Glossaire > Peinture

 

Peintres.

Pamphilos (peintre grec antique)

" Il fut le premier des peintres qui eût étudié toutes les sciences et surtout l’arithmétique et la géométrie sans lesquelles il affirmait qu’on ne pouvait atteindre la perfection de l’art. Il ne donnait pas ses leçons à moins d’un talent [...]. C’est le prix que lui payèrent Apelle et Mélanthios. C’est grâce à son influence qu’à Sicyone d’abord, puis dans la Grèce entière les enfants de naissance libre apprirent avant toute chose la graphique, c’est-à-dire la peinture sur du buis, et que cet art fut admis comme le premier des arts libéraux. " (Pline l’Ancien à propos de Pamphilos - Histoire naturelle)

Zong Bing (375-443)

" Je déroule lentement des peintures, et tandis que je les observe, je m’avance dans une étendue sans limites qui m’entoure de tous côtés et qui m’ouvre à ce sentiment de l’infini que le ciel inspire en moi. "

Giotto (1266- env. 1367)

"Il eut un si grand génie que la nature, mère de toutes choses et toujours active, dans le mouvement continuel des cieux, ne peut rien produire qu'avec son stylet, sa plume ou son pinceau, il ne peigne semblable à elle et même identique, si bien que souvent les hommes se trompent à voir les choses qu'il fait, prenant pour vrai ce qui est peint." (Boccace sur Giotto)

" Giotto se demandait sans cesse comment se tiendrait un homme, quel geste ferait un homme qui prendrait vraiment part à tel événement, et surtout comment notre œil verrait telle attitude ou tel geste. Renonçant à toute écriture conventionnelle, il était maintenant capable de créer l'illusion comme si l'épisode sacré se déroulait vraiment devant nos yeux. " (Ernst Hans Gombrich)

" Nous devons faire comme les peintres de notre époque, qui contemplent à loisir les tableaux célèbres des autres, mais ne suivent que l'exemple de Giotto. " (Paolo Vergerio – 1396)

 

Botticelli Sandro (1445-1510)

Il apprenait tout ce qu’il voulait mais refusait de s’appliquer à l’écriture, à la lecture et au calcul. (Giorgio Vasari)

Botticelli a montré la concentration, la subtilité aiguë qui est celle des intellectuels constamment absorbés par la réflexion sur les idées les plus hautes et les plus ardues. (Giorgio Vasari)

"Ce tableau a été peint par moi, Sandro, à la fin de l’année 1500, pendant les désordres d’Italie, dans la moitié du temps après le temps, selon le chapitre XI de saint Jean, dans la seconde douleur de l’Apocalypse, lorsque Satan fut déchaîné sur la terre, pour trois ans et demi. Puis selon le Cantique XII, il sera de nouveau enchaîné et nous le verrons foulé aux pieds comme sur ce tableau. " (Sandro Botticelli - Inscription sur le tableau la Nativité mystique)

Léonard De Vinci (1452-1519)

Ne lise pas mes principes qui n’est pas mathématicien.

Qui blâme la peinture blâme la nature. (Extrait des carnets)

La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir. (L. de Vinci, Traité de la peinture)

La peinture est poésie muette, la poésie peinture aveugle. (L. de Vinci, Traité de la peinture)

La peinture est une poésie qui se voit.

La science de la peinture est tellement divine qu'elle transforme l'esprit du peintre en une espèce d'esprit de Dieu. (Léonard de Vinci. Extraits de Lettres sur l’art) 

Faites toujours que votre tableau soit une ouverture au monde.

Le peintre qui traduit par pratique et jugement de l'œil, sans raisonnement, est comme le miroir ou s'imitent les choses les plus opposées, sans cognition de leur essence. (Leonard de Vinci, Traité de la peinture")

Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maître !  (L. de Vinci, Traité de la peinture)

 

Bosch Jérôme (1450-1460 env.-1516)

" Les autres cherchent à peindre les hommes tels qu’ils apparaissent vus du dehors; celui-ci a l’audace de les peindre tels qu’ils sont, au-dedans. " (J. de Sigüenza à propos de Jérôme Bosch – 1605)

" Sa manière était franche, prompte, aisée, et il parvenait à peindre nombre de ses tableaux en une fois. Il avait aussi, comme beaucoup de vieux maîtres, l’habitude d’esquisser et de dessiner les objets sur le fond blanc du tableau, de poser par-dessus un glacis transparent, et de faire participer les dessous à l’effet. " (Carel Van Mander)

" Peintre des gris, sensible au charme des tons fins, aux valeurs ténues, habile à modeler le blanc par le blanc [...]. Il associe aux plus exquises nuances de rose, de lilas, de bleu tendre, de beige, de vert jade, posés en glacis, en touches horizontales de matière fluide reprises par de prestes accents, des tons locaux sonores et consistants comme l’émail, le vermillon, le carmin, le bleu sombre, le noir violacé. " (R. Genaille, 1963)

Michel-Ange Michelangelo Buonarroti dit (1475-1564)

" Je dis que la peinture me paraît devoir être tenue pour d'autant meilleure qu'elle est plus proche du relief. " (Michel-Ange, 1547)

" Saches des statues qu'elles existent dans le marbre, il suffit de les en faire sortir avec le ciseau. " (Michel-Ange)

" Il lui suffisait de voir une seule fois l'ouvrage d'un autre pour le retenir parfaitement et l'utiliser à l'occasion sans que personne ne s'en aperçoive. " (Giorgio Vasari)

" Dans la pensée de cet homme extraordinaire, il ne s'est agi que de montrer la perfection et l'harmonie du corps humain dans la diversité de ses attitudes et en outre les mouvements passionnels et ceux qui comblent l'âme; content de s'en tenir à ce registre - où il l'emporte sur tous les artistes - en montrant la route du grand style, du nu et la science du dessin. " (Giorgio Vasari)

" Le dessin, que d'un autre nom nous appelons trait, est ce en quoi consiste et ce qui constitue la source et le corps de la peinture, de l'architecture et de tous les autres genres d'art, et la racine de toutes les sciences. " (Michel-Ange rapporté par Francisco da Hollanda - Dialogues avec Michel-Ange, 1538)

" On juge de la science d'un grand homme à travers sa crainte de ne pas exécuter une chose exactement comme il la conçoit. " (Michel-Ange rapporté par Francisco da Hollanda - Dialogues avec Michel-Ange, 1538)

" Ce que David a fait avec sa fronde, moi Michel-Ange je le fais avec mon outil. " (Michel-Ange)

" Plus il y a à travailler et à étudier dans une œuvre de peinture, à grands frais de temps et de travail, plus la chose réalisée doit être telle qu'elle ne semble pas tant travaillée que faite à la hâte et sans peine et très légèrement même s'il n'en est rien. " (Michel-Ange)

" Les figures, il leur donnait un canon de neuf, dix ou douze têtes, en se proposant exclusivement de faire naître de leur association une sorte d'harmonie dans une grâce supérieure à la nature. Car, disait-il, il faut avoir le compas dans l'œil, non dans la main ; les mains travaillent, l'œil juge. Et cette attitude fut aussi la sienne pour l'architecture. " (Giorgio Vasari)

Van Mander Carel (1548-1606)

" Laisse le paysage s’éloigner doucement dans la distance, ou laisse le progressivement se fondre dans le soleil. "

Poussin Nicolas (1594-1665)

" Les couleurs dans la peinture sont comme des leurres qui persuadent les yeux, comme la beauté des vers dans la poésie. " (Nicolas Poussin, Observations sur la peinture)

" La peinture n’est autre qu’une idée des choses incorporelles. " (Nicolas Poussin - Observations sur la peinture)

" Les belles filles que vous avez vues à Nîmes ne vous auront, je m’assure, pas moins délecté l’esprit par la vue que les belles colonnes de la Maison Carrée, vu que celles-ci ne sont que de vieilles copies de celles-là. " (Nicolas Poussin)

" Ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait. " (Nicolas Poussin)

La nouveauté dans la peinture ne consiste pas dans un sujet encore non vu, mais dans la bonne et nouvelle disposition et expression, et ainsi de commun et de vieux, le sujet devient singulier et neuf.

De la main du peintre ne doit sortir aucune ligne qui n'ait été formée auparavant dans son esprit.

Mon naturel me contraint à chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m’est contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres.(Nicolas Poussin)

Rembrandt Harmenszoon van Rijn dit (1606-1669)

" Il y a peu de lumière dans ses œuvres, sauf à l’endroit où il voulait concentrer l’intérêt ; ailleurs, il regroupait avec grand art lumières et ombres avec des reflets bien mesurés et des passages de la lumière à l’ombre d’une grande habileté ; son coloris était ardent, et tout révélait un jugement profond. " (Joachim von Sandrart, 1675 )

" Et j’ai remarqué que, dans ses débuts, il a employé beaucoup plus de patience pour exécuter ses œuvres que plus tard. " (Arnold Houbraken, 1718 )

" Rembrandt n’aimait pas qu’on regardât sa peinture de près. Il repoussait les gens du coude et disait : Un tableau n’est pas fait pour être flairé. " (Victor Hugo - Choses vues )

" Ah ! et tout de même quelle jouissance de l’œil, et quel rire que le rire édenté du vieux lion Rembrandt, la tête coiffée d’un linge, la palette à la main ! " (Vincent Van Gogh au sujet d’un des derniers portraits de Rembrandt )

" Il peint parce que la peinture est le mensonge le plus beau. " (Kees Van Dongen à propos de Rembrandt - 1927 )

Chardin Jean-Baptiste Siméon (1699-1779)

On ne peint pas seulement avec des couleurs, on peint avec le sentiment.

Pour n’être occupé que de rendre vrai, il faut que j’oublie tout ce que j’ai vu et même jusqu’à la manière dont ces objets ont été traités par autrui.

 

Boucher François (1703-1770)

" Son élégance, sa mignardise, sa galanterie romanesque, sa coquetterie, son goût, sa facilité, sa variété, son éclat, ses carnations fardées, sa débauche, doivent captiver les petits maîtres, les petites femmes, les jeunes gens, les gens du monde, la foule de ceux qui sont étrangers au vrai goût, à la vérité, aux idées justes, à la sévérité de l’art ". (Diderot à propos de François Boucher – Les Salons – 1761)

" Le joli, c’est l’âme du temps, et c’est le génie de Boucher. " (Edmond et Jules de Goncourt)

" N’est pas Boucher qui veut. " (Jacques-Louis David)

Reynolds Joshua (1723-1792)

" Si un portraitiste désire élever et améliorer son sujet, il ne peut le faire qu’en tendant à une idée générale. Il omet toutes les petites irrégularités et particularités du visage, et adapte le vêtement, dédaignant une mode passagère pour une mode plus intemporelle. " (Joshua Reynolds)

" Un peintre d’histoire peint l’homme en général ; un portraitiste peint un individu et par conséquent un modèle imparfait. " (Joshua Reynolds)

" Si je n’avais jamais vu un seul des chefs-d’œuvre de Corrège, je n’aurais peut-être jamais remarqué dans la nature l’expression que je trouve dans l’un de ses tableaux; ou si je l’avais remarquée, je l’aurais peut-être jugée trop difficile ou impossible à exécuter. " (Joshua Reynolds)

Valenciennes Pierre-Henri de (1750-1819)

" La chaleur du climat de Rome imprime à toutes les productions végétales un ton de vigueur qu’on ne trouve pas dans les pays septentrionaux ; les terrains ont une couleur plus chaude, les rochers se détachent avec force, les verts y sont plus foncés et plus variés, les ciels plus azurés et les nuages plus colorés. " (Pierre-Henri de Valenciennes)

" Nicolas Poussin, Annibal Carrache, le Titien, le Dominiquin et quelques autres, ont fait ce qu’Homère, Virgile, Théocrite et tous les poètes fameux eussent fait s’ils avaient peint avec des couleurs. Ces Peintres se sont pénétrés de la lecture de ces Poètes sublimes ; ils les ont médités ; et en fermant les yeux, ils ont vu cette Nature idéale, cette Nature parée des richesses de l’imagination, et que seul le génie peut concevoir et représenter. " (Pierre-Henri de Valenciennes)

William Blake (1727-1827)

Tout ce que je peins, je le vois en ce monde, mais tous ne le voient pas de la même façon.

Goya Francisco de (1746-1828)

Toute la peinture est dans les sacrifices et les partis pris.

 

Jacques Louis David (1748-1825)

Il n'y a rien de si traître que l'art de la peinture. Dans l'ouvrage se peint l'homme qui l'a fait. On se saurait pas que celui-ci est le plus grand saligaud de la terre qu'on le reconnaîtrait pour tel en voyant son dessin.

 

Constable John (1776-1837)

L’art de voir la nature est, aussi bien que l’art de déchiffrer les hiéroglyphes, une chose qui doit s’apprendre.

La tâche du peintre, c’est de faire quelque chose avec rien ; ce faisant, il doit presque nécessairement devenir poète. (1824 )

Mon art limité et secret est à découvrir sous chaque haie, dans chaque chemin; aussi, personne ne juge bon de le recueillir.

Il serait difficile de citer un type de paysage où le ciel ne serait pas la note dominante, la mesure de l’espace et le véhicule principal du sentiment.

 

L’art de voir la Nature est, aussi bien que les hiéroglyphes d’Égypte, une chose qui doit s’apprendre.

On ne voit vraiment quelque chose que si on le comprend.

Ce que je préfère peindre, ce sont les endroits que je connais ; peindre, c’est pour moi la même chose que sentir.

 

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)

" Le style, c’est la nature. " (J.A.D. Ingres)

 

" Cela ne ressemble point au velouté de la chair vivante. Le dessous des pieds est comme une vessie pleine ; l’oreille est trop haute, comme dans l’Œdipe ; les cheveux sont vert d’eau... " (Théophile Thoré à propos de la Grande Odalisque d’Ingres.)

" Aux gens du monde, M. Ingres s’imposait par un emphatique amour de l’Antiquité et de la tradition. Aux excentriques, aux blasés, à mille esprits délicats toujours en quête de nouveautés, même de nouveautés amères, il plaisait par la bizarrerie. " (Charles Baudelaire, 1855)

" Le grand mérite d’Ingres est d’avoir réagi par l’arabesque de la forme contre le dessin uniquement de proportions, en pratique alors dans l’école de David. " (Edgar Degas)

 

Delacroix Eugène (1798-1863)

L'exécution, dans la peinture, doit toujours tenir de l'improvisation. (Extrait du Journal).

Dans la peinture, il s'établit comme un pont mystérieux entre l'âme des personnages et celle du spectateur. (Extrait du Journal)

Ce qu'il y a de plus réel pour moi, ce sont les illusions que je crée avec ma peinture. Le reste est un sable mouvant. (Extrait du Journal)

La nouveauté est dans l'esprit qui crée, et non pas dans la nature qui est peinte.

La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières, comme la maîtresse la plus exigeante.

La peinture est le métier le plus long et le plus difficile. Il lui faut l'érudition comme au compositeur, mais il lui faut aussi l'exécution comme au violon.

