Historique

1868 (1e mars).
Un groupe de jeunes artistes,  jouissant déjà d'une certaine renommée, fondent la Société Libre des Beaux-Arts.

Quatre membres du comité de la Société des Artistes belges des plus actifs en sont les fondateurs: Edouard Huberti, Constantin Meunier, Charles Degroux, Camille Van Camp.

Il s'agit principalement de paysagistes influencés par l'Ecole de Barbizon et les réalistes sociaux : Louis Artan, Alphonse Asselberghs, Théodore Baron, Hyppolyte de la Charlerie, Marie Collart, Joseph Coosemans, Louis Dubois, Constantin Meunier, Charles De Groux, Edouard Huberti, Edmond Lambrichs, Jules Raeymaekers, Félicien Rops, Eugène Smits, Camille Van Camp, Henri Van der Hecht et Alfred Verwee.

Cette association, créée pour réagir contre l’emprise du peintre néo-classique Navez sur les élèves de l’Académie de Bruxelles,  dénonce l'académisme et plaide pour la liberté artistique et la peinture réaliste.
Ouvert, en principe, à tous les styles, il cherche surtout à promouvoir le réalisme en tant que style et théorie.

L'association organise 4 expositions : une en 1868 et trois en 1872.

Membres : e. a. Edouard Agneessens, Louis Artan, Alphonse Asselbergs, Théodore Baron, F. Boudin, Antoine-Félix Bouré, Paul-Jan Clays, Marie Collart-Henrotin, Joseph Coosemans, Charles Degroux, Hippolyte de la Charlerie, Louis Dubois, Adrien-Joseph Heymans, Edouard Huberti, Edmond Lambrichs, Paul Lauters, Constantin Meunier, Jean-Baptiste Meunier, Jules Raeymaekers, Félicien Rops, Eugène Smits, Camille Van Camp, Henri Van der Hecht, Isidore Verheyden et Alfred Verwée.

Trésorier : Camille Van Camp.

La majorité des membres le sont aussi du Cercle artistique et littéraire de Bruxelles et de la Société royale belge des Aquarellistes.

Comme la plupart des membres de la Société sont admis au salon de Bruxelles, le réalisme conquiert progressivement les milieux officiels.

La Société est soutenue par la revue « L’Art libre »

Après sa dissolution en 1875, plusieurs membres rejoignent La Chrysalide

 

1868.

(  /  -  /  ) Première exposition à la galerie du Roi, dans les locaux du Journal La Chronique.
* A côté des tableaux, elle présente également des études et des ébauches, afin de donner au public une idée des différents stades de la réalisation d'une peinture.

PRESSE :
- Stur Karl. Critique de l’Exposition de la Société libre des Beaux-Arts 1868, in Chronique, décembre 1868.

- A l'occasion de cette première exposition Arthur Stevens, frère des peintres'Alfred et Joseph publie un manifeste en faveur du réalisme sous le titre "La Modernité dans l'Art" :  https://books.google.be/books?id=aK1BAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false 

 

1872.

(  /  -  /  ) Bruxelles, La Société Libre des Beaux-Arts (deuxième exposition) collabore à une exposition de bienfaisance à Bruxelles.

(  /  -  /  ) Bruxelles, Cercle artistique et littréraire. Société libre des Beaux-Arts. Troisième exposition.
* e. a. Oyens David, Oyens Pieter.

(  /  -  /  ) Blankenberghe,                                          .Quatrième exposition de la Société Libre des Beaux-Arts.

 

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Une rétrospective de ses principaux adhérents eut lieu, en 1932 (12/11-04/12), au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
* Catalogue (140 p. ; 17,8 x 13,5 cm ; photo. n. / bl de quelques artistes) : textes de Gustave Vanzype et de Paul Colin.

 

