Biographie

Né dans une famille aisée, son père est un imprimeur et libraire florissant qui a imprimé en 1850 l’Almanach de Mathieu Lansberg.

C’est dans l’entreprise de son père que le jeune Draner se familiarise avec le dessin de presse. Il dessine avec passion et montre ses œuvres aux illustrateurs imprimés chez son père. Il est remarqué par Félicien Rops tant pour son coup de crayon que pour son humour irrévérencieux et publie bientôt ses productions dans le fameux Uylenspiegel, le Journal des ébats artistiques et littéraires, une publication non conformiste qui célèbre le plaisir de vivre.

Son indépendance financière lui est assurée par un emploi à la Société des Zincs de la Vieille Montagne, fonction dont il s’acquitte avec un sérieux qui lui vaut d’être muté à Paris lors du développement de l’entreprise. A son arrivée dans la capitale française, en 1861, Draner mène de front, en plus de sa carrière administrative, une carrière de dessinateur de presse et de concepteur de costumes de théâtre.

 

1861.
Collabore avec de nombreux journaux illustrés parisiens :
le Petit Journal pour rire, Journal amusant, L’Eclipse, le Monde comique, le Paris Comique, L’Univers illustré, L’Illustration, Le Monde Illustré, le Saint-Nicolas, l’Esprit-Follet, le Charivari, la Caricature.

* C’est Draner qui permet à Mars, (Maurice Charles Mathieu Bonvoisin, Verviers, 26/05/1849-Monaco, 26/05/1849) un compatriote, de publier ses premiers dessins en 1872.

Dans un premier temps, spécialisé dans la caricature de militaires.
- Il est surtout connu pour sa série de 136 lithographies coloriées de caricatures de militaires Types militaires : Galerie militaire de toutes les nations.
Pour la Nouvelle Vie Militaire, il crée un genre nouveau de représentations militaires, en associant précision rigoureuse des uniformes et mise en scène drolatique des guerriers de l’Europe entière. Ces caricatures sont éditées en gravures indépendantes puis en recueil de 136 planches « Les Types militaires » dessinées et gravées de 1862 à 1868, publiées par Dusacq et par Dalziaro et imprimées à Paris chez Lemercier et chez Becquet.
1862-1871. Types militaires : Galerie militaire de toutes les nations Paris Imprimerie Lemercier et Cie 1862-1871

Sa rencontre avec Jacques Offenbach, dans la première moitié des années ’60, lui ouvre le domaine de l’opéra bouffe. Très apprécié par le Petit Mozart des Champs-Elysées, il est l’auteur des costumes de la création de nombre de ses œuvres comme La Belle Hélène (1864), Barbe-Bleue (1866), La vie parisienne (1866).,La grande Duchesse de Gerolstein (1867), Geneviève de Brabant (1867), La Périchole (1967), Les Brigands (1869), La princesse de Trébizonde (1869), La Diva (1869).

1867.
Souvenirs de l’Exposition de 1867 : types pris sur nature par Draner. Paris, éd. Dusacq et Cie

1870.
Pendant la Commune, il reste à Paris et fournit des dessins qu'il publie chaque jour en feuille libre pour soutenir le moral des combattants et des civils. Il en tirera trois recueils, la paix revenue, publiés sous le titre de Souvenirs du Siège de Paris – Scènes de la vie quotidienne ;  Souvenirs du Siège de Paris – Les défenseurs de la capitale et Paris assiégé - Les Soldats de la République – L’armée française en campagne.

Après la chute du Second Empire, il continue sa collaboration avec Offenbach et participe à tous ses projets, jusques et y compris la création posthume des Contes d’Hoffmann (1881).

En même temps que sa collaboration privilégiée avec Offenbach et son travail comme illustrateur dans les journaux et revues mentionnés ci-dessus, il exécute des nombreux dessins de costumes pour différents opéras, opéras-bouffes, opéras comiques, féeries, pièces de théâtre (drames, comédies, vaudevilles), revues. [cf. Biographie développée]

Réalisa aussi des aquarelles libres, des caricatures, des illustrations diverses.

S’intéresse aussi à la mode.

