Historique

- Renwart Marc. Notes pour servir à l'histoire de Haute Nuit in catalogue Le surréalisme à Mons et les amis bruxellois, 1935-1955. Mons, Musée des beaux-Arts, 18/04-01/06/1986 et Flémalle, Centre wallon d’art contemporain, 07/06-29/06/1986.

L'histoire du surréalisme montois de l'après-guerre pourrait, nous semble-t-il, se schématiser en trois phases :
1945-46. Réorganisation de l'activité surréaliste et reprise des relations avec le groupe bruxellois.
1947-49. Le groupe Haute Nuit.
Après 1949. Perpétuation de Haute Nuit par les éditions (jusqu'en 1958) et insertion dans l'histoire générale du surréalisme en Belgique (? ?)

1945-46.
Dès la fin de la guerre, les surréalistes cherchent à reprendre leurs activités et à renouer les liens entre eux.
 Chavée reprend contact avec Ludé, Lorent et Havrenne, anciens de Rupture ainsi qu'avec Lefrancq, Simon et Van de Spiegele, anciens du Groupe Surréaliste en Hainaut et de L'Invention Collective. ›› (A. Spinette in Cat. Surréalisme en Hainaut, La Louvière, Bruxelles, Paris, 1979-80, p. 23)

Durant ces années 45-46, les groupes hainuyers et bruxellois cherchent à réaliser un rassemblement des forces surréalistes qui donnerait de plus grandes possibilités à leur production artistique mais, bien vite, les malentendus, les incompréhensions, les opinions contradictoires viendront à bout de cet effort et empêcheront la réalisation de cette unité espérée.

(22/02-19/04/1945). Parution de la revue Le Ciel Bleu dont le comité de rédaction se compose de P. Colinet, Ch. Dotremont et M. Mariën. Participation d'A. Chavée au sixième numéro.

(04/03-16/03). Mons, Galerie Le Sagittaire. Exposition Paul Franck.

- Juin Numéro spécial de l'hebdomadaire Le Salut Public consacré au Surréalisme.
Chavée : Notes sur la peinture surréaliste
Lefrancq : Correspondance.

(29/06) Magritte à Chavée : «Je suis chargé d'organiser une exposition surréaliste à Bruxelles… Voudrais-tu établir une liste d'objets, tableaux d'artistes du Centre qui pourraient figurer à cette exposition ?... ›› (cité par G. Ollinger in Cat. M. Lefrancq, Charleroi P.B.A. 9/1 -7/2/82)

(15/11) Réunion des surréalistes hennuyers et bruxellois au café Parisien à Bruxelles.
Participants :
* de Bruxelles: Colinet, Willems, Arents, Scutenaire, l. Hamoir, Jean Bourgoignie, Broodthaers, Dotremont, Bigot.
* d'Anvers : M. Mariën.
* du Hainaut : Bury, Van de Spiegele, Havrenne, Lefrancq, Simon, Ludé, Lorent, Chavée. René Magritte et Paul Nougé étant absents, c'est Chavée qui est chargé de les tenir au courant du contenu de la réunion.
«(...) La réunion du 15 visait donc un rassemblement de tous ceux dont il était permis de considérer qu'étant acquis à certains principes, il n'était pas exclu d'envisager entre eux un travail commun. Tout d'abord, votre absence à tous deux a été profondément regrettée, tous les camarades présents considérant à juste titre qu'il est difficile sinon impossible d'entreprendre une activité surréaliste dont vous ne seriez pas. Mariën a cru pouvoir dire en votre nom que votre absence ne correspondait pas à une hostilité de principe.
Comme principe de base, et pour éviter toute équivoque, il a été admis à l'unanimité que l'adhésion au matérialisme dialectique était indispensable, cette adhésion impliquant une rigueur de nature à éviter toutes dépréciations suspectes. (...) » (A. Chavée à Magritte et Nougé, 18/11/45 cité par M. Mariën in l'Activité Surréaliste en Belgique, Ed. Lebeer Hossmann, Brux. 1979)
« J'ai transmis ta lettre à Nougé et nous apprenons déjà que, depuis ta réunion, des oppositions se sont manifestées contre l'adhésion au matérialisme dialectique. Arents et Segers [sic pour J. Seeger] par exemple, se sont déclarés être des néo-thomistes, d'autres n'entendent que de se mettre au service de la Powézie.
Dans ces conditions, il y aura peut-être lieu de combattre ces poètes-petits-bourgeois plutôt que de songer nous réunir à eux, et nous ne pouvons retenir de ta lettre que le désir que tu as de voir une action se développer. (...) » (R. Magritte à A. Chavée, 25/11/45 in R. Magritte. Ecrits complets, éd. Flammarion 1979 pp. 237-238)

