Texte de présentation

- Christine Jamart. Deux jalons dans l’essor des arts plastiques d’expression abstraite en Wallonie. Axe 59. Axe 66. Mémoire de licence à l’Université de Louvain sous la direction du professeur Ignace Vandevivere. Année académique 1982-83.

- Christine Jamart. Axe 59, Axe 66, deux jalons dans l'essor des arts plastiques d'expression abstraite en Wallonie in Revue des archéologues et historiens d'art de Louvain. 16.1983, 342-344.

 

- in Jacques Toussaint. Le sculpteur Jean Willame, 1932-2014. Entre sacré et profane. Namur, éd. Association Art & Héritance, 2016, p. 7.

Ce groupement prend position face à la politique culturelle namuroise. Les fondateurs s’opposent farouchement à la coexistence des créations artistiques et des créations artisanales lors des expositions annuelles des « Artistes de la Province de Namur ». Dans ces expositions, il y a peu de place pour la jeune génération d’artistes namurois. Il n’est pas prévu une réelle médiation vers le public et on ne cherche pas à accroître l’audience vis-à-vis de celui-ci.
Les membres d’Axe 59 utilisent un langage abstrait, mais d’expression pluraliste.
Cinq expositions sont mises sur pied en 1960 et 1961 : Bruxelles, Namur, Maredsous, Louvain et Liège.

- Louis Richardeau, 1959-1971 in Arts plastiques dans la province de Namur, 1945-1990. Bruxelles, éd. du Crédit Communal, 1991, pp. 29 et 31.

Bien souvent des mouvements artistiques naissent pour faire pression ou libérer une force me le climat culturel ou le Pouvoir ne leur reconnaît pas. Ainsi en a-t-il été d’Axe 59.
La consultation des archives du groupe, les articles de presse, le témoignage des membres-fondateurs permettent d’évaluer le contexte culturel de l’époque à Namur. Premier constat : la politique culturelle namuroise, à leurs yeux, ne rencontre pas ou si peu la volonté des artistes de diffuser leurs œuvres. Et ce n'est pas l’exposition annuelle des « Artistes de la Province » à la Bourse de Commerce à Namur et au Musée communal de Dinant qui peut assurer cette médiation. Organisée conjointement à l’initiative de la Députation permanente, de l’Office provincial économique, social et culturel, en collaboration avec la Ville et le Syndicat d'initiative de Dinant, cette manifestation, estiment les fondateurs d'Axe 59, manque de rigueur dans la sélection comme dans sa structure. Quel critère peut bien réunir ce mélange de tous les genres (art, artisanat) et de tous les styles ? Aucun. Les organisateurs eux-mêmes souhaitent que cette confrontation soit « une porte ouverte à tous les artistes du Namurois ». Ils laissent au public le soin de faire son choix, « un choix s’accordant au goût et à la sensibilité de chacun d’entre vous... », déclare le présentateur. Cette « fine » diplomatie n'est pas pour satisfaire des artistes en recherche de clarté et d'exigence. Axe 59 est né d’un mécontentement qui couvait depuis des années. Pour le prouver, les membres-fondateurs vont refuser désormais toute participation au « Salon annuel ».
(…)
Pas plus que de manifeste, il n'y a de souscription à une quelconque charte. L’appellation « Axe » suggérait entre autres l’adhésion de plusieurs individualités à un même axe, à une même appréhension du monde. Même si l’environnement belge après l’exposition universelle de 1958 incline le groupe vers une vision abstraite, il va de soi que chaque membre garde une totale liberté d'expression. La date ‘S9 n’assure d’autre fonction que d’ancrer l’expérience dans le temps. Conscience diffuse que les mouvements artistiques sont si éphémères qu’il faut les dater...
Assez curieusement, dans l’abstraction, c’est une tendance « matiériste » qui semble prévaloir dans les œuvres. Répartir de la matière brute semble aux artistes d’Axe 59 une priorité à toute exploration. La remarque vaut autant pour les peintres que pour les sculpteurs.

 

- in Jacques Toussaint, idem, pp. 14-15.