1879.
Le Charivari :Pendant longtemps Cham dessina « l’anecdote parisienne » dans la Charivari, Jules Renard lui succède sous le pseudonyme de Cham,
 

1899.
Chevalier de la Légion d’Honneur.

1900.
Succède à Alfred Grévin à l'Almanach des Parisiennes.

 

Liste d'oeuvres

  • Tout
  • Types militaires - infanterie bavaroise
    1861, Plus d'infos
  • Cent-garde
    1862, Plus d'infos
  • Officier des Grenadiers de la Garde impériale
    1863, Plus d'infos
  • Types militaires - Infanterie prussienne
    1863, Plus d'infos
  • Costume d'Agamemnon pour l'opéra La Belle Hélène d'Offenbach
    1864, Plus d'infos
  • Costume d'Achille pour l'opéra La belle Hélène d'Offenbach
    1864, Plus d'infos
  • Costume de Bobinet pour l'opéra La Vie parisienne d'Offenbach
    1866, Plus d'infos
  • Costume du général Malaga pour l'opéra La Vie parisienne d'Offenbach
    1866, Plus d'infos
  • Costume du Général Boum pour l'opéra d'Offenbach La Grande Duchesse de Gérolstein
    1867, Plus d'infos
  • Costume du Carabinier pour l'opéra d'Offenbach Les Brigands
    1869, Plus d'infos
  • Costume de Blanchettepour la féerie La Chatte blanche des frères Cogniard
    1869, Plus d'infos
  • Paris assiégé - Scènes de la Vie parisienne - L'hippophagie
    1871, Plus d'infos
  • Paris assiégé - Scènes de la vie parisienne - Les étrennes
    1871, Plus d'infos
  • Paris assiégé - Scènes de la vie parisienne - La chasse au diner
    1871, Plus d'infos
  • Paris assiégé - Scènes de la vie parisienne - Provisions de bouche
    1871, Plus d'infos
  • Le calé militaire. Couverture de La Caricature du 3 juin
    3/06/1880, Plus d'infos
  • Géométrie drolatique descriptive. Couverture de La Caricature du 4 septembre
    4/09/1881, Plus d'infos
  • Géométrie drolatique in La Caricature du 9 avril
    4/09/1881, Plus d'infos
  • Au Tonkin. Couverture de La Caricature du 21 mars
    21/03/1885, Plus d'infos
  • Dessin de L'Almanach des Parisiennes (1)
    1900, Plus d'infos
  • Dessin de l'Almanach des Parisiennes
    1900, Plus d'infos
  • Dessin de l'Almanach des Parisiennes (3)
    1900, Plus d'infos

Catalographie

dessins de costumes comiques des théâtres de Paris du 19e siècle.
 : https://data.bnf.fr/13623598/draner/

 

Il a légué à l'université de Liège un fonds de dessins.

 

Nombreuses œuvres au Cabinet des Estampes de Liège t au Musée de la Vie Wallonne.

 

(04/12/2014) Ader. Vente Salle Favart.
Jules Renard dit DRANER (1833-1926) dessinateur. Plus de 1100 dessins avec légendes autographes, 1880-1918 et s.d.; la plupart 11x 15 cm, à l’encre noire (bords un peu effrangés à quelques dessins). {CR}Important ensemble de plus de mille dessins humoristiques ou caricatures, avec légendes autographes, représentant plus de 30 ans de dessins pour des journaux satiriques ou d’information, tels que Le Charivari, Le Monde illustré, etc. Les sujets sont divers: la politique, les impôts, la guerre 1914-1918, scènes de mœurs et de couples, scènes mondaines visant les Salons de peinture, le monde du spectacle, le monde galant, les courtisanes, etc. On joint quelques dessins imprimés.

* Estimation 700-800 €. Résultat :1.400€

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de présentation

    •  

      - Guy Vandeloise. Jules Renard (dit Draner) in La Vie Wallonne, tome XXXIX, nouvelle série n° 311. Liège, 3e trimestre 1965, pp. 161-175.