(15/12/45-15/01/46). Bruxelles. Galerie des éditions La Boétie. Surréalisme.
Cette exposition, organisée par R. Magritte, est la première manifestation collective de ce genre depuis la guerre.
Participants: Arp, Battistini, Bott, Boumeester, Bouvet, Brauner, Bury, Chavée, Chirico, Dominguez, Duhamel, Dumont, Dumouchel, Ernst, Gagnaire, Goetz, Havrenne, Hérold, Jean, Labisse, Lefrancq, Magritte, Malet, Mariën, Nougé, Novarina, Sanders, Savinio, Scutenaire, Sénecaut, Simon, Ubac, Van de Spiegele, Wergifosse, Witz (Ch. Dotremont).
Deux conférences sont prévues dans le cadre de cette exposition: M. Mariën: Le surréalisme en 1945 (22 déc.), et A. Chavée : Points de repère (5ljanv.). Le Viol de René Magritte illustre la couverture d'un catalogue qui compte 167 numéros. L'introduction, intitulée Portrait moral du surréalisme est constituée par un ensemble de citations de Breton, Nougé, Tzara, Eluard, Magritte et Scutenaire, M. Mariën. (cf.. M. Mariën, L'activité surréaliste en Belgique, op. cit. pp. 358-365)
Je te signale deux reproches actuellement en usage :
Le surréalisme serait un jeu de l’'esprit sans conséquence.
Notre manifestation ferait vieux jeu et manquerait pour certains de violence.
Peut-être pourrais-tu relever cela dans ta conférence. C'est très facile et utile. (...) » (R. Magritte à A. Chavée, 28/12/45 in R. Magritte Ecrits complets, éd. Flammarion, 1979 p. 238)
« Les commentaires admirables que tu donnes à propos du Viol et de L'Incendie m'ont paru être présentés comme des clefs de ces tab/eaux. Peut-être ai-je mal compris mais mon impression était que tu réduisais le sens (si sens il y a) de ces tableaux à des idées qu'il n'était pas utile de représenter indirectement. Par exemple, pour L'Incendie il eut été plus indiqué de représenter une belle et monumentale queue pénétrant une femme s'il s'agissait uniquement de l’interprétation que tu donnes de L'Incendie. Je pense que ces façons de comprendre ces tableaux devraient être données comme des exemples d'associations d'idées qui peuvent naître grâce à ces tableaux mais que ces idées ne sont parmi mille autres, possibles également, que le signe d'une activité mentale qui laisse jusqu'à nouvel ordre, intactes et irréductibles les images qui les ont fait naître... A propos de l'interprétation freudienne des objets il est très important, je crois, et c'est une des conditions de la poésie, que si par exemple une cravate veut dire dans le rêve, un sexe, si le rêve est une traduction de la vie éveillée, la vie éveillée est-elle aussi une traduction du rêve. ›› (R. Magritte in Ecrits complets, id. p. 597).
L'exposition fait scandale et la presse se montre virulente.
«On sait que les surréalistes exposent, en ce moment, à Bruxelles des œuvres dont la loufoquerie intégrale et l’irrémédiable obscénité défient le bon sens et désarment la critique ».(J. d'O. in L'Eclair janv. 46)
« Le plus grave peut-être c'est qu'on voit circuler dans cette salle des enfants qui semblent prendre goût à cette sorte d'exhibition malsaine. Comment peut-on tolérer de pareilles turpitudes ! ›› (Courrier des Lecteurs, in Pourquoi Pas ?, janv. 1946)
«Maintenant qu'un certain recul nous est imparti qui permet d'envisager les  correspondants  historiques : le futurisme, Dada le Fauvisme, Bergson, sans oublier Ubu le grand ancêtre, on peut reconnaître la futilité de l'attitude surréaliste (...) » (J. Bosmant, in L'Eclair Bruxelles, 8/2/46)

 (25/12/45) Reconstitution du Groupe Surréaliste en Hainaut au cours d'une réunion tenue à La Louvière .
«Font partie de ce groupe : Bury, Van de Spiegele, Lefrancq, Simon, Havrenne, Lorent, Ludé, Bovy, Michotte, Matisse et moi-même› » (A. Chavée à R. Magritte, 25/ 12/45)

