux rapports matériellement intéressés de la société de consommation. L'art d'aujourd’hui se trouve confronté à ces deux pôles. Et il ne peut être universel et éternel que s'il participe au monde désintéressé de la science. Il doit donc s'adresser à toute une société dont il exprime l'élan spirituel, vital, le sens de l'au-delà et non se rabaisser à être un produit marchand, une simple valeur financière fluctuante soumise aux aléas du marché. Cet art universel a toujours été en association avec la science et la technique de son temps, il a toujours contenu la synthèse de la connaissance de la préhistoire à nos jours, il a toujours résulté de la conjonction de l’esprit créateur et de la matière maîtrisée. Sinon il n’est pas un art mais un simple produit artisanal ou manufacture.

      Jacques Moeschal, Le Bauhaus in Bulletin de la Classe des Beaux-Arts, Académie Royale de Belgique, 1984, p. 223.

      - CORPS à CŒUR : Jacques Moeschal. Interview réalisée par Françoise Mortier dans le sfumato ensoleillé d'une Belga rouge sans filtre, ce 2 octobre 1995 in Artransit, périodique trimestriel de la Galerie de prêt d’œuvres d’art de Woluwé-Saint-Lambert, décembre 1995.

      - Françoise Mortier: Ne' en 1913 à Uccle, vous ouvrez à Auderghem dans un véritable paradis terrestre. Quels ont été les événements qui ont engendré votre carrière ?
      - Jacques Moeschal : A cette époque, les peintres de chevalet venaient à Uccle, commune où les chemins étaient encore en terre et le fond des ruisseaux en sable blanc. On vivait sans eau courante, ni gaz, ni électricité. Dès lors, j'ai pu profiter de cette époque où l’homme était encore fier de son travail. Je crois à l’hérédité et à l'héritage du passé, c'est primordial tout comme le respect des parents. On s’exprime tous d'une façon ou d'une autre.
      - F. M. : Aux Beaux-Arts, étiez-vous en classe de sculpture ?
      - J. M. : J’ai commencé par les cours d’architecture et pendant la guerre j'ai suivi les cours de sculpture. J’avais le respect de la compétence des professeurs. Ils connaissaient l’anatomie, la pratique de la pierre. Pour les notions élémentaires, ils étaient exemplaires mais ma façon de penser la sculpture n`a absolument rien à voir avec ce que j'ai appris. J 'ai apprécié tout particulièrement l’enseignement technique basé sur la virtuosité et non sur l`esprit. J 'avais pour professeurs en sculpture, un nommé Marin, en architecture Vaneck, réalisateur des Grands Palais du Heysel et Lambot un dessinateur exceptionnel.
      - F. M. : Vous êtes entouré d'arbres centenaires, d'un Vasarely, d'un bas-relief égyptien, de statuettes précolombiennes et d'un Henry Moore. Quelles sont les époques et les civilisations qui ont marqué votre réflexion ?
      - J. M. : L'art de bâtir m’a influencé. J 'ai eu le grand privilège d’être accueilli par Le Corbusier dans ses ateliers de Paris, rue de Sèvres. Les autres influences sont celles d'une vie entourée par la nature et l'éducation de mes parents. Je me souviens de l'interdiction de mentir et du slogan “ c'est en travaillant que l'on devient fort". Indépendamment de l'école ou de la formation, c'est la personnalité de l’individu qui importe. Il y a l’ingénieur ingénieux.
      - F. M. : Parlez-moi de vos principales réalisations?
      - J. M. : Le Pavillon du Génie civil a vu le jour en 1958. C’est une des plus grandes réalisations effectuées en béton. Il est le résultat d'un travail fait en étroite collaboration avec l'architecte J. Van Dosselaer et l'ingénieur Paduart. La flèche s'élève à 36 mètres et représente une prouesse technique. Pour faire contrepoids à la flèche, en porte-à-faux de 80 mètres, une salle sous coupole a été construite. L'équilibre et la stabilité de ce système repose sur trois pieds, le principal constitue le pied de la poutre en porte-à-faux et les deux autres légèrement inclinés prolongent la coupole vers le sol.
      - F. M. Dans quel contexte avez-vous pensé “Monument » autoroutier ?
      - J. M. : J’avais imaginé l'Europe tout autrement que les politiciens. A chaque frontière, j'aurais souhaité bâtir un signe d'amitié.
      A l'époque, en 1963, le réseau autoroutier était nouveau et j’avais été tenté de faire un programme pour les agrémenter de sculptures.
      Comme un naïf, je parlais d'esthétique mais ça ne servait à rien. L'Etat a mis trois ans avant de se décider. J 'ai demandé au Ministre Omer Vanaudenhove de me donner le prix d’un mètre courant d’autoroute plutôt que de le verser au sol. Ça a marché !
      J'ai une reconnaissance pour les ouvriers qui ont réalisé la courbure aussi parfaite du signal de Zellik. Une de mes grandes joies fut la visite du chantier par leur famille. C'est différent des salons cl ”art.
      Ce programme a été publié en France sous un autre titre. Les responsables des autoroutes françaises m'ont invité à exposer avec d’autres sculpteurs au Centre Pompidou. Je n'ai pas assisté au vernissage, mais à la suite de la rencontre d'un ami, j'ai su que mon travail prenait une certaine importance par rapport aux autres projets.
      Lors d'un colloque organisé par les Cimenteries Lafarge au Centre culturel de Royaumont près de Chantilly, j'ai eu l'occasion de rencontrer le sculpteur mexicain nommé Mathias Goeritz et lui ai communiqué mon programme pour les autoroutes belges. C’est ainsi qu'en 1968, j'ai été invité à réaliser le symbole du village olympique de Mexico. En Belgique j'appelais cela « la route des hommes », au Mexique on l'a appelé « la route de l'amitié ».
      - F M. : Est-ce la plus belle expérience que vous ayez vécue ?
      - J. M. La plus belle est à la “Réforma”, axe qui traverse Mexico. Le paysage était volcanique.
      Sans connaître le pays, j'ai reçu le plan complet du lieu - courbes de niveaux comprises - que les responsables avaient choisi pour mon intervention. Je me suis permis de suggérer un autre endroit situé à peu de distance du précédent. La réponse fut « C'est votre œuvre, c’est vous qui décidez ». Après dégagement de la lave, nous avons mis à jour le sommet d'une pyramide dont seul un versant subsistait. J’ai découvert une technicité que j’ignorais: le problème de résistance au tremblement de terre.
      Je suis resté deux mois au Mexique. Ces gens sont géniaux, des seigneurs. L'organisation des Olympiades implique que tout, depuis la cabine téléphonique jusqu'à la poubelle, soit une publicité pour l’événement. Derrière le village olympique, ce sont les bidonvilles, la lèpre urbaine et les tôles rouillées. L’architecte a eu une idée géniale, il a chargé les camions de pots de couleur et les a déposés devant chaque bidonville. La sensibilité est totalement différente. Je n'aime pas le mot « artiste ».Il y a deux types d'homme sur terre: les ouvriers et les ouvriers passionnés.
      En 1973, la réalisation de la sculpture à la frontière française est une prouesse unique. Le terrassement se trouve au Sud d’anciennes mines de charbon. Le tassement ou l’affaissement éventuel du terrain est dangereux car ce mouvement pourrait provoquer un effondrement du Signal. Pour éviter ce phénomène, on a réalisé une immense cave en forme de bateau. La sculpture n'y a pas été scellée mais posée sur ces fondations. En cas d’inclinaison, le monument peut être redressé au moyen de vérins très puissants.
