Historique

* Fondé par Félicien Rops, ce cercle s’adresse exclusivement des graveurs à l’eau-forte.

- Texte mis en ligne sur le site du Musée Rops à l’occasion de l’exposition Rops et la Société internationale des aquafortistes en 2000.
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La Société internationale des aquafortistes fut officiellement fondée le 4 décembre 1869 à Bruxelles. Principal artisan de ce projet, Félicien Rops avait l'ambition de transmettre en Belgique son expérience de "l'eau-forte moderne" acquise à Paris dans le cadre stimulant de la Société des aquafortistes. Il voulait créer une association internationale de graveurs et souhaitait que la Belgique devienne un carrefour européen et se mesure aux recherches nouvelles dans le domaine de l'estampe. Intégré dans le réseau d'artistes et de critiques français liés au renouveau de l'eau-forte, Rops jouait un rôle d'intermédiaire entre Paris et Bruxelles et comptait le faire fructifier dans le cadre de cette Société internationale des aquafortistes. La guerre franco-prussienne mit un terme à cette belle idée.

En 1874, Rops fut à l'origine de la renaissance de cette société. Dans les années suivantes, l'association réalisa ses objectifs de publication et d'exposition d'eaux-fortes. Mais entre-temps, Rops s'était définitivement installé à Paris et désintéressé de son œuvre. Faute de moyens financiers, de public et peut-être de talents, l'aventure de la Société internationale des aquafortistes s'acheva en 1877 sur un constat d'échec. Rops, que le gouvernement belge n'avait pas soutenu, ne cessa alors de valoriser son action en faveur de la gravure en Belgique et de constater son divorce avec un pays qui ne l'avait pas reconnu.
Quelle fut l'importance de cette société dans l'œuvre de Félicien Rops et dans l'histoire des arts en Belgique durant ces années 1870 ? Ces questions, auxquelles cette exposition veut apporter des réponses, n'ont jamais été abordées par la littérature spécialisée de façon approfondie.
Récemment, lors de la commémoration du centième anniversaire de la mort de Rops, les efforts conjugués de divers scientifiques belges et étrangers ont fait progresser la connaissance de l'artiste de façon considérable.
La consultation de cette correspondance de Rops très peu exploitée jusqu'en 1998, révéla une autre histoire de la Société internationale des aquafortistes, beaucoup plus complexe et intéressante. Elle permit également de saisir avec plus de justesse la vie et l'œuvre de Félicien Rops au début des années 1870. Comme Eugène Rodriguès devait l'écrire, il fut, à cette époque, un artiste "inquiet et désorienté", allant et venant de Thozée à Bruxelles, de Bruxelles à Paris," sans relâche, préoccupé, mécontent de lui-même, peut-être découragé, anxieux de son avenir …". S'il fut peu compris dans son pays et encore moins reconnu pour son œuvre et ses efforts, il vécut surtout d'infructueuses années de transition entre une carrière sans avenir en Belgique et une vie plus conforme à ses désirs à Paris. L'histoire de la Société internationale des aquafortistes est donc indissociable des interrogations et des tentatives manquées de l'artiste.
La Société internationale des aquafortistes fut parmi les groupes d'artistes qui marquèrent l'art belge des années 1870. Par l'intérêt que la critique lui accorda, elle s'intégra dans les débats artistiques de cette époque et fut le reflet des divergences entre les partisans d'un réalisme à la française et les gardiens des grandes traditions nationales. Si elle déçut bon nombre d'observateurs, elle réalisa pourtant son programme défini dans l'article 1 de ses statuts :"répandre et développer le goût de la gravure à l'eau-forte"en Belgique. A travers ses publications, elle permit en effet à de nombreux artistes de s'initier à cet art. Des critiques comme Camille Lemonnier s'intéressèrent à l'estampe. L'imprimeur François Nys enseigna autour de lui un savoir qui était inexistant auparavant en Belgique et contribua à la formation d'une nouvelle conception de la gravure. Rops mit son expérience au service des artistes belges et contribua à libérer l'eau-forte des carcans d'un romantisme figé.
L'arrêt des publications de la société interrompit le mouvement pour la gravure originale en Belgique. Mais cette association avait suscité des vocations de graveurs. Ces derniers purent ensuite transmettre leur savoir. Ainsi, Adrien De Witte fut un guide pour des artistes comme François Maréchal qui s'initia à l'eau-forte dans les années 1880. Rops fut un maître important pour le jeune Armand Rassenfosse. Théodore Hannon eut peut-être un rôle dans les débuts de graveur de James Ensor. Plus généralement, l'idée du groupe d'artistes perdura. Ainsi, les années 1880 furent marquées par la création de deux sociétés d'aquafortistes, toutes deux sous le patronage de la comtesse de Flandre : L'Association des aquafortistes anversois en 1880, puis la Société des aquafortistes belges fondée à Bruxelles en 1886. Elles consacraient le divorce entre Anvers et Bruxelles.
La dimension cosmopolite désirée par la Société fut réellement atteinte par le groupe des XX, fondé en 1883. Ouverts sur les avant-gardes européennes, Les XX surent faire de Bruxelles un centre important et international. L'estampe fut présente lors des expositions du groupe ; Whistler, Bracquemond, Ensor, Danse, Guérard, Finch, Rops et Marie Cassatt y montrèrent leurs eaux-fortes. Ils réalisèrent ainsi les véritables rêves du fondateur de la Société internationale des aquafortistes, une décennie plus tôt.