 

Charles Gleyre (1806-1874)

Rappelez-vous donc, jeune homme, que quand on exécute une figure, on doit toujours penser à l'antique. La nature, mon ami, c'est très bien comme élément d'étude, mais ça n'offre pas d'intérêt. (Charles Gleyre enseignant à Claude Monet.)

Un génie inventif, chaste, poétique ; au plus haut degré le sentiment du style, de la beauté suprême, de la forme pure, de l'art idéal, exquis, une sensibilité et un tact moral [...], le talent de prêter une existence précaire aux rêves les plus fugitifs, les plus déliés de la pensée. (Charles Clément à propos de Charles Gleyre)

 

Charles Blanc (1813-1882)

Le peintre de style voit le grand côté même des petites choses, l'imitateur réaliste voit le petit côté même des plus grandes.

 

Millet Jean-François (1814-1875)

C'est le côté humain, franchement humain, qui me touche.

 

Courbet Gustave. (1819-1877)

Pourquoi chercherais-je à voir dans le monde ce qui n'y est pas et à défigurer par des efforts d'imagination ce qui s'y trouve.

 

Fromentin Eugène (1820-1876)

L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible (Les Maîtres d’autrefois).

Puvis De Chavannes Pierre (1824-1898)

Pour toutes les idées claires, il existe une pensée plastique qui les traduit. " (Pierre Puvis de Chavannes)

 

Moreau Gustave (1826-1898)

L'évocation de la pensée par la ligne, l'arabesque et les moyens plastiques.

Sans doute, il ne faudrait pas que le peintre affirme à la manière de l’écrivain ; ce serait absurde. Aussi, est-il nécessaire que la pensée du peintre, quelque nette, quelque profonde, quelque forte qu’elle soit, ait toujours pour la protéger et pour lui conserver son vrai caractère une enveloppe mystérieuse qui déconcerte le spectateur et le tienne à distance respectueuse. (Ecrits sur l’art)

 

Breton Jules (1827-1906)

"Elle [la peinture] évoque l'invisible par le visible, il lui faut l'infini de la matière pour exprimer l'infini de la pensée et du sentiment.

 

Pissarro Camille. (1830-1903)

Inutile de serrer la forme; le dessin précis et sec nuit a l'impression d'ensemble et détruit toutes les sensations. Ne pas arrêter le contour des choses.

 

Degas Edgard (1834-1917)

La peinture, c'est très facile quand vous ne savez pas comment faire. Quand vous le savez, c'est très difficile.

 

Sisley Alfred (1839-1899)

La vie et le mouvement sont nécessaires, ils dépendent de l’émotion de l’artiste, qui doit modifier sa facture selon cette émotion...

Le ciel est formé de plans comme les terrains, et il contribue au mouvement et à l’effet du tableau.

 

Je suis d’avis que c’est un maître égal aux plus grands. J’ai revu des œuvres de lui d’une ampleur et d’une beauté rares, entre autres une Inondation  qui est un chef-d’œuvre. (Camille Pissarro à propos de Sisley)

 

Paul Cézanne (1839-1906)

Tout se résume en ceci : avoir des sensations et lire la nature.

Tout dans la nature se modèle sur la sphère, le cône et le cylindre, il faut apprendre à peindre sur ces figures simples, on pourra ensuite faire tout ce qu’on voudra. (Lettre à Émile Bernard - Février 1904)

Plus la couleur s’harmonise, plus le dessin se précise. Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. Les contrastes et les rapports de tons, voilà le secret du dessin et du modèle. (Lettre à Émile Bernard - Février 1904)

On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature ; mais on est plus ou moins maître de son modèle, et surtout de ses moyens d’expression (Lettre à Emile Bernard - Février 1904)

Enfin je te dirai que je deviens, comme peintre, plus lucide devant la nature, mais que, chez moi, la réalisation de mes sensations est toujours très pénible. Je ne puis arriver à l’intensité qui se développe à mes sens, je n’ai pas cette magnifique richesse de coloration qui anime la nature. (Lettre à son fils – 1906)

 

Redon Odilon (1840-1916)

La logique du visible au service de l’invisible.

 

Claude Monet (1840-1926)

Ce que je ferai ici aura au moins le mérite de ne ressembler à personne, parce que ce sera l'impression de ce que j'aurai ressenti, moi tout seul.(Claude Monet à Fécamp, lettre à Bazille, 1867)

Devant vous un arbre, une maison, un champ ou quoi que ce soit.

Pensez seulement à ceci : voici un petit carré de bleu, de rose, un ovale vert, une raie jaune et peignez exactement comme ils vous apparaissent.

J'étais habitué à peindre la Manche et j'avais forcément ma routine, mais l'océan, c'est tout autre chose. (Claude Monet à Belle-Île, lettre à Caillebotte)

Il faut capter la lumière et la jeter directement sur la toile.

 

Monet, ce n'est qu'un œil, mais quel œil ! (Paul Cézanne )

Sans lui, j'aurais renoncé. (Auguste Renoir à propose de Monet.)

La peinture m'apparut tout à coup douée d'une puissance fabuleuse. (Wassily Kandinsky voyant pour la première fois une toile de Monet.)

 

L'an dernier, en ce même pays, j'ai souvent suivi Monet à la recherche d'impressions. Ce n'était plus un peintre mais un chasseur. Il allait suivi d'un enfant qui portait ses toiles, cinq ou six toiles représentant le même sujet à des heures diverses et avec des effets différents. Il les prenait et les quittait tour à tour, suivant les changements du ciel. (Guy de Maupassant )

 

Renoir Auguste (1841-1919)

Un sein, c’est rond, c’est chaud. Si Dieu n’avait créé la gorge de la femme, je ne sais si j’aurais été peintre.

Ce que j’aime, c’est la peau, une peau de jeune fille, rosée et laissant deviner une heureuse circulation. Ce que j’aime surtout, c’est la sérénité.

Dans la peinture comme dans les autres arts, il n'y a pas un seul procédé, si petit soit-il, qui s'accommode d'être mis en formule.

Il y a dans la peinture quelque chose de plus, qui ne s'explique pas, qui est essentiel.

La peinture s'apprend dans les musées.

 

Je comprends bien l’effort tenté ; c’est très bien de ne vouloir rester en place, mais il a voulu ne s’occuper que de la ligne, les figures se détachent les unes des autres sans tenir compte des accords, aussi c’est incompréhensible. Renoir n’ayant pas la faculté du dessin, et n’ayant plus les jolis tons instinctivement sentis d’autrefois, se trouve incohérent. (Camille Pissarro à propos du dessin de Renoir, 1887)

Il fait chanter la couleur au moyen de procédés renouvelés de Fragonard et de Delacroix : préparation des masses dans le ton, et des passages dans le gris (Maurice Denis à propos de Renoir)

 

Rousseau Henri dit le Douanier (1844-1910)

A propos du tableau Le Rêve : " De ce tableau se dégage de la beauté, c’est incontestable. Je crois que cette année personne n’osera rire [...]. Demandez aux peintres. Tous sont unanimes : ils admirent. " (Guillaume Apollinaire, L’Intransigeant, 1910)

Gauguin Paul. (1848-1903)

La peinture est comme l'homme, mortel mais vivant toujours en lutte avec la matière.

Il ne faut pas peindre vrai. Il faut peindre vraisemblable.

Il y a en somme en peinture plus à chercher la suggestion que la description.

Devant la nature elle-même, c'est notre imagination qui fait le tableau.

La peinture est comme l'homme, mortel mais vivant toujours en lutte avec la matière.

Van Gogh Vincent (1853-1890)

Je rêve ma peinture, ensuite je peints mon rêve.

Seurat Georges (1859-1891)

L’art, c’est l’harmonie. L’harmonie c’est l’analogie des contraires, l’analogie des semblables, de ton, de teinte, de ligne, considérés par la dominante et sous l’influence d’un éclairage en combinaisons gaies, calmes ou tristes...

La pureté de l’élément spectral étant la clef de voûte de ma technique... (Georges Seurat, 1890)

 

Cette pelouse dans l’ombre : des touches, en majorité, donnent la valeur locale de l’herbe; d’autres, orangées, se clairsèment, exprimant la peu sensible action solaire; d’autres, de pourpre, font intervenir la complémentaire du vert; un bleu cyané, provoqué par la proximité d’une nappe d’herbe au soleil, accumule ses criblures vers la ligne de démarcation et les raréfie progressivement en deçà. À la formation de cette nappe elle-même ne concourent que deux éléments, du vert, de l’orangé solaire, toute réaction mourant sous un si furieux assaut de lumière. " (Félix Fénéon à propos de L’Île de la Grande Jatte, La Vogue, 1886)

 

Jacques-Emile Blanche (1861-1942)

C'est la qualité du «sentiment» qui a le plus de chance de «faire dater» le tableau. Rien ne se démode comme le «sentiment».

 

Signac Paul. (1863-1935)

L'art du coloriste tient par certains côtés aux mathématiques et à la musique.

 

Munch Edvard. (1863-1944)

On ne peut pas peindre éternellement des femmes qui tricotent et des hommes qui lisent.

 

Toulouse-Lautrec Henri de (1864-1901)

La peinture, c'est comme la merde ; ça se sent, ça ne s'explique pas.

 

Kandinsky Wassily (1866-1944)

La peinture est un art, et l’art dans son ensemble n'est pas une vaine création d'objets qui se perdent dans le vide, mais une puissance qui a un but et doit servir à l'évolution et à l'affinement de l'âme humaine, au mouvement du Triangle. Il est le langage qui parle à l'âme, dans la forme qui lui est propre, de choses qui sont le pain quotidien de l'âme et qu'elle ne peut recevoir que sous cette forme. (Du spirituel dans l’art, Vassily Kandinsky, éd. Denoël, coll. folio / essais, 1989)

 

Pierre Bonnard (1867-1947)

J’espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000 avec des ailes de papillon.

Je me souviens très bien qu’à cette époque je ne connaissais pas du tout l’impressionnisme et l’œuvre de Gauguin nous a enthousiasmés pour elle-même, non contre quelque chose...

Quand mes amis et moi voulûmes poursuivre les recherches des impressionnistes et tenter de les développer, nous cherchâmes à les dépasser dans leurs impressions naturalistes de la couleur. L’art n’est pas la nature. Nous fûmes plus sévères pour la composition. Il y avait aussi beaucoup plus à tirer de la couleur comme moyen d’expression. Mais la marche des progrès s’est précipitée, la société était prête à accueillir le cubisme et le surréalisme, avant que nous ayons atteint ce que nous avions envisagé comme but. Nous nous sommes trouvés en quelque sorte suspendus dans l’air...

Si on oublie tout, il ne reste plus que soi et cela n’est pas suffisant. Il est toujours nécessaire d’avoir un sujet, si minime soit-il, de garder un pied sur terre.
Quand on couvre une surface avec des couleurs, il faut pouvoir renouveler indéfiniment son jeu, trouver sans cesse de nouvelles combinaisons de formes et de couleurs qui répondent aux exigences de l’émotion (rapporté par Gaston Diehl in Des Problèmes de la peinture. Ed. Confluences, 1945)

Il y a une formule qui convient parfaitement à la peinture : Beaucoup de petits mensonges pour une grande vérité.
Puisque tous les peintres entreprennent les mêmes choses, se heurtent aux mêmes difficultés, utilisent les mêmes moyens, c’est que les différences proviennent de l’intérieur.
Dans ce subtil équilibre entre mensonge et vérité, tout est relatif, tout est une question de plus ou de moins. L’extrême sincérité risque aussi bien d’apparaître ridicule ou insoutenable.

Tout peindre doit trouver dans ses éléments de travail des ressources, des rappels, parmi lesquels il peut puiser. Il n’à qu’à chercher jusqu’à ce qu’il trouve ceux qui sont conformes à son expression, à ses besoins habituels. Mais là encore la part de l’inattendu est grande.
Surtout intervient l’observation des matériaux qu’on emploie. Le talent n’est-il pas justement de savoir se servir au mieux de ses matériaux.

La couleur a une logique aussi sévère que la forme... Une retouche d’accent forme désaccord avec la tonalité voisine : force est de les réaccorder. Mais cette seconde tonalité semble crier auprès de sa voisine : force est de les réaccorder. Et de suite en suite, elles se poussent les unes les autres)

Il faut être patient, savoir attendre, l’émotion surgit à son moment.

La peinture doit revenir à son but premier, l'examen de la vie intérieure des êtres humains.

Il ne s'agit pas de peindre la vie. Il s'agit de rendre vivante la peinture. (Pierre Bonnard)

 

Matisse Henri (1869-1954)

La composition est l'art d'arranger de manière décorative les divers éléments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments. (Henri Matisse)

Un artiste doit se rendre compte, quand il raisonne, que son tableau est factice : mais quand il peint, il doit avoir le sentiment qu'il a copié la nature. Et même quand il s'en est écarté, il doit lui rester cette conviction que ce n'a été que pour la rendre plus complètement. (Henri Matisse)

Quand les moyens sont tellement affinés, tellement amenuisés que leur pouvoir d'expression s'épuise, il faut revenir aux principes essentiels qui ont formé le langage humain... C'est le point de départ du fauvisme : le courage de retrouver la pureté des moyens. (Henri Matisse)

La peinture fauve, ce n'est pas tout, mais c'est le fondement de tout. (Henri Matisse)

Ce que je rêve, c'est un art d'équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant, qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l'homme d'affaires aussi bien que pour l'artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d'analogue à un bon fauteuil qui délasse de ses fatigues physiques. (Henri Matisse)

Je sens par la couleur, c'est donc par elle que ma toile sera toujours organisée. (Henri Matisse)

C'est l'imagination qui donne au tableau espace et profondeur. (Henri Matisse)

Il faut que la peinture serve à autre chose qu'à la peinture.

Attention, vous voulez faire de la peinture ? Alors, commencez par vous faire couper la langue, car vous ne devrez plus vous exprimer qu’avec vos pinceaux. (Henri Matisse à ses élèves)

 

" Enfin, je pouvais me rendre compte de ce que mes amis appelaient un portrait. Rien n'y était physiquement humain. On avait l'impression que l'artiste s'était beaucoup plus soucié de sa personnalité que de celle de son modèle. " (Francis Carco à propos du tableau Femme au chapeau de Matisse)

" Le réalisme impressionniste perdit pour moi son charme, à la contemplation du miracle de l'imagination traduite dans le dessin et la couleur. " (Raoul Dufy à propos du tableau Luxe, calme et volupté de Matisse )

 

Maurice Denis (1870-1943)

"Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane, recouverte de couleurs en un certain ordre assemblés. (Maurice Denis . " Definition du Neo -traditionnalisme " - (Revue Art et Critique 30 Août 1890)

 

Rouault Georges (1871-1958)

La peinture n'est pour moi qu'un moyen d'oublier la vie. Un cri dans la nuit. Un sanglot raté. Un rire qui s'étrangle.

Se plier en silence à certaines exigences intérieures et passer sa vie à chercher des moyens d'expression sincères.

 

Vlaminck Maurice de (1876-1958)

Le fauvisme n’est pas une invention, une attitude, mais une façon d’être, d’agir, de penser, de respirer.