Axe 59.
En 1959, cinq artistes namurois fondent le groupe éphémère Axe 59. Il n'y a pas un manifeste qui promeut cette association qui n’a d’ailleurs aucun statut juridique. Sa dénomination traduit une volonté de situer son action dans une évolution « historíco-culturelle ». L’association prône une large audience auprès du public et réagit face à la politique culturelle namuroise. Ces objectifs constituent l’axe de sa démarche. Le logo d’Axe 59, révélant une sobre neutralité, est créé par l'architecte Lucien Kroll.
« Axe 59 » dénonce le manque de rigueur dans la sélection tout comme dans la structure de l'exposition annuelle des Artistes de la Province organisée à la Bourse du Commerce à Namur et au Musée communal de Dinant. C'est le public qui effectue son choix et les organisateurs ne remplissent dès lors pas leur mission, celle d'élever le niveau en opérant une sélection stricte dès le départ. Pour « Axe 59 », c'est inacceptable et il le dénonce en refusant de participer au Salon annuel. Le groupe incline vers un langage abstrait, mais chaque membre garde sa liberté d’expression.
L’exposition universelle de Bruxelles de 1958 avait dressé un bilan de 50 ans d’art moderne, en abordant bien sûr la dualité entre réalisme et abstraction. L'auteur de la longue introduction au catalogue, Emile Langui, constate : « Il se crée de plus en plus de sculptures qui, partant d’éléments abstraits, de formes brutes et de tubes courbés, constituent bel et bien des « êtres » viables, dans ce sens qu'ils sont conçus, assemblés et animés par des principes biologiques. Ces créatures que le naturaliste appelle des monstres, puisent leur vitalité dans un monde en formation ou tous les règnes de la nature se confrontent et s'enchevêtrent. Comme leurs confrères les peintres, les sculpteurs découvrent les lois insoupçonnées de la Vie et de la Matière, témoignent ainsi du réalisme profond de l’art moderne, puisqu’il sonde la réalité jusque dans ses recoins les plus cachés : la structure organique des choses ».
En août 1961, le groupe « Axe 59 » daigne participer à l'exposition des Artistes namurois au Musée communal de Dinant. Le contexte avait évolué, sans doute grâce à Axe 59, car un jury avait pour la première fois été constitué ce qui constitue une avancée par rapport aux périodes antérieures.
L’association éphémère « Axe 59 » sera adoubée par l'Association pour le progrès intellectuel et artistique de Wallonie (APIAW) à Liège, présidée par Fernand Graindorge, ce qui constitue en soi un honneur et une certaine satisfaction dans le chef des artistes-fondateurs. Ceux-ci exposeront à l’Emulation à Liège en février 1961 et trois d’entre eux (P. Lahaut, F. Roulin et M. Warrand) sont invités à exposer à Liège, par F. Graindorge à l’automne de la même année.
Certaines divergences naissent au sein du groupe « Axe 59 » et l'un ou l'autre artiste quitte Namur. Cela entraîne inévitablement la dissolution de l’association.

 

Historique

(  /  ) Namur. Fondation du groupe Axe 59. Lahaut Pierre (1931-2004), Londot Louis-Marie (1924-2010), Félix Roulin (1930), Van Espen (1928-2008), Warrand Marcel (1924-2010), Willame Jean (1932-2014).
* Membres sympathisants : les architectes Lucien Kroll (1927) et Dom Grégoire Watelet (1917-2006).

1960 (12/03-24/03) Bruxelles, Galerie Ptah (39 rue des Eperonniers)

1960 (14/04-28/04) Namur, 16 rue Rupplémont.

1960 (21/05-15/06) Maredsous, Ecole des Métiers d’Art.

1960 (15/10-27/10) Stedelijk Tentoonstellingzaal (6 Savoyestraat)

1961. (11/02-23/02) Liège, A.P.I.A.W.
- S. Bronckart, « Joie de vivre » Blousons noirs ? Le groupe Axe 59 à l’A.P.I.A.W., dans Le Monde du Travail, 21 février 1961, p. 3.
- André Marc, Six artistes du Namurois : le groupe Axe 59, dans La Meuse, 21 février 1961, p. 3.
- Victor Moremans. Axe 59 à l’A.P.I.A.W., dans La Gazette de Liège, 16 février 1961, p. 4.

1961 (août) Dinant, Musée communal. Artistes namurois
* e. a. Groupe Axe 59.

- Louis Richardeau, 1959-1971 in Arts plastiques dans la province de Namur, 1945-1990. Bruxelles, éd. du Crédit Communal, 1991, p. 36.

En août 1961, le groupe Axe 59 accepte de participer à l'exposition des « Artistes du Namurois » au Musée communal de Dinant. Qu’y a-t-il de changé qui ait pu les en convaincre ? Rien de fondamental dans la conception mais tout de même l'attribution d’un Prix de la Province de Namur institué par la Députation permanente. Pour la première fois - et la seule - un jury extérieur compétent allait pouvoir juger. Il était constitué de MM. Albert Dasnoy, membre de la Commission des Achats de l’Etat, Léon Koenig, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Liège, Albert Van Leerberghe, conseiller-chef de service au Ministère de l’Education nationale et de la Culture et René Giron, directeur des expositions du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le Ier Prix est attribué ex-aequo à Pierre Lahaut pour son « Adulte sous-développé endormi » et à Marcel Warrand pour son « Hommage à Félix Roulin ». Louis-Marie Londot y est distingué pour son œuvre « Gloire A ». En septembre 1961, Fernand Graindorge de l’A.P.I.A.W. invite à Liège les trois artistes namurois révélés durant l'année : Lahaut, Roulin et Warrand. Que ces prix, ces invitations aient pu susciter des tensions hors du groupe et dans le groupe même, cela ne fait aucun doute. Le départ de Lahaut pour Paris et de Roulin pour La Cambre, des divergences d’orientations artistiques entraînent la dissolution d’Axe 59.
La matière a été la valeur commune aux peintres et aux sculpteurs de ce groupe durant trois ans. Il n’est pas indifférent de savoir que la plupart des artistes d'Axe 59 œuvraient ensemble comme professeurs à l’école des métiers d’Art de Maredsous. Que les matières travaillées au cours de céramique, d'orfèvrerie, d'ébénisterie aient pu avoir une influence sur leur orientation, qu’un dialogue ait pu s’établir entre eux à ce propos, cela nous paraît fort probable. La vie culturelle animée par l'Abbaye dans les années cinquante était suffisamment riche pour imprégner un esprit, orienter un choix.