      Le maître de l’ouvrage de cette sculpture était une association franco-belge. Plusieurs réunions regroupaient les ingénieurs de l’État et les représentants du contrôle (car entreprise à risque).
      En raison du poids de la tête, un jeune ingénieur français a proposé de la réaliser au sol et de l'élever progressivement en construisant au fur et à mesure les piles de soutien. Le coffrage de la tête était irrégulier : le pied est un pentagone aplati et le sommet est un rectangle. Tous les jours, il fallait recommencer le coffrage. La progression journalière était d'un mètre vingt et chacune de ces montées nécessitait treize heures de travail. Le poids du béton de la partie supérieure et la plate-forme de travail représentaient 500 tonnes.
      Pour la réalisation de la charpente et du ferraillage, il a fallu construire un atelier d'au moins quarante mètres. Dix mètres de chaque côté constituent un minimum pour travaille ! Cette œuvre, commencée en été, a été terminée en hiver. C’était un hiver terrible.
      - F. M. Quelle est la place de l 'esthétique par rapport ci vos recherches techniques ?
      - J. M. : La mise en harmonie et l’emploi de la matière à sa juste valeur. Le béton, matériau de notre époque, permet de faire des formes et des portées. C’est grâce à la science que j'ai pu réaliser mes sculptures. A plusieurs reprises, mon bonheur a été de rencontrer des hommes à la hauteur de leur tâche.
      - F. M. : Considérez-vous votre travail comme de l 'architecture ou de la sculpture ? Quelle est leur place dans l’environnement ?
      - J. M. : Pour l'un et l'autre, il faut être humaniste. Tout est une question de rigueur et de mesure. Il faut se soumettre à la nature et respecter le site. Bruxelles, ville moderne, est construite sur un lotissement moyenâgeux. Léopold II, notre grand roi, avait imaginé ce qu'il fallait faire : sortir de la ville !
      - F. M. : Que pensez-vous de l 'architecture contemporaine qui retourne vers des styles néo ?
      - J. M. : Il faut respecter le passé mais jamais l’exploiter ! Ne jamais se mettre dans les bottes des anciens pour en faire des pantoufles …
      - F. M. : Qu'est-ce l’abstrait ?
      - J. M. : La faculté de l'humain est de créer, que ce soit pour la forme ou pour la couleur, une harmonie non empruntée à la nature. Pour ma part, ce n’est pas une question de mode car l'abstraction a toujours existé, que ce soit Stonehenge ou les pierres druidiques de Bretagne.
      L'homme qui a le mieux défini le cerveau humain, c'est Pythagore. Quand on parle de l'abstrait, c'est l'exploitation du cerveau humain. Lhomme est capable de créer sans emprunter. Il peut créer une harmonie car la nature est parfaite et harmonieuse.
      L'art abstrait part de la mise à zéro du cerveau humain. J 'essaye de créer une harmonie en tout et pour tout.
      - F. M. : L'enseignement artistique, que représente-t-il pour vous ? Forme-t-il des gens à l’enseignement ?
      - J. M. : Il n'y a que trois siècles que les écoles d'art existent alors que nous connaissons l'art depuis des millénaires. Aujourd'hui, renseignement est matérialisé.
      - F. M. Quelles sont vos relations avec vos contemporains ?
      - J. M. Je garde le respect pour l'ouvrier passionné ou l’artiste. Calder est un des contemporains que j’admire le plus. C'est un des grands doués qui fait son travail en s'amusant. Une des rares expositions que j’ai vues à Paris au Palais Marsan, c'est celle de Calder. Dernièrement au Mexique, il devait faire une conférence où il est arrivé avec trois quarts d’heure de retard et complètement ivre. Il a crié « Vive l'art » et puis il s'est endormi.
      - F. M. : Quel est votre architecte préféré ?
      - J. M. : Parmi les architectes que j'apprécie en Belgique, sans parler du passé où nous avons des grands chefs-d’œuvre, je retiens la “ Cité floréale“ de Watermael-Boitsfort dont les architectes sont le belge Egrigs et le hollandais Vanderswamen. C'est une architecture honnête, équilibrée et sobre.
      Deux autres architectures valables sont la Maison Guiette construite par Le Corbusier à Anvers et la Banque Lambert à Bruxelles conçue par les architectes Skidmore, Owings et Merill.
      - F. M. : Quel est votre peintre préféré ?
      - J. M. Je respecte énormément la peinture de votre père, Antoine Mortier. Ce n'est pas par flatterie que je le dis ! J 'aime également Louis Van Lint et Gaston Bertrand.
      - F. M. : Artiste sans galerie, votre œuvre est omniprésente dans le monde. La ville est-elle votre Musée ? Que pensez-vous de ces deux institutions ?
      - J. M. Je n’ai aucune appréciation pour les galeries d'art. Faire une exposition personnelle était loin de mes préoccupations. Dire que la ville est mon Musée est très prétentieux. Je me réserve la modestie et la discrétion. J'ai réalisé quelques sculptures à Bruxelles. Ma sculpture appartient à tout le monde. Elle est dans le paysage à disposition de tous. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais voulu exposer ni accepter de livres ou de films. La vie artificielle ne m'intéresse pas.
      Il y a plus de bien-être qu’avant mais il y a moins de bonheur. Ma démarche est différente. En général, elles font suite à des concours.
      En 1989, j'ai été choisi parmi un des derniers pour m’occuper du métro bruxellois. On m'a proposé non seulement d'en être l'architecte et l'artiste-décorateur. Je n'ai pas pu accepter le rôle d'architecte parce que j'étais pensionné depuis cinq ans.
      A la gare du midi, l'étude par les ingénieurs des matériaux et de leur résistance est un travail exceptionnel. Je n'ai pas choisi un endroit privilégié pour faire un décor. J'ai fait une création de peinture abstraite pour accentuer leur travail que ce soit au niveau des guichets, des entrées, des couloirs et des gares superposées.
      La superficie du décor est de plus ou moins deux hectares. Il a nécessité une quantité de plans où chaque élément devait être coté.
      Le dernier concours auquel j'ai participé en 1991 concerne le décor de la cage d*ascenseur de la tour de la Cité administrative. De cent quarante-cinq mètres de haut, le volume du bâtiment est hors proportion par rapport à son environnement immédiat. L'ombre qu’il porte sur les jardins du Botanique lorsque le soleil est situé au Sud est une erreur fondamentale. Je me suis pris de calmer la tour en créant une composition horizontale qui diminue sa hauteur. Au moyen d’éléments très sobres, j’ai évité de faire un spectacle décoratif.
      Lauréat du concours, j'attends depuis 1991 des nouvelles des autorités.
      Aujourd'hui, cet espace de béton se trouve toujours dans sa structure initiale.
      - F. M. : En un mot, qu’est ce qui caractérise votre carrière ?
      - J. M. : Résoudre des problèmes.