1968.
(18/10-12/01/69) Bruxelles, M.R.B.A.: Réalisme et liberté. Les maîtres de la “Société Libre des Beaux-Arts”
* Agneesens Édouard, Artan de St Martin Louis, Asselberghs Alphonse, Baron Théodore, Boulanger Hippolyte, Boure Antoine-Félix, de Charlerie Hippolyte, Clays Paul-Jean, Collart Marie (Mme Henrotin), Coosemans Joseph, Dubois Louis, de Groux Charles, van der Hecht Henri, Hermans Charles, Heymans Adrien-Joseph, Huberti Édouard, Lambrichs Édmond, Lauters Paul, Madou Jean-Baptiste, Meunier Constantin, Oyens David, Pantazis Periclès, Portaels Jean, Robie Jean, Roelofs Willem, Rops Félicien, Smits Eugène, Stevens Alfred, Stevens Joseph, van Camp Camille, Vander Stappen Pierre-Charles, Verheyen Isidore, Verwée Alfred, Wauters Emile.
+ Van Strydonck Guillaume [à vérifier]
** Catalogue: préface de de Ph. Roberts Jones ; texte d'André A. Moerman, "Les faits et les hommes".
- Philippe Roberts-Jones, conservateur en chef. Préface.
En ce temps, en ce lieu, où le terme « culture » est devenu le slogan de tous ceux qui s’inquiètent du destin de la Nation, on est en droit d’espérer que les témoignages d’une tradition artistique séculaire -- seules réalités culturelles en fait - seront honorés enfin à leur juste valeur et dignement.
Une dynamique de la culture, avec ou sans qualificatif, mais qualifiée, devrait permettre à tout citoyen de contempler les fruits de la civilisation qu’il vit ou subit dans le cadre que ces objets appellent, sans avoir à rougir de conditions qui témoignent d’un degré de développement qu’il vaut mieux, cette fois, s’abstenir de qualifier dans une cité à prétention européenne.
Le département d’art moderne de nos Musées, fermé par l’Etat depuis dix ans pour cause de transformation, entame sa septième saison d’activité dans des locaux provisoires. Ceux-ci, salons d’une ancienne bijouterie à peine aménagée, poursuivent leur destin puisqu’ils abritent d'autres joyaux, moins classiques souvent, mais qui connaissent une fortune sensiblement plus grande. L’indice de fréquentation du public confirme l’excellence du site et la curiosité des amateurs, toujours plus nombreux, répond à une demande réelle.
Toutes les conditions se voient donc réunies pour rencontrer, au sein d’une société de consommation (contestée il est vrai, mais amendée en l’occurrence, puisqu’il s’agit de denrées spirituelles), le plus vif succès et satisfaire à une saine aspiration. Qu’attend-on dès lors pour réaliser, comme il se doit, les espaces nécessaires à présenter des collections qui méritent cet intérêt ? Il n’existe aucune objection valable, on le sait. Faut-il vraiment se résigner ?
Il y a cent ans, en 1868, une poignée d'artistes croyaient. En quoi ? En l’art, le vrai, le beau, Dieu, l’individu... Tout cela librement, avec l’avenir pour but. Peut-être croyaient-ils tout simplement à la vie, à l’œuvre à peindre ou à sculpter. Et ils avaient raison puisqu’ils vivent encore. Autour d’eux, les conventions, les combines, les politiques, les stratégies, les Salons, les grands principes et les faux problèmes, tout comme aujourd'hui, pontifiaient. Et tous ces beaux discours sont morts de froid dans les crevasses de leurs propres paroles, alors que Artan, Boulenger, Dubois, De Groux, Meunier, Stevens ou Rops, éclairent, émeuvent ou charment toujours. Que la Société Libre des Beaux-Arts soit dans l’histoire de la peinture belge un point de départ, une étape ou un aboutissement, elle fut en tout cas la prise de conscience nouvelle d’une sensibilité artistique dont la permanence et le rayonnement ne sont plus å souligner et dont aucune ligne fixe ne peut tracer la frontière ni dans le temps ni dans l’espace, ligne à la fois incertaine comme notre climat et multiple comme les jeux du soleil et des nuages.
Il y a cent ans, un groupe d'hommes voulait agir et créer, non pas selon des slogans agressifs, mais avec des couleurs vivantes. Si chacun a abouti suivant ses possibilités et avec des chances diverses, leur leçon commune fut féconde. Liberté et réalisme notre pays a souvent prouvé que ces deux vocables avaient un sens profond. La liberté, c’est d’être chacun ce que l’on est ; le réalisme, c'est de vouloir le devenir ensemble.

 

2016.

(19/02-26/03) Du romantisme à l’impressionnisme. La Société Libre des Beaux-Arts.
* Commissaire : Constantin Ekonomides

** Agneessens Edouard, Bellis Hubert, Boulenger Hippolyte, de Braekeleer Henri, Coosemans Joseph, De Blochouse Alexandre, de Groux Charles, de la Hoese Jean, De Simpel Bruno-Alphonse, Degreef Jean, Dubois Louis, Fontaine Victor, Fourmois Théodore, Hennebicq André, Hermans Charles, Heymans Adrien-Joseph, Lauters Paul, Oyens David, Robie Jean, Rops Félicien, Smits Eugène, Stevens Alfred, Stevens Joseph, Tschaggeny Charles, Tschaggeny Edmond, Van Camp Camille, Van der Hecht Guillaume