 Moi, je n’ai jamais travaillé, j’ai peint. J’ai voulu qu’on me connaisse tout entier, avec mes qualités et mes défauts. Si l’une de mes toiles est mauvaise c’est un Vlaminck, même si j’ai sué dessus des semaines. Si elle est bonne c’est encore un Vlaminck, même si je l’ai peinte en deux heures. Maintenant, salut " Un point c’est tout. (Maurice de Vlaminck à Maurice Genevoix)

Tu vois, il faut peindre avec des cobalts purs, des vermillons purs, des véronèses purs. (Maurice de Vlaminck à André Derain, 1901)

 

Dufy Raoul. (1877-1953)

Regardez la nature ... et tournez lui le dos.

La peinture est un jeu comparable à l'éloquence. C'est un cri de tout l'être ; il faut l'organe mais aussi la conviction intérieure. Combien n'ont pas compris que la peinture n'est et ne sera jamais une carrière libérale (propos rapporté par G. Diehl dans Les problèmes  de la peinture. Ed. Confluences, 1945.)

Pour un peintre la matière n'est pas seulement le truchement entre l'inspiration et son expression ; elle a sa beauté propre.

La peinture n’est pas une affaire de calcul ou de raisonnement. (Dufy)

Malevitch Kasimir (1878-1935)

Le suprématisme est le sémaphore de la couleur dans l'illimité. J'ai débouché dans le blanc, camarades aviateurs, voguez à ma suite dans l'espace sans fin.

Le plus précieux dans la création picturale, c'est la couleur et la texture. Elles constituent l'essence picturale que le sujet a toujours tue.

 

Picabia Francis. (1879-1953)

Dans mon travail, l'expression subjective, c'est le titre, la peinture et l'objet. Mais cet objet est quelque peu subjectif, parce qu'il est la pantomime, l'apparence du titre.

 

Léger Fernand (1881-1955)

Mes nouveaux camarades étaient des mineurs, des terrassiers, des artisans du bois et du fer. J’ai découvert là le peuple français ; dans le même temps, je fus ébloui par une culasse de canon de 75 ouverte en plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc. Il n’en fallut pas moins pour me faire oublier l’art abstrait de 1912-1913. (Fernand Léger à propos de son expérience de la guerre de 1914-1918)

Léger [...] n’est pas un mystique, il est peintre. (Guillaume Apollinaire)

 

Picasso Pablo (1881-1973)

Tout l’intérêt de l’art se trouve dans le commencement. Après le commencement, c’est déjà la fin. (dans Conversation avec Tériade, 1932)

Pour faire une colombe, il faut d’abord lui tordre le cou. 

Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. "(dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

Auparavant ... un tableau était une somme d’additions. Chez moi, un tableau est une somme de destructions. (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

En réalité on travaille avec peu de couleurs. Ce qui donne l’illusion de leur nombre, c’est d’avoir été mises à leur juste place. (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

Il y a quelquefois une tête tellement vraie que tu peux avoir des rapports avec cette tête comme avec une vraie. (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

Je fais un tableau, ensuite je le détruis. Mais à la fin du compte rien n’est perdu. Le rouge que j’ai enlevé d’une part se trouve quelque part ailleurs. (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

On devrait crever les yeux aux peintres comme l’on fait aux chardonnerets pour qu’ils chantent mieux. (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

On doit prendre son bien où on le trouve, sauf dans ses propres œuvres. (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

Si l’on sait exactement ce qu’on va faire, à quoi bon le faire ? (dans Conversations avec Christian Zervos, 1935)

C'est dangereux le succès. On commence à se copier soi-même et se copier soi-même est plus dangereux que de copier les autres... c'est stérile. 

Quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge. (cité par Paul Eluard)

On donnerait cher pour savoir ce qui se passait dans la tête de Rimbaud quand il écrivait Le Bateau ivre... Pour un peintre, il suffit de suivre sa main. 

Je peins comme d’autres écrivent leur autobiographie. Mes toiles, finies ou non, sont les pages de mon journal 

C’est difficile de mettre un peu d’absolu dans la mare aux grenouilles. 

En peinture on peut tout essayer. On a le droit, même. A condition de ne jamais recommencer. 

S’il y avait une seule vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème. 

Un tableau ne vit que par celui qui le regarde. 

J'ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant.

Qui voit la figure humaine correctement ? Le photographe, le miroir ou le peintre ? 

Je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense. 

Chercher ne signifie rien en peinture. Ce qui compte, c'est trouver.

Faut-il peindre ce qu'il y a sur un visage, ce qu'il y a dans un visage, ou ce qui se cache derrière un visage ?

Certains peintres transforment le soleil en un point jaune ; d'autres transforment un point jaune en soleil. 

La peinture, ce n'est pas copier la nature mais c'est apprendre à travailler comme elle.

Je peux à peine comprendre l’importance donnée au mot recherche dans la peinture moderne. A mon avis, chercher ne signifie rien en peinture. Ce qui compte, c’est trouver. (Pablo Picasso dans la revue The Arts – 1923)

 

Chabaud Auguste. (1882-1955)

"Peindre vrai et juste, sans m'interdire parfois le lyrisme qui n'est pas une trahison de la vérité, mais cette vérité hisse sur un plan général, le "vrai plus ressemblant " dirait Hugo, le vrai arrache au terre a terre temporel pour devenir un symbole d'ordre spirituel. Peindre vrai avec la minutie d'un Clouet, la bonhomie d'un Chardin, la gravite émouvante d'un Le Nain et, tout à coup, se laisser emporter, par de la vision, par le grand coup d'aile de la supervision qui ne trahit pas les choses mais les héroïse.

 

Herbin Auguste. (1882-1960)

Toute l'action de la peinture réside dans le rapport des couleurs entre elles, dans le rapport des formes entre elles, et dans le rapport entre les formes et les couleurs.

 

Braque Georges (1882-1963)

Il faut se contenter de découvrir, mais se garder d'expliquer.

La peinture est de plus en plus proche de la poésie, maintenant que la photographie l’a libérée du besoin de raconter une histoire.

Ecrire n'est pas décrire. Peindre n'est pas dépeindre. La vraisemblance n'est que trompe-l'œil.

 

Hopper Edward. (1882-1967)

Si vous pouviez le dire avec des mots, il n'y aurait aucune raison de le peindre.

 

Valensi Henry (1883-1960).

La peinture est une nécessité, non dans l’absolu, mais seulement pour ceux qui, créateurs ou contemplateurs, sont sensibles à l’univers colore au point d’en être affectivement touché. Elle permet une connaissance de plus en plus profonde de la couleur, par exemple, en passant du concept de « ton local » au concept de « résonance affective » propre à chaque couleur et groupage de couleurs. La peinture peut alors résoudre des conflits et transformer le comportement de l’auteur et celui des contemplateurs. Technique et tradition imposent le principe d’un langage, voire d’une morale, mais seulement le principe. Car, technique et tradition, langage et morale sont par essence évolutifs. Ce qui est prouvé par le fait qu’il existe une histoire de Part qui conte les contraintes successives (psychiques, religieuses, sociales, affectives. etc.).
En résumé, le Beau n'existe pas en soi mais seul existe en nous le sentiment d'une Beauté qui, de ce fait, dépend de nous. Elle n'a comme indépendance que la pérennité d'être un sentiment humain (et peut être animal ?).
La peinture des autres me sert à vérifier la constance de ce sentiment du Beau, mais dans ses variations. C’est pourquoi style, message et contenu humain (constituant la personnalité de l'auteur) m'intéressent où me rebutent dans la mesure où je leur trouve une valeur. Je ne saurais souhaiter être l’auteur de telle ou telle œuvre, puisque je ne puis être moi-même cet autrui. Mais je puis admirer qu'il soit valablement ce qu'il est.
J’aimerais toucher un public que j'aurais su faire venir à moi, et non un public dont je n’aurais su que flatter les goûts déjà existants. J’envisage en effet un art qui puisse gagner les foules, art qui, comme peintre que je suis m’apparait sous la forme d'une ciné-peinture ou la peinture se déroule dans le temps grâce au film et à l’écran.
 Cette véritable musique de couleurs sera affective pour les foules humaines parce que les couleurs (à l’égal des sons), possèdent le don de nous toucher affectivement. Je me reconnais là, en toute humilité, un certain rôle puisque je suis l'un des premiers à avoir signalé cette possibilité de doter l’humanité d’une connaissance -  (dont les effets étaient certes intuitivement ressentis) - mais qui n'était encore pas révélée à la conscience ni des artistes, ni du public : la connaissance d'une résonance affective et psychologique, c'est-à-dire universelle des couleurs, résonance non plus symbolique, mais d’explication scientifique possible parce que basée sur la forme de la matière elle-même : la vibration.

 

Modigliani Amedeo (1884-1920)

Tu ne posséderas pas ce que tu as conquis.

Crois-moi, seule l'œuvre arrivée désormais à son stade complet de gestation, qui a pris corps et s'est libérée des entraves de tous les incidents particuliers qui ont contribué à la féconder et à la produire, seule cette œuvre vaut la peine d'être exprimée et produite par le style. " (Amedeo Modigliani - lettre à son ami Ghiglia, 1901)

 

Delaunay Robert. (1885-1941)

La lumière est la seule réalité.

 

Bissière Roger (1886-1964)

Le tableau qu'il soit à l'huile, a l'eau, qu'il soit fait d'étoffes, de ciment ou de la boue des chemins, n'a qu'une seule signification : la qualité de celui qui l'a créé et la poésie qu'il porte en lui. Tout est permis, tout est possible, pourvu que derrière le tableau un homme apparaisse, tel qu'il est, tout nu, comme la vie.

 

Chagall Marc. (1887-1985)

Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir.

 

De Chirico Giorgio. (1888-1978)

Vivre le monde en tant qu'un immense musée d'étrangetés.

 

Marcel Gromaire (1892-1971)

Je crois qu'un tableau est, d'abord, un don du cœur, un transfert de forces vives.

Ma mission de peindre est de donner de l'art une image permanente et humaine.

 

Heurtaux André (1898-1983).

Pourquoi peindre ? Mais pour se réaliser dans cette forme d’expression que l'on appelle peinture. Elle donne à ses auteurs un intérêt plus vif, plus passionnant, plus exaltant de vivre et l’aide ainsi à surmonter les côtés repoussants de l’existence.
Être traditionaliste n'est pas rester dans l'orbe des époques précédentes ; mais s'inspirer des perpétuelles transformations qui témoignent par leurs diversités de la transcendance de l'esprit. La transformation de l'art semble trouver sa source dans les circonstances l’existence de la condition humaine. L'évolution se fait dans une continuité changeante, à travers d'apparentes ruptures et des parallélismes momentanés vers l’inconnu du devenir. Pour être valable il faut être soi-même. Les conditions psychiques, sociales... de tous ordres agissent à des degrés divers mais ne doivent se manifester que par l’inconscient qui se fait jour par l’intuition, traduction d'un sentiment intérieur profond des réalités supérieures ; et ainsi plus efficacement déterminantes en l’œuvre peinte.
Le « beau » seul peut servir actuellement de base pour un système de valeurs indépendant. Bien ne parait capable présentement de susciter un jaillissement, un élan, une spontanéité qui puisse justifier une dépendance de l’art. Il parait souhaitable pour une heureuse issue du sentiment du beau, qu’au-delà des particularités ethniques et géographiques, il soit considéré l'apport de la conception abstraite qui ouvre une voie nouvelle aux interprétations de l’esprit.

 

Miro Juan (1893-1983)

Peinture et poésie se font comme on fait l'amour : un échange de sang, une étreinte totale, sans aucune prudence, sans nulle protection. Le grand saut, à chaque fois.

La peinture, c'est étudier la trace d'un petit caillou qui tombe sur la surface de l'eau, l'oiseau en vol, le soleil qui s'échappe vers la mer ou parmi les pins et les lauriers de la montagne.

 

Van Velde Bram (1895-1981)

Le peintre est celui qui ne peut se servir des mots. Sa seule issue, c’est d’être un visionnaire (Charles Juliet. Rencontres avec Bram Van Velde. Paris, éd. P.O.L., 1998, p. 22)

Toutes les toiles que j’ai peintes m’ont été imposées. Il ne faut jamais s’efforcer (id.)

Oui, j’ai tout quitté. C’est la peinture qui l’a exigé. C’était tout ou rien (id.)

La peinture est une chose toute bête, toute simple. Je peins pour me sortir du trou. Je peins ma misère (id.)

Je chante ma misère. Mes toiles sont des chante-misère (id.)

La peinture, c’est un œil, un œil aveuglé, qui continue de voir, qui voit ce qui l’aveugle (id.)

Pour être vrai, il faut plonger, toucher le fond. Mais la plupart veulent dominer. Ils redoutent le pire. On ne peut rien maîtriser du tout. Ce qu’il faut, c’est se laisser dominer (id.)

Peindre, c’est vivre. En peignant, je repousse ce monde qui empêche la vie et où on risque constamment d’être écrasé (id.)

Beaucoup de peintres produisent à la chaîne, en dehors de toute nécessité (id.)

 

Schneider Gérard (1896-1986)

I .

* La peinture correspond à la nécessité intérieure de nous exprimer, de communiquer nos états, nos émotions, nos sensations, et par la mise en forme de ceux-ci, les rendre perceptibles. Cette recherche aboutit, je le crois, par l’exploration de ce monde hermétique de l’art, par sa formulation, au domaine de l'art pur, de la plastique pure, au service de notre expression.
* Une œuvre résoud les conflits de l’auteur, peut-être, dans la mesure où il prend conscience des sources de son inspiration.
* La technique, ou la tradition n'impose ni un langage, ni une morale, car le langage choisit sa technique et la morale choisit son langage. Je ne donne aucune place aux contraintes psychiques, religieuses, sociales, affectives, historiques, etc...
L'art n'a d’autres contraintes que les limites techniques et matérielles qui lui sont propres et dans lesquelles il doit se manifester.
* Le Beau est inséparable de l’authentique. Une œuvre n'est belle que dans la mesure où elle nous communique le caractère de son émotion. La vérité métaphysique étant de nature belle, l'œuvre tragique ou autre sera belle par la qualité de son inspiration et de sa réalisation technique.
II.
* J’admire une œuvre peut-être dans la mesure où je sens la possibilité d'inclure dans celle que je ferai, tout l'intérêt que je lui trouve et cela dans ma propre conception, forme et style. De là, la logique et la nécessité de l'évolution en art.
III.
* J’espère toucher ceux qui possèdent le don d'être sensible à la peinture.
* Notre art .peut être pour le spectateur un enrichissement par le développement de ses facultés sensibles ; là est notre responsabilité et notre rôle envers lui.

 

Masson André (1896-1987)

La peinture n'a pas, comme dans le passe, de destination véritable, elle ne trouve plus sa victoire et son repos en répondant aux besoins spirituels des peuples. Elle vit sur elle-même. Le plaisir bref qu'elle peut encore donner ne doit pas faire illusion : elle n'a plus de nécessite effective.

Il n’y a ni formes, ni objets. Il n’y a que des événements, des surgissements, des apparitions (A. Masson).