      Conversation avec René Léonard. Gerpinnes, éd. Tandem, 1999.

      - Citations de Jacques Moeschal reprises dans la préface du catalogue de l’exposition Moeschal à l’ULB (salle Allende), 2000.

       « Etre moderne ce n'est pas gommer le passé de la ville, c'est trouver une harmonie entre hier et aujourd'hui mais surtout ne jamais chausser les bottes des anciens pour en faire des pantoufles. Ceci est vrai autant pour la sculpture que pour l'architecture »

      « Un de mes principes de base : respecter le lieu, ce n'est pas avec des vaches que l'on va à l'hippodrome »

      « En un mot, restons à l`écoute de la nature et surtout restons très attentifs à notre temps. Ainsi que je le faisais timidement remarquer récemment lors d'une rencontre, par ailleurs assez prestigieuse, où l'on célébrait, à juste titre sans doute, la poésie des bois, le chant des oiseaux et les merveilles de la nature, mais sans le moindre regard sur la vie contemporaine : « Vous savez, les jeunes, lorsqu'ils font vrombir leurs motorettes, nous interpellent à leur manière, avec leur poésie à eux ! Ecoutons les aussi. »

      « Si actuellement notre civilisation qui connaît en plus l'explosion des techniques de la télécommunication risque à la limite d'en venir à l'exclusion de l'humain, la mission de l'Art et de l`artiste n'en est que plus impérative, à savoir de réaffirmer chacun à sa manière et avec force, sa primauté. Pour ce faire, selon moi, l'artiste se doit de trouver un mode d'expression sans bavardage ni fioritures, un langage authentique et direct qui s'en tient à l'essentiel. »

      « Le but de l'artiste peut changer selon le contexte philosophique de son temps, mais, chaque fois qu'il travaille pour un au-delà qui le dépasse, il n'est plus dominé par son orgueil ou par l'attrait du succès. Au moment de la créativité, il produit une œuvre dans sa pureté absolue. »

      «Alors qu'autrefois, les canons étaient placés aux frontières, aujourd'hui, on peut enfin ériger des symboles d'amitié. Il s'agit dans le cas présent d'un double polyèdre élevé à 65 mètres de hauteur sur deux colonnes posées, non scellées, sur le territoire de chacun des deux pays, l'ensemble totalisant 300 tonnes. L'une des figures est tournées vers la France, l'autre vers la Belgique, constituant ainsi le symbole de l'amitié qui unit les deux nations. Je l'ai voulue monumentale à la mesure de la plaine environnante, puisant sa force dans sa simplicité. Pour qu'une œuvre soit durable, elle doit être dépouillée, réduite à l'essentiel. Pensons aux pyramides ! »

      « Déjà, les constructeurs d'Abou Simbel collaboraient avec les astrologues pour que Râ frappe de ses rayons sacrés son symbole, gravé dans sa barque ; Plus proche de nous, l'ingénieur soutenait l'architecte, en Nervi, pour proposer une solution harmonieuse aux problèmes techniques »

      « Le nom de l'artiste offre alors peu d'importance ; ce qui est prépondérant, c'est le travail réalisé en équipe avec les ouvriers, techniciens, ingénieurs, architectes, sculpteurs et peintres... »