- Pierre Loze, texte de présentation sur le site de l’association.
La Société Libre de Beaux-Arts a été fondée par des artistes à Bruxelles, en 1868. Après l'opposition très démonstrative du romantisme au néoclassicisme, dans les années 1830, on a cru pouvoir interpréter la signification de sa création dans les mêmes termes et en faire cette fois un bastion du réalisme en opposition au romantisme et à l'académisme . Mais faut-il toujours regarder ce qui s'est fait en Belgique à la lumière des courants et des antagonismes successifs qui ont animé la vie artistique à Paris ? À y regarder de près, on s'aperçoit que la Société Libre de Beaux-Arts, dès sa création proclamait au contraire dans ses statuts qu'elle admet[tait] toutes les écoles et respect[ait] toutes les originalités. Constantin Ekonomidès a étudié en détail les œuvres des artistes très divers qui ont participé à cette Société qui se réclamait d'un climat de liberté complète, et en a réuni une quarantaine. Il voit au contraire dans sa fondation le premier acte d'indépendance des milieux artistiques belges par rapport au jeu des modes successives et le point de départ d'une volonté de tourner le dos à de vaines polémiques qui avaient empoisonné jusqu'alors la création des années antérieures, avec le désir de privilégier l'expression des talents au détriment de l'intrigue politique. Même si la Société fut dissoute assez rapidement en 1876, c'est à partir de ce moment en effet que s'est développé en Belgique un art plus authentique qui ne sera désormais plus réductible à l'art français et ce climat permettra notamment au luminisme belge d'éclore au sein même du réalisme, comme une expression originale, parallèle de l'impressionnisme français et bien différente par ses techniques. En se penchant de manière aussi précise sur cette courte période l'exposition entend éclairer ce moment que Paul Colin qualifiait comme un des sommets sinon le sommet de notre XIXe siècle.

Constantin Ekonomidès. Présentation de l'exposition sur le site de l'Association du Patrimoine.
L'exposition que propose l'Association du Patrimoine artistique tente de retrouver cet esprit d’ouverture et de tolérance artistique qui animait les expositions de la Société Libre, et qui anime toujours notre compréhension de la diversité de l'art de cette période. Elle comportera une sélection d'une quarantaine d'œuvres issues exclusivement de collections privées belges. Nous avons étendu nos recherches dans toutes les directions possibles à la recherche des œuvres marquantes d’artistes rarement associés à la Société Libre, afin de rendre justice à un certain nombre parmi eux injustement ignorés par les expositions organisées par le passé.
Ainsi nous présentons pour la première fois au public des dessins d’Alphonse Bruno De Simpel, réalisés aux environs de la forêt de Fontainebleau, des photographies inédites d’Alexandre De Blochouse, peintre et photographe, des dessins et aquarelles d’Edmond Tschaggeny, et des dessins de Camille Van Camp. L’exposition présentera également des œuvres inédites d’Agneessens, Bellis, Boulenger, Coosemans, de Braekeleer, de la Hoese, Hennebicq, Hermans, Heymans, Degreef, Dubois, Fontaine, Lauters, Oyens, Robie, Rops, Smits, Stevens, Van der Hecht et Wauters.
Ce projet auquel notre association avait de longue date consacrée tous ses efforts n’aurait pas pu se réaliser sans la complicité de collectionneurs privés qui ont consenti le prêt de leurs œuvres.
Nous tenons également à exprimer notre reconnaissance aux familles, descendants des peintres, mécènes et homme des lettres, qui ont été liés de près ou de loin à l’histoire de la Société. Notamment les descendants des familles d’Edmond et Charles Tschaggeny, de Jules Léquime, d'Alphonse Asselbergs, de Louis Dubois, d'Henri Olin et d'Edmond Picard, qui ont gracieusement ouvert leurs collections et donné accès à leurs archives familiales.
Pour conclure, citons trois œuvres majeures provenant des anciennes collections Jules Léquime, Prosper Crabbe et Jules Van Praet, qui furent parmi les plus importants collectionneurs de la fin du XIXe siècle en Belgique.
Les Ruines du Château de Keniworth de Guillaume Van der Hecht (ancienne collection, Jules Van Praet)
Jeunes enfants et leur bonne d’Edouard Agneessens (ancienne collection, Jules Léquime)
La lecture de Jean de la Hoese (ancienne collection, Prosper Crabbe)

Bibliographie liée

Bibliographie texte

  • Presse

    • - Constantin Ekonomidès Texte de présentation développée sur le site de l’Association du Patrimone artistique à l’occasion de l’exposition que cette association organise en 2016 (

