Biographie

Parents belges.
Par sa mère, petit-fils du musicologue François-Auguste Gevaert, l’auteur de « Vers l’avenir »

Fils de l'historien d'art Hippolyte Fierens-Gevaert (1870-1926).

Lorsque son père fut appelé à l’Université de Liège, il s’installa à Bruxelles et c’est là que Paul Fierens fit ses études :
- Humanités classiques au Collège Saint-Michel
- 1914. Institut Saint-Louis. Candidature en philosophie et en philologie classique.
- 1921. Université libre de Bruxelles. Doctorat en droit.

1921-1934.

Vit à Paris

Epouse une Française.

Fait des débuts brillants dans le journalisme et les belles-lettres.
* 1909-1914. Collabore à la revue Durendael.
* 1912-1914. Collabore à la publication Le Catholique.
* 1914. Collabore à La Nef.
 

 De 1919 à 1927. Fait paraître quatre recueils de poésies.
- Le Ciel et la Terre 1 vol de 104 pp. Bruxelles, Les Cahiers Indépendants, 1919.
- Prisme de Cristal, 1 vol de 52 pp. Bruxelles, Éditions littéraires de l’Expansion belge. 1921.
- Grímberghen. 1 vol. de 40 pp. Bruxelles et Paris, Éditions de la Jeunesse nouvelle, 1922.
- Ligne de Vie. 1 vol. de 56 pp. Paris, Les Écrivains réunis, 1927.
[On rapporte que Paul Fierens se définissait lui-même ‘un poète mort jeune en qui le critique survit »]
Critique littéraire dans « Candide ».

Sa vie durant, Fierens poursuit une activité artistique intense.

* A noter un feuilleton bimensuel dans le Journal des débats pendant 15 ans. En outre, parmi bien d’autres collaborations, d’importantes contributions aux Nouvelles Littéraires, à The Art News (New York), La Nouvelle Revue française, der Cicerone (Leipzig), etc.

 

1926.
Parution de « La peinture et les peintres »

Décès de son père en fin d’année.

* S’occupe de la publication d’un ouvrage posthume : Histoire de la peinture flamande des origines à la fin du XVe siècle, le troisième volume étant achevé par le fils.

Sa réputation croissante et son autorité déjà internationale le désignaient à la succession académique de Fierens-Gevaert.
1927.
Professeur à l’Université de Liège.
- Dès le  5 janvier 1927, il est chargé de faire, à 1'Institut supérieur d'Histoire de l’art et d'archéologie les cours d'histoire de l’art aux temps modernes (candidature), d’histoire de l’architecture, de la sculpture, de la peinture et des arts appliqués dans les temps modernes (licence), d'esthétique et philosophie de l'art (candidature et licence).
- 1928
L'année suivante, le 29 mars, il est chargé du cours d'esthétique et philosophie de 1’art à l’Institut supérieur de pédagogie.

1930
- Le 8 septembre 1930, on lui confie également le cours d'esthétique de la licence en philosophie et il est rattaché à la Faculté de philosophie et lettres.

1937
 Le 4 novembre 1937, Paul Fierens sera nommé professeur à l'Institut supérieur d'histoire de l’art et d’archéologie, à la date du 1°' octobre 1936.
- Si 1’on ajoute le cours de notions d'histoire de l'art et d'archéologie (partim, art du Moyen Age, de la Renaissance et des Temps modernes), cours des candidatures de la Faculté, et sans parler d’autres enseignements dans diverses institutions (Institut supérieur d'histoire de l'art et d'archéologie de la rue du Musée à Bruxelles, Chapelle musicale reine Elisabeth, leçons à l’Ecole du Louvre, missions de professeur d'échange auprès des Facultés des lettres des Universités de Montpellier,1930 et d'Aix-en-Provence, où il se rend régulièrement à partir de 1932), on jugera que les charges professorales de Paul Fierens étaient à elles seules bien absorbantes !