 

Fautrier Jean (1898-1964)

Je peins parce que j’ai du plaisir à peindre. La peinture des autres ne me sert à rien. Je destine la peinture à mon usage.

 

Magritte René. (1898-1967)

On me demande souvent ce que cache ma peinture. Rien ! Je peins des images visibles qui évoquent quelque chose d'incompréhensible.

 

Lapicque Charles (1898-1988)

Il ne suffit pas de donner un titre à une œuvre abstraite pour en faire une œuvre figurative. Il ne suffit pas non plus de brouiller une figuration épuisée pour créer une figuration inédite.  Mais il faut un commencement à tout.

 

Brassaï (1899-1984)

La photographie, c’est la conscience même de la peinture. Elle lui rappelle sans cesse ce qu’elle ne doit pas faire. (Extraits de Subjectiles II)

 

Lancelot Ney (1900-1965)

A la recherche du motif qui me pousse à peindre j’ai été amené, par des observations introspectives, à trouver une parenté entre l’expression artistique et le cri. Cri de douleur, de joie, de colère, d’émerveillement. C’est une chose très curieuse, le cri. On ne peut que s'étonner de voir les animaux crier alors qu'ils sont attaqués et blessés. Ils révèlent ainsi leur présence au moment où ils devraient la dissimuler le plus. Ils informent l’agresseur de leur état d’infériorité. Le cri devient un geste de suicide, commis pour vivre, non pas pour mourir. Une expérience qui date du commencement du monde a dû apprendre aux animaux qu’ils ne peuvent attendre de secours de l’extérieur. J’ai entendu un rat crier quand mon chat l’a pris, or, on n'a jamais vu de rats venir délivrer leur frère des griffes du chat. Ni un chat s’attendrir. Ainsi le cri n'est pas « instinctif », encore moins réflexe, l'instinct et le réflexe ont toujours un motif rationnel au départ, un motif d'auto-préservation. Le cri va contre l'instinct vital parfois et se montre plus fort que lui. On pourrait multiplier les exemples : le lion affamé rugit, pourquoi ? sa chasse en deviendra plus difficile ; averties par le rugissement, ses futures victimes prennent la clé des champs. Mais ce n’est pas à elles que le lion s’est adressé, c'est évident. Alors à qui ? A lui-même ou à la postérité ? Et qui veut informer le chant du cygne mourant ? Y a-t-il des messages sans destinataire présumé ? L'homme social ou civilisé lutte contre l’impulsion de crier, il la draine, tout au moins en partie, par un réseau d'expressions conventionnelles, vers un langage commun. Des mots et des gestes se revêtent de signification déterminée par une sorte d'accord mutuel. C’est notre mode de communication de tous les jours, on parle, on écrit pour se faire comprendre - avec plus ou moins de succès. Mais tout se passe comme si le langage ordinaire ne suffisait qu’à l’expédition des affaires courantes, comme si d’immenses régions du monde émotionnel n'y trouvaient pas leur expression. Il fallait donc créer d’autres langages, basés sur la sensation et sur des correspondances immédiates en même temps que moins explicites, qui ne sollicitent l’intellect qu’en passant. Nous appelons l’ensemble de tels langages l’Art. Comme le cri dont il dérive, l'Art est transcendant et irrationnel. Est-il inutile, comme le voulait ce pauvre Oscar Wilde ? Si l’air qu'on respire est inutile, l'Art l'est aussi. La peinture se constitue un langage visuel. Se servir d’un langage c'est parler. Je peins, donc je veux dire quelque chose, à qui ?

Giacometti Alberto (1901-1966)

L'idée de faire une peinture ou une sculpture de la chose telle que je la vois ne m'effleure plus. C'est comprendre pourquoi ça rate, que je veux.

 

Dubuffet Jean (1901-1985)

La peinture est un langage beaucoup plus spontané et beaucoup plus direct que celui des mots, plus proche du cri ou de la danse; c'est pourquoi la peinture est un moyen d'expression de nos voix intérieures tellement plus efficace que les mots.

 

Bellmer Hans (1902-1975)

Ma réponse concerne toute œuvre qui s'adresse au sens optique, jusqu'à celui du toucher.
1°) La préoccupation ainsi définie correspond à mon besoin de m’exprimer en toute liberté, d’imaginer, d’inventer, de découvrir, de réaliser, de jouer indépendamment de tout rationalisme « utile ». Une réussite résoud ou surmonte un conflit humain ; si elle ne .transforme pas son auteur elle multiplie prodigieusement son sentiment d'exister. « Technique » et « tradition » n’imposent rien. Quant à la « morale en peinture », il n'y a que celle de qualité.
Il va sans dire que les contraintes, que vous énumérez, sont, en effet, de la plus élémentaire importance. L’expression artistique poétique, en est l’antidote : la force motrice de la révolte pousse la volonté créatrice jusqu'à la surface de l'individu. La qualité de l'expression (le « beau » ?) se situe, dit-on, dans une catégorie de valeurs assez close. Mais, n'oublions pas qu’elle est le résultat condensé de la même volonté ardente, qui émane de milliards d'êtres humains de la terre et qui par exemple, à l’heure où nous sommes, se dirige sous forme d’innombrables gifles rêvées sur les promoteurs chrétiens de la destruction atomique de Wall-Street jusqu’à Bonn. Jamais « prière » n’a été plus efficace ! Chaque avion-bombardier qui s'écrase accidentellement au sol, semaine par semaine, avec charge, équipage est un chef-d'œuvre, dont des milliards d’humains sont l’auteur, et qui nourrit la joie immense de penser qu'il existe une télépathie collective, puissante par le désir naturel de vivre heureux et libre et en paix. Ainsi je me demande moins si l’art peut ou doit gagner les « foules ». Il m’importe davantage de discerner en quel sens chacun des rares artistes existants exprime un côté essentiel de l’inconscient collectif et de ses pressentiments.
2°) L'enthousiasme que j'éprouve pour l'une ou l’autre œuvre provient certainement de tout ce qui est contenu dans votre question et, en résumé, dans cette secousse intérieure : « voilà, en puissance, ce que j'aurais voulu pouvoir dire ». C’est pourquoi j’aurais souhaité être l'auteur de la « valise » de Marcel Duchamp, de « la femme 100 » de Max Ernst, de « Guernica » de Picasso.
3°) Le but extérieur d’une œuvre est certainement celui de rendre objectives et communicables les émotions (amour, terreur, joie, surprise...) qui sont responsables de sa naissance. L'homme intègre est d'ailleurs capable de détecter dans la nature de ses :sentiments qui accompagnent son travail, la qualité plus ou moins élevée du résultat. Sa propre joie lui donnera la certitude, que son œuvre « rayonnera » sur d’autres hommes. Dans certaines conditions, l'art peut agir immédiatement sur les « foules » (exemple : Charlie Chaplin), même dans des civilisations comme la nôtre, où la suralimentation intentionnelle en « ersatz » pseudo-artistique a érigé un mur gigantesque autour de la sensibilité naturelle. Le rôle que je m’attribuerais volontiers : choquer, en la remettant à vif, cette sensibilité, pour élever (d’abord en moi-même) le niveau de conscience, de connaissance et celui de l’imagination.

 

Rothko Marc (1903-1970)

En évoluant dans le temps d’un point un l’autre, l’œuvre d’un peintre progresse vers la clarté, vers l’élimination de tous les obstacles se dressant entre le peintre et l’idée, entre l’idée et le spectateur.

Élever la peinture au rang des émotions de la musique et de la poésie.

 

Dali Salvador (1904-1989)

La peinture est la face visible de l'iceberg de ma pensée.

 

Hans Hartung (1904-1989)

Lorsque j'avais entre huit et douze ans, j'étais passionné d'astronomie. Je cherchais à dessiner des éclairs.

Griffonner, gratter, agir sur la toile, peindre enfin, me semblent des activités humaines aussi immédiates, spontanées et simples que peuvent l'être le chant, la danse ou le jeu d'un animal, qui court, piaffe ou s'ébroue.

 

Bazaine Jean (1904-2001)

Nous n'invitons pas les peintres à un tour du propriétaire, ni à un inventaire de leur richesses, mais à une plus large possession de soi par cet "hors de soi" imprévisible, jamais défini, qui est le plus concret de notre existence. ("Le temps de la peinture", Aubier, p.122)

Il n'y a pas en peinture de solution parce qu'il n'y a pas de problèmes.

La peinture est une manière "d'être", la tentation de respirer dans un monde irrespirable.

 

Robert Bucaille (1905-1992)

Avant tout je peins pour obéir à une nécessité intérieure.
A La seule forme de connaissance que permet la peinture est celle qui est donnée par sa recherche obscure à travers chaque œuvre nouvelle. La peinture n'est pas activité déterminée et je ne fais que la chercher sans la connaître.
L’œuvre peut résoudre momentanément les conflits du peintre en donnant forme à son chaos intérieur, mais elle ne rend pas l’artiste maître de ce qu'il cherche.
Tous les langages et techniques doivent être utilisés mais éclatés, transcendés, pliés aux exigences d'une création personnelle.
Les contraintes de toutes sortes, sociales, religieuses, affectives agissent forcement.
Elles doivent développer l’instinct de puissance, donner le désir de forcer les choses.
Le beau n’a pas plus de réalité que le bien et le vrai.
Le spectacle d'une grande œuvre provoque une surélévation du sentiment de la vie, offre le témoignage que quelque chose a été surmonté et provoque par contre coup un état favorable pour créer.
le ne souhaite pas d'être l'auteur de telle ou telle œuvre, c'est l'inconnu qui me tente.
J’estime que l'artiste est responsable de son œuvre alors même qu’il en ignore le sens. Il faut préciser quelles aspirations et les hantises de ses contemporains y sont également projetées de toute façon.
Les peintures sont faites pour être montrées, mais il suffit qu’elles soient créées.

 

Pignon Edouard (1905-1993)

Au début, on ne voit rien. On voit un ensemble de choses, mais on ne voit rien, ou plutôt, on voit comme tout le monde. Ce qu'il faut, c'est une longue observation méditative, crayon en main. Et au bout d'un certain temps on s'aperçoit que les choses commencent à avoir une autre vérité. La réalité apparait beaucoup plus vraie. Cela demande beaucoup de temps.

 

Balthus (Klossowski.Balthazar dit) (1908-2001)

La peinture, à partir du moment où ça devient artistique, ça devient mauvais.

 

Goetz Henri (1909-1989)

Je connais un peintre qui habite une île déserte, c’est le cas de tous les peintres. Il peint tous les jours, comme tous les peintres, il ne s’est jamais demandé pourquoi, c’est le cas des meilleurs. C'est ainsi qu'il assimile la connaissance de ce qui se passe sur son île. Il est assez fin pour savoir qu'une recherche aboutit au point de départ de la suivante. Il devine aussi que tout acte résout les conflits de son auteur et le transforme. Sur une île déserte la liberté est de mise, la tradition est celle que l’on y fait, la technique aussi ; le langage est un espoir, et la morale est simplifiée. La seule contrainte est celle des limites de l’ile, mais celle-ci pousse comme une plante.. Ce peintre ne connaît pas le beau et n'aime pas les systèmes.
Quant à moi je suis disponible aux messages, de préférence, humains. Je suis un peu l’auteur de tous les messages que j’arrive à enregistrer. J'enregistre le plus possible. Je souhaite rejoindre mon ami de l'ile. Comme tout naufragé, je veux rencontrer le monde entier, mais sous sa forme insulaire. Je suis responsable de tout ce que je fais, mon rôle, peindre.

 

Van Lint Louis (1909-1986)

Extraire de la nature, et de chaque chose, l'élément décoratif et le traduire en langage poétique.

 

Bacon Francis (1909-1992)

Je voudrais beaucoup ne pas faire des monstres, pourtant tout le monde semble penser que c’est à cela que mes tableaux aboutissent.  Si je rends les gens laids, ce n’est pas exprès. J’aimerais les montrer aussi beau qu’ils le sont.

La peinture ne saisira le mystère de la réalité que si le peintre ne sait pas comment s'y prendre.

 

Kerg Théo (1909-1993)

Pour moi, l’acte de peindre correspond à des nécessités vitales, nécessités intérieures et manuelles, à tel point, que je suis bien malheureux ou mécontent quand je ne peins pas et surtout, quand je suis obligé de faire autre chose que de la peinture. J'aime rêver, voyager, explorer, bricoler, le beau métier bien fait, avec goût, plaisir et intelligence. .J’éprouve une sensation de bien-être intense dans les ateliers des artisans qui adorent leur métier (parmi eux, je compte mes meilleurs amis) ; et il est indéniable que la peinture englobe, .pour moi, tous ces penchants, ces besoins, ces sensations ; qu’elle me permet de prendre pleinement connaissance du monde, de la vie, de moi-même. La peinture étant une expression poétique et la vie son point de départ, il s'agit de cristalliser les chocs - que le monde exerce - dans le langage artistique que je me suis forgé, et ceci sous la forme la plus efficace et la plus vraie de ce langage. Cette cristallisation occupe d'abord un domaine technique, qui, du fait même que je suis un type instable, poussé par le besoin de perfectionnement, aboutit à un élargissement, et finalement à une transformation de mon domaine intellectuel et psychique, de mon expression poétique. Je n'accorde aucune part aux contraintes, car j'estime que l’art doit en être exempt. L'art, le beau en art, s'impose lui-même son système de valeurs, caractérisé par l'équilibre, l'audace, la science et la vérité de la matière employée, la force suggestive, la subtilité et la justesse des couleurs, le pouvoir envoûtant de la poésie et du message de l’œuvre. Si celle-ci est réussie, elle crée chez son auteur aussi bien que chez le spectateur ouvert un sentiment du beau, basé sur une sensation de bien-être physique, d’euphorie d'épanouissement, sur les joies de la découverte d'un monde inconnu aussi bien extérieur qu’intérieur, sur la fixation de sensations jusque-là confuses, sur la découverte d'un langage caché qu'on a la joie de déchiffrer et de faire sien par la suite. La peinture des autres me sert de contrôle à moi-même. Je confronte leurs recherches et les miennes, leur technique et la mienne, et si mon attention est particulièrement retenue par une œuvre, c'est uniquement par son message artistique qui trahit un style. .J’aimerais toucher d'abord le petit nombre des amants de l’art, de ceux qui ont cette culture de cœur, indispensable pour aimer vraiment l’art. Certes j'aimerais toucher le «public le plus vaste possible, mais il faudrait qu'il apprenne à connaître l’art, à l’apprécier et à l'aimer. Là réside d'ailleurs le problème de l'Art pour la foule. Il faut que la foule vienne vers l'art, il ne faut pas que Part aille à a foule ; car celle-ci est encore ignorante des choses de l'art, et celui qui veut la satisfaire doit descendre bien bas, sur un niveau très médiocre, sinon pire. Il faudrait qu'un grand effort soit fait pour instruire la foule. Certes on fait un effort louable et de plus en plus intense pour y arriver, mais il est encore insuffisant, soit qu'il manque de moyens matériels ou pédagogiques, soit que l’effort ne soit pas fait à bon escient. C’est une question qui dépend de tous les organismes culturels et touristiques. L’artiste n’a qu'une responsabilité limitée, celle -de la qualité de son œuvre. J’estime qu’elle est déjà lourde, voire écrasante pour un être si mal défendu par la société, plus même, envers lequel la société ne se reconnaît aucune responsabilité.