      Du Romantisme à l’Impressionnisme. La Société Libre des Beaux-Arts (1868-1876) - Entre mythe et réalité
      Peu de sociétés artistiques qui ont animé la vie artistique à la fin du XIXe siècle en Belgique ont fait l’objet d’autant d’éloges dans la littérature spécialisée que la Société Libre des Beaux-Arts. La raison principale de cet engouement trouve son origine dans des articles dithyrambiques parus à l'époque dans les revues l’Art Libre (1872-1873) et l’Art Universel (1873-1876), revues qui furent l’une après l’autre ses principaux porte-parole. Ces articles étaient signés notamment par Émile Leclerc, Léon Dommartin, Henri Liesse, Camille Lemonnier et Lucien Solvay. Ils proclament la venue d’un art nouveau, le réalisme, et bannissent toute forme d’art dogmatique. Dans ce combat, la Société Libre des Beaux-Arts semble à leurs yeux l’outil idéal à la fois pour lutter contre les vieilleries du romantisme et de l’art académique [1] et pour consolider leur position de critiques d’art sur la scène artistique du pays. L’Art Libre n'hésitait pas à présenter Camille Lemonnier comme le représentant le plus accentué de la modernité [2].
      En 1881, au moment des premiers bilans sur l’art belge, Camille Lemonnier et Lucien Solvay dans leurs ouvrages respectifs réitèrent ce point de vue.
      Cinquante ans plus tard, en 1932, à la suite de cette première génération d’historiens de l'art, Gustave Vanzype et Paul Colin se penchent à leur tour sur l’art belge du XIXe siècle. Ils concluent que la Société Libre des Beaux-Arts, facilita vers 1867 l’affermissement du réalisme. Mais ils ajoutent aussitôt une nuance intéressante à savoir que par rapport au mouvement général d’opposition à l’art officiel, ce groupement ne fut qu’un épisode, un épisode décisif mais rien qu’un épisode [3].
      Cette observation de Colin et de Vanzype resta sans écho. Ainsi, au fur et à mesure que les publications sur l’art belge voient le jour, la Société Libre des Beaux-Arts se verra attribuer progressivement un rôle qu’elle n’a jamais eu et n’a jamais ambitionné d’avoir : celui de foyer d’art réaliste en rupture avec le romantisme, et contre les exagérations du romantisme, comme l'écrit plus précisément l’historien de l’art Georges van Wetteren. Son collègue, Paul Fierens, est convaincu, que les peintres réalistes de la Société Libre sont d’authentiques précurseurs de ceux de la Libre Esthétique.
      Louis Dubois, Félicien Rops, Charles Hermans, Louis Artan, Alfred Verwée, les protagonistes du réalisme en Belgique, furent en effet membres de la Société Libre des Beaux-Arts. Mais ils furent également à la même époque membres d’autres cercles artistiques, aussi et si pas plus importants que ladite société. Le cercle de la Patte de Dindon, par exemple, a eu une présence beaucoup plus longue sur la scène artistique du pays. Contrairement à la Société Libre des Beaux-Arts, ce cercle, sera exclusivement composé de peintres proches du réalisme. Mais son action en faveur du mouvement ira bien au-delà de l’organisation des expositions, en prenant en charge notamment la formation des jeunes artistes, tâche essentielle, selon le peintre Théodore Fourmois, l’un de ses plus anciens membres.
      L'interprétation historique qui assimile le réalisme à la Société Libre en rupture avec le romantisme et lui attribue un rôle en amont de l’impressionnisme doit sans doute être nuancée. Elle a engendré un certain malentendu dans l’histoire de l’art de la fin du XIXe siècle en Belgique, qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Les récentes publications sur la peinture belge concernant cette période continuent de conclure de la même façon : La Société Libre de Beaux-Arts s’est explicitement et pleinement positionnée en faveur du réalisme [4].
      Et ailleurs, ils se rebellent contre le joli, le romantisme et la toute-puissance des jurys officiels, au profit de la défense du réalisme et de l’anti académisme [5].
      En 1923 déjà, Fierens-Gevaert, conservateur des Musées royaux des Beaux-arts de Belgique, mettait pourtant en garde les jeunes historiens de l’art : Classés entre leurs meilleurs prédécesseurs et successeurs, rien dans leur art ne trahit leur attitude insurrectionnelle. [Les maîtres de la Société Libre des Beaux-Arts] incarnent leur temps avec une sérénité parfaite [6].
      Même quand certaines contributions actuelles nuancent quelque peu leurs propos sur le rôle de la société par rapport à l’émergence du réalisme en Belgique, on cite comme les plus importants de ses membres les mêmes artistes, ceux qui peuvent prendre leur place d’honneur en son sein par leur qualité de réalistes. D’autres en revanche qui sont restés en marge du réalisme et plus proche du romantisme ou de l’impressionnisme sont complètement ignorés ou à peine mentionnés. Ainsi, autant Rops, Artan, Asselbergs, Dubois, Speekaert, Lambrichs, De Groux, Meunier, Verwée, sont cités autant Tschaggeny, Robie, Kathelin, Verhas, De Burbure, Hennebicq, De Simpel, Wauters, de la Hoese, de Beeckman, Degreef, sont passés sous silence ou ignorés. Il n’y a aucune raison objective d’écarter les uns aux détriments des autres, tous furent des membres réguliers et assidus de la Société. Les frères Tschaggeny Edmond et Charles, par exemple, furent notamment les principaux mécènes de la Société durant les quatre dernières années de son existence. Ce sont eux qui en 1872 ont redressé les finances désastreuses de la Société et qui ont permis sa survie jusqu’à 1876. Aucune publication relative à la Société ne les mentionne même comme étant parmi ses membres. Le même sort est réservé à Alphonse Bruno De Simpel, artiste proche des frères Arthur et Alfred Stevens, avec une œuvre considérable à la fois comme peintre, dessinateur et graveur.
      Le cas d’Hippolyte Boulenger reste le plus énigmatique. Il est cité dans toutes les études relatives à cette période, comme la figure centrale du réalisme et de l’art du paysage en Belgique, mais aucune ne dit clairement s’il était ou non membre de la Société Libre des Beaux-Arts.
      En 1932, Vanzype, dans la première étude consacrée à la Société, avec une probité d’historien qui est tout à son honneur, met en garde le lecteur : Aujourd’hui pour reconstituer l’histoire de la Société Libre des Beaux-Arts, il faudrait recourir aux journaux du temps. Travail patient que l’on souhaite voir accomplir un jour, mais qui ne nous fournirait pas encore tous les éclaircissements ; il ne nous dirait pas, par exemple, pourquoi, exactement, Boulenger ne fit pas partie de la société dont tous les membres étaient ses amis. Ailleurs, il ajoute cette remarque importante : Et innombrables furent ceux qui, sans être membres, participent à son action…On est très mal renseigné. Il n’y a pas d’archives, se désole-t-il en guise de conclusion.
      Les doutes de Vanzype se sont révélés exacts. Depuis une vingtaine d’années que nous dépouillons la presse de l’époque, aucun indice ne nous a permis de clarifier la place qu’occupa Hippolyte Boulenger au sein de ladite société, ni de dresser la liste exhaustive des artistes qui ont uni leurs forces à ceux des membres réguliers. En effet, seule l’étude des archives, aurait pu répondre à des questions aussi fondamentales.