      On naît caricaturiste (Lucien Belfort)

      Si l’on s’attache trop à la lettre des événements politiques ou sociaux du moment on risque de laisser indifférents ceux qui, ne serait-ce que quelques années plus tard, regarderont les caricatures qui y ont trait. Ignorants des mille et un petits faits qui ont suscité la verve plus ou moins féconde de l’artiste, nous ne pouvons réagir devant ce qui fit rire ou sourire les contemporains. Ceci parce que l’anecdote est essentielle à la compréhension de ces caricaturistes du 19e siècle, le dessin ne faisant en somme que la renforcer, tant par l’attitude générale du personnage représenté que par sa physionomie.
      Si l’on excepte Daumier qui sut donner à son dessin un caractère dramatique ou satirique tel que l’on peut admirer, rire ou, plus souvent, grincer des dents sans avoir besoin de lire une légende qui ne nous suggère plus rien, tous les autres caricaturistes - et singulièrement ceux de la seconde moitié du 19e siècle – n’atteignirent jamais, ou presque, à un dessin suffisamment universel pour qu'un événement vieux d'un siècle puisse encore nous concerner. Ceci dit, nous trouvons cependant du charme à ces milliers de dessins qui nous racontent la société d’une époque et ses difficultés politiques, qui nous montrent sous forme de portraits-charges, les célébrités du moment.
      Parmi les nombreux humoristes qui travaillèrent pour les journaux de Paris dans la seconde moitié du 19e siècle, deux sont nés dans nos régions, il s’agit de Jules Renard dit Draner, né à Liège, en décembre 1833 et de Maurice Bonvoisin dit Mars, né à Verviers le 26 mai 1849. C'est du premier que nous parlerons aujourd'hui.
      Si Draner continue à être cité, commenté et reproduit dans les derniers ouvrages traitant de la caricature au 19e siècle (Ph. Robert-Jones, De Daumier à Lautrec, 1960 ; Jean Duché. Deux siècles de France par la caricature, 1760-1960. Paris, 1961), il semble, par contre, être méconnu de ses compatriotes. Nombre de ses œuvres sont cependant au Cabinet des Estampes de la ville de Liège, ainsi qu’à. la bibliothèque de l’Université et au Musée de la Vie Wallonne. Ajoutons cependant qu’elles sont rarement présentées au public liégeois. Toutefois, trois Types militaires et un dessin-charge à la mine de plomb représentant la Visite au Musée archéologique de Liège furent montrés à l’exposition Le Romantisme au Pays de Liège organisée en notre Musée des Beaux-Arts, en 1955 (Nous nous étonnons que les organisateurs de cette importante manifestation aient vu en Jules Renard un romantique. De fait, ni par sa date de naissance - il commence à travailler vers 1850 - ni par ses préoccupations artistiques, il n’appartient à. ce mouvement). Trois lithographies représentant également des Types militaires furent exposées au Salon commémorant le 125me anniversaire de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Liège qui se tint au Musée d'Art Wallon, en 1964.
      Jules Renard naquit à Liège, en décembre 1833. Fils de l’imprimeur libraire qui édita, en 1850, l’almanach Mathieu Laensberg, il fut employé tout jeune dans une librairie appartenant a sa famille.
      Né caricaturiste, il n’eut pas besoin d’un maître pour lui apprendre un métier qui, tout au long de sa vie - et malgré son énorme production - restera secondaire puisqu’il sera, avant tout, employé puis secrétaire à la Société des Zincs de la Vieille Montagne, usine liégeoise qui devait avoir une succursale à Paris, puisque Renard y travailla dès 1861.
      Les biographes de notre artiste étant tous étrangers, aucune ne parle de ce qu'il fit avant son arrivée dans la capitale française. Et cependant il fit a Liège des centaines de dessins au crayon Conté qui doivent se situer entre 1852 - date la plus ancienne trouvée sur une de ses œuvres et 1861 qui marque son départ pour Paris. De cette période liégeoise, nous avons retrouvé un nombre suffisant de travaux pour nous faire une idée exacte de la maîtrise que Renard :avait déjà acquise, dès sa dix-neuvième année au plus tard (Monsieur Léon Dewez que nous remercions pour l’aide qu'i1 a bien voulu nous apporter, possède huit dessins de cette époque. Le- Musée de la Vie Wallonne en a dix. La bibliothèque de L'Université de Liège en conserve également dix).