Collaborations aux Nouvelles Littéraires, à Candide, à. L’Intransigeant, aux Cahiers d'Art (Paris), à Durendal, à Sélection, à Variétés, à Beaux-Arts (Bruxelles), à Dedalo (Florence), à Der Cicerone (Leipzig), à The Art News (New-York), etc.

1933.
Chevalier de la Légion d’Honneur.

1934.
Revient s'installer à Bruxelles, qu'i1 ne quitta plus jusqu'à sa disparition prématurée en 1957.

1945.
Nommé des Musées royaux des beaux-Arts.

1947.

Nommé conservateur en chef des Musées royaux des Beaux-Arts.

D'année en année, les honneurs et les distinctions ne cesseront pas de lui venir :
- membre correspondant de l’Institut de France (classe des beaux-arts)
- membre correspondant de l'Académie des Beaux-Arts de Lisbonne
- docteur honorís causa des Universités d'Aix-en-Provence et de Montpellier
- membre et directeur de la Libre Académie de Belgique (Fondation Edmond Picard)
- président de l'Association internationale des critiques d'art depuis sa fondation en 1949
-président du Comité belge de l'ICOM (Conseil international des musées, qui lui confie également la présidence de la Commission pour le traitement des peintures)
-et la liste n'est pas exhaustive.

Pendant les dix dernières années de sa vie, Paul Fierens fut, dans le monde international des arts, une personnalité de tout premier plan. Aussi peut-on dire qu’à l'annonce de sa disparition brutale, le 2 mars 1957, la consternation s'étendit bien au-delà de nos frontières, à la mesure de la réputation qu’avait acquise ce maître aimé de tous, frappé par un mal cruel, à 1’âge de soixante et un ans, au sommet d'une carrière déjà si bien remplie.`« Toute la Belgique intellectuelle, rapporte une notice nécrologique, assista aux funérailles de ce grand vivant. Son corps repose dans le caveau de famille, au cimetière d'Evere.

Ouvrage(s)

Bibliographie texte

  • Texte de présentation

    • - Philippe Minguet in Liber Memorialis de l’Université de Liège, 1936-1966. Liège, rectorat à l’Université, 1967, pp. 175-178.