      La découverte des archives
      En 1963, Julie Van Camp, la fille du peintre et trésorier de la Société, Camille Van Camp, lègue une série de documents ayant appartenu à son père, aux archives des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (Archives de l’Art contemporain).
      Les documents les plus importants de ce fonds d’archives, en ce qui concerne la Société, sont la liste avec les noms des fondateurs et le brouillon de son manifeste artistique écrit par Van Camp lui-même.
      La liste avec les membres fondateurs qui composent le bureau administratif est la suivante : Félix Boudin président, Charles De Groux vice-président, Jean Rousseau secrétaire, Camille Van Camp trésorier, Louis Artan économe, Théodore Baron secrétaire adjoint.
      Le manifeste du groupe fut publié pour la première fois en 1868 dans le livre des statuts et règlements de la Société. Dans ce texte, Van Camp résume les buts de la Société comme étant d'Accueillir et Défendre les manifestations de l’art contemporain qui se produisent comme une interprétation libre et individuelle de la nature. La Société Libre des Beaux-Arts, conclut-il, admet toutes les écoles et respecte toutes les originalités. Sans doute est-ce dans ces prémisses fondamentales qu'il faut chercher la source des difficultés rencontrées par les historiens pour cerner de plus près son rôle artistique. Le jeu des oppositions tranchées qui fournit les clefs d'analyse des mouvements artistiques français laisse échapper la spécificité de l'art belge souvent à la recherche de synthèses.
      Les autres documents consistent en deux listes, l’une avec les noms des membres d’honneur et l’autre avec les noms des membres correspondants (c’est-à-dire des artistes et hommes de lettres n’habitant pas Bruxelles). Dans ces listes, Van Camp, ne consigne pas un bilan réel, il s’agit plutôt d’un projet d’alliances qu’il souhaiterait établir avec certaines personnalités du monde artistique et littéraire afin de consolider la notoriété de la Société. On y remarquera surtout les noms de Courbet, de Mestag, d’Alfred Stevens, de Knyff qui furent bel et bien des membres d’honneur, mais on trouve également les noms de Corot, Daumier, Gérôme, Manet, Whistler, qui traduisent à nouveau une grande variété d'orientations, mais qui n’ont pratiquement pas eu de rapports étroits avec les activités la Société.
      Ce fonds d’archives fut pendant de nombreuses années notre unique source de connaissance de la Société. Pour accéder enfin à une documentation plus étoffée, il a fallu attendre presque quarante ans, avec l’acquisition d’un fonds important par les Archives de la Ville de Bruxelles.

