Texte de présentation

Dans Une vie d'écrivain, Lemonnier retrace la naissance de la revue :
« La Jeune Belgique à ses origines est un acte d'amour. Elle sort d'une communion spirituelle et elle a l'effusion sacrée d'une croisade. Ses poètes ont des airs de héros et d'apôtres : il y a un certain mysticisme exalté dans ce qu'ils pensent et écrivent. C'est l'âge de la foi, du désintéressement, de l'aspiration au martyre. On est ensemble des lévites d'une religion qui a ses rites et qui s'agenouille devant la beauté qu'ils définissent l'art pour l'art. Aucune originalité bien précise encore ; c'est une des chapelles de la grande église des lettres françaises, avec des officiants élégants, des enfants de chœur qui manœuvrent adroitement l'encensoir et des voix chaudes de chantres au lutrin. Ils ont appris la messe chez Leconte de Lisle, Banville, Hugo. Leur évangile est celui des maîtres de France. [...]
Ensemble ils se proposent la plus jeune littérature de France. Ils auraient pu s'appeler les nouveaux Jeune France. Ils tiraient orgueil de n'avoir du Belge que leur nom. Ce sont des Français de Wallonie et de Flandre, de Flandre surtout. Et chose spécieuse, quelques-uns apparaissent plus flamands que les Flamands dans leur langue. »

Historique

Le 1er décembre 1881, sur le modèle de la Jeune-France (fondée en 1878), succédant à la JEUNE REVUE, paraît la Jeune Belgique, mouvement et revue littéraire et artistique, créés par d’anciens étudiants de l’Université catholique de Louvain et de l’Université libre de Bruxelles.

La revue littéraire porte en exergue « Soyons nous »

Elle est fondée dans un contexte marqué par de profondes mutations sociales et politiques.

Elle deviendra le point de ralliement des jeunes écrivains qui s’opposent à l’académisme des auteurs « officiels ».

Sous la bannière de Max Waller, la Jeune Belgique va d'abord cristalliser un esprit de novation et de liberté en devenant l'organe de ralliement de tous les poètes qui se réclament de l'avant-garde.

Elle donne corps au renouvellement littéraire qui commence à percer en Belgique.

À ses débuts, la revue prend parti pour un naturalisme tempéré, celui de Daudet plutôt que celui de Zola, et pour la théorie de l'Art pour l'Art.

 

Elle réunit autour d'Iwan Gilkin, de Georges Rodenbach, de Max Waller, de Valère Gille et d'Albert Giraud, des poètes proches du Parnasse.

 

Max Waller dirigera la revue jusqu’à sa mort en 1889.

La rédaction se compose d’Emile Verhaeren, Albert Giraud et Emile Van Arenbergh.
S'y retrouvent également les naturalistes Camille Lemonnier et Georges Eekhoud ; Jules Destrée, le futur fondateur de l'Académie.

Dans le comité de rédaction, deux personnalités fortes s'affrontent : d'une part Max Waller qui se rallie impétueusement au naturalisme et Albert Giraud qui exprime d'extrêmes réserves quant à ce ralliement.

Collaborateurs : Maurice Sulzberger, Victor Witteman, Franz Mahutte, Henri Nizet.

Parmi les membres des premières années, on compte Georges Eekhoud, Iwan Gilkin, Henri Maubel, Georges Rodenbach, André Fontainas, Fernand Séverin, Valère Gille, Jules Destrée, Eugène Demolder, Louis Delattre, Maurice des Ombiaux, Charles van Lerberghe, Grégoire Le Roy, Maurice Maeterlinck.

 

Au sein de la "Jeune Belgique", les tendances les plus diverses, voire les plus opposées, s'affrontent.

À la fin, et pour éviter l'éclatement, les naturalistes, les parnassiens et les individualistes s'accordent sur une formule, celle de l'art pour l'art et se voudrait et se voudront fidèles à sa seule proclamation : « Nous faisons de la littérature et de l'art avant tout ».

La revue qui publie des œuvres inédites de Stéphane Mallarmé, Joseph Péladan, Joris-Karl Huysmans, Dante Gabriel Rossetti et Paul Verlaine, devient immédiatement un porte-parole important du symbolisme.

 

Bibliographie texte

  • Informations complémentaires

    • Bibliographie.

      - Raymond Trousson, La Légende de la Jeune Belgique. Bruxelles, Académie de Belgique, 2000 (11,5 x 18 ; 560 p. ; ISBN : 2-8032-0034-1)

      Table des matières.