      Auteur de travaux brillants et solides, professeur diligent et écouté, collègue officieux et charmant, Paul Fierens fit servir ses dons à d’autres tâches encore que celles qu’il remplit si bien à l'intérieur de notre maison. S'il fallait préciser le rôle qu'il tint pendant quarante ans, avec une autorité sans cesse grandissante, on pourrait dire peut-être que Fierens fut avant tout un grand animateur de la vie artistique. Faut-il dire que ce rayonnement fut pour quelque chose dans 1'action exercée sur ses élèves par un homme sensible et présent à l'époque comme l'était leur professeur ? Nul effort d'adaptation n’était nécessaire, et c’est tout naturellement, avec la même aisance, qu'il présidait au vernissage d’une exposition, qu'il discutait dans une réunion d'experts, qu'il visitait un atelier d’artiste, et qu'il faisait découvrir à ses élèves cet univers des formes dont nul ne songerait plus à contester aujourd’hui qu'il constitue une des parts les plus sûres de notre patrimoine spirituel. L'Art et la Culture, pour Fierens, n'étaient pas seulement des objets d’étude, mais des raisons de vivre.
      On a fait allusion plus haut à l’œuvre poétique de Paul Fierens, et au fait que les circonstances freinèrent quelque peu son développement normal. Ce n'est pas à dire qu'il faille négliger la valeur propre de cette partie des réalisations si nombreuses de Fierens, et c'est avec raison que Robert Guiette lui a fait une bonne place parmi les quelque trente noms qui figurent dans ses Poètes français de Belgique : « Nul ne crée, écrit notre éminent collègue gantois, avec des images d'un baroque plus actuel des poèmes d’un équilibre aussi dépourvu d'inquiétude. » Si nous rappelons, en outre, qu'Iwan Gilkin, il y a près d’un demi-siècle, salua, dans une causerie chaleureuse, le talent du jeune poète, c'est parce que cet aspect de la riche personnalité de Fierens ne nous paraît pas étranger à ce qui allait être de plus en plus le principal de ses activités. Au reste, le grand critique d'art se retrouverait dans cette partie de l'œuvre, par exemple dans tel poème de 1929, intitulé Visite à Chagall, et dont on nous permettra de citer au moins les derniers vers :
      Bonjour, Chagall, qui n'avez peur
      Ni d'une rose vraiment rose
      Ni de la vie vraiment vécue
      Ni de ne pas écrire en prose,
      Ni de peindre votre bonheur.
      Outre que le portrait moral évoqué ici aurait pu être aussi bien celui de l'auteur, ces vers nous invitent à rappeler l’importance qu'a eue dans la formation de Fierens son long séjour parisien (1921-1934), à l’heure précisément d’une grande fermentation des arts et des lettres. Le futur professeur d'art moderne eut l’immense avantage d’être intimement mêlé, durant de longues années, dans la capitale des arts, aux milieux picturaux, littéraires et musicaux où se forgeaient les styles nouveaux. Paul Fierens devait y nouer de solides amitiés avec des écrivains comme Jean Cassou, Raymond Cogniat, René Huyghe, Jean Cocteau, Maritain, etc., avec des peintres illustres comme Chagall ou Braque, sans oublier les musiciens du Groupe des six; car Fierens fut toujours mélomane éclairé (c'est grâce à la bienveillance du conservateur que les Concerts de midi s'établiront rue de la Régence). Dans ce Paris des «armées folles », Fierens sut raison garder, et, s'il fut toujours a l'avant-garde, dans ce qu’on a appelé «le combat pour Part vivant» jamais il ne sacrifia au verbiage ni aux paramystiques à la mode. Sa clairvoyance n'avait d'égale qu’une générosité dont témoignent les innombrables chroniques, notices et préfaces de catalogues - toujours écrites dans une langue soignée et savoureuse - que Fierens aura prodiguées, et qui constitueraient, si on pouvait les réunir, avec sa correspondance et ses conférences, un précieux témoignage sur la vie artistique de quarante années. On ne s'étonne pas d'apprendre que c'est par acclamation enthousiaste que Paul Fierens fut porté à la présidence de l'importante Association internationale des critiques d'art (A.I.C.A.), lors de la fondation de cette société, en octobre 1949 ; les quelque deux cents spécialistes, représentant une douzaine de pays, alors réunis dans la grande salle de l'Unesco, avenue Kléber, n'eurent qu'à se féliciter d’un tel choix, tant Fierens réunissait de qualités pour les tâches parfois délicates d’un président de grandes assemblées, qualités qui éclatèrent à Venise, Amsterdam, Zürich, Dublin, Istanbul, Oxford, Dubrovnik, etc.
      Cette autorité, chez un homme qui croyait sincèrement aux relations internationales, et qu'on trouvait aussi dispos à New York que sur le Bosphore, Paul Fierens l'avait acquise rapidement.