      Le fonds Camille Van Camp des Archives de la ville de Bruxelles

      En juin 2002, les Archives de la Ville de Bruxelles acquièrent, lors d’une vente publique des documents exceptionnels sur la Société : le livre de comptes de la Société pour les années 1868/69, une version imprimée de ses statuts et règlements, ainsi qu’une série de lettres échangées entre la commission directrice de la Société, ses membres réguliers et diverses personnalités du monde artistique et littéraire. On y trouve notamment des lettres du graveur Léopold Flameng, du peintre et dessinateur Paul Lauters, de l’homme d’affaires Frédéric Yates et du marchand d’art Léon Gauchez.
      Par ailleurs, grâce au livre de comptes, nous sommes en mesure de connaître avec exactitude le nom des membres fondateurs dont voici la liste : Artan, Benoit, Boudin, Bouré, Baron, Coosemans, Chabry, Collart, Clays, Crépin, Dansart, Dubois, Degroux, Goethals, Huberti, Hiel, Jourdan, Kathelin, de la Charlerie, Lambrichs, C. Meunier, J.-B. Meunier, Rops, Raemaekers, Rousseau, Robie, Sacré, Speeckart, Smits, Tscharner, Van Camp, G. Van der Hecht, H. Van der Hecht, Verwée, Dargent.
      Nous sommes également renseignés sur l’état des finances de la Société ainsi que sur la nature de certaines de ses activités.
      Le premier élément qui s’impose avec évidence est que durant les deux premières années de son fonctionnement la situation de la Société est excellente. Tout lui réussit : le bilan financier est positif, et même si certaines personnalités ont refusé l’adhésion à la Société, le nombre des membres effectifs est très satisfaisant. Par ailleurs, elle occupe des locaux situés dans la galerie du Roi, qui comptait parmi les endroits les plus prestigieux de la capitale. Dès le mois décembre 1868, elle organise déjà une première exposition, modeste mais très remarquée par la majorité des journaux de l’époque.
      À propos de cette exposition, le compte rendu qu'en donne le chroniqueur artistique du journal L’indépendance belge nous paraît intéressant et symptomatique. En voici deux extraits :
      Le public est admis en ce moment à visiter une exposition d’un genre nouveau organisée par les soins de la Société Libre des Beaux-Arts et composée d’ouvrages de ses membres. Ce qu’il y a de nouveau dans cette exposition, c’est qu’elle est formée presque exclusivement d’études et d’esquisses. On peut encore signaler cette nouveauté qu’elle a lieu le soir à la lumière de gaz. L’annonce d’une exposition de peinture ouverte le soir, et rien que le soir a beaucoup surpris les personnes initiées aux arts.
      La Société Libre des Beaux-Arts n’a pas pris ce titre seulement parce que, confiante en ses propres forces, elle entend ne rien devoir qu’à elle-même et se passer de la protection du gouvernement. Elle ne s’est pas constituée pour faire prévaloir le principe d’association et pour montrer ce dont l’initiative privée est capable en fait de propagande intellectuelle. Son intention a été d’arborer le drapeau de la liberté dans le domaine de l’art. Certes nous n’attaquerons pas le principe pris pour devise par la nouvelle société. Nous voulons la liberté en tout et pour tous, particulièrement dans les arts et pour les artistes. Ce qui nous étonne, c’est que les membres de cette société aient cru avoir de grands efforts à faire pour établir ce qui existe.

      Cette remarque finale semble néanmoins témoigner sous un mode ironique d'une volonté qui habitait les membres de passer au-dessus du climat d'opposition qui avait empoisonné l'art des années 1830 sans produire plus que des gesticulations inspirées des conflits autrement féconds qui avaient animé l'art français.
      Malheureusement le livre des comptes ne concerne que les années 1868/69. La correspondance des membres qui s’étend sur plusieurs années aurait pu nous renseigner plus longuement sur ses activités, mais elle ne révèle surtout que des affaires de gestion courante : démissions, cotisations, absences aux réunions, convocations pour l’assemblée générale. Quant aux statuts et règlements, qui comportent 46 articles, ils encadrent de très près toute son organisation et ses activités et donnent à penser que Société Libre des Beaux-Arts a fonctionné lors de ses réunions de manière assez formelle.