      « Le seul grand mérite que je me reconnaisse, auquel je tiens beaucoup et que je rappelle avec plaisir: « Pour aucun de mes projets, je ne suis jamais arrivé en retard ». Ce dont je suis également certain c'est que j'ai eu une vie de travail ininterrompu de douze à quatorze heures par jour et que j'ai aimé les droites et les courbes, jamais les courbettes. J'ajouterai que j'ai connu une existence de perpétuelle préoccupation de bien faire face aux œuvres à entreprendre et surtout pendant leur réalisation. A ces moments, je me sentais très petit. Pour ce qui est de cette « grandeur» dont certains m'affubleraient, je ne puis témoigner que d'une chose : je mesure un mètre septante six mais, petit a petit, cette taille commence à se rétrécir. »

       

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      Quelques aphorismes retenus par Florence Fréson in Marc Crunelle et Pierre Loze, « L’atelier Moeschal ». Lanrodec / FR, éd. Scripta, 2007

      Il fait savoir s’arrêter à temps, avant de faire du décoratif.

      Il ne faut garder que les lignes fortes, les lignes structurantes.
      Aller à l’essentiel.

      Simplicité, rigueur, sobriété …
      Respect des matériaux, ne pas faire en pierre ce que l’on peut faire en bois ou en métal …

      Prendre le temps qu’il faut, ne pas craindre la lenteur …

      Il ne faut pas jouer à l’artiste, mais travailler, chercher continuellement, œuvrer …

       

      - Aphorismes compilées par Marc Crunelle in Marc Crunelle et Pierre Loze, « L’atelier Moeschal ». Lanrodec / FR, éd. Scripta, 2007. [Salut Florence, Voici le texte que j'avais écrit pour le livre sur son enseignement. Si Marc veut le mettre sur son site, pas de problème, je lui donne l'autorisation de la faire (Marc Crunelle)].

      Je l'ai souvent dit, si je n'avais pas été dans son atelier le soir (durant des années), je n'aurais jamais terminé mes études d'architecture.

      A l'atelier d'archi, j'avançais à tâtons, dans le brouillard, souvent déconcerté et rempli de doutes au sortir d'un jury. Au contraire, dans l'atelier de Moeschal, j'y trouvais des certitudes.

      A titre d'exemple, un jour il nous dit: "Je vous emmènerai au Louvre, et en une heure, non en une demi-heure,  vous aurez compris toute la sculpture ! "

      Pour moi, je ne sais comment le dire autrement, il avait "l'esprit"; j'avais toujours le sentiment qu'il émettait des vérités et c'est ce que j'attendais d'une école.

      Du fait d'avoir étudié la menuiserie et d'ébénisterie avant de commencer l'architecture (et la sculpture dès ma 3ème année), je trouvais dans ses commentaires, comme dans la pratique à l'atelier, quelque chose d'évident: une certaine attitude par rapport à la matière, le respect du matériau, et une manière de le traiter mais aussi l'amour et le respect des outils qui me paraissaient justes.
      Paradoxalement, et quand on y pense, c'est assez étonnant d'un point de vue pédagogique, il n'y a jamais eu d'intitulé d'exercice, de thème donné; on faisait simplement ce que l'on voulait, ce dont on avait envie.
      En plus de l'enthousiasme qu'il manifestait pour ce que nous faisions: il nous encourageait tout le temps;
      ce que je retiens de son enseignement, essentiellement c'est deux choses:
      premièrement, son "implication physique": chaque soir il enlevait son veston, retroussait ses manches et nous montrait comment gâcher le plâtre (quel contraste avec d'autres professeurs qui ne touchaient même pas un crayon !)
      et deuxièmement, ses commentaires sur l'art, que ce soit sous forme d'aphorismes, ou encore en commentant les illustrations de livres d'art ou d'architecture que lui, ou nous apportions à l'atelier.
      Voulant garder ses paroles, rentré chez moi le soir, je transcrivais ces aphorismes dans un petit carnet et dont je restitue les notes ci-après. Rien en effet ne peut mieux rendre compte de ce que c'était son enseignement que ces petites phrases qu'il nous lâchait. S'y trouvent ses emballements comme ses commentaires sur des architectes qu'il n'estimait pas. J'en retranscris ci-après l'entièreté de mes notes dans l'ordre chronologique dans lesquelles elles ont été dites. (Marc Crunelle) (janvier 2006)

      "Ce qui compte, ce n'est pas d'exposer dans des galeries, mais c'est de faire un travail en vue de demander ce qu'en pense quelqu'un de très fort"

      [Le contraste de l'entrée: exemple un mur aveugle avec une petite porte, puis derrière celle-ci, saute aux yeux la maison: un contraste violent] à ce propos, il dit: "même les Egyptiens faisaient cela: autour des pyramides se trouvaient des petites maisons de terre crue par où devaient passer les rois, puis seulement on avait le choc de la grandeur, de la pente vertigineuse, de la hauteur, etc… Dans le musée de la dentelle, la maison qui donne sur la rue s'oppose avec l'intérieur, car là on ne sent plus qu'il y a une maison, ce n'est que des volumes, des rapports, etc…"

      "Les moulures ? Ca ne sert à rien. Les plus grands: les Egyptiens, les Romans et 1930, eux n'ont jamais employé de moulures" (oct. 75)

      Les Romans ont dû être très tristes  lorsque les Gothiques sont arrivés.

      A 30 ans seulement j'ai compris les ordres.

      L'art naît du mode d'emploi des matériaux à leur juste valeur.

      Si on fait une façade prétentieuse comme l'a fait Vasarely pour l'immeuble RTL dans une rue de Paris, pour se mettre en valeur, on ne peut pas s'appeler un humaniste" (5 nov. 76)

      A chaque projet, je pars de zéro, sans m'en référer à des réminiscences, à des indications du passé. Je me force à oublier tout ce qui existe, même ce que j'ai créé moi-même en architecture aussi bien qu'en sculpture.