      Ces dessins sont tous de même format. Ils portent dans le coin inférieur droit un numéro qui pourrait nous donner une idée approximative du nombre d’œuvres faîtes à Liège si certains n'en étaient exempts. Apparemment, ils font cependant tous partie d’une même suite divisée en plusieurs séries, elles-mêmes  numérotées, qui nous montrent divers aspects de quelques grands thèmes de la vie liégeoise. Ainsi, pourrons-nous citer une suite de dessins sur Chaufontaíne (sic), une autre intitulée Croquades liégeoises, une troisième sur Les Théâtres de Liège, une quatrième sur la Garde civique, une cinquième sur Le Casino (Le Casino du Beau-Mur qui se trouvait à Grivegnée), une sixième sur Les 600 Franchímontois (Il s’agit sans doute du drame éponyme en quatre actes de F. Thys, publiée dans La revue belge, t. 7, p. 243 à 316. Liège, 1837), une septième enfin groupant des Croquis divers.
      Ces dessins ont le grand mérite de nous documenter sur la société liégeoise de l’époque en faisant, notamment, la satire de la mode, de la police, de la garde civique, des drames romantiques, des dandys occupés à parader et à « chasser » la femme ; ils ont également de réelles qualités artistiques. Le trait rapide et sans bavure sait en effet « typer » le ridicule d’une attitude et rendre, sans outrance, les tics d'un visage, les expressions particulières d'un individu. Parmi les dessins de sa période liégeoise, nous en citerons un qui porte le n° 7 de la série Croquis divers ; il a pour légende : La Chasse aux Lions (coll. Musée de la Vie Wallonne). A l'avant-plan, nous voyons la chasseresse à ombrelle. Derrière, trois hommes : le gibier. Dans cette œuvre, on remarquera la souplesse d’un dessin qui rend, en un minimum de traits, l'allure et le caractère des différents personnages. Comme on peut s’en rendre compte. Renard - il signait à Liège de son vrai nom ~ savait déjà avant son départ pour Paris, tout ce qui est exigé d'un caricaturiste. Il ne fera des lors, par un travail intense, qu’y confirmer et compléter son don natif.
      ***
      La caricature connut au 19e siècle, en France, une ère des plus fastes. Ainsi la caricature politique y prit-elle une importance capitale dès la révolution de 1830. On vit aussi de nombreux artistes transcrire par le dessin la « comédie humaine » et exécuter de surcroit de nombreux portraits-charges.
      Si l’on sait que Jules Renard arrive à Paris en 1861, il est particulièrement intéressant de noter que la période allant de 1860à 1890 est très productive. Monsieur Roberts-Jones signale en effet que, s’il n'existe sous Louis-Philippe et la Seconde République que cinq ou six journaux satiriques illustrés, on en trouve cent soixante-deux au moins, entre 1860 et 1890. C’est dire le nombre d’artistes qui seront amenés à y collaborer.
      Jules Renard qui, dès ce moment, usera de plusieurs pseudonymes - dont le plus fréquent est son anagramme Draner -, ne débutera toutefois pas par l’illustration. de journaux parisiens. A ses débuts, notre artiste dessina, en effet, des charges de militaires d’après des croquis rapportés de divers voyages en Allemagne, en Suède, aux États-Unis, en Angleterre, en Russie, en Espagne, en Turquie, en Italie, en Autriche, en Belgique, voyages effectués pour le compte de la Société des Zincs de la Vieille Montagne. Le succès de ces dessins - qui, dans la suite, furent lithographiés - fut des plus vifs. Si bien que l'on écrira, dès 1880 (Pierre et Paul. Draner dans Les Hommes d’Aujourd’hui, 5e vol., n° 232 paru vers 1880. N° spécial consacré à Draner), « Monnier a créé M. Prudhomrne et Robert Macaire, Gavarni a peint, comme l’on sait, les Lorettes et les enfants terribles, Cham a continué les bourgeois de Monnier en en multipliant le type ; Draner, lui, tient le troupier ».