 

Bertrand Gaston (1910-1994)

La peinture oscillera toujours entre la forme fermée tributaire de la surface, et la forme ouverte tributaire de la lumière (1958)
 

Kumi Sugaï (1919-1996)
Pourquoi peindre ? C’est : pour le fait que Sugaï n’apparaîtra jamais ni avant Sugaï ni après Sugaï.
A quoi vous sert la peinture des autres , Les peintres que .j'aime changent toujours. Par exemple il y avait une époque où j’aimais Giotto, Klee et Miro. A l'autre époque, j’aimais Klee, De Staël, Hartung ou Poliakofl ou bien Tal Coat ...
A quel usage destinez-vous la peinture ? Je peins toujours pour émouvoir moi-même. Je ne tâche pas de saisir les sentiments du public. Je compte seulement sur quelques très bons peintres, sur quelques autres qui ont aussi bons sentiments et sur ceux qui les auront à l'avenir.

 

Leroy Eugène. (1910-2000).

Il faut être peintre pour faire des images et ce sont les images qui font faire la peinture, mais c'est un secret.

 

Matta Roberto Antonio Sebastian (1911-2002)

Matta suivit les physiciens modernes dans la quête de son espace neuf qui, bien que décrit sur toile, ne devait pas se confondre avec une nouvelle illusion tri-dimensionnelle. Bien qu'encore jeune, Matta est le peintre le plus profond de sa génération. (Marcel Duchamp - Catalogue de la Société anonyme - 1946)

Une structure de faits est en trompe l'œil. Ce que je cherche, c'est plutôt un trompe l'être. (Roberto Matta lors de la rétrospective 15 Formes de doute, 1959)

Il faut voir les hommes comme des créateurs plutôt que comme des créatures. (Roberto Matta lors de l'élection de Salvador Allende, 4 septembre 1970)

 

Pollock Jackson (1912-1956)

La peinture est la découverte de soi. L’artiste peint ce qu’il est.

 

Parisot Adriano (1912-2004)

Il me sera difficile de dire pourquoi je peins. C'est une nécessité qui a des racines profondes et mystérieuses, une façon pieuse de remonter à des faits ataviques : je sens que l’espace chez moi se justifie et aboutit à communiquer avec moi-même. La technique ou la tradition sont des faits qu'on acquière. La tradition ne s'impose pas, elle est une documentation. Les resserrements ou sujétions religieuses, sociales, physiques sont toujours des champs d'observation, ou bien les circonstances d'un climat avec les influences qui en sont les conséquences.

 

Verdet André (1913-2004)

Je peins parce que je ne peux faire autrement. Une nécessité autant physique que morale. Une nécessité biologique, physiologique pour mon cas. Depuis que je peins, mon état de santé s'améliore selon les degrés ascendants de ma démarche. Quand j’ai achevé tel dessin, telle gouache, je me sens plus libre, plus ouvert au monde ambiant, mieux en forme. Pendant les premiers mois, au début de ma découverte, j'étais étranger à moi, je ne me suis pas reconnu (tout en approchant à mon insu de mon moi véridique). L'enthousiasme me portait par-dessus le nouvel enfer et je commence à me reconnaître dans la peau de mon personnage tout neuf. Outil de connaissance, la peinture agit sur le réel aussi fortement que la littérature, la musique ou la danse. J'insiste sur la danse quand le rituel et le sacré s'épanouissent à l’apogée de l’inspiration.
Il se trouvera toujours des conflits à l'intérieur du créateur. Plus le créateur est grand, plus il domine ces conflits et les adapte en instruments de connaissance qui l'aideront á se mettre en harmonie avec lui-même par-dessus les abîmes.
Oui, la technique et la tradition imposent un langage, une morale, mais l'artiste se mue en révolutionnaire quand il rompt et impose une évolution, un bond en avant. Ainsi les cubistes ont instauré non seulement une morale plastique nouvelle, mais une philosophie de la forme et de la couleur à un moment donné de la société moderne. La peinture a une fonction sociologique certaine, n'en déplaise aux tenants de l’art pur. Mondrian, le jusqu'au-boutiste héroïque de l’art abstrait, ce peintre intégral, est un peintre sociologue... et Fernand Léger, encore. Ils ont magnifiquement exprimé et exalté un ordre industriel nouveau, une civilisation des techniques d’avant-garde.
Plus que le beau, c'est le vrai, en art comme dans la vie, qui doit être á la base d'un système de valeurs indépendant. Tout le génie de Picasso, s'éclaire à la lueur du vrai. S’il a élevé la laideur à la hauteur de l’acte plastique, (époque des monstres, pour moi sublime), le plus vrai qui soit c'est pour mieux en appeler au fond du tragique humain, sur quoi repose encore l'ère de ce monde, pour mieux en appeler à sa beauté foncière.
Le critère du beau ne peut être conditionne que par le vrai. On peut encore parler de beauté quand l'acte de peindre correspond au moi du spectateur ou quand il le façonne en sensibilité collective. Tel tableau, aimé de quelques-uns aujourd'hui sera dans vingt ou trente ans le trait d'union fervent des foules. Comme disait Fernand Léger : « Organiser dans le peuple l’entendement autour des œuvres d'art, ouvrir les sensibilités sommeillantes, orchestrer des suggestions... »
Les peintures des autres sont autant de récifs qu'il s'agit de bien connaître pour mieux les éviter.
Je peins pour le plus grand nombre, non pas pour quelques initiés. Tout art vrai doit toucher les foules ; à condition que s'épanouissent les facultés de réceptivité plastique de ces dernières ; que soient ouvertes les écluses de leurs imaginations ; et tombent les préjugés d'une vision usée par les conformismes successifs.

 

De Staël Nicolas. (1914-1955)

Je n'oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d'un espace.

Lorsque ma peinture devient bonne, je sens toujours atrocement une grande part de hasard, comme une chance et un vertige.

Toujours, il y a toujours un sujet, toujours. On ne peint jamais ce qu'on voit ou ce qu'on croit voir : on peint mille vibrations le coup reçu.

Toute ma vie, j'ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m'aider à vivre, pour me libérer de mes impressions, de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes auxquelles je n'ai trouvé d'autre issue que la peinture. (Lettre de Nicolas Staël à Théodore Schempp 30 12 1952)

La peinture, la vraie, tend toujours à tous les aspects, c'est-à-dire à l'impossible addition de l'instant présent, du passé et de l'avenir. (Lettre à Douglas Cooper Antibes, janvier 1955)

 

Chabert Pierre (1914-2012).

La toile par rapport au poème a davantage de mieux éliminer les éléments intellectuels, de mieux concrétiser les découvertes de style, de limiter plus étroitement le cadre de la recherche. Plane, la peinture est la projection de tout l’espace intérieur, dont elle fournit une image simplifiée et absolument irrationnelle. La peinture dit des choses analogues au poème par des moyens où je m’avoue incompétent. Une toile me laisse libre d'être et de me reconnaître moi-même. Merveilleuse liberté de jugement et d'enthousiasme !

 

Le Normand Albert (1915-2013)

J’ai longtemps peint par habitude. A la lumière de certaines circonstances ; j'ai compris l’inutilité d'un tel besoin automatique, ce que l'on appelle inspiration n'est que le résultat contradictoire d'influences fortuites, la plupart du temps sans aucunes relations entre elles et sans liens non plus avec notre propre réalité et celle qui nous entoure. Hypnose séduisante certes mais bien peu constructive. Je considère l'art de peindre non comme un mode d'expression ordinaire (car je ne sens rien d'objectivement authentique a exprimer), mais bien plutôt comme une discipline, un support de réalisation personnel, un instrument possible de connaissance et de perfectionnement sur tous les plans de l’humain. Il s'agit d’être «présent» á la réalisation qui s'effectue á travers moi. Il s'agit d'appréhender, de contrôler et de faire connaissance avec les «forces» qui m'habitent, m'animent et me traversent sans cesse. Il s'agit de pouvoir répondre aux sollicitations d'un monde caché, et de découvrir dans cette attitude d'introspection l’étendue de mes possibilités, le sens profond de ma raison d'exister.
Ce qui m'intéresse dans la peinture des autres, c'est de découvrir la « question fondamentale que certains doivent se poser s'ils sont sincères avec eux-mêmes ». Les peintures anciennes répondent à toutes nos questions et nous comblent. La peinture moderne nous laisse constamment sur notre faim.
Me plaçant du point de vue de l'art sacré, je pense que la peinture doit être envisagé comme un « support de méditation » (moyen de passer du plan de la manifestation á celui d'une réalité d’ordre plus élevée). Ce qui évidemment est loin d'un art qui toucherait les foules.

 

Soulages Pierre. (1919- )

C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. Ma peinture est un espace de questionnement ou les sens qu’on lui prête peuvent se faire et se défaire. Parce qu’au bout du compte, l’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est, ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Je ne demande rien au spectateur, je lui propose une peinture : il en est le libre et nécessaire interprète.

Les intentions d'un artiste, comme les explications du spectateur sont toujours de fausses clés. Elles n'abordent qu'un cote d'une œuvre, elles n'entament pas l'énigme qu'elle est. Sur une peinture comme sur toute œuvre viennent se faire et se défaire le sens qu'on lui prête.

Une peinture est un tout organisé, un ensemble de relations entre des formes (lignes, surfaces colorées) sur lequel viennent se faire et se défaire les sens qu'on lui prête. Cet ensemble n'est pas l'équivalent d'une sensation, d'une émotion, il vit de lui-même. Les relations entre les formes sont un transfert des relations de l'univers à d'autres significations. En ce sens la peinture est une humanisation du monde (in Französische abstrakte Malerei, Stuttgart, 1948)

 

Pavlowsky Jacqueline (1921-1971)

Peindre est .pour moi « acte total » et toute chose publiée sur mon travail à un certain niveau me semble presque indécence. Il me vient cette phrase de René Daumal : « L’art n'est donc pas une fin en soi. Il est un moyen au service de la connaissance sacrée ». Alors... sommes-nous de vrais Artistes ? Je m'efforce d'en être digne. Le reste... Tout est là par surcroît. A nous de voir... de retrouver devant la toile la vision neuve du gosse qui tripotant la terre fait une merveilleuse boule. Sa boule est belle. Le Beau me semble inséparable du merveilleux – de la saveur du miracle - du monde ouvert - d’un équilibre jamais tout à fait atteint et qui porte dans cette imperfection même une inquiétude très touchante qui fait comme un ouvrier - un ouvrier du Moyen Age - plutôt un alchimiste partant de la toile, de son grain, de son toucher, préparant mes couleurs pour cette toile... Transformant cette matière jusqu'à la dépasser. Il y a ici correspondance de deux domaines, matériel et plastique, matériel et intérieur et je ne veux pas les séparer. Langage ? Morale ? Bien sûr. Mais langage comme un contact en moi, avec les autres hommes, avec le monde – au-delà et malgré nous-mêmes, au-delà de toute anecdote. Expérience de compréhension profonde. Morale ? Bien sûr. Mais langage comme un contact en moi, avec les autres hommes, avec le monde - au-delà et malgré nous-mêmes, au-delà de toute anecdote. Expérience de compréhension profonde. Morale ? Mais pas celle des lois d'un pays ou d’un autre - pas celle d'une classe. Une morale que j'ai d’abord éprouvée comme la souffrance d'un manque. Une morale qui tendrait vers une qualité d'être. Les contraintes ? Nous sommes forcément humains de notre époque et nous portons, une part de la force infuse dans cette époque. Consciemment ou inconsciemment nous vivons, nous servons cette époque. Il me semble, qu’enfant, nous la sentions avant qu’elle soit. La peinture des autres ? Elle ne me sert pas, ou plutôt. Je ne me sers pas d'elle. J'aime la peinture. Mais un arbre - un vide entre deux branches, un certain visage, un caillou, une courbe de mathématique me touchent aussi profondément.
Quel public toucher ? J’aimerais que ma peinture soit si vraie qu'elle puisse être anonyme, et toucher les gens très simples - très simples au-delà de tout niveau ou intellectuel - gens simples... purs d’intention.

 

Gauthier Oscar (1921-2009)

La peinture pourquoi [aire ? ...mais pour jouir ! Le peintre ne saurait œuvrer autrement que pour sa satisfaction et celle de ceux qui regardent ses tableaux. Prétendre que la peinture apporte une certaine somme de connaissance est simpliste. Il m'empêche que la recherche en quelque domaine que ce soit enrichit toujours le savoir humain. Nul ne saurait dire a` quel résultat cette recherche doit aboutir car la création dans l'art est une marche continue. Chaque artiste apporte sa pierre.
Les seuls conflits d'un peintre avec son œuvre ne peuvent être que son impuissance ii la réaliser. On ne peut pas prétendre qu'elle soit capable de le transformer. Elle peut tout au plus le libérer car elle n'est en somme que la réalisation de ses possibilités personnelles innées. La technique est certes une nécessité, car il n`est rien de possible sans une source de connaissances acquises. Quant à la tradition si l’on peut s'y référer dans l’esprit, c'est trop souvent la négation de la recherche pour que l’on puisse s'y référer sérieusement. L'artiste est évidemment le fils spirituel d'une lignée de prédécesseurs, mais il faut que son œuvre soit un témoignage propre. Il ne doit donc pas être « engagé », c'est-á-dire soumis à une quelconque contrainte psychique, religieuse... sous peine de ne plus être lui-même. Le beau en revanche, le beau, c`est-à-dire l’harmonie et l’équilibre des formes et des couleurs, me paraît l'indispensable but à poursuivre.
La peinture des autres. Le cas d'un peintre qui nierait l’influence de ses collègues contemporains sur son œuvre est impensable. Pour ma part je crois qu'il ne faut pas avoir peur des influences ; l'essentiel est de bien les digérer. En tant que « regardeur » ; la peinture des autres me sert dans la mesure où elle me satisfait. Il m’indiffère complètement que cette peinture soit figurative ou non car je ne fais aucune différence entre les modes d’expression, ne retenant jamais l’anecdote, mais seulement la valeur picturale intrinsèque des œuvres. J'aimerais évidemment être l’auteur de bien des œuvres du passé, mais il n'est pas raisonnable de vouloir être universel en un domaine où il n'est déjà pas tellement commode de devenir et de rester pleinement soi-même !
La peinture est, je le répète, un message personnel, une perpétuelle création, le témoignage visuel d'une époque. La plupart du temps, les contemporains ne s`en rendent pas compte. C'est pourquoi la peinture n'acquière sa véritable place qu'après un recul du temps. C'est aussi pourquoi elle n'a jamais gagné et ne gagnera probablement jamais l’engouement spontané du public. Résultat de recherches et de réflexions, elle ne peut toucher que les âmes qui vibrent à son unisson et sont au même stade de pensée. Il faut donc que le temps ait amené les masses á la connaissance des sentiments qui ont animé les auteurs. Hélas á ce moment-là il y aura belle lurette que les artistes de cette nouvelle époque feront autre chose. La vulgarisation d'un art coïncide toujours avec son enterrement. Les peintres du Dimanche font de l’impressionnisme. L'art demande le recueillement, la méditation, l’initiation intime. La foule c'est l’imbécilité !... Alors ?  La responsabilité de l'artiste est considérable puisqu'il doit apporter au monde un témoignage véritable envers et contre tous. Il risque d'être méconnu alors qu'il lui serait si facile de suivre les chemins battus, de rester le servile courtisan des foules ou d'être un simple copiste ; respectueux de la mode du moment sans être jamais lui-même ; sans s'efforcer de réaliser ses possibilités dans une œuvre sans cesse en effort de progression et en perpétuel devenir.