      Le fonds Camille Van Camp et Société Libre des Beaux-Arts, Archives privées, Bruxelles.
      Ce fonds d’archives nous a été confié récemment par un collectionneur dans le but de l’étudier et d'en faire l'inventaire. Une partie de ces documents ont un rapport direct avec Van Camp. Il s’agit de lettres personnelles que ce dernier a échangées avec sa famille, ses amis et ses proches collaborateurs. La deuxième partie concerne exclusivement la Société Libre des Beaux-Arts. Les documents qui y sont conservés couvrent une période qui va de 1859 à 1880. C'est de loin le fonds le plus riche et le plus complet sur la Société. En effet, contrairement aux deux fonds d’archives précédents, outre la correspondance administrative, on y trouve notamment des rapports d’activité et des notes internes à la Société ainsi que des lettres entre ses membres qui ont un caractère beaucoup plus personnel. Comme cette lettre de Félicien Rops adressée à Camille Van Camp dont voici quelques extraits :
      Mon Cher Van Camp,
      Tu as été si complaisant en prêtant ton atelier aux réunions de la Société Libre des Beaux-Arts, que je n’hésite pas à te demander la même faveur pour le Comité organisateur de la Société des Aquafortistes (rassure-toi du reste, il n’y aura qu’une séance !) Nous finirions la chose pour jeudi prochain à deux heures et demie, si cela te va. Nous ne pouvons fixer qu’un jeudi parce que certains membres du Comité ne sont libres que ce jour-là. […]
      Ainsi c’est chose entendue, voilà c’est que de posséder des beaux locaux & de belles qualités. Tant pis pour toi : Dieu te récompensera, & jusqu’à présent le menu de ses récompenses est d’un fade ?
      Bien à toi
      Fély Rops

      Ch. de Thozée Samedi
      D'autre part la question de la participation ou non d'Hippolyte Boulenger se trouve tranchée, par une lettre qu'il a adressée à Van Camp et datée du 5 décembre 1867. Il y annonce sa démission de la Société, avant même sa constitution officielle. Il se justifie par le fait que la Société a admis comme membres certains artistes qui n’y méritent pas leur place. C'est donc l'ouverture de cette société à des talents et des courants trop divers qui a écarté cet artiste d'une adhésion formelle à la Société. Camille Van Camp dans une note personnelle épinglée à la lettre de Boulenger regrette la décision de son ami tout en l’acceptant.
      En 1872, un rapport interne de Camille Van Camp nous révèle le bilan sur la situation financière de la Société. Avant son départ imminent pour Paris, où il compte faire un long séjour, Van Camp met en garde ses proches collaborateurs : Boudin, Artan, Dubois et Lambrichs. Il leur écrit que si la Société continue à perdre ses membres les uns après les autres, elle risque de devoir clore ses activités très rapidement, la cotisation de ses membres protecteurs et effectifs étant la source principale de ses revenus. Van Camp estime par ailleurs que le local occupé par la Société représente une dépense excessive vu l’état des finances.
      Dans un autre rapport interne de la même année nous apprenons que la revue l’Art Libre, éprouve également des difficultés financières : à savoir le remboursement de dettes de plus en plus lourdes auprès de l’éditeur. Van Camp pense qu’il serait peut-être plus opportun que la Société s’engage à payer la totalité du déficit de l’Art Libre au lieu de compter sur ses fonds propres.
      La même année, les peintres Edmond et Charles Tschaggeny, issus d’une famille de banquiers, font savoir à Van Camp qu’ils sont prêts à venir en aide à la Société en lui léguant une importante somme d’argent. Par décision du 13 juillet 1872 du Comité, la Société accepte leur offre tout en exprimant ses plus vives reconnaissances à leur égard.
      C’est grâce l’aide des frères Tschaggeny qu’en 1872, la Société pourra dès lors organiser à l’hôtel de Ville de Blankenberge, sa troisième et dernière exposition. Sous la plume d’Émile Thamner, l’Art Libre consacre un compte rendu de cette dernière exposition. L’article met l’accent sur l’individualité bien distincte de chaque artiste. Le critique d’art cite notamment pour illustrer ses propos les oeuvres d’Artan, d’Asselbergs, de Dubois, de Verwée et de Van der Hecht. Plus loin dans le même compte rendu, Thamner exprime le souhait que ces petites expositions intimes dont la Société Libre vient d’inventer le concept pourraient être organisés de plus en plus fréquemment dans toutes les villes du royaume. Il ne fautpas, déclare-il, plus de 30 ou 40 tableaux juste ce qu’il faut pour les amateurs éclairés et consciencieux. Selon Louis Dubois, membre de la Société et chroniqueur de l’Art Libre, cette manière discrète d’apprécier une œuvre d’art était la seule, qui permettait un vrai dialogue entre le tableau et le spectateur.
      Ce fut le dernier article que l’Art Libre consacre aux activités de la Société Libre. En effet, malgré l’aide des frères Tschaggeny, qui prolonge la vie de la revue pour quelques mois encore, la situation économique étant la même, si pas pire, le dernier numéro de l’Art Libre paraît le 1er décembre 1872.
      Le 11 février 1873, son comité de la rédaction, composé des Rops, Van Camp, Artan, Lambrichs, Dubois et Raeymaekers, annonce officiellement la cession et la reprise du périodique par Camille Lemonnier. La revue sera rebaptisée l’Art Universel.
      Vous le voyez, Monsieur, la cession ne pouvait s’opérer dans des conditions plus favorables, puisque d’une part les principes de l’Art Libre seront ceux de l’Art Universel et que d’autre part, la direction nouvelle se propose de faire les sacrifices nécessaires pour réaliser les innovations que, livrés à nos propres forces, nous n’avons pu réaliser nous-mêmes, écrit alors Untel.
      En 1875, un autre rapport interne de la Société montre que la situation s'est encore dégradée davantage. Cette fois, la Société éprouve même des difficultés à payer son fournisseur de papier à en-tête.
      Les nouvelles admissions des membres effectifs tels qu’André Hennebicq, David Oyens, Jean Degreef, Hubert Bellis n’arrivent pas à suppléer les démissions qui ne cessent d’augmenter causant ainsi des pertes de revenu. En 1876, elle est en faillite et cesse définitivement ses activités. Trois ans plus tard, en 1879, Van Camp écrit une lettre de Paris à son épouse restée à Bruxelles. Dans cette lettre, l’ancien trésorier de la Société, après avoir visité la quatrième exposition des Impressionnistes français, 28, avenue de l’Opéra en compagnie de ses confrères Charles Hermans et Eugène Smits, il loue les œuvres de Monet, Lebourg, Cassatt. Il termine sa lettre par une déclaration dépitée en relation avec l'aventure de la Société à Bruxelles : C’est complet - décidément ils sont plus forts ici ; ils sont dans leur milieu soutenu par une troupe de vrais artistes ce qui n’est pas possible à Bruxelles.