(avril 1946) R. Magritte rédige seul le tract L'lmbéciIe et avec M. Mariën les deux tracts L'Emmerdeur et L'EncuIeur.
Chavée contestant l’opportunité de la démarche même des tracts provoqua un vif échange de correspondance.
«Alors quoi ? on s'débine ? on lâche les copains ? Havrenne que je viens de rencontrer m'apprend à ma grande stupéfaction que tu désapprouves L'lmbécile.
(...) Il me rapporte ton propos sur la nécessité de ne pas perdre de vue que nous ne sommes plus en 1924. Dans ces conditions Magritte et moi avons tout lieu de penser que nos deux prochains tracts, intitulés L'Emmerdeur et L'Enculeur et dont le contenu ne le cède en rien au premier, tant au point de vue de l'efficacité directe qu'à celui de la connaissance véritable, laquelle ne peut se concevoir sans la possession, la plus menacée par tout ce qui nous est hostile, de l'humour indispensable à la confection des textes et des tableaux que réclament les moments (hélas ! tragiques) que nous vivons » (M. Mariën à Chavée, 5/4/46 in R. Magritte Ecrits complets, p. 162)
« J'ai bien reçu votre lettre du 5 courant au sujet du tract L'lmbéciIe. Il ne s'agit ni pour moi ni pour les copains du Hainaut de se débiner ou de vous lâcher. Tous les amis ont trouvé ce tract exécrable (et ce individuellement). Je ne peux m'empêcher de partager leur avis. Je trouve cet exercice fâcheux et ne vois aucunement à quoi il répond (...). Ce tract peut, à notre sens donner lieu aux pires confusions dans l'esprit du lecteur, et la confusion est une notion qu'il y a lieu de dépasser. Un tract comme celui publié par Le Salut Public sous le titre L'Œil de Rome me paraît autrement efficace parce que lisible et ne prêtant à aucune confusion (...) » (Chavée à Mariën et à Magritte, 10/4/46 id. p. 163)
Cette correspondance, outre qu'elle manifeste la tension existant entre les deux groupes, nous révèle que le Groupe Surréaliste en Hainaut projetait la réalisation d'une revue intitulée Delta, titre immédiatement contesté par Magritte et Mariën.

(29/07/46) R. Magritte à A. Chavée au sujet de son recueil D'Ombre et de Sang dont un des poèmes, Le Viol, est dédié à Magritte.
« (...) J'admets que l’on fasse ses premières armes à l'école d'Eluard ou de Breton, mais un vétéran ne peut se mettre à imiter Pierre Emmanuel (...) ou Francis Jammes ou Samain (...). Ces vers sont de la poésie postiche. Est-ce un essai d'écriture automatico-prolétarienne ? (…)
J'espère que tu ne vas pas me confondre avec un crétin comme Armand Bernier.
En tout cas, c'est très emmerdant de se voir figurer dans une liste de dédicaces en même temps que lui. (...) » (in R. Magritte Ecrits complets, p. 355)

(Octobre 1946). Parution de Le Surréalisme en Plein Soleil, manifeste n° 1, L'Expérience Continue signé par Bousquet, Magritte, Mariën, Michel, Nougé, Scutenaire et Wergifosse.
«A cette époque, Magritte et ses amis opposent activement aux dogmes surréalistes édictés par Breton avant la guerre, une forme nouvelle - et optimiste – de surréalisme, où le mot plaisir est un mot-clé, et qui, croient-ils, s'accorde à la situation de /'Europe de l'après-guerre.(...). La réaction hostile de Breton crée entre eux un climat de froideur qui marquera que/que temps leurs relations » (cf. Cat. Magritte, Bruxelles, P.B.A. 27/10-31/12/78).
Chavée à qui on avait envoyé le manifeste, (lettre de Magritte du 27/9) n'a pas contresigné.

(Décembre 1946) Numéro spécial de la revue View de New-York.
* Magritte, Mariën, Nouge, Scutenaire, Chavée, Colinet, Wergifosse, Ubac.
«M. Mariën est chargé de récolter les documents et textes pour cette revue, hélas lorsque le numéro sort de presse les Wallons, à l’exception de Chavée, brillent par leur absence. Faisant déjà office de secrétaire, M. Lefrancq réagit violemment au nom des autres et écrit à Chavée : - Présenter au monde un numéro sur le surréalisme belge sans un texte de Fernand, sans une toile de Louis ou un des dessins si agressifs de Simon, n'est que présenter un aspect émasculé de notre position à tous. Et je crois que c'est à toi en .tant que porte-parole de notre groupe qu'incombe le devoir de corriger cette erreur... et il conclut : - Je trouve à juste raison que plus rien ne nous rattache maintenant au groupe de Bruxelles.
Chavée n'hésite pas à défendre ses amis auprès de Mariën : « Tu ne peux pas en effet ignorer l'existence de ces camarades surréalistes... Ce ne sont pas des surréalistes de la dernière heure, presque tous l'étaient avant la guerre... Ils défendent en terre hennuyère la position du surréalisme.
Cet événement qui pourrait paraître, aux non-initiés, une banale querelle marquera l'histoire du surréalisme en Hainaut et aura pour conséquence directe que les Wallons ne chercheront plus l'appui des surréalistes bruxellois mais, au contraire, désavouant Magritte et les siens, ils se tourneront vers la France. ›› (cf.. G. Ollinger in Cat. Lefrancq, Charleroi, P.B.A., 1982 pp. 9-10)

(Fin 1946) Dissolution du Groupe Surréaliste en Hainaut.