 

Zao Wou-Ki (1921-2013)

" Les gens croient que la peinture et l’écriture consistent à reproduire les formes et la ressemblance. Non, le pinceau sert à faire sortir les choses du chaos.

Peindre, peindre. Toujours peindre. Encore peindre. Le mieux possible, le vide et le plein, le léger et le dense, le vivant et le souffle.

Les toiles sont les pages des journaux intimes des peintres.

Peindre, peindre. Toujours peindre. Encore peindre. Le mieux possible, le vide et le plein, le léger et le dense, le vivant et le souffle.

 

Bertrand Huguette-Arthur (1922-2005)

Pourquoi peindre ? Sans doute parce qu'on ne  peut s'en empêcher C'est la seule raison vraiment valable. Ceux-ci peignent en amateur, alléguant telles ou telles difficultés, parce qu'ils peuvent résister à leur envie de peindre, ceux-là y sacrifient tout, même parfois à contrecœur, car ils ne peuvent pas faire autrement.
La peinture permet-elle une certaine forme de connaissance ? Naturellement. C'est le vrai mode de connaissance pour celui qui est comblé (ou affligé) de ce véritable tropisme qu'est « le besoin de créer des choses à voir ». Par ce moyen, qui est son «moyen d'expression, comme de recherche, l’artiste peintre est amené à travailler en plein domaine d’approfondissement personnel. Cet approfondissement personnel, pris dans le sens plus large, peut être considéré comme la finalité « cachée » de l’art, tant pour l'artiste créateur que pour l’artiste consommateur je veux dire celui qui recrée la peinture par le regard, l’exécutant de cette musique visuelle. On me parle de conflits ? Chacun vit « sur » et « de »ses conflits. Il n’est de toute façon pas besoin de résoudre les conflits - la vie du cœur et de l'esprit en est faite et le besoin de créer encore plus. Peindre pour le créateur est une « manière de vivre », «a une façon d’exister » durant qu'il travaille, qui engage les facultés supérieures de la sensibilité et de l’esprit et, en ce sens, l'exercice de ses facultés tendent à faire progresser l’œuvre en même temps que l’homme. La pensée formant l’œuvre et l’œuvre formant la pensée en une action réciproque. En art, la technique est tellement liée à la forme d'inspiration et à l'idée que la « forme » est aussi le « fond », et que chaque « forme » présuppose une philosophie, une manière d'envisager Dieu, le monde et la vie. Inconsciemment bien sûr, chacun crée dans son propre contexte. Contexte de situation extérieure et contexte de libre choix intérieur ; mais au niveau de la conscience aucune tradition, aucune contrainte de n’importe quel ordre ne devrait jamais affecter le travail créateur.
Le Beau ? Le Beau ne m'intéresse absolument pas et je ne pense pas que ce soit là le but de l'art à moins d'en donner une définition très large et toute spéciale.
La démarche, la recherche vers un accomplissement est bien plus le but de l’art que la réalisation du beau, et l'intérêt d'une œuvre n'est qu'accessoirement la réussite de cette œuvre. L’acte de réaction a tellement plus d'importance que l'objet créé, et, même pour le spectateur, la trace de cet acte lui apporte plus sans doute que l’objet réussi. La place qu'une œuvre occupe dans la suite des œuvres du peintre, dans la courbe de sa démarche ainsi que le sens de cette démarche ont au moins autant d'intérêt que sa qualité.
Le rôle de l’artiste ? Toute l’humanité marche lentement vers une étape lointaine de l'esprit, L'artiste, parce qu'il en a mieux les moyens et parce qu'il y sacrifie son temps sans se détourner, marche plus vite et son rôle est seulement d'être à la pointe avancée de cette recherche et de déblayer le terrain, faisant vivre aux autres, par participation cette expérience. L'art est fait pour déranger.
Pourquoi est-on pousse vers plus de compréhension et pourquoi éprouve-t-on un tel plaisir à marcher dans ce sens ? Je n’en sais rien.

 

Corneille (1922-2010)

Le meilleur tableau est celui que la raison ne peut admettre.

 

Bertini Gianni (1922-2010)
PEINDRE
I
A peinture ne se croque pas, ne se boit pas, etc... Je ne sais pas à quoi elle peut servir. Mais puisqu'on a commencé à peindre avant même de savoir rôtir un poulet à la broche, la peinture doit servir à quelque chose. Et alors pourquoi ne pas peindre ?
Et puis l'homme est utilitariste et il trouve toujours un emploi à tout. J'ai vu un jour un ami faire une sculpture avec une vieille chaussure ; et alors pourquoi ne pourrait-on pas faire d'un tableau un quelque chose qui peut nourrir un endroit recélé du corps humain ? D'autre part on dit qu'une peinture, pour plaire doit être belle. Moi je n'aime pas coucher avec un crapaud, mais j’aime l’entendre croasser par une soirée d'été.
II
Mes tableaux ma plaisent. Mais s'il n'y avait pas ceux des autres, en comparaison à quoi pourrais-je les préférer ? La confrontation  m’amène à une discussion intérieure, me stimule et me rend conscient d'être vivant.
III
La peinture est certainement destinée à être accrochée à un clou. Je destine donc mes tableaux aux propriétaires des clous.

 

Lichtenstein Roy (1923-1997)

" Presque tout le monde aujourd’hui a une touche de pop. Je vois même du pop art chez les gens très abstraits. "

 

Tapiès Antoni.(1923-2012)

" Lorsque vous regardez, ne pensez jamais ce que la peinture (ou n’importe quoi de ce monde) doit être, ou ce que beaucoup de gens voudraient qu’elle soit seulement. La peinture peut tout être. Elle peut être un clair de soleil en pleine bourrasque. Elle peut être un nuage d’orage. Elle peut être le pas d’un homme sur le chemin de la vie, ou, pourquoi pas  un pied qui frappe le sol pour dire assez. Elle peut être l’air doux et rempli d’ésperance du petit matin, ou l’aigre relent qui sort d’une prison. Les taches de sang d’une blessure, ou le chant de tout un peuple dans le ciel bleu ou jaune. Elle peut être ce que nous sommes, ce qui est aujourd’hui, maintenant, ce qui sera toujours. Je vous invite a jouer, a regarder attentivement… je vous invite a penser. (Antoni Tapies  " La pratique de l’art.")

 

Barré Martin (1924-1993)

Il n'appartient pas au peintre de se définir par des mots. Pour témoigner de lui-même il a choisi un autre langage.
Si une œuvre peut transformer son auteur ?
Non pas une, mais chacune et toutes, l'une après l'autre, venant en leur temps les bonnes et les plus minces – toutes celles qui sont perdues pour tous sauf pour celui qui les a faites - toutes transforment leur auteur.
La confection d'objets utiles ne transforme pas l’artisan.
Pour le peintre rien ne se refait, ce qu’il recommence est toujours autre chose pour celui qui ne « confectionne » pas des tableaux.
La peinture ne se destine qu'à elle-même, à sa propre existence - mais veut que d'autres la voient et n’habitent pas ici sans elle.
Dans une époque où l’effort de regarder, de penser est de moins en moins requis, il ne faut pas imaginer que la peinture finisse par gagner les foules - moins que jamais...

 

Laubiès René (1924-2006)

Pourquoi peindre est une question que les peintres ne se posent pas, parce que nous ne pensons pas à peindre. C’est une chose plus essentielle que la vie elle-même. Nous pouvons faire semblant de vivre nous ne pouvons feindre de peindre ! Une œuvre ne résoud aucun conflit, ne permet aucune source de connaissance, elle est nous-mêmes. Nous sommes nés peintres, nous devons nous exprimer. Contre la société, la famille, les marchands de tableaux, la bassesse des collectionneurs, l'esclavage de l'argent, de la gloire, les milles pièges d'une organisation sociale qui le supporte mal et le supprime à la première occasion (guerre - dictature - bonheur du peuple), le peintre ne sait ce qu'il fait la plupart du temps, il crée - et cette création solitaire, de monstre sacré, c'est elle qui atteindra plus tard les foules (l'art est toujours de « masse » mais 50 ans plus tard !)
Si la société « suicide » l'artiste, comme le dit A. Artaud -- c'est pour mieux le manger - à l'ombre des Musées, dans les pages d'un livre.

 

Kœnig John-Franklin (1924-2008)

Pourquoi peindre ? Pourquoi vivre ? Pourquoi faire maintes choses que nous faisons tous les jours ? Depuis toujours j'ai le souvenir d'avoir dessiné, colorié, et plus tard, peint, et cela toujours avec un sentiment de plaisir. Mais quant aux « nécessités » quelle chose est « nécessaire » en dehors de notre pain quotidien ? En soi, les toiles ne sont évidemment NECESSAIRES pour personne, ni même parfois pour le peintre, une fois qu'elles sont terminées. Pas plus ni moins que les livres. Mais elles peuvent éclaircir une vie, donner une richesse accrue à l’existence. Elles peuvent amener à une certaine manière de vivre, où le regard éduqué et affiné pénètre toutes choses autour de nous plus profondément. Les visages, les paysages, les éléments sont dénudés d'une pellicule grise. A propos du phénomène d'une œuvre résolvant les conflits (intérieurs) de l'auteur, cela me semble une illusion. Je ne crois pas qu'une œuvre existe, c'est parce que les conflits sont, sinon résolus, au moins équilibrés. L'artiste est donc déjà transformé. Bien sûr, à partir de ce choc, la vie de l’artiste pourra changer d’une manière plus évidente, mais ce ne serait jamais l'effet d'une seule œuvre, mais l'ensemble de toute une œuvre, dont la toile ne serait que le « condensé ».
Les contraintes (ou les élans) psychiques et affectifs peuvent avoir une grande importance sur le fond de l'œuvre ; celles religieuses, sociales ou historiques n'agiraient que sur la forme.
J'estime que le « beau » n'est qu'un des facteurs concernant la peinture. Avec le « beau » on pourra tomber dans l’académisme, des paravents japonais, et de Puvis de Chavannes, comme avec le « beau-laid » on tombe dans la vulgarité, l’expressionnisme banal, et le Buffet misérabiliste. L'œuvre authentique dépasse largement le sentiment étriqué du beau.
L’intérêt que je pourrais porter à l’œuvre d'un autre est pour la plupart d'ordre technique : ce qu'il a pu faire dans le contexte de son style, ou bien l'effort fait pour sortir de ce style. Il est rare que le « message » me touche. Un peintre ne peut guère être un peintre à message et être véritablement un bon peintre. Seuls, les sursauts de Picasso contre Franco, quelques toiles de Ben Shahn, les réussites monstrueuses des Mexicains tels qu'0rozco, (cf. Goya et Bosch dans le passé) peuvent être considérés comme des « œuvres au message » valables. Mais il faut admirer la peinture d'abord et s'intéresser au message en second lieu. Autrement, on tombe dans du Fougeron, les charmes d'Helion, et la « Joie par le travail ». Idem pour le contenu humain. J’ai horreur de Greuze, Millet, et les suiveurs du XXème siècle.

 

Downing Joseph (1925-2007)

J'accepte la peinture sans question. Je me méfie toujours de ce que disent les peintres. Pour les bons artistes – l’œuvre vient - les théories se forment après, le plus souvent inconsciemment. Un vrai peintre, ne peut pas travailler autrement qu'il ne le fait à un moment donné. Pour moi peinture est davantage plaisir que nécessité. Il n’y a pas de nécessité d’expression intellectuelle et le mot « recherche » ne peut qualifier mon travail. « Recherche » implique un but et mon but instantané est toujours le coups de pinceau en cours.
Plutôt que résoudre certains conflits, la peinture doit les rendre supportables, les dénouer. Je ne veux pas parler d'un pouvoir psychanalytique direct, mais d’un apaisement général. A mon avis une œuvre amène les autres à connaître le peintre et rarement le peintre à se connaitre. Pour un artiste qui cherche à se retrouver dans son art, il y en a cent qui cherchent à s'y perdre.
Je pense que le beau n'a jamais pu être à la base d’un système de valeurs indépendant qui engloberait morale, façon de vivre, façon de penser, etc... Mais dans son domaine, le beau était, est, et sera à la base d'un tel système à cause de ce sentiment qui est incommunicable.
J'aurais aimé être l'auteur des deux grandes toiles de bataille de Paolo Uccello. Ces deux toiles expriment ce qu’est la peinture pour moi : Un moment d’arrêt dans la vie, non figé, mais capturé dans l’instant de paix, quand la pendule reprend ses forces, pour le voyage de retour.

 

Guitet James (1925-2010)

Chaque individu éprouve le besoin d'un langage lui permettant un prolongement de son être dans le

temps, Le premier langage : la parole, découvert avec tant de joie par l’enfant, devient vile insuffisant. L'enfant vit, l'homme entreprend de se survivre. Pour moi, la peinture est un langage formulé par la nécessité de fixer les impressions extérieures agissant en images intérieures transposées en un organisme indépendant par une association d'idées, et traduites objectivement avec les moyens plastiques. C'est une émotion dominée pour émouvoir autrui. C'est parler à autrui par des équivalents plastiques, constants et universels. Par voie de conséquence, cette démarche doit permettre par le jeu des correspondances, la connaissance d'une autre réalité, réalité de l’esprit, intégrée au rythme universel pour l’élargissement de la conscience humaine. L'œuvre doit-elle par là résoudre les conflits de l’auteur ; ce n'est ni sur ni nécessaire, l’œuvre étant la transcendance de ces conflits. La peinture se transforme, le peintre s'affirme, les conflits se renouvellent.
La tradition s'impose, elle est subie, parce que constituée d'une série de transformations dans le courant desquelles on est emporté sans rupture. Si toutefois, il y a contrainte, elle provient de l’époque vécue et qui constitue le dernier maillon d'une longue évolution. La tradition n'est pas une valeur fixe. Quant à la technique, elle est imposée par le besoin d'expression. C'est ce qui fait une part du drame du créateur.
La création artistique actuelle est á la recherche d'un humanisme fondé sur les valeurs humaines, libérées des contraintes religieuses, sociales, historiques. Ces contraintes sont dépassées au profit d'une proposition implicite et générale, qu'on pourrait appeler le beau, valeur indépendante. La nature de ce sentiment du beau me semble s'exprimer au moment où la technique (le langage) semble servir efficacement, exactement, la pensée. C'est une synthèse.
Je pense ne rien comprendre á la peinture des autres. L'intérêt que je porte à une œuvre dépend des qualités que j'y trouve et que je voudrais posséder moi-même. C'est insuffisant. C'est une position égocentrique qui prend toute son évidence vis-à-vis de nos contemporains. Je juge mieux la peinture d'autrefois, car, malgré les constantes que j'y trouve, elle est plongée dans une époque que je n'ai pas vécue. En ce sens, ma position n'est pas prise à priori.
Même si j’admire sans réserve une œuvre, je ne souhaite pas en être Fauteur, car il faudrait que je sois « l'autre », ce qui est impensable. Il faudrait aussi que je puisse admirer mon œuvre, ce qui est aussi impensable. J'admire l'œuvre parce qu'elle n'est pas mienne, la mienne m'étant devenue indifférente une fois exprimée et imparfaite par rapport à celle que je pense et que je vais entreprendre d'objectiver.