      Conclusion
      Il a fallu aux impressionnistes parisiens plusieurs expositions et des efforts constants pour arriver à former un groupe soudé et cohérent. Ce sont qualités que Van Camp admire chez eux et qu'il aurait sans doute voulu voir naître au sein de la Société Libre. C'était sans compter avec un individualisme qui a souvent caractérisé l'art et les artistes en Belgique où les mouvements et groupe quoique nombreux n'ont jamais vraiment réussi à fédérer les artistes sous une bannière et un style commun. Mais faut-il s'en plaindre. La particularité de chacun, la volonté de se dégager des oppositions et même de réaliser une sorte de synthèse personnelle et originale a généralement caractérisé les artistes de la fin du XIXe siècle et a fait tout l'intérêt de cette période de l'art belge.
      La Société Libre des Beaux-Arts avec les trois expositions qu’elle a organisées durant les huit années de son existence aurait-elle pu former ce milieu de vrais artistes, unis par la même volonté de lutter et de durer ? Dans son manifeste artistique, Van Camp ne stipulait-il pas que la Société libre des Beaux-Arts admet toutes les écoles et respecte toutes les originalités (…) Elle croit que l’art contemporain sera d’autant plus riche et plus prospère que ses manifestations seront plus nombreuses et variées. Cette théorie à la fois improvisée et naïve, traduisait surtout le rêve d’une génération des jeunes artistes épris de liberté. Elle avait le mérite de prôner pour la première fois dans l’histoire de la peinture belge la tolérance à l’égard de toute forme d’expression artistique. Il faut se montrer impartial à l’égard de tous. Seule la tolérance est favorable au progrès de l’art, concluait Van Camp.

      En 1932, Paul Colin, dans la préface de sa première exposition qu'il consacre aux maîtres de la Société, insiste précisément sur cette leçon de tolérance qui était l'un des principaux objectifs de la Société. Il n’hésite pas à qualifier la Société Libre des Beaux-Arts comme un des sommets, sinon le sommet de notre admirable XIXe siècle.

       [1] Nos ennemis, in L’Art Libre, 15 janvier 1872, p.33.
      [2] Exhumations Artistiques, in L’Art Libre, 15 juillet 1872, p.232.
      [3] Gustave Vanzype, préface de Paul Colin, Exposition rétrospective des maîtres de la Société Libre des Beaux-Arts, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 12 nov. – 4 déc. 1933, p.16.
      [4] Denis Laoureux, Rops ou l’art d’être libre en société, in En nature – La Société libre des Beaux-Arts – D’Artan à Whistler, (pl. auteurs, sous la dir. de Denis Laoureux), exposition présentée au Musée Félicien Rops (Province de Namur) du 1er juin au 1er septembre 2013, p. 54.
      [5] Site Internet : http://www.museerops.be, En nature – La Société Libre des Beaux-Arts – D’Artan à Whistler, Musée Félicien Rops, 2013.
      [6] Fierens-Gevaert, L’Art Moderne, in Exposition de l’Art Belge - Ancien et Moderne, avec le concours du Cercle artistique et littéraire de Bruxelles, Musée du Jeu de Paume, Paris, du 11 mai au 10 juillet 1923, p. 38.