      En 1931, à Pontigny, lors de l’importante Décade du baroque, qu'il avait contribué à organiser avec Eugenio d'Ors, le jeune maître frappa le public choisi des célèbres Entretiens par son intelligence souveraine et par l'étendue de sa culture. Le tact, la bienveillance, l'ouverture d'esprit, de Paul Fierens trouvèrent aussi à s'employer lorsqu'il fut promu aux hautes fonctions de conservateur en chef de nos musées royaux des beaux-arts. Son action, en quelques années, y fut décisive, non seulement pour l’acquisition de maintes œuvres importantes, mais encore pour une conception vivante et moderne du Musée. Président de la Diffusion artistique, il élaborait lui-même avec soin le programme des conférences. La ferveur qu'il mettait à commenter lui-même, dans les salles, nos Bruegels et nos Rubens n’avait d’égale que l’acharnement qu'il mit à défendre nos collections modernes, si maltraitées par les travaux de l'Albertine. Notons encore que Fierens est également à l'origine des Archives de l'art contemporain en Belgique.
      Les articles publiés par Fierens dans le savant Bulletin des musées royaux des beaux-arts attesteraient à eux seuls que leur auteur fut autre chose qu'un critique d'art de grande classe : un historien de Part capable d'appliquer la même probité scientifique à l’étude monographique et aux larges synthèses. S'il nous a paru bon d’aborder en dernier lieu la carrière académique de Paul Fierens, c’est parce que son activité de poète, puis de journaliste et de critique, et enfin de conservateur, conféra à son enseignement et à ses travaux une qualité particulière. Avec quelle compétence le professeur ne parlait-il pas des grands courants de l'art contemporain, lui qui avait été, pour ainsi dire, étroitement mêlé à leurs développements ! C’est, de même, en connaissance de cause qu'il préparait ses disciples à leurs futures fonctions de chercheurs, de muséologues et d’archivistes, lui qui fréquentait les œuvres autant que les documents. Sans doute, avec l'évolution de ces disciplines, peut-on concevoir d'autres façons d'enseigner et de promouvoir l’étude des matières dont Fierens avait la charge. Lui-même avait demandé, en raison de ses fonctions de conservateur, d'être décharge, en 1949, de ses cours d'esthétique, qui furent repris par Arsène Soreil ; le livre qu’il avait publié quelque temps auparavant sous le titre Les grandes étapes de l’esthétique, exposé clair et didactique, n'en montre pas moins, malgré la modestie explicite de son propos, que Fierens dominait parfaitement les questions de la philosophie de l'art et du beau. Nous avons sous les yeux un des quelque quatre cents feuilletons qu'il donna au Journal des débats : c'est une analyse magistrale du difficile ouvrage de Bayer sur l'Esthétique de la grâce.
      Mais c’est surtout l’enseignement de l'histoire de l'art, de la Renaissance à nos jours, qui passionnait Paul Fierens. De sa voix chaude et chaleureuse, avec la finesse de touche des peintres français du dix-huitième, - qu'il prisait autant, dans son éclectisme, que les plus violents des expressionnistes flamands -, le maître aura commenté, pour trente générations d’étudiants, les plus hauts moments de l'art occidental moderne. Sa bibliographie témoigne de l’ampleur de ses connaissances : on y trouve des études aussi bien sur Memling que sur Permeke, sur Rembrandt que sur James Ensor, sur les Le Nain que sur Paul Delvaux, sur le cubisme que sur le paysage romantique. L’architecture, la sculpture, la tapisserie, la céramique, autant que la peinture, furent explorées par lui avec un goût très sûr et le génie d'aller toujours à l’essentiel. Sa curiosité, qui le poussa à défendre et à faire accepter l’art non figuratif, l’entraînait aussi à explorer certains domaines de l'art ancien longtemps méconnus, comme le montrent ses belles études sur Le fantastique dans l'art flamand ou Chaires et confessionnaux baroques. Sans doute peut-on regretter, avec M. Pierre du Colombier, que les nombreuses tâches qu'il dut assumer ne lui permirent pas de donner tous les grands ouvrages auxquels il pensait et «qui eussent été à la mesure de sa science et de son intelligence ». L'ampleur et la diversité de sa production ne l’empêchèrent cependant pas de rédiger des ouvrages aussi solides que, par exemple, sa synthèse sur L'art flamand dans la sévère collection «Arts, styles, et techniques»  Mais c’est assurément dans les chapitres très fouillés sur le mouvement des arts aux XIXe et XXe siècles, chapitres couronnant le monumental ouvrage sur L'art en Belgique publié sous sa direction, qu'on trouve dans tout leur éclat les qualités de style, de pensée et de goût par lesquelles Paul Fierens s'était acquis l’admiration et l’amitié de tous, à Liège, en Belgique, à l’étranger.