(1946-47) Publication de la revue Les Deux Sœurs par Ch. Dotremont. 3 numéros.
* Participation de Chavée et de Simon.
«Au moment de cette publication, Dotremont fait bande à part, s'étant provisoirement brouillé avec Magritte et Nougé, qui lui reprochaient, à propos d'un article de Cocteau, d'essayer de se mettre en valeur. Chavée s'était pose en médiateur, Les Deux Sœurs traduit sa sympathie vis-à-vis des Hennuyers alors qu'il est plein de rancune envers les Bruxellois ››. (J. Vovelle) (in Cat. Cinquante ans d'avant-garde, Brux., Biblio. royale, 1983, p. 142)

 

1947-1949 : HAUTE NUIT

(15/2/47) Lettre d'A. Chavée à M. Lefrancq.
« Bien reçu ta lettre du 4 courant (...). Pour l'instant je n'ai pas le temps de m'occuper d'un groupe ou d'éditer une feuille surréaliste. J'ai trop de travail; je n'ai même pas le temps de m'occuper de l'édition de mes poèmes. J'irai à Mons à la séance du 3 mars et nous pourrons éventuellement parler des choses qui nous intéressent.
(...) » (Archives Letrancq)

(19/02/47) Fondation du groupe Haute Nuit.
* Van de Spiegele, Paul Franck, M. Lefrancq, (A. Simon), d`Hondt, Marlier, Holyman; Maurice Arnould (président) et le poète Franz Moreau.
« Haute nuit, c'est un hommage à M. Brion tout d'abord... Les Escales de la Haute Nuit... C'est là que nous avons pris le titre. C'est aussi parce que nous avions espéré une aube brillante et, en réalité, la nuit, la nuit fasciste continuait...
Nous avons senti que d'abord la mort de Dumont, qui était le point de ralliement, a été pour nous une blessure extrêmement profonde. On ne pouvait plus se rencontrer sans évoquer la présence de l'esprit de Dumont et l'absence de sa douceur romantique. Et nous avons senti que le surréalisme glissait...
Des tas de gens s'affublaient de l’étiquette surréaliste parce qu'ils faisaient des dessins un peu hors de la tradition.
C'était devenu une mode, mode à laquelle on ne voulait absolument pas donner caution… » (M. Lefrancq : émission RTBF centre de production du Hainaut, 1971. cité dans le catalogue de l'expo. A. Chavée, La Louvière, Institut provincial des Arts et Métiers 21/09-14/10/79)

(Simon) :- Notons que dans son Autobiographie du 26 fév. 1973, publiée dans le catalogue A. Simon, Centre Culturel du Hainaut, 1973, il ne parle pas de Haute Nuit.
« Mon cher vieux Simon. Je conçois que tu désires être documenté sur le climat surréaliste à l'entrée de l'hiver 1947. Il faudrait cependant que tu sortes de ta coquille, que tu voies plus souvent les copains du groupe... ›› (Lettre d'A. Chavée à A. Simon 14/10/47)

(Bury). Lettre à L. Van de Spiegele, 25/2/47.
«Selon la déclaration que Chavée t'aurait faite et je constate par là qu'il persiste dans une opinion qu'il m'avait déjà lancée à la tête, j 'aurais cessé d'être surréaliste, libre à lui de penser de la sorte. Qu'il reste attaché à un surréalisme consacré par le temps et par certains esprits des plus stagnants, je n'y vois plus d'inconvénient. J'ai essayé de lui faire comprendre ce qu'étaient devenues mes idées sur le surréalisme dans la peinture. Donner une chance plus grande aux moyens essentiellement picturaux ; faire perdre le pas à certaines données par trop littéraires ou psychanalytiques. Qu'il ne veuille pas entendre, par exemple, que l'angoisse du traumatisme de la naissance ne puisse se faire ressentir qu'à l'aide de symboles peints, libre à lui de l'affirmer...
L'avenir nous apprendra si j'ai eu tort d'être intransigeant et de persévérer dans ce que je crois être une des voies les plus sûres pour sauvegarder la permanence du surréalisme dans la peinture » (in Cnacarchives n° 7 Paris, 1972. Rubrique Surréalisme)