      Tous les critiques d'art qui cherchent les influences n'ont rien compris. Il y a seulement la vraie création lorsqu'on rejette tout, toute influence. Zénobe Gramme, l'inventeur de la dynamo était un menuisier ! et les ingénieurs qui ont dessinés les locomotives roulaient en carrosse !

      Un bâtiment qui a plus de 200 ans est rarement mauvais.

      Lacoste arrivant jeune architecte à Bruxelles, ville qu'il ne connaissait pas, a choisi son terrain, et il a choisi le meilleur, les pentes, les vues, et il a construit sa maison merveilleusement. Il a choisi son terrain, non en fonction du gaz ou de l'électricité, amis des vues, … (nov. 76)

      Permeke a fait des sculptures comme un peintre et non comme un sculpteur. Ce n'est pas construit comme un sculpteur. C'est un peu mou. C'est fait de face et non en tournant. C'est mou puis gratté dans un sens comme on peint. Les Grecs construisait chaque muscle, chaque veine, chaque doigt est  construit.

      Les critiques d'art écrivent pour eux et non pour l'artiste qu'ils expliquent. (nov. 75)

      Auparavant, les gens montraient ce qu'ils savaient faire, aujourd'hui les gens parlent de ce qu'ils savent faire.

      Je compose mes sculptures pour qu'on puisse les voir depuis des lieux les plus intéressants. Pour celle du Botanique, ce n'est pas au départ des vues du boulevard Botanique, mais du jardin botanique, depuis le jardin du Crédit Communal, depuis la passerelle. (janv. 77)

      Composer. Avant on ne gaspillait pas les briques, la pierre ou la chaux, mais on composait. Aujourd'hui, on se met au milieu d'une prairie et on discute sur la couleur bronze ou alu d'un profil. C'est du mobilier au milieu de grandes choses. Prétention, bon goût, esthétique.

      On fait des grandes choses en pensant petit. (janv. 77)

      Les Rolling Stones, c'est mieux que de refaire du Beethoven.

      Bruxelles est une des villes les mieux situées et avec laquelle on peut faire une très belle composition: une pente qui descend vers une rivière. Le bas de la ville au commerce, la mi-hauteur pour les artisans, le haut pour la bourgeoisie, les industries au nord, car les vents chassent les fumées loin de la vile. Et il n'y a pas de meilleur comme situation. Aujourd'hui tout est foutu et ça a commencé lorsqu'on a bâti des places horizontales sur une pente. Elle est devenue un immense escalier, puis on a finalement implanté un lotissement du XXe siècle sur un lotissement moyenâgeux.

      (à ma question: Si Amelincks vivait en 1925, serait-il un grand architecte ?) en 1925, il aurait fait du 1925. (fév. 77)

      La Belgique est un pays de crétins !

      Il ne faut pas construire, il faut planter des arbres. Une architecture passe tellement vite de mode, tandis qu'un arbre apprend toujours quelque chose. (mars 77)

      On sait bien que c'est difficile; alors on a intérêt à être modeste. (mars 77)

      J'ai su que je pouvais dépasser Le Corbusier lorsqu'en parlant de la Cité Radieuse, il m'a dit que les socles pour les sculptures de Lipsky étaient prêts. Une fois qu'il y a un socle, c'est fini.  (mai 77)

      Chez Le Corbusier, c'est l'homme qui était au centre de tout. Chaque détail de la vie d'un de ses collaborateurs était important.

      Sa meilleure œuvre est celle du Pavillon Philips en 1958. Un parti parfait.

      Perret n'a rien compris au béton armé; faire des chapiteaux en béton armé, c'est faux. (mai 77)

      L'architecture de Jacqmain, c'est du théâtre. Il y a au Sart Tilman, des piliers plus gros, plus épais que n'importe quelle cathédrale et qui ne soutiennent qu'un seul étage. Au moins ¼ du plan est poché. Ou bien je me suis toujours trompé, ou bien c'est lui qui est dans l'erreur. (oct. 77)

      C'est incroyable de servir à boire dans les vernissages pour faire venir les gens. C'est comme des marchands de saucisses. (oct. 77)

      Composer monumental en petit: tout doit se trouver même sur une petite maquette. Tout doit être senti,  être entier dans ce qu'on fait, de sentir, digérer le projet, sentir tout, y mettre son âme, quelque chose de personnel, même dans une petite maquette, digérer et non copier une mode car ça n'est pas senti. (janv. 78)

      Quelle prétention chez les jeunes aujourd'hui ! Ca a une affaire de 50.000 Fr et tout de suite ça pense secrétaire, en-tête de papier à lettre, cartes de visites, etc…

      Il faut une vision d'ensemble et ce qui manque aujourd'hui, c'est une vision humaniste; être de son époque, au lieu de construire des tours sur des lotissements moyenâgeux comme on le fait en Europe, ou bien la voie express le long de la Seine à Paris; il faut construire des nouvelles villes comme à Brasilia, et c'est pour cela que Brasilia est probablement la meilleure chose du XXè siècle. Léopold II a bien compris cela, tout l'urbanisme de son époque est survivant aujourd'hui et reste la seule chose grande, à l'échelle de son époque et de la nôtre: grands axes, forêts, bois, parcs, routes, etc… et il a été très critiqué. (fin du cours du soir, mai 79)

      Les intellectuels illettrés, ce sont ceux qui inventaient tant de choses en art mais qui n'en parlaient pas comme tous ces intellectuels aujourd'hui et les critiques d'art.

      C'est comme les anciens, donner au matériau le maximum de ses possibilités. Employer le matériau d'aujourd'hui, le béton à son maximum.

      Dans une sculpture, si on n'a pas abîmé la matière, c'est déjà gagné.

      (A propos d'un tableau abstrait lors d'une visite à la Fondation Lambert) On part de rien, on crée une harmonie et c'est gagné. (déc. 79)

      C'est tellement plus facile de se mettre dans les bottes des autres pour y faire ses pantoufles. (juin 80)

      Lorsque Louis XIV a demandé à ce belge qui a exécuté le système des fontaines de Versailles (la machine de Marly), il lui a répondu: "j'ai réfléchi Sire !" et de plus c'était un menuisier.