 

Rauschenberg Robert (1925-2008)

" Après mure réflexion, je suis arrivé à la conclusion que dans ces tableaux, il n’y a rien qui ne puisse être modifié, qu’ils peuvent être regardés dans n’importe quelle condition d’éclairage et qu’ils ne peuvent être anéantis par la formation d’aucune ombre. " (John Cage à propos de l’œuvre de Robert Rauschenberg)

 

Saint-Paul Pierre (1926)

Notre époque est à la recherche d'une tradition. La peinture n'est pas un style, mais un langage. Un langage est avant tout un signe, un geste, le langage c’est le germe. La peinture est essentiellement et brutalement un contenant humain. Elle devient un langage universel, un passage. La peinture deviendra sans auteur ; un échange avec un public redécouvert, reconnu.
La peinture est une morale. Pour cette raison, la notion du Beau n’existe plus dans sa signification romantique.
Le beau devient le vrai.

 

Fichet Pierre (1927-2007)

Pourquoi peindre ? D'abord parce que je ne me sens pas capable de faire autre chose avec autant de chance de mener à bien la tâche entreprise. C'est la raison en quelque sorte vitale qui apparaît. Cette nécessité de peindre est, grâce à cet engagement profond, l'outil indispensable qui me permet d'accéder á la connaissance ; c'est pourquoi peindre est pour moi à la fois tout et rien. Tout car sans peindre je serais comme un aveugle devant le plus beau paysage du monde. Rien car je ne conçois pas la peinture comme une fin en soi, mais comme un moyen, moyen essentiel pour moi, qui me permettra de réaliser ma condition humaine. Comme ma réalisation d'homme est un état d'équilibre á atteindre á travers une succession de déséquilibre, je pourrais dire que la peinture est pour moi une thérapeutique. Dans ce sens une œuvre peut résoudre les conflits de Fauteur et le transformer.
Je dirais même qu'elle ne me semble valable, cette œuvre, que dans la mesure où elle résout les conflits de son auteur et aussi le transforme. Lorsqu'une œuvre s'appuie sur la seule esthétique, la seule qualité plastique, cela sous-entend une possibilité de faire de ces dernières le critère du beau. Cela sous-entend aussi le pouvoir ou l’espérance de démontrer ces qualités, donc de les détacher de la « morale individuelle ». Lorsqu'une œuvre veut utopiquement se rendre aussi absolue, se détacher de l’histoire de son créateur, l’académisme n'est-il pas loin ? L'académisme est en effet, je crois, l’application mécanique, â coup sûr, de règles, sinon de recettes. Le classique, qui précède ces règles les établit, les crée pendant qu'il les applique.
Oui, je crois fermement que l’œuvre aide á résoudre les problèmes, les conflits de son auteur. S’il ne s’enferme pas dans son œuvre, la peinture est aussi une façon de connaître, c’est-à-dire de naître à quelque chose auquel on s’ajoute. Naissance d’un élargissement de soi. De connaissance en connaissance, je deviens. Ainsi, il ne s’agit pas d’une connaissance à la façon d’un homme cultivé ou d’un universitaire.
Par son exécution la peinture me met en contact avec le geste essentiel, le geste juste, qui, comme l’agenouillement plie le corps (contenant) dans une forme qui sera la plus adéquate au contenu : la prière. Ce geste juste que je trouve moins vite et moins instinctivement dans d'autres actes de la vie, ou les mouvements ont tendance à se surcharger, á manquer de résonnance psychique, à ne pas s'ajouter á l'édifice de mon être. Enfin la nécessité de me fondre au sujet (qui existe pour mot sous forme de thème, et avec peut-être plus d'acuité que chez un figuratif, lequel peut se contenter du pittoresque ou de l’anecdote du sujet) : la nécessité donc de me fondre au sujet pour en rendre l’esprit, l’essence, m'oblige à le pénétrer du dedans. C'est là la « morale » de la peinture, car pour mériter cette faculté de pénétration toutes les qualités d'homme sont en jeu. Ainsi toutes les qualités d'homme étant mobilisées pour concourir à la réalisation de l'œuvre, l’homme est engagé tout entier dans cette dernière, et nous pouvons considérer ce qui est le modèle de l’extérieur : 1° ce que vous appelez les contraintes psychiques, religieuses, sociales, affectives, historiques... 2° la peinture des autres… 3° le public...
Les contraintes ? Je préférerais le terme « cadres » car ces données psychiques peuvent aussi bien exciter qu'étouffer la création. Ce qui peut l'étouffer est l’acceptation automatique de ces cadres, sans que ceux-ci prennent la valeur d’une réalité pour le peintre. Si au contraire le peintre prend vis-à-vis d’eux une position active ils peuvent devenir un des moteurs de la création. Cette position active peut être l’opposition pure et simple à ces cadres, c’est le cas de l’artiste révolutionnaire ou au contraire la croyance en ces cadres, leurs acceptations profondes, ce qui se produit dans les époques classiques, dans les époques où une foi commune a suffisamment de force et de réalité pour qu'elle offre au créateur un tissu vivant dans lequel il taillera son œuvre.
La peinture des autres ? En premier c'est elle qui nous permet de nous révéler peintre par la soif de peinture qu’elle nous donne. Elle nous met « l’eau à la bouche ». Ensuite elle guide nos pas en jalonnant de son exemple les matériaux du langage pictural. Et puis il y a le réconfort qu’elle nous donne dans les moments de doute.
On ne peut souhaiter être l’auteur de telle ou telle autre œuvre car il y aurait là une trahison vis-à-vis de soi-même chaque homme étant unique, souhaiter être un autre est un suicide Ce rêve enfantin d’être le héros que l’on admire est une aberration malsaine, une fuite lâche de soi-même. Il faut que je sois de plus en plus moi-même.
Le public ? Il est bien entendu que le peintre lorsqu’il peint n’a pas à se préoccuper et son œuvre sera appréciée ou non. Car si ces considérations devaient le troubler, il faudrait admettre que par exemple les impressionnistes auraient dû renoncer à leur peinture scandaleuse et peindre comme Bouguereau ou Bonnat. Et même si le goût du public était Juste, c’est le peintre qui doit proposer sa vision, sa conception picturale. C’est sa fonction, sa justification et là sa création. Le public bénéficie de ce don du peintre. D’ailleurs, le public mérite la peinture qu’il comprend comme le peintre mérite celle qu’il fait Le public doit parcourir un certain chemin pour aimer l’œuvre d’art qui n’est pas un pousse-café pour digestion lourde. En final, la peinture pourquoi faire ? Pour me faire, car en étant de plus en plus moi-même, de plus en plus prêt de ma réalité, j’obéis à ma destinée d’homme et Je risque de faire une peinture de plus en plus rayonnante… et par ce rayonnement pénétrer plus efficacement le public…

 

Warhol Andy (1928-1987)

Je voudrais être une machine.

Certaines personnes, même des personnes intelligentes, disent que la violence peut être belle. Je ne comprends pas cela parce qu’il n’y a que de beaux instants et de tels instants ne sont jamais beaux pour moi.

Le businnes-art est l’étape qui suit l’art. J’ai commencé comme artiste commercial et je voudrais finir comme businnes-artiste.

On n’imagine pas combien de gens accrochent un tableau de la chaise électrique dans leur salon - surtout si les couleurs du tableau vont bien avec celles des rideaux. (Andy Warhol à propos de son tableau La chaise électrique)

Mes peintures ne correspondent jamais à ce que j’avais prévu, mais je ne suis jamais surpris. (Andy Warhol)

 

Lorsque quelqu’un s’avise de mettre cinquante boîtes de soupe Campbell sur une toile, ce n’est pas le point de vue optique qui nous préoccupe. Ce qui nous intéresse, c’est le concept qui fait mettre cinquante boîtes de Campbell sur une toile.  (Marcel Duchamp)

Andy Warhol, qui s’intitulait " business artist ", trouvait que c’était l’argent qui donnait à l’art son véritable charme. (Eva Windmüller - Stern - 8 octobre 1981)

 

Hundertwasser Friedensreich. (1928-2000)

Quand je peins, je rêve. Quand mon rêve a pris fin, je ne me rappelle plus ce dont j'ai rêvé. Mais le tableau reste, le tableau est la moisson du rêve.

 

Aillaud Gilles. (1928-2005)

Je peins des choses. Je serais incapable de peindre des idées.

 

Tanaka F. S. (1928)

Je peins comme j'aime... par nécessité vitale... par plaisir..., par envie de créer... par besoin de me libérer... et aller ailleurs. Je cherche dans ma peinture un certain climat poétique... Une conciliation entre l’orient raffiné, dépouillé et l’exubérance baroque du Brésil. La technique ? Un minimum de contraintes (une surface, des couleurs) ... pour laisser s'épanouir librement ordonnée l’imagination du peintre, qui, peignant s'enfuit loin de la psychologie, sociologie, religion, politique, logique, critique, et autres grands mots qui empoisonnent la vie. Vers la beauté (mot si usé qu'il perdit sa valeur, au point qu’on vous demande ce que c'est que sa nature). La beauté c'est ce qui vous envoûte et vous élève si haut qu'on oublie ce qui fut le prétexte de sa création... donc dans une peinture pas son message, pas son contenu, pas l'auteur mais son style. Vivent les pommes dc Cézanne Y elles touchent tout le monde qui a gardé son âme et le mènent dans un monde où je voudrais aussi emmener pour un moment, loin des soucis de ce monde, tous ceux -qui regarderaient ma peinture, mes amis.

 

Grandjean Raymond (1929-2006)

On fait de la peinture comme le morphinomane prend sa drogue. Par contrainte. Le peintre à besoin de ses couleurs pour survivre. L’art constitue sa porte, son évasion d’un monde cruel, pour atteindre un univers onirique qu’il défriche patiemment, pour lui-même et les autres.
L’œuvre d’art peut résoudre de nombreux conflits intérieurs tant chez l'artiste que chez le spectateur. Goya se délivrait de ses fantômes en les projetant sur la toile, tandis que Gauguin, torturé par la vie, élaborait un univers où tout n’est que « luxe, calme et volupté ».
L’artiste pour réaliser pleinement son œuvre doit être affranchi des multiples contraintes du monde moderne de quelque ordre qu'elles soient : politique, sociale, etc. La technique .à elle seule constitue un obstacle suffisamment puissant avec lequel l’artiste doit lutter tout au long de sa vie.
Au fond, une seule peinture intéresse l'artiste : la sienne. Son œuvre constitue une entreprise de dépassement, une tentative d'apporter quelque chose qui, justement, n'existe pas dans la peinture de -ses devanciers.
Je ne souhaite pas être l'auteur de telle ou telle œuvre célèbres. Je suis ce que je suis. Très inférieur sans doute, mais désireux de produire ma petite chanson à moi.
Tous les publics m’intéressent, mais de préférence les plus purs : ceux qui arrivent devant un tableau sans théories, sans idées préconçues, essayant tout simplement d’acquérir quelque chose en abordant une toile inconnue.
Je ne pense pas que l’art soit destinée aux foules (je prends le terme dans sa signification actuelle). Les foules modernes courent de plus en plus vers le tapage, le facile, et malheureusement vers les choses les plus basses. En bref, les antithèses de Part. Celui-ci restera toujours l’apanage d’une minorité, non d’argent, mais d’esprit. Une minorité qui se donne la peine encore de méditer, de ce recueillir et de penser loin des tréteaux bruyants des héros du jour.
Je ne reconnais qu’une responsabilité au -peintre : celle de faire de la bonne peinture. S’il y parvient, il a pleinement mérité son passage sur la Terre.

 

Feïto Luis (1929- )

POURQUOI PEINDRE ?
Avant tout un besoin d'expression. Le besoin de créer un monde personnel, comprenant le monde ambiant et ma propre subjectivité. Un monde où je mettrai tout ce qui existe, et tout ce qui n'existe pas, tout ce que je ne trouve pas dans le monde réel.
On peut à travers la peinture découvrir des problèmes, des préoccupations, les caractéristiques d'une époque.
Recherches d'une expression concrète, libre, et personnelle, de tout ce qui m’entoure, à travers mon monde intérieur.
Une œuvre peut être alibi, un prétexte, mais ne peut résoudre les conflits internes.
Non, la tradition doit être mouvante, elle doit être développement, et non pas stagnation. Elle ne doit pas être sclérosée, ni une répétition des œuvres passées, ce qu'elle impose, c'est une continuité. Si les contraintes sont trop fortes, l'art disparait. Les contraintes existent toujours à l'intérieur de l’individu, mais leur imposition extérieure tarit l'art.
Le beau ne peut être indépendant. Le beau pour le beau est un non-sens, le beau ne peut exister qu’inscrit dans le contexte du moment.

 

de Panafieu Jacques (1930-2001).

Je ne pense pas que la peinture naisse d'une quelconque nécessité. Ou plutôt, s'il s'agît de nécessité, c'est une nécessité si intime qu'elle s’identifie à la liberté. Je constate que je peins mais je ne trouve à ce fait aucune explication et je ne cherche pas -de justification. La peinture conduit, très lentement, à la connaissance de la peinture. Toute acquisition technique ouvre un nouveau champ d’expression, lequel pose à son tour de nouveaux problèmes qui, une fois résolus, dévoilent de nouveaux horizons. Ce long cheminement s'effectue dans les limites mêmes de la peinture.
La valeur thérapeutique de la peinture est connue en psychiatrie. Elle \agit de deux façons : en offrant aux sentiments et aux passions une possibilité d'expression plus directe à la fois que le langage, en imposant d'autre part à cette expression le contrôle d’une discipline de tous les instants. A ce .point de vue elle enseigne la patience, l'audace, l’honnêteté et la modestie.
Malgré l’individualisme des peintres, il existe à l’heure actuelle un langage commun né du refus de la tradition.
Je n’aime pas le mot « contrainte ». On ne peint pas sous la contrainte. On cherche au contraire à s'en libérer. Les entraves les plus graves sont d'ordre historique : comment se débarrasser des préjugés et des règles formelles imposées de l’extérieur, comment surtout se libérer des lois qu'on a soi-même promulguées qui vous assurent la tranquillité d’esprit mais qui figent l’invention et vous transforment peu à peu en malhonnête artisan.
Le beau est certainement à la base d’un système de valeurs indépendant. Comme toute valeur, il exige l’adhésion. Une fois l’adhésion acquise il n’a plus besoin de justification.