(02/03-13/03/47) Mons, Galerie Le Sagittaire (1, rue de la Poterie). Exposition du groupe Haute Nuit: Lefrancq, Van de Spiegele; Franck, Simon, Marlier, Holyman et d'Hondt.
* L'exposition qui connaît un grand succès est prolongée jusqu'au 23 mars. Deux conférences, par M. Moreau et par M. Marcenac, seront données à cette occasion dans une salle de l'hôtel de ville.
«(...) Notre exposition obtient grand succès; nous comptons une moyenne journalière de 3 à 400 personnes. L'exposé de M. Moreau sur la poésie surréaliste a connu, elle, de vifs applaudissements dans une salle à craquer. Les poètes petits bourgeois en ont pris de la graine. Notre brave petit Théophile Gauthier, par exemple, cette poésie de carton a dit Moreau en comparant avec Eluard et aussi ce pourrisseur de la jeunesse française en parlant d'Anatole France.
Je te signale que samedi à 17 heures, Hôtel de Ville de Mons, Marcenac parlera des aspects inconnus et inattendus de Lautréamont. Tâche de venir. Je proposerais au conférencier de visiter l'exposition avant de retourner à Paris. (Il est rédacteur à Action et aux Lettres Françaises). Présentation surtout de tes dessins, tu apporteras en farde quelques autres. Eventuellement une édition illustrée de Maldoror !! (...)
Chavée était à la conférence de Moreau. Il viendra certainement samedi. Tout le groupe d'ailleurs sera là (...)
Haute Nuit est rentré dans l’histoire et lancé du premier coup. A radio Hainaut une critique de Vanderborght, des fleurs toujours des fleurs, ce soir à 7 h 30, j'en aurai la copie.
Mariën ce grossier merle (qui n'a qu'une aile) il ne nous intéresse plus. Bury nous refuse la salle à La Louvière. Que faites vous de sa clientèle, messieurs ! (...) » (Lettre de Van de Spiegele à A. Simon, 6/3/47 Archives d'Art Contemporain, n° 19.971)

(17/ 03/47) Deuxième réunion du groupe.
* Lefrancq est nommé secrétaire et la position du groupe se définit: «Rejet de tout dogmatisme; hostilité au conformisme dans l'art; croyance aux manifestations originales et d'avant-garde» (Procès verbal de la réunion du 17 mars dressé par M. Lefrancq. Archives Lefrancq)

(25/04/47) Réunion du groupe.
* Le problème de la photographie : Le président Maurice Arnould avait clos immédiatement le débat au sujet de Lefrancq en précisant qu'il devait exposer «autant que les peintres car un jury qui refuserait une quelconque manifestation de l'art ferait preuve d'un dogmatisme incompatible avec la position prise par les membres du groupe››. (P.V. de la réunion du 25/4/47. Archives Lefrancq.)

L'exposition internationale Le Surréalisme en 1947 organisée par Breton et Duchamp pour les mois de Juillet-Août à la galerie Maeght, Paris.
De Lefrancq à Y. Bonnefoy :
«Raoul Ubac que j'ai rencontré dernièrement m'a annoncé qu'il y aura sous peu une importante exposition surréaliste à Paris.
Haute Nuit groupe les artistes surréalistes de Mons et environs... Ce groupe qui est absolument indépendant de Bruxelles publie sous peu un recueil des œuvres de Chavée...
Je vous serais reconnaissant de nous faire parvenir toute information utile pour la participation de notre groupe à Paris... ›› (26/04/47) (cité par G. Ollinger dans le catalogue Tendances surréalistes en Belgique. Brux., M.R.B.A. 25/9-22/10/70)
Bonnefoy lui répond : «L'organisateur en est Breton et il convient que vous vous adressiez à lui... lnsistez sur votre totale indépendance vis à vis du groupe de Magritte car ici tout ce qui est belge passe facilement pour magrittien et la fausse position solaire de Magritte nous semble peu surréaliste... » (28/04/47) (id.)
Lefrancq à Breton : «Magritte, ses amis et leur surréalisme en plein soleil nous paraissent très suspects... Nous serons donc heureux de prouver à Magritte qu'il y a en Belgique d'autres surréalistes que lui et son troupeau. L'exposition internationale de Paris nous semble être le moyen rêvé pour le faire... ›› (29/4/47) (id.)
Breton à Lefrancq : «Je souhaite vivement que le groupe surréaliste de Mons soit représenté à l'exposition internationale qui ouvriva ses portes vers le 20 juin...
Croyez à mes sentiments amicaux» (7/5/47) (id.)
«Lors d'une réunion on décide du choix des œuvres à envoyer à Paris : 4 dessins de Simon pour les Chants de Maldoror, 2 toiles de Van de Spiegele, 2 autres de Lefrancq, etc.
Que s'est-il passé ensuite ? Nous ne le savons pas mais le catalogue ne mentionne aucun nom. ›› (G. Ollinger in Cat. Tendances surréalistes en Belgique. op. cit.)