      On n'a pas besoin du passé, il faut aller de l'avant, le passé n'apporte rien. Il faut respecter certaines œuvres du passé, car ils ont fait des choses vraiment remarquables. (juin 80)

      Faire tout avec sincérité, passion, même mettre une photo sur un mur. (juin 80)

      Lorsqu'on regarde l'Opéra de Garnier à Paris, en bas et dans l'axe de la rue du Temple, on remarque que tous les trous, toutes les ouvertures sont bien en place, placés avec harmonie.

      Mais lorsqu'on s'approche, on remarque toutes ces sculptures fâcheuses qui sont de l'Antiquité mal digérée. On a d'ailleurs dû remplacer certaines, car faire des bras en l'air, des jambes, des voiles en marbre, cela ne va pas. (juin 80)

      IL faut observer les choses du passé, simples et sans prétention, mais pensées en harmonie; même un mur de jardin était bien fait,  avec un sens de la construction et non comme Jacqmain qui fait des lits en pierre en ondulation, chose inutile et dont un bon maçon ou un tailleur de pierre rigolerait. Mais ceci c'est du décor, pas de l'architecture. Idem pour ses piles qui ne portent rien.

      Mettre en harmonie, voilà ce qu'il faut faire. Et donner aux élèves un châssis, une porte, un balcon et leur demander de mettre ça en place et de créer une harmonie.

      [En regardant une vue intérieure de l'Opéra de Paris]: c'est autre chose que des châssis en aluminium ton bronze !

      On a toujours construit en brique et maintenant on demande aux bons ouvriers de construire des linteaux en briques qui tiennent par des crochets à un linteau en béton. Et même, on demande à des maçons, à des bons ouvriers de construire de mauvaises choses. C'est se moquer de leur travail.

      [La maison qu'il a transformée rue de la Violette (le musée de la dentelle), construction en bois avec remplissage en briques] Les ingénieurs voulaient couler du béton partout: cette maison était une calèche, il en ont fait un char d'assaut !

      [à propos de cette même maison] Autrefois, les gens construisaient avec élégance.

      Maintenant on étudie l'histoire de l'art comme on étudie les mathématiques. On connaît l'Egypte, la Grèce, Rome, la Renaissance, …en même temps, il faut parfois toute une vie pour comprendre l'art grec ! (déc. 80)

      La vraie tradition, c'est d'aller de l'avant. (déc. 80)

      Si les gens savent mieux que vous, donnez leur le papier et le crayon et dites qu'ils n'ont plus besoin de vous. (déc. 80)

      [Identiquement, pour une commande du bourgmestre de Bruxelles] J'avais travaillé 3 mois sur ce projet, et j'étais sûr de moi. Le projet était affiché dans le bureau du bourgmestre et plusieurs personnes se trouvaient là. Ils démolissaient le projet, faisaient des critiques. J'ai dit au bourgmestre: je pense que vous n'avez plus besoin de moi, car si les gens critiquent en 5 minutes ce que j'ai mis 3 mois à composer, c'est que ma place n'est plus ici. (déc. 80)

      L'histoire de l'art n'a pas 300 ans, et les galeries, les expositions, l'enseignement artistique, etc… n'ont pas 300 ans. La vraie tradition que personne ne comprend, c'est faire avec son époque, c'est aller de l'avant. Mozart aujourd'hui ferait du disco.

      Oublier le passé. (déc. 80)

      Tous les hommes valables que j'ai rencontrés dans ma vie étaient des gens modestes. (août 81)

      Un côté de la rue d'Angleterre a été démolie pour la construction du métro. Ils l'ont reconstruite au même emplacement. S'ils l'avaient reculée de 50 mètres, au sortir de la gare du midi, on aurait vu le Porte de Hall en fond de perspective! (S.d.)

      On ne fait que du décor aujourd'hui. Lorsque François Ier fait venir des sculpteurs d'Italie pour venir travailler à Chambord, ce n'est plus de l'architecture mais de la décoration. Beaucoup d'architectes ne font que cela. Chambord c'est amusant, c'est du spectacle, pas de l'architecture. (août 81)

      Ils sont encore étudiants qu'ils doivent faire des expositions, publier des livres. Ce sont déjà des vedettes. Il n'y a que cela qui compte.

      Ce qu'il y a encore de mieux à Bruxelles, c'est la banque Lambert. Bon parti, plan simple, structure exprimée honnêtement. C'est là que la beauté règne. Tout le reste de ce qu'on trouve à Bruxelles, c'est du décor, du papier peint, de l'artifice. Une architecture décorative. Quand les époques sont décadentes, on s'attache au décor, à l'effet.

      L'art est le reflet de la société et aujourd'hui, on vit une époque de grande décadence. Je ne vois que dans la science quelque chose de valable. Transplanter un cœur, la navette spatiale: ça ce sont des choses ! Là se trouve les hommes ! Là il ne faut pas se tromper et ne pas faire d'artifices. La navette spatiale a eu 1 minute de retard sur les 3 jours de voyage ! et quand on demande à des architectes de venir à un rendez-vous, ils ne sont pas là ! (mai 83)

      Viollet-le-Duc a aussi fait ses pantoufles dans les bottes des autres.

      Jacqmain n'est pas un bâtisseur, il fait de la décoration. Son immeuble à l'entrée de l'avenue Louise, c'est comme un tapis pour les arabes, il n'y a pas de volume là-dedans.

      A force d'analyser, on ne sent plus rien. (août 84)

      Qu'on soit croyant ou pas, en entrant dans une église romane, on est dans un lieu de recueillement, tandis que dans une église baroque, avec ses colonnes torsadées, ses anges, ses nuages: c'est le contraire, la distraction. (nov. 84)

      Chaque époque décadente ne fait que de l'architecture pour dames et je ne suis pas étonné qu'en fin de compte tous les décorateurs deviennent pédés. (nov. 84)

      Quelle médiocrité ! (20 juin 97)

      L'Académie était l'orgueil de la ville.