 

Saint-Phalle Niki de (1930-2002)

J'imaginais la peinture se mettant à saigner. Blessée de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations.

 

Johns Jasper (1930-)

" Il y a deux manières d’interpréter mes tableaux du drapeau américain. La première est : " Il a peint un drapeau de manière à ce qu’on ne le voie pas comme un drapeau, mais comme une peinture. " La seconde est " La façon dont il a peint le drapeau fait qu’on peut le voir comme un drapeau, et non pas comme une peinture. "

 

Erro (1932- )

On est cerne par les images, il est impossible de leur échapper Il me semble que je suis comme une sorte de chroniqueur, de reporter qui rassemblerait toutes les images du monde, et que je suis la pour en faire la synthèse.

 

Klasen Peter.(1935- )

Le réel n'est rien d'autre que ce que je vous montre.

Il y a un fil conducteur dans tout mon travail : la solitude l'angoisse. C'est ce que je ressens dans cette société qui finalement nous rend malades. C'est en tant que peintre, avec mes images, que j'essaie de me libérer

 

Raysse Martial (1936- )

Le rôle social du peintre ? Montrer la beauté du monde pour inciter les hommes à le protéger et éviter qu’il ne se défasse.

 

Fromanger Gérard. (1939- )

Qu'est-ce que la peinture ? Qu'est-ce que l'art alors ? C'est créer, mais quoi ? Créer, inventer quelque chose de neuf de façon a pouvoir parler aux autres a  partir de ses propres découvertes.

 

Xingjian Gao (1940- )

La peinture vient de l'endroit où les mots ne peuvent plus s'exprimer.

Boisrond François (1959- )

Tant qu'un peintre aura envie de voir le monde par ses yeux, il y aura la peinture.

 

 

 

 

Littérature (Ecrivains, poètes, philosophes)

 

Grèce

Simonide de Céos

La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture qui parle. "

 

Platon - Critias

Comme nous ne savons rien de précis sur ces choses, nous n’en discutons pas et nous n’examinons pas de trop près ces représentations : nous nous contentons d’une peinture schématique et allusive.

 

Horace (-68 - -8)

Aux peintres et aux poètes toujours fut donné un égal pouvoir de tout oser.

 

XIVème siècle

T’ang Héou

Montre ton coeur, sans réserve, Et ton pinceau sera inspiré.
Ecrire et peindre servent un même but, la révélation de la bonté intérieure.

 

 

 

XVIIème siècle

Li-Li-Veng - poète du XVII° siècle

Regardez tout d’abord les collines dans le tableau. Regardez ensuite le tableau formé par les collines

 

Blaise Pascal - Pensées

" Quelle vanité que la peinture qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux. "

 

Père Ménestrier, 1650

La peinture est depuis longtemps l'école des sages et l'étude des souverains. C'est une parleuse muette qui s'explique sans dire mot et une éloquence de montre qui gagne le coeur par les yeux. Ses discours ne s'épuisent point, elle fait des leçons publiques sans interrompre son silence et, pour être muette, elle n'est pas moins agissante ni efficace à persuader.

 

André Félibien des Avaux

" Celui qui fait parfaitement des païsages est au dessus d’un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles. Celui qui peint des animaux vivans est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes & sans mouvement; & comme la figure de l’homme est le plus parfait ouvrage de Dieu sur la terre, il est certain aussi que celui qui se rend l’imitateur de Dieu en peignant des figures humaines, est beaucoup plus excellent que tous les autres [...] un Peintre, qui ne fait que des portraits, n’a pas encore atteint cette haute perfection de l’Art, & ne peut prétendre à l’honneur que reçoivent les plus sçavans. Il faut pour cela passer d’une seule figure à la représentation de plusieurs ensemble; il faut traiter l’histoire & la fable; il faut représenter de grandes actions comme les Historiens, ou des sujets agréables comme les Poëtes; & montant encore plus haut, il faut par des compositions allégoriques, sçavoir couvrir sous le voile de la fable les vertus des grands hommes, & les mystères les plus relevez. (Conférences de l’Académie, 1667)

 

Filippo Baldinucci -

Existe-t-il une règle permettant d’affirmer avec certitude qu’une belle peinture est de la main de tel ou tel maître ? Et s’il n’y en a pas, quelle sera la façon la plus sûre de fonder assez bien son jugement ? (lettre de 1685 à Vincenzo Capponi)

 

XVIIIème siècle

Voltaire. (1694-1778)

Tant de livres faits sur la peinture par des connaisseurs n'instruiront pas tant un élève que la seule vue d'une tête de Raphaël. (Préface d’Œdipe)

 

Denis Diderot (1713-1784)

... la couleur d’un morceau de peinture passe. La réputation d’un grand peintre ne s’étend souvent parmi ses contemporains et ne se transmet à la postérité que par les qualités que la gravure peut conserver. (Les Salons)

Il y a des auteurs qui pensent ; il y a des peintres qui ont de l’idée. (Les Salons)

La main touchait une surface plane ; et l’œil, toujours séduit, voyait un relief. En sorte qu’on aurait pu demander au philosophe lequel des deux sens dont les témoignages se contredisent était un menteur.

Celui qui a le sentiment vif de la couleur a les yeux attachés sur sa toile ; sa bouche est entrouverte ; il halète ; sa palette est l’image du chaos. C’est dans ce chaos qu’il trempe son pinceau…

 

Winckelmann Johan Joachim (1717-1768)

L'art fait qu'une copie offre souvent plus de charme que la nature elle-même. (in Pensées sur l’imitation des Grecs dans la peinture et la sculpture)

 

Emmanuel Kant (1724-1804),

…chez tous les hommes les conditions subjectives de la faculté de juger sont les mêmes [...] car sinon les hommes ne pourraient pas se communiquer leurs représentations et leurs connaissances. (Critique du jugement)

 

Lessing Gotthold Ephraïm (1729-1781)

S’il est vrai que la peinture emploie pour ses imitations des moyens ou des signes différents de la poésie, à savoir des formes et des couleurs étendues dans l’espace, alors que celle-ci emploie des sons articulés qui se succèdent dans le temps; s’il est incontestable que les signes doivent avoir une relation naturelle et simple avec l’objet signifié, des signes juxtaposés ne peuvent représenter que des objets juxtaposés... de même que les signes qui se succèdent ne peuvent représenter que des objets successifs.(Laocoon, 1763)

 

Des objets qui se juxtaposent ou dont les parties sont juxtaposées s’appellent des corps. Donc les corps avec leurs qualités visibles sont l’objet propre de la peinture. (Laocoon, 1763)

 

von Goethe Johann Wolfgang (1749-1832)

La nature et l’art semblent se fuir et, avant qu’on y songe, ils se sont retrouvés. (- Nature et art)

J’ai essayé bien des choses, j’ai beaucoup dessiné, gravé sur cuivre, peint à l’huile, j’ai aussi bien souvent pétri l’argile...  dans un seul art je suis devenu presque un maître: dans l’art d’écriture en allemand. (Épigrammes de Venise.)

 

Joseph Joubert (1754-1824)

Pour nous, chez qui tous les chefs-d’œuvre n’ont d’autre destination que d’être exposés aux regards d’un petit nombre d’hommes riches et d’être emprisonnés et cachés dans les maisons des grands... (Carnets, 1786)

On peut peindre tout un visage (avec des traits) dans un espace qui n’est pas plus large qu’un ongle. Pour le décrire avec des phrases il faudrait une page entière et encore on ne parviendrait pas à en donner une idée exacte. (Carnets, 1804)

 

François René de Chateaubriand (1768-1848)

Le paysage doit être dessiné sur le nu. (Lettre sur le paysage en peinture 1795)

 

Novalis (1772-1801)

La Mission du peintre. Réaliser la représentation de l'irreprésentable, voir l'invisible, toucher et percevoir l'impalpable.

 

Friedrich von Schelling (1775-1854)

Dans la peinture de paysage, la représentation subjective seule est partout possible, car un paysage n’a de réalité que pour l’œil de celui qui le contemple. La peinture de paysage débouche nécessairement sur la vérité empirique, et le mieux qu’elle puisse faire, c’est de s’en servir à nouveau comme d’un voile, afin de laisser transparaître en elle un type supérieur de vérité. (Textes esthétiques)

 

 

XIXème siècle

 

Stendhal (Henri Beyle dit, 1783-1842)

J’aime les jeunes peintres qui ont du feu dans l’âme. (au Salon de 1824)

La peinture n'est que de la morale construite. (Stendhal. Histoire de la peinture en Italie, vol. 2)

 

Victor Cousin (1792-1867)

Il faut de la religion pour la religion, de la morale pour la morale, de l’art pour l’art. Le bien et le saint ne peuvent être la route de l’utile, ni même du beau. (Cours de philosophie, 1836)

 

Honoré de Balzac (1799-1850)

Les peintres ne doivent méditer que les brosses à la main. (Le Chef-d’œuvre inconnu)

 

Stéphane Mallarmé (1842-1898)

L’artiste regarde sa fleur, non pas dans les verres grossissants afin de recueillir des faits pour la botanique, mais avec la lumière qui voit, en la variété choisie de tons brillants et de délicates nuances, des suggestions pour des harmonies futures.

 

Ambrose Bierce (1842-1913)

Peinture. Art de protéger les surfaces plates des intempéries et de les exposer à la critique. 

 

Anatole France. (1844-1924)

Avant de juger une peinture, cherchez ce que le peintre a voulu, et ne le condamnez pas sur les sacrifices qu’il a dû faire pour mieux rendre sa pensée. Le génie consiste surtout à oser les sacrifices nécessaires, si grands qu’ils soient. (Anatole France La Vie en fleur, éd. rev. et corr. par l'auteur Calmann-Lévy, 1924)

 

Félix Fénéon (1861-1944)

" Réservant au peintre la tâche sévère et contrôlable de commencer les tableaux, attribuons au spectateur le rôle avantageux, commode et gentiment comique de les achever par sa méditation ou son rêve. (Œuvres plus que complètes, 1970)

 

Alain (Emile Chartier dit, 1868-1951)

Il n’y a point d’homme qui apprenne plus promptement que le peintre à se défier de ses pensées.

La peinture est une cérémonie en solitude.

Le peintre est donc tenu par l'apparence ; et c'est son affaire d'enfermer tout le vrai qu'il pourra dans une seule apparence.(Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations)

Paul Valéry (1871-1945).

La peinture permet de regarder les choses en tant qu’elles ont été une fois contemplées avec l’amour.

Victor Segalen (1878-1919)

Le Peintre seul et ceux qui savent voir ont accès dans l’espace magique. (Peintures – 1916)

 

XXème siècle

 

Jacques Rivière (1886-1925)

Il n’y a rien dont on ne soit plus cruellement puni que d’avoir supposé de l’intelligence à un peintre. (Correspondance à Alain-Fournier, 1912)

André Malraux (1901- 1976)

Le réel n’est pas subordonné à la peinture, qui, elle, semble subordonnée au réel – et semble encore chercher une réalité qui ne soit pas esclave de l’apparence mais ne s’oppose pas à elle, - qui l’équilibre… (Les Voix du silence – 1951)

Maurice Merleau-Ponty.(1908-1961)

L'interrogation de la peinture vise en tous cas cette genèse secrète et fiévreuse des choses dans notre corps.

L’art et notamment la peinture puisent à cette nappe de sens brut dont l’activisme ne veut rien savoir. Ils sont même seuls à le faire en toute innocence. A l’écrivain, au philosophe on demande conseil ou avis, on n’admet pas qu’ils tiennent le monde en suspens, on veut qu’ils prennent position, ils ne peuvent décliner les responsabilités de l’homme parlant. La musique, à l’inverse, est trop en deçà du monde ou du désignable pour figurer autre chose que des épures de l’Être, son flux et son reflux, sa croissance, ses éclatements, ses tourbillons. Le peintre est le seul à avoir droit de regard sur toutes choses sans aucun devoir d’appréciation. On dirait que devant lui les mots d’ordre de la connaissance et de l’action perdent leur vertu. Les régimes qui déclament contre la peinture « dégénérée » détruisent rarement les tableaux : ils les cachent, et il y a là un « on ne sait jamais » qui est presqu’une reconnaissance (…) (in L’œil et l’esprit)

Albert Camus. (1913-1960)

Le style d'un peintre est dans cette conjonction de la nature et de l'histoire. 

 

Henri Perruchot. (1917-1967)

Les théories en peinture ne comptent pas. Elles sont, d'ailleurs, presque toujours imaginées par des gens à qui manque le pouvoir créateur, et auxquels elles servent d'échappatoire.

 

Bosquet Alain (1919-1998)

La peinture, c'est la course à l'absolu et à l'inconnaissable.

 

Georges Perros. (1923-1978)

La peinture fait obstacle à la vision pour mieux capter l'invisible.

L'écriture c'est passer le temps. La musique c'est le faire passer. La peinture c'est l'effacer.

 

Butor Michel.(1926- )

La peinture rend la littérature infinie. (Butor Michel)

 

Pleynet Marcelin (1933- )

La peinture fait écrire puisqu'elle ne parle pas.(Pleynet Marcelin)

 

Houellebecq Michel (1956-  )

La question de la beauté est secondaire en peinture, les grands peintres du passé étaient considérés comme tels lorsqu’ils avaient développé du monde une vision à la fois cohérente et innovante (La carte et le territoire, 2010)

 

Critique d'art.

 

Ragon Michel (1925- )

 

Les réponses d'un critique d'art diffèrent fatalement de celles d'un peintre. Par le seul fait, d'abord, que le critique est un spectateur. Mais ce n’est pas un spectateur passif. Dans une certaine mesure on peut même dire qu'il contribue à créer l'art de son temps. Trop parfois. (C’est le cas de certains critiques théoriciens suivis par une foule de disciples qui peignent pour illustrer les théories du critique. On voit le danger de cet aveuglement. Que sont devenus les peintres qui illustrèrent les théories de Ruskin ? Et ceux qui illustrèrent «celles de André Breton ? Pour en venir à votre enquête, que la peinture soit une forme de connaissance, cela ne me semble faire aucun doute. Disons que certains êtres sont plus doués pour se servir dialectiquement de ce langage, que de celui des mathématiques ou de la philosophie. L’un n'empêchant toutefois pas l'autre. Exemple Vinci. Une œuvre résout parfois les conflits de l'auteur. Certaines, pour ne pas dire toutes, naissent de ce besoin de dompter des monstres intimes. Mais il ne faut pas trop en parler. Déjà, toutes les jeunes filles américaines, après avoir lu Freud au Collège, se mettent à faire de la peinture pour déjouer leurs complexes.
L’intérêt que je porte à une œuvre tient à des choses parfois très contradictoires. Certaines me retiennent tout simplement parce qu'elles sont bien peintes, artisanalement parlant. D'autres parce qu'elles crient une personnalité émouvante. D'autres enfin parce que leur style est personnel. Mais si l’on trouve ces 3 qualités chez un même peintre, quel émerveillement !