(07/06/47) Cosignature du tract Pas de quartiers dans la révolution.
Ce tract rédigé par Ch. Dotremont et Jean Seeger sanctionne la notion de surréalisme révolutionnaire introduite par Dotremont dans |'éditorial du n° 3 des Deux Sœurs.
Ch. Dotremont n'hésite pas dans ce texte daté de février 1947 mais publié dans les Deux Sœurs n° 3, mai 1947, à parler du «surréalisme édenté de La Main à Plume ››, ni à rompre définitivement avec Breton et son entourage, accusé de «confondre avec l'écriture automatique une certaine diarrhée verbale, l'habitude ignoble de l'écriture, jusqu'à prendre un style chez Breton, jusqu'à prendre le style de Breton pour le style surréaliste. »
«Le surréalisme révolutionnaire entend ne plus faire état publiquement d'expériences susceptibles d'aboutir à une déformation dans l'espace et le temps, des objectifs que s'assigne la politique révolutionnaire.›› : motion adoptée le 5/4/47 par la section de Belgique du Surréalisme Révolutionnaire : elle est signée par Paul Bourgoignie, Ch. Dotremont, Jean Seeger, R. Magritte, M. Mariën, M. Broodthaers, G. Piqueray, L. Rigot, M. Havrenne, Jacques Denis, M. Arents, Ludé et Chavée.
« La réunion annoncée a eu lieu. Etaient présents : Magritte, Bourgoignie, Dotremont, Seeger, Arents, Broodthaers, Denis, Galtier (celui-ci non invité par le groupe mais par Arents).
Magritte a complété et ajusté ses précédentes déclarations sur le Surréalisme en plein soleil. Chacun des participants a ensuite répondu à la question établie dans notre dernière lettre.
Lecture a été faite du compte-rendu de la deuxième réunion et de lettres de Chavée, Colinet, Simon (...). » Lettre de Ch. Dotremont, 23/4/47. Archives Lefrancq.)

(07/06/47) Pas de quartiers dans la révolution !
Reconnaissant le bien fondé du surréalisme, les surréalistes révolutionnaires contestent en profondeur l'évolution du mouvement :
«Ayant fait légitimement confiance à l’exploration de l'irrationnel dans le sens matérialiste-dialectique du problème de la connaissance, le surréalisme n'a pu dépasser l'exercice de certaines méthodes d’investigation irrationnelle, il a pris son premier butin pour une solution (...)
En dépit d'une volonté hautement proclamée de ruiner toute esthétique, le surréalisme s'est placé lui-même sur le plan esthétique (...).
De cœur avec la révolution, le surréalisme ne pouvait manquer de rencontrer le communisme. Mais il ne parvenait pas à le rencontrer sur le terrain de l'action (...). »
Et en une deuxième partie définissent leur position :
«(...) La reconnaissance du parti communiste comme la seule instance révolutionnaire, (...) soumission à l'extérieur à la discipline révolutionnaire (...). »
Il existe deux tracts en tous points semblables (date, texte, présentation) à I'exception du nombre des signataires. L'un est signé par M. Arents, P. Bourgoignie, M. Broodthaers, A. Chavée, A. de Flache, Ch. Dotremont, I. Hamoir, M. Havrenne, A. Lorant (sic), A. Ludé, R. Magritte, M. Mariën, P. Nougé, Léonce Rigot, L. Scutenaire, J. Seeger, A. Simon.
L'autre est signé par les personnes déjà citées et par M. Holyman, M. Letrancq, F. Moreau, L. Van de Spiegele. Ce tract fut distribué le 7 juin et publié dans le Drapeau Rouge du 9 juillet.

A l'occasion de l'exposition internationale : le Surréalisme en 1947 qui ouvre ses portes à Paris en juillet, les surréalistes révolutionnaires français et belges cosignent le tract: La Cause est entendue.
« Le surréalisme, l’expérience et les œuvres surréalistes n'ont de sens que s'ils se développent sur la base et dans le cadre du matérialisme dialectique (...).
Cette absolue détermination du surréalisme par le matérialisme dialectique l'a conduit à prendre conscience de la réalité révolutionnaire et à participer, par les moyens qui lui sont propres ou par les moyens qui sont propres à chaque surréaliste,  la lutte du prolétariat pour son affranchissement (...).
Le surréalisme s'oppose fonctionnellement à la création de nouveaux mythes (...).
La science participe plus du surréalisme que les dogmes clos des ésotérismes (...). »
Signataires belges: Arents, Bourgoignie, Broodthaers, Chavée, Dotremont, I. Hamoir, Havrenne, Holyman, Letrancq, Lorant [sic], Ludé, F. Moreau, L. Fligot, Scutenaire, J. Seeger, Simon, Van de Spiegele.