      Ses Types militaires de toutes les nations qui forment une série de cent trente-six lithographies coloriées, datées de 1860 à 1864, peuvent être vues, en partie, au Cabinet des Estampes de la Ville de Liège et à la bibliothèque de notre Université. Il s'agit, selon nous, de la plus belle série d'œuvres qu’ait conçue notre artiste. Voyons un exemple. La planche 25, Prusse 1863- Infanteríe de Ligue (coll. Université de Liège) nous montre un officier, bras croisés, qui regarde marcher une recrue, poitrine bombée, nez en l'air. Le jeune soldat porte un casque à pointe énorme sur lequel une hirondelle est venue se percher. Il y a là un véritable humour, tant dans le mouvement outré du soldat que dans le visage, bouche bée, pif au vent sur lequel sont venues se poser des mouches qu’il n'ose chasser. Les couleurs franches ~ rouge, jaune, bleu - mais bien associées renforcent tant le ridicule de l’attitude que la stupidité d’une tête cependant sympathique. L’arrière-plan - un petit paysage brillamment esquissé - est d'une grande finesse de dessin et de teinte. C'est à partir d’œuvres semblables que 1’on perçoit ses qualités de caricaturiste.
      Dans Le Rire (éd. Alcan, 1924, pp.26 et 27), Bergson écrira :
      « Si régulière que soit une physionomie, si harmonieuse qu’on en suppose les lignes, si souples les mouvements, jamais l’équilibre n'en est absolument parfait. On y démêlera toujours 1’indication d'un pli qui s’annonce, l’esquisse d’une grimace possible... L'art du caricaturiste est de saisir ce mouvement parfois imperceptible, et de le rendre visible à tous les yeux en l’agrandissant. Il fait grimacer ses modèles, comme ils grimaceraient eux-mêmes s'ils allaient jusqu’au bout de leur grimace. Il devine sous les harmonies superficielles de la forme, les révoltes profondes de la matière. Il réalise des disproportions et des déformations qui ont dû exister dans la nature à l’état de velléité, mais qui n'ont pu aboutir, refoulées par une force meilleure ».
      Draner n'avait-il pas ce don de « forcer » le détail que peu d’entre nous perçoivent? L’œuvre décrite le prouve.
      Mais le dessin caricaturé d'une tête ne suffit pas à notre artiste, il le renforce par des couleurs judicieusement employées. De plus, il sait l'importance de l’attitude dans le rendu psychologique d’un individu ; il sait également ce que la coupe d’un costume, le ridicule des plis ou l’imprévu des tons ajoutent à l’expression.
      Ainsi, Draner a su jouer ~« et avec quelle maitrise - de toutes les possibilités de l’art du caricaturiste. D'autre Types militaires le confirment, telle cette planche intitulée : Belgique 1864 - Officier des Guides (coll. Université de Liège) où l’artiste pour mieux rendre la vanité, la force sûre d’elle-même de l’officier, l’a, place devant un laquais haletant et prêt à bomber, le contraste étant encore renforcé par l’opposition entre les couleurs très voyantes de l’habit de l’officier et celles très ternes de l’habit du laquais. L’imbécilité en marche... invincible.
      Pour en terminer avec cette remarquable série de Types militaires, nous parlerons encore d'une très belle planche intitulée : Bavière 1860, Infanterie de Ligne (coll. Université de Liège). Rarement, truculence et malice furent mieux rendues. Truculence d'un énorme soldat bavarois, débraillé, buvant son verre de bière - le quantième ? - ; malice du cafetier installé derrière son comptoir et regardant son client.
      Mais une chose nous intéresse particulièrement dans cette œuvre, c'est le rendu de tout l'arrière-plan, cafetier compris, traité dans les gris et les sépias. En effet, tant dans la manière de rendre les différents objets et l’atmosphère qui baigne la scène que dans la façon d’exprimer la psychologie d'un individu dans ce qu’elle a de momentané - ici le regard malicieux du cafetier - nous pressentons Philippet. Or, nous sommes en 1860 et Philippet n’entre à l’Académie de Liège qu'en 1862. Ce faisant, nous pensons à l’importance qu'accorde M. Roberts-Jones à la caricature dans le développement du réalisme et des courants ultérieurs en France. Nous ne pouvons que confirmer ses idées.
