Texte de présentation

Ne comprend que des abstraits géométriques : Delahaut Jo, Holley Francine, Lewy Kurt, Rets Jean, Vandenbranden Guy auxquels se joignent ensuite Art Raymond, Bury Pol, Gilles Ray, Noël Victor, Van der Auwera Stella, Van Hoeydonck Paul, Van Marcke.

Historique

Fondé en 1956 par les critiques Jean Séaux et Maurits Bilcke en collaboration avec le peintre Jo Delahaut.

Secrétariat : H. Mellemans, 81, Lange Nieuwstraat, Anvers.

 

1956.
(26/05-03/06) Morlanwelz, Centre éducatif Jean Jaurès. Première exposition du groupe.
*Art Raymond, Bury Pol, Delahaut Jo, Gilles Ray, Holley Francine, Lewy Kurt, Noël Victor, Rets Jean, Van der Auwera Stella, Vandenbranden Guy, Van Hoeydonck Paul, Van Marcke.
** Au vernissage, conférence de Jean Séaux, avec projections lumineuses.

 

1957
(juin) Anvers, Galerij Accent.
* Bury Pol, Delahaut Jo, Lewy Kurt, Noël Victor, Rets Jean, Vandenbranden Guy, Van der Lenen, Van Hoeydonck Paul, Vonck Ferdinand.
** Catalogue : Texte de Jean Séaux Maurits Bilcke et Michel Seuphor..
A travers les inventions plastiques – qui furent comme des diversions – dont le siècle s’amusa à travers (et malgré) le surréalisme et l’expressionnisme ; à travers (et contre) la trame serrée des images à surprise ou à effroi, l’abstraction a duré, fil d’or, idée tenace. Puis elle s’est contaminée dans les marges, elle est devenue expressionniste. Ou bien est-ce l’expressionnisme qui est devenu abstrait ?
Soit… mais nous avons renoué avec le fil d’or. Nous pensons même que l’abstraction formelle – froide, dot-on, comme si le froid n’était pas la version la plus profonde de la brulure – constitue la seule plastique vraiment abstraite.
Organisation de formes, plutôt qu’imitation d’organismes ; construction, plutôt qu’atomisation des structures ; conscience et maîtrise de l’invention et de ses moyens plutôt qu’héroïsme et panache du geste.
Voici quelques créateurs de beauté intelligente, réunis pour opposer aux miroirs où se contemple stupide, la bêtise au front du taureau, un cristal transparent.

 

Publication de l'album Art Abstrait – Formes (prévu comme le troisième cahier de groupe Art Abstrait) : 10 sérigraphies par J. Delahaut, Fr. Holley, K. Lewy, J. Rets, G. Vandenbranden; textes de Pierre Bourgeois, Charles De Maeyer, Jean Dypréau, Léon-Louis Sosset

- L.L. Sosset: De l’art abstrait, In Cahier Art Abstrait-Formes.

Comment douter que le terme abstrait, dans son application à l’art, n’ait pris désormais une acception particulière qui répond à une entité d’époque? Nul concept ne qualifie avec autant de décision l’esthétique de notre temps, ne la distingue avec autant d’acuité de celle des périodes passées, ne s’est propagé au-delà des frontières et des continents avec une aussi stupéfiante rapidité. Tous les éléments qui, de près ou de loin, se rapportent à la morphologie de l’abstraction sont devenus forces d’évolution, se sont intégrés à la symbiose dans laquelle s’élabore la création des peintres, des sculpteurs, des graveurs. Ceux mêmes qui se réfèrent à d’autres données ne peuvent en négliger les apports et si loin ces derniers soient-ils de leur esprit, ils s’en montrent inconsciemment imprégnés. La figuration, dans ses évocations les plus originales, a éliminé quantité de facteurs d’origine historique pour les remplacer par des valeurs de transposition, issues fréquemment du répertoire abstrait.
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Si d’admirables textes ont été écrits pour définir la signification, légitimer les buts de l’abs­traction, le critique et l’historien d’art sont momentanément pris au dépourvu lorsqu’il s’agit de motiver leur avis en ce qui concerne la production prodigieusement diverse et multiforme qui déferle sous leurs yeux. Leur vocabulaire et même leur raisonnement, façonnés à partir d’autres notions et exercés à d’autres considérations, s’adaptent mal à ce flux. (...)
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Abstraction chaude d’une part, abstraction froide de l’autre, distinctions antagonistes souvent, décisives surtout quant à l’intention de l’œuvre, à sa nature profonde, à ses aptitudes d’effica­cité. Mais d’une catégorie à l’autre que de tendances intermédiaires et de rencontres propices à l’invention de formes neuves! Puisque c’est de la seconde qu’il est question dans cet album, c’est elle qu’il convient, dès lors, d’envisager.

Attitude de l’esprit et opération de l’intellect d’abord que cette abstraction froide qui se satis­fait des combinaisons essentielles des plans colorés, qui se refuse d’être l’interprète d’états affectifs pour capter le seul message de l’idée plastique. Ainsi avons-nous l’assurance de ne point nous égarer dans des interprétations douteuses. Tant pis pour les verbolâtres s’il n’y a point d’évasion vers le symbole, le mythe, la fiction.
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Alors qu’autrefois le monde extérieur se projetait dans l’œuvre peinte et en constituait le fon­dement, c’est celle-ci aujourd’hui qui dicte ses lois, impose son ordonnance, sa physionomie au monde extérieur et trouve en celui-ci une fonction rayonnante.
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L’abstraction appartient au présent et lance ses antennes dans le futur. Quel que soit le point de vue auquel on se place, elle possède les vertus capables de stimuler l’intelligence nova­trice. Introduite clandestinement d’abord par certains représentants du grand mouvement réno­vateur de 1910, elle résista victorieusement à l’épreuve de la dérision et s’installa autour de nous où elle acquit l’évidence, l’autorité d’un fait.