«La réunion de mercredi dernier a été la dernière pour un regroupement des surréalistes en Belgique.
Le groupe est maintenant constitué. ll est actuellement composé de Marcel Arents, Paul Bourgoignie, Marcel Broodthaers, Ch. Dotremont, M. Havrenne, A. Lorant [sic], Léonce Rigot, Jean Seeger, signataires de la motion du 5 avril, du manifeste et du plan d'action - plan d'action adopté également par nos camarades français. (...). » (Lettre de Ch. Dotremont, 23/7/47. Archives Lefrancq.)

«Il faudrait que le groupe belge et le groupe de Mons aient des rapports beaucoup plus étroits. Je ne sais pas si des membres du groupe de Mons ont été assez indélicats pour faire aux tchèques des critiques anti-bruxelloises, mais je sais que Lorenc et lstler s'étonnent du peu de relations que nous avons. Ce qui se passe  surtout, c'est que nous ne savons à qui nous adresser à Mons. Que nous écrivions à X, Y ou Z, nous n'avons pas de réponse. Ecris-moi à ce sujet. Dites-moi vos projets. Organisons une réunion monto-bruxelloise (...). » (Ch. Dotremont à Letrancq, 19/11/47. Archives Lefrancq.)

(27/09-09/10/47). La Louvière. Maison des Loisirs, Haute Nuit.
* L'exposition est organisée par Les Artistes du Hainaut.

(12/10-23/10/47). Liège, A.P.I.A.W., Haute Nuit.
* Franck, Holyman, Letrancq, Marlier, Simon, Van de Spiegele.

(11/10-25/10/47) Bruxelles, Maison de la presse communiste. Exposition de peintures, sculptures et arts décoratifs organisée par l'Amicale des Artistes Communistes de Belgique.
* e. a. Franck, Holyman, Letrancq, Simon, Van de Spiegele.

Achille Chavée : Ecorces du temps. La Louvière, éd. Haute Nuit.

1947-48.
Il y a une réaction artistique... Tract édité par le groupe Haute Nuit et le groupe Surréaliste Révolutionnaire de Belgique au sujet de la construction de la nouvelle gare de Mons.
« Il y a une réaction artistique comme il y a une réaction politique. Le plus souvent d'ailleurs elles se tiennent par la main. Cette réaction artistique (qui sévit en peinture, en poésie, au cinéma, en architecture...) a plusieurs cordes à son arc.
Ou bien elle étouffe l'art nouveau sous un art qui n'a pas d'âge, qui n'est même pas vieux, qui est gratuit, et dont /'inutilité est si écrasante que l'art nouveau est jugé inutile.
Ou bien elle tente de battre l'art nouveau sur son propre terrain : elle s'affuble alors d'un modernisme artificiel qui ne correspond à rien sinon à un sabotage de la sensibilité, à un manque de respect pour les yeux des hommes (...).
Nous réclamons une gare humaine.
Nous demandons que nos yeux soient protégés (...). »
Pour le groupe Haute Nuit: Simon, Holyman, Franck, Letrancq, Arnould, Chavée, Van de Spiegele, Moreau et le groupe Surréaliste Révolutionnaire de Belgique.

1948.

Fernand Dumont. La Liberté, Mons, éd. Haute Nuit (avec un portrait de Dumont par Van de Spiegele).
«J'ai été ravi de vous revoir et j'attends beaucoup de nos nouveaux contacts (...).
Repartons d'un bon pied. Ecris-moi régulièrement (...).
Holyman est donc chargé de réunir les textes et les images du groupe Haute Nuit. Je m'occupe de Chavée (...).
Le Bulletin International du Surréalisme Révolutionnaire n° 1 parait ces jours-ci. J'attends des prospectus et des exemplaires de Liberté. C'est une excellente idée d'avoir édité Dumont et particulièrement ce texte là (...). » (Lettre de Dotremont à Letrancq, 7/1/48. Archives Letrancq.)

(janv. 48). Parution du Bulletin International du Surréalisme Révolutionnaire.
Participation de M. Letrancq.
« (...) Tu penses bien que je n'avais oublié la collaboration de Haute Nuit à la revue (…)
Ce que tu m'as envoyé est intéressant. J'aime surtout le dessin de Simon, qui convient parfaitement, la reproduction de Marlier : Hypothèse (encore que la photo soit un peu petite) et la photo de ta collection, qui en effet pourra figurer près de ton autre photo. J'aime moins le nouveau Viol de Holyman. Moreau est en grand progrès. Il y a de bonnes choses dans tes propres poèmes. Mais je n'ai pas à décerner des certificats : je ne suis pas seul, nous déciderons collectivement dans la mesure où l'urgence nous y autorise (...). » (Lettre de Ch. Dotremont à Lefrancq, 20/1/48. Arch. Lefrancq.) `

(mars-avril 48). Parution du Surréalisme Révolutionnaire.
* Participations de Chavée, Marlier, Simon, Franck.