      Draner a également créé les modèles de nombreux costumes comiques pour les théâtres du Châtelet, des Variétés et des Folies-Dramatiques. Notamment, ceux de la plupart des œuvres d’Offenbach (La Grande Duchesse de Gérolstein, La Vie Parisienne, Les Brigands, La Périchole, etc.), de nombreuses opérettes en vogue et des grandes féeries des théâtres de la Porte Saint-Martin et de la Gaité. Il travailla aussi pour les deux grands ballets que joua l'Eden-Théâtre, lors de son ouverture : Excelsior et Siéba_ Le Cabinet des Estampes de la Ville de Liège possède trente-deux aquarelles de Draner, qui racontent la carrière théâtrale d’un autre Liégeois, José Dupuis, au Théâtre des Variétés où il fut engagé des 1861 (José Dupuis, né à, Liège le 18 mars 1833, ira à Paris en 1854. Après avoir débuté au Théâtre Bobin, il jouera aux Folies-Nouvelles (1857) pour aboutir, en 1861, au Théâtre des Variétés ). Parmi ces souvenirs, nous trouvons des costumes créés par notre artiste pour Lili (1862), La Belle-Hélène (1864), Barbe bleue (1866), La Grande Duchesse de Gerolstein (1868), La Périchole (1868), Les Brigands (1869), Le Trône d’Ecosse (1870), Les Merveilleuses (1873), La Boulangère a des écus (1875), etc.
      Étant donné l’impossibilité de juger cette partie importante de l’œuvre de Jules Renard au seul vu de ses dessins aquarellés, nous nous bornerons à reproduire ici le jugement d'Émile Bayard (La caricature et les caricaturistes. Paris, 1900, p. 203-210) lequel écrit que ses costumes comiques sont « d’intelligence particulière, car ils nécessitent un tact spécial, un sentiment fin du grotesque qui, en aucun cas, ne devra s’éloigner par trop d’un charme général. La moindre exagération tendrait au commun et tuerait l’effet d’ensemble ; il faut donc procéder sagement dans son idée bouffonne, dissimuler adroitement son ironie sous d’aimables couleurs »
      Émile Bayard ajoute : « Certaines de ses compositions sont restées légendaires : l'amiral suisse de La Vie parisienne, les lanciers du Petit Faust, les carabiniers des Brigands, le général Boum de La Grande Duchesse de Gérolstein, sont des créations inoubliables de l'artiste ».
      Nous l’avons dit, la période qui va de 1860 à 1890 fut particulièrement favorable au développement d’une caricature que suscitaient les bouleversements constants et les difficultés politiques de la France; elle le fut également pour la satire des mœurs qui englobe tous les personnages de la « Comédie humaine », tous les aspects de leur vie au jour le jour, qui s'intéresse aussi à toutes les branches de l’activité sociale de l'époque.
      Pendant longtemps Cham dessina « l’anecdote parisienne » dans le Charivari. Jules Renard lui succéda en 1879 sous le pseudonyme de Paf. Il remplaça aussi Grévin et Gautier au Journal amusant et au Petit Journal pour rire. Il travailla également pour l'Éclipse, le Monde comique, le Paris comique, l’Univers illustré, l’Illustration, le Monde illustré, le Saint-Nicolas, l’Esprit-Follet et, avec Robida, il rédigea presque entièrement la Caricature, premier journal important du genre qui vit le jour le 4 novembre 1830.
      Ce qui frappe, avant tout, dans ces centaines d’illustrations que Jules Renard fit pour ses nombreux journaux, c'est la facilité d’invention, la fantaisie sans cesse renouvelée qui rend compte des menus faits de la vie par petits carrés de dessins. Le Cabinet des Estampes de Liège possède 852 de ces « carrés » faits à la plume avec verve et spontanéité. Quant à la bibliothèque de l'Université de Liège, elle possède un grand nombre de dessins publiés, extraits des journaux de l’époque.
      Avouons-le, nous ne rions plus guère à la lecture et la vue de ces illustrations cependant bien dessinées. Cette constatation vaut d’ailleurs pour la plupart des dessinateurs parisiens de l’époque : Cham, Bertall, Henriot, Hadol, Moloch, Marais, Mars, etc.
      Comme le remarque si bien Monsieur Léon Dewez (Lettre adressée à M. Edouard Remouchamps, le 7 janvier 1955 ; Archives du Musée de la Vie wallonne) :
      « Leur esprit nous parait aujourd’hui d'une touchante puérilité alors qu’il visait à l'audace et à la rosserie ce médiocre gros sel de Labiche dans Le plus heureux des Trois, ce médiocre vaudeville. Leurs dessins correspondent aussi en art à ce que représente Paul de Kock en littérature et la distance est grande, très grande même, entre leur art facile, sans profondeur et celui des grands maitres de la caricature française de la 1e moitié du 19e siècle que souvent ils s'efforcent d'imiter : les Déveria, les Gavarni, les Grandville, les Henri Monnier, les Travies et le plus génial de tous : Daumier. ».