      Avant, les gens chantaient tout le temps. Surtout les peintres en bâtiment. Les gens vivaient moins longtemps, mais je ne suis pas sûr qu'ils avaient le sentiment de vivre moins, ou d'être moins heureux. (juin 97)

      Ce qui compte, les lignes de force d'un lieu, d'une place, les grandes lignes. (juin 97)

      Versailles, c'est l'orgueil, Mansart ! Tout ce fourbi.

      Art et civilisation: ça ne fait qu'un.

      Le jeunes qui se foutent dans des endroits lugubres, c'est la TV. Aller chercher des taudis, c'est incroyable.

      En Belgique, on calcule les millimètres, on ne voit jamais les mètres.

      [À la remarque d'une femme s'étonnant qu'un de ses projets de sculpture urbaine ait été refusés] "parce qu'on avait déjà commandé les bordures des trottoirs, c'était trop tard: on n'amène pas les vaches à l'hippodrome hein!  (juin 97)

      Horta: un architecte pour dames ! (juin 97)

      L'hôtel Solvay d'Horta: on entre, un escobar puis un truc pour défilé de mode !

      Les Beaux-Arts d'Horta: des couloirs et des couloirs et des couloirs.

      Le plus important: les proportions ? oui, c'est le plus important, c'est la mise en harmonie.

      Place Royale: c'est une fausse place. On ne fait pas des places sur une colline. Une place, c'est plat.

      Zavaroni: virtuose pas créatif. Des effets, des rendus, des trucs mais un peu creux.

      Pourquoi la médiocrité en Belgique, parce qu'il n'y a pas  de critique contrairement à la France où il y a tout le temps des débats.

      A propos d'artisan: il ne savait ni lire, ni écrire, mais ses lettres étaient dessinées. C'est la compétence des corps de métier.

      Un parti rond, c'est toujours pour le spectacle. Donc pas pour des  bureaux ronds (il fait référence au bâtiment Glaverbel !)

      Des gens ont du mérite du moment qu'ils saisissent qu'il y a un esprit, ils vous foutent la paix. (août 2004)

      TOUTES CES NOTES, JE LUI EN DONNÉ UNE COPIE UNE ANNÉE AVANT SON DÉCÈS. IL S'EST MONTRÉ UN PEU ÉTONNÉ, LES A ACCEPTÉ EN RIANT, MAIS N'EN N'A JAMAIS FAIT DE COMMENTAIRES PAR LA SUITE. ET DE MON CÔTÉ, JE NE LUI EN AI NON PLUS JAMAIS DEMANDÉ D’EN FAIRE.

       

  • Texte de présentation

    • Pierre-Louis Flouquet. Jacques-Moeschal, sculpteur d’espace in La Maison, avril 1958.

      Dupuis Albert. Jacques Moeschal et son œuvre. Texte inédit 1965. Archives Moeschal.

      Serras R. 3 artistes belges contemporains : Jacques Moeschal, Bram Bogart, Pol Mara in Document de notre temps. Gand, 1970.

      E, Cramer. Jacques Moeschal. Mémoire dactylographié. ULB, 1974-75

      - Phil Mertens in K. Geirlandt et coll., L’Art en Belgique depuis 1945. Anvers, éd. Mercator, 1984., pp. 94-95.
      C`est pour nos constructivistes un encouragement et un climat favorable.
      En 1960, ART CONSTRUIT est fonde et  même année est organisée à Ixelles sous le même titre une exposition internationale. Le constructivisme, dans l’esprit des années soixante. évoluera d`un style personnel à un style vital axé sur des principes concrets de la forme et de la couleur dont il expérimentera toutes les possibilités jusqu'à une abstraction concrète maximale qui se réduira dans certains cas à l`expression minimale et même au conceptuel. Des problèmes d’ordre spatial élargissent les notions d'artiste. d`ingénieur. d`architecte. Les monuments deviennent des signaux dans le paysage et LA FLECHE du pavillon du Génie Civil, conçue par Moeschal pour l’exposition mondiale de 1958. semble en être le symbole.
      Cette construction en pointe, portant très loin sans le moindre appui est un défi à toutes les lois de l`équilibre.
      Moeschal est incontestablement un de nos plus importants constructeurs-penseurs. D’abord architecte. plus tard sculpteur, il est le premier en Belgique à utiliser le béton pour ses sculptures. il est aussi l’initiateur minimaliste de signaux urbains et d`environnement. D`après Moeschal. des lois identiques régissent l’architecture et la sculpture. Les formes sont définies par les matériaux: plomb, fer. aluminium, pierre ou béton. Ils ne peuvent en aucun cas être décoratifs et doivent faire partie de l`architecture ou du paysage. « Cela me fascine de faire correspondre exactement mes sculptures au programme qui m 'est soumis par l’environnement. C'est dans l’équilibre harmonieux d 'une sculpture que l'homme peut se manifester dans un paysage ou dans une architecture ». Ce qui passionne avant tout Moeschal c`est la collaboration entre le sculpteur. l`architecte et l`ingénieur et surtout l`étroite entente entre ouvriers et entrepreneurs. En 1952, Moeschal participe au concours international pour le Monument au prisonnier politique inconnu et présente un projet abstrait à réaliser sur les falaises de Douvres. Le projet ne fut cependant pas retenu. « En 1959, écrit-il, j’avais déjà fait des projets pour des sculptures le long des autoroutes avec une description montrant comment l'on devait signaler avec des sculptures l’entrée des villes, les croisements des autoroutes, etc... J’appelai cela la route des hommes ». Plus tard cette idée sera reprise pour les Jeux olympiques de Mexico. Ce sera LA ROUTE DE L’AMITIE où Moeschal réalisera son SYMBOLE. Auparavant, en 1959, il avait fait un projet pour l’autoroute Bruxelles-Ostende qui sera érigé à Zellik et en 1963 il exécute un signal en acier dans le désert du Neguev.