«A ce moment-là, le groupe flottait entre des intérêts politiques, des atermoiements pour des expositions. Simon restait à Páturages et se mêlait rarement à nos discussions artistiques qui étaient je dois le dire, fort divergentes. J'organisais alors une deuxième exposition de mes travaux à la galerie Van de Spiegele en 1948 puis une troisième à la galerie Apollo à Bruxelles la même année sous le signe de notre groupe, puis une à Gand à la galerie Jordaens. » (P. Franck, Texte inédit.)

(octobre 48). Réouverture du Théâtre de Mons.
Holyman dirige l'équipe des décorateurs.

Achille Chavée. De neige rouge. Mons, éd. Haute Nuit. (illustré par P. Franck).

Achille Chavée. Ecrit sur un drapeau qui brûle. Mons, éd. Haute Nuit.

Franz Moreau. Fermé le jour. Mons, éd. Haute Nuit. (illustré par Van de Spiegele).

« Il me parait inouï que le groupe Haute Nuit ne participe nullement à cette activité. Adhérez à Cobra ! Je suis prêt à venir à Mons. Mais adhérez à Cobra. Ecris-moi à ce sujet... Tu peux m'envoyer tes documents pour le n° hollandais jusqu'au 25 septembre exclu... Il serait encore plus inouï que le groupe surréaliste de Malmoë travaille avec le groupe de Bruxelles et que le groupe de Mons reste à l'écart. Révisez votre attitude à notre égard. Travaillez, je vous ouvre les portes d'un mouvement extrêmement efficace. J'ai publié de toi une photo dans le Bulletin International du Surréalisme Révolutionnaire puis dans le n° 2 de Cobra et tu n'as rien fait pour ces deux publications... J'ai écrit le texte d'un tract pour la gare de Mons et vous ne m'avez pas envoyé d'exemplaire... Mettons-nous en contact étroit, mon cher Lefrancq et tout ira bien... Soyons unitaires ! » (Lettre de Ch. Dotremont à Lefrancq, 18/9/49. Arch. Lefrancq.)

«Seul pour continuer la lutte et entraîner le groupe dans des manifestations. Il était question d'une exposition de Haute Nuit en Suisse. Frustré par le manque de travaux le groupe (...) ne protégea nullement le dynamisme dont je faisais preuve à cette époque pour proposer des expositions importantes.
Le manque de travail, les jeux et joutes politiques ont fini par désagréger tout le groupe.
Le désert financier total (...)
Le vide artistique (...) » (P. Franck. Texte inédit.)

«Quant au groupe Haute Nuit il s'en est allé à rien. Je ne vois pratiquement plus Van de Spiegele (...)
Les autres je ne les vois plus
De Marlier je peux te donner des nouvelles. Il était garçon à Ostende où il a continué à peindre des choses qui ne manquent pas de réelle qualité. A la côte c'est le chômage et puis Ostende est une ville horrible, parait-il, du point de vue climat culturel et artistique. Il est parti tenter sa chance à Paris et est repassé par La Louvière. A Paris rien à faire pour un étranger. Je l'ai recommandé à un mien ami patron de bistrot (La Jambe de Bois, 15 rue de Soignies) et il vient de m'écrire qu'il était engagé et heureux de pouvoir avec du travail se fixer à Bruxelles.
Voilà toutes les nouvelles (...) » (Lettre d'A. Chavée à P. Franck, 8/12/49. Archives de l'Art Contemporain n° 40.334.)

«(...) Ne pas emprisonner la couleur dans une forme mais bien mettre une forme autour de la couleur. Pas de dessin mais bien dessiner avec la couleur, plutôt construire avec la pâte. Je vois avant de regarder, ne pas regarder en somme (...)
Je suis tout seul. Plus personne pour pouvoir parler un peu franchement, je visdans un désert (...)››(Lettre de Van de Spiegele à P. Franck, 4/1/50. Archives de l’Art Contemporain n° 40389.)

 

Après 1949 :  Editions

1950.
Achille Chavée, Au jour la vie, Mons, Haute Nuit (avec un dessin de L. Van de Spiegele).

1951.
Achille Chavée, Blason d'amour, Mons, Haute Nuit.

Franz Moreau, Silex (poèmes), Mons, Haute Nuit.

1951.
Achille Chavée, Ephémérides, Mons, Haute Nuit.

1952.
Achille Chavée, A pierre fendre, Mons, Haute Nuit.

1954.
Achille Chavée, Cristal de vivre, Mons, Haute Nuit.

1958.
Achille Chavée, Quatrains pour Hélène, Mons, Haute Nuit (avec un portrait de Fr.Plongin).
Achille Chavée, L'enseignement libre, Mons, Haute Nuit (avec un portrait de l'auteur).