      Ajoutons toutefois que, si les dessins de Draner manquent évidemment de profondeur, ils ne sont cependant pas dénués d'autres qualités; quoiqu’anecdotiques, ses œuvres, répondent bien aux nécessités de la caricature : observation rapide et juste des attitudes, gestes et expressions d’un instant ainsi que leur transcription prompte et souple.
      Ce sont ces mêmes qualités et défauts que nous retrouverons dans les nombreux ouvrages que Draner a illustrés. Comme nombre de caricaturistes du temps, Jules Renard dessina les événements de 1870 qui virent l’invasion de la France et la fin du Second Empire.
      Ainsi parut son Paris assiégé ~ Scènes de la vie parisienne pendant le siège ou notre artiste s'intéresse surtout aux difficultés alimentaires du moment, laissant pour compte le tragique d’une guerre qui lui inspire même dans Souvenirs du siège de Paris - Les défenseurs de la capitale, une planche d'humour noir. On y voit, en effet, un infirmier de la Croix-Rouge qui regarde le combat et pense : « Pourvu qu'ils ne me donnent pas trop de besogne ». Toutefois, dans un troisième volume : Les Soldats de la République - L'Armée française en campagne, Draner montre par l'attitude et par la légende le courage des Français, non sans tomber souvent dans la grandiloquence.
      Comme on le voit, Jules Renard ne retient des faits tragiques de son époque que l'anecdote. Lorsqu'il veut devenir épique, il n’arrive qu'à nous faire sourire de sa naïveté. Nous sommes loin d'un Goya ou d’un Daumier ! Aussi bien son talent convient-il mieux à l’illustration d'ouvrages secondaires, tel que Le 145me Régiment de Maxime Aubray dont le bibliothèque de l'Université de Liège possède les dessins originaux et dans lequel on retrouve son interprétation railleuse de la vie militaire. Draner a également illustré les Contes d’Armand Sylvestre, la Nouvelle vie militaire d'Adrien Huart, les exploits burlesques du Colonel Ramolløt de Charles Leroy, les œuvres de Pierre Véron, Le Monde où l’on s’ennuie pièce de Pailleron, etc.
      Il fit aussi des dessins dans les marges d'éditions de luxe parues chez Conquet, Rondeau et Belin. Enfin, il travailla pour un grand nombre d’almanachs parmi lesquels celui des Parisiennes où il succéda à Grévin qui l’avait créé. En outre, il a collaboré à l’Annuaire militaire de Roger de Beauvoir et créé une série de quarante-sept planches en couleurs intitulées : Types dramatiques et carnavalesques, des Types de l’exposition universelle de Paris de 1867, ou il critiqua, non sans finesse, les excentricités exotiques de la mode du moment. En 1878, Draner réédita, chez Vanier, un petit album comique de trente-deux lithographies intitulé : A l’Exposition ! chez Vanier encore, il publiera un album de costumes de carnaval coloriés, dessinés par son fils mais d'après ses aquarelles et précédé de Conseils sar l’art de se costumer et sur le Choix d’un costume, selon son physique et son caractère et d'après les lois du goût. Notons enfin qu'il a laissé, sans les signer, de nombreuses chromolithographies pour enfants.
      Inventant sans cesse, Draner fit encore de nombreuses aquarelles isolées. Le Musée de la Vie Wallonne en possède quinze. On y retrouve ses qualités habituelles : attitudes bien saisies, sentiments d’un instant rendus avec verve tant par le dessin que par la couleur qui le renforce. Parmi ces aquarelles, nous en citerons surtout une intitulée : France 1869 Garde nationale à cheval - Inspection générale intime avant la grande guerre. On y voit une bonne au sourire amusé - de connivence avec le spectateur de la scène - tenant une glace dans laquelle le militaire se mire. A gauche, sa femme - admirative - donne un dernier coup de brosse sur l’habit de son mari. Comme dans ses Types militaires auxquels, par son sujet, cette aquarelle s’associe normalement, Draner a su différencier avec finesse les attitudes et expressions des trois personnages. Avec la servante, nous nous moquons de la vanité du « beau militaire » et de l'admiration naïve de son épouse. En outre, nous admirons la justesse du dessin et des rapports de couleurs adéquates à l’expression.