      - Paul Caso.                              in ?, ? , ?
      Il y a en Jacques Moeschal de l'esprit batailleur de Don Quichotte (qui s'est battu surtout pour les autres) et beaucoup de grâce pensive comme en révéla Amphion, le dieu antique des architectes qui ne cessa d’unir la musique, les pierres et l'espace.
      Ainsi Moeschal eut, au seuil de sa carrière à imposer une personnalité complexe, celle d'un artiste essentiellement engagé dans le feu de l'action de son siècle, parmi nombre de sourds et d’orgueilleux qui se sentaient les comptables scrupuleux du passé.
      Homme de plein air, notre sculpteur s'impatienta à l'idée que l`on n'avait cessé jusqu'alors de séparer les genres, de multiplier les antagonismes entre la sculpture et l`architecture, et de confondre les intentions des meilleurs esprits avec celles des opportunistes.
      Il s`agissait pour lui moins d'inventer des chimères que de collaborer à l`esprit nouveau d'un monde à venir où les éléments seraient intégrés, et non ajoutés, où la conscience même qui préside à la naissance de *la forme est le symbole de l`esprit et de l'effort de la société...

      J. Groothaert. Architecture et sculpture : l’œuvre de Jacques Moeschal in La revue générale, 1999, n° 8-9, p. 30

      - Nicole d'Huart. Avant-propos au catalogue de l’exposition personnelle de Jacques Moeschal à l’ULB (salle Allende), 2000.
      Chevalier Jacques Moeschal étudie l'architecture et la sculpture à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles; il y est professeur de sculpture dès 1945. Depuis 1984, il est Titulaire et Directeur de la  Classe des Beaux-Arts de l'Académie Royale de Belgique.
      Fidèle à son credo: mesure et rigueur - et ce qui est plus rare de nos jours - discrétion, il s'exprime avec des matériaux résolument contemporains : l'aluminium, l'acier et le béton principalement, dont il développe les possibilités plastiques jusqu'à leur extrême limite de résistance. Le métal, les ciments artificiels, le béton armé, le précontraint offrent assurément aux constructeurs des possibilités nouvelles ; pourquoi les sculpteurs s'en priveraient-ils ?
      Moeschal l'a bien compris, qui réalise en 1958 la Flèche du Pavillon du Génie Civil pour l'exposition universelle internationale (en collaboration avec J. Van Doosselaere, architecte, et A. Paduart, ingénieur). Prouesse technique s'il en est, cette audacieuse architecture-sculpture projette un porte-à-faux de plus de 80 mètres 1 Effilée, nerveuse, d'une grande beauté plastique, en partait équilibre avec le pavillon même, elle s'élance orgueilleusement dans l'espace (elle a été malencontreusement démolie en 1970)
      Sculpteur monumental, Moeschal ne conçoit pas ses œuvres pour l'espace confiné des galeries, ni même des musées. Soucieux avant tout de l'intégration au site, il pose ses jalons au seuil des villes et des Frontières, aux confins des déserts ou dans la cité, mettant ainsi l'art à la disposition de tous. Pour ériger les grands signaux autoroutiers de Zellik ( 1 963) et d'Hensies (1973, conçu en 1966), s'élevant respectivement à 23 mètres et 60 mètres, il a fallu vaincre de nombreuses difficultés techniques nécessitant la collaboration étroite de l'artiste créateur et des ingénieurs constructeurs. Formes simples, épurées, d'une grande rigueur plastique, aisément 'lisibles' à distance ou dans la dynamique du mouvement, elles semblent être habitées par l'espace et dialoguer avec lui.
      Moeschal est sélectionné en 1968, au même titre que d'autres artistes du monde entier, dont 19 sculptures monumentales vont jalonner la Route de l'Amitié en bordure du Village olympique de Mexico, pour commémorer les dix-neuvièmes Jeux. Le sculpteur y érige, au sommet d'une ancienne pyramide Maya partiellement dégagée, son Disque Solaire (m 20,5 mètres), symbole de divinité dans l'art précolombien. Le disque est tendu dans sa partie supérieure, mettant ainsi les deux éléments constitutifs en porte-à-faux et les désaxant légèrement l'un par rapport à l'autre. L'œuvre est devenue le sigle des Jeux Olympiques et celui, plus récent, d'une médaille frappée en 1993 à l'occasion d'Europalia Mexique.
      Pour le rond-point Schuman, l'artiste conçoit en 1972 le projet d'un portique d'acier, dans un style dépouillé, d'une grandiose simplicité. Nourrissons l'espoir de le voir bientôt « monumentalisé », ponctuant la perspective du Cinquantenaire et vivifiant de son contenu symbolique ce centre névralgique de l'Europe.
      Les sculptures de Moeschal sont signes de beauté et d'humanité. Leur géométrie est rigoureuse et essentielle, presque austère.

      A. Bontridder. Les carnets bruxellois de Jacques Moeschal in Bulletin de la Classe des Beaux-Arts. Académie royale de Belgique, 2000, p. 207

      Philippe Roberts-Jones, Jacques Moeschal ou la sculpture architectonique, Les Carnets d'architecture contemporaine, no 6, CFC-Éditions, Bruxelles, 2002.

      http://www.koregos.org/fr/philippe-roberts-jones-jacques-moeschal-createur-de-formes-et-de-signes-de-ce-temps/ * Rédaction : 01.01.2004 ; publication dans Koregos : 22/10/2014.

      Marc Crunelle at Pierre Loze. « L’atelier Moeschal », un recueil de témoignage. Lanrodec / FR, éd. Scripta-Resmarec, 2007.

      Richard Flament et Véronique Moeschal, Jacques Moeschal - sculpteur architecte, collection '9' dirigée par Robert Nahum, no 1, 180° éditions, Bruxelles, 2013.