      - Préface.
      Extrait :
      Les quatre textes réunis dans cet ouvrage comptent parmi ceux qui ont fait le plus pour fonder la légende de La Jeune Belgique. Ils sont connus, mais depuis longtemps inaccessibles en dehors des grandes bibliothèques.
      Les "Quinze années de littérature" d'Iwan Gilkin parurent dans le quatorzième volume La Jeune Belgique, en novembre-décembre 1895. Rédigé par l'un des principaux et de premiers acteurs du mouvement, ami de Waller, de Giraud et de Gille, c'est un bilan de l'activité des années écoulées.
      Dans "Les origines estudiantines de La Jeune Belgique", conférence faite au théâtre de Louvain le 4 mai 1909 et publiée la même année dans le numéro de juillet-septembre de La Belgique artistique et littéraire, Gilkin concède davantage à l'anecdote, aux souvenirs personnels, raconte la mémorable rencontre de quelques étudiants – Verhaeren, Giraud, Van Arenbergh, Waller… – épris de littérature et résolus à créer une littérature nouvelle.
      Né en 1888, Oscar Thiry, frère du poète Marcel Thiry, publie de janvier à décembre 1910 dans La Belgique artistique et littéraire une longue étude intitulée "La Miraculeuse aventure des Jeunes Belgiques", dont le titre seul confirme le caractère déjà légendaire du mouvement. Il n'a d'autre ambition que de proposer un « reportage » en s'aidant des confidences de Gilkin, Mockel, Verhaeren ou Fontainas.
      Près d'un demi-siècle a passé depuis la disparition de La Jeune Belgique lorsque Valère Gille, qui n'a rallié la brigade qu'en 1887, entreprend de confier ses lointains souvenirs de dernier témoin.
      Tels quels, ces quatre textes constituent des documents précieux qui éclairent l'épisode le plus fameux – le plus légendaire aussi – de notre histoire littéraire.

      - Iwan Gilkin : Quinze années de littérature.
      Extrait :
      Quinze années ! … Qu'il est loin, ce beau jour de printemps, où, à demi couché dans le wagon qui me ramenait, étudiant ambulant que j'étais, de Louvain à Bruxelles, je feuilletais curieusement les premières livraisons d'une petite revue littéraire qui venait de naître. Mon ami Albert Giraud me les avait données, à la sortie du cours, en m'engageant à collaborer. Ils étaient là, éparpillés sur la banquette, dans un chaud rayon de soleil, les petits cahiers bleus, qui portaient ce titre sonore : La Jeune Belgique. Je lisais, je lisais fiévreusement. C'étaient des vers de mes amis Giraud, Rodenbach, Verhaeren, des articles de Max Waller ; il y avait aussi foule de signatures inconnues, mais les écrivains étaient tous, m'avait-on dit, de tout jeunes hommes, des étudiants comme moi. Et ils faisaient des vers, de vrais vers !... Enfin ! c'était la réalisation de mon rêve de collégien : trouver quelques jeunes gens doués du don d'écrire et faire aveux eux de la littérature, dans ce pays belge si rebelle aux lettres, et fonder ensemble une revue libre de toute attache avec les générations précédentes, trop affreusement philistines, afin de créer un mouvement littéraire original, jeune et indépendant. La revue était là, toute faite ; il ne s'agissait plus que d'y écrire.

      On écrivit. Avec quelle ardeur, avec quel enthousiasme, avec quel fanatisme, ceux qui prirent part aux débuts de La Jeune Belgique ne l'ont pas oublié et ne l'oublieront jamais. Dès l'abord, il fallut se faire, de haute lutte, une place au soleil. Ce n'était pas facile. On ne se représente plus très bien aujourd'hui, au seuil de l'an de grâce 1896, ce qu'il fallait d'audace et de ténacité pour « faire de la littérature » ici il y a quinze ans. Avant 1880 la Belgique, au point de vue littéraire, était un désert. Trois ou quatre artistes de la plume, Pirmez, De Coster, Lemonnier et Hannon, écrivaient pour eux-mêmes et pour une demi-douzaine d'amis, qui lisaient en se cachant, de peur de se faire montrer au doigt. La «l ittérature » professionnelle était exercée par des messieurs plus ou moins officiels, qui rédigeaient des choses quelconques : papiers d'archives, dans la semaine, cantates le dimanche. La Jeune Belgique a naguère cité quelques échantillons de la poésie de M. Ch. Potvin, un très estimable lettré qu'on eut le tort de prendre pour un poète.

      - Iwan Gilkin : Les origines estudiantines de La Jeune Belgique.

      - Oscar Thiry : La miraculeuse aventure des Jeunes Belgiques

      - Valère Gille : La Jeune Belgique au hasard des souvenirs