      Nous avons fait le tour de l'énorme production d'un artiste qui, ne l’oublions pas, ne créait que durant ses heures de loisir et qui, malgré cela, a joué un rôle important dans la presse et le théâtre parisien du Second Empire et de la Troisième République. Né caricaturiste, Jules Renard, autodidacte, rendit, dès son plus jeune âge et jusqu’en 1861, les multiples aspects de la vie sociale à Liège. Dès ce moment, toutes ses qualités – qui s'affirmeront à Paris – s’y révèlent dans leur ensemble, à savoir sa facilité à rendre l’attitude et l’expression caractéristique du visage d’un individu à un moment déterminé. Que peut-on retirer de sa collaboration aux différents journaux de l’époque, de ses illustrations de livres ou d’almanachs et de ses recueils de planches des années 1870 ? Un compte-rendu de la vie journalière de son époque qui, ajouté aux témoignages dessinés de ses confrères, nous donne un précieux instrument d’investigation de la société de Ia seconde moitié du 19e siècle.
      Y trouver plus serait surestimer cet artiste dont l’esprit de pénétration de la psychologie humaine ne va, pas au-delà de l’anecdote. Ce serait également surestimer son dessin qui, s’il révèle les qualités d’un authentique caricaturiste, est trop refermé sur lui-même, trop attaché à la lettre pour nous valoir de véritables œuvres d’art. Et cependant, trois feuilles de dessins appartenant à la bibliothèque de l’Université de Liège renferment vingt-cinq croquis de haute qualité. Autant les premiers publiés dans les journaux ou livres de l'époque apparaissent figés dans leur attitude et expression cependant fidèles autant ces croquis ou le trait ouvert se délie, se relâche puis se reprend, nous donnent une impression de vie. Et de penser, avec regret à ce qu'aurait pu devenir l’art de Draner poussé dans cette direction, celle ou le mouvement est surpris et fixé dans un instant fugace ! (p. 173). Cette qualité nous apparait encore dans sa série de lithographies sur les Types militaires. C'est que leurs attitudes dessinées au 19e siècle sont également celles du nôtre. Des lors, le trait peut se refermer pour conférer au geste ce caractère intemporel qu'est le sien. En outre, l’intelligence de la composition, la déformation bien pensée et naturelle des corps, la finesse et la justesse de perception des traits du visage, la sureté d’un coloris, employé à propos, confèrent à ces planches une qualité d’introspection psychologique doublée d’une haute tenue artistique qui font de cette série une des productions du genre des plus importantes non seulement de la seconde moitié du 19e siècle mais du siècle tout entier. L’intérêt de ces lithographies s’accroît encore - et nous l'avons déjà signalé - du fait que toutes ces planches (le n° 25 en particulier) annoncent, une dizaine d'années avant Philippet (par un réalisme évolué, soucieux de rendre surtout sensible l’atmosphère d’un lieu déterminé et d’une expression momentanée), le mouvement impressionniste, mouvement qui, en fait, tend à pousser le réalisme dans ses dernières conséquences
      Dès lors, on cerne mieux l'intérêt de 1'oeuvre d'un Jules Renard, il se place dans une longue lignée d'artistes mosans qui, comme lui, et avec des mérites divers, poussèrent le réalisme jusqu’à la satire. Le Fíloguet de Lambert Lombard n'est-il pas le modèle exemplaire de cette tendance qui caractérise notre race ? C’est possible, toujours est-il que le 19e siècle mosan vit se développer cette attitude. Une Vingtaine de journaux satiriques ne furent-ils pas publiés à, Liège durant la seconde moitié du 19e siècle ?
      Ajoutons à cela l’importance que Maurice Bonvoisín – dit Mars - né à Verviers - aura dans le développement de la caricature en France; n’oublions pas non plus que Philippet lui-même fit, au cours de l'année 1868, des dessins satiriques pour la revue artistique et littéraire estudiantine le Parterre. Nous connaissons enfin des caricatures d’Adrien de Witte, des pastels satiriques d’un certain H. G. qui travaillait à Liège en 1870, les terres cuites de Léopold Harzé et j’en passe.
      Ainsi se dégage une des constantes de notre génie qu'il serait intéressant d’étudier plus à fond et que Jules Renard a si bien représentée.

       

Acquisitions

Bibliothèque nationale de France.

Liège, Cabinet des Estampes.
Liège, Musée de la Vie Wallonne.
Liège, Collection de l’Université (Bibliothèque)