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Être

 

Pour remonter à la source, il faut nager à contre-courant (Confucius, 551-479 av. J.-C)

Lorsque tu es arrivé au sommet de la montagne, continue de monter (Bouddha)

Tchouang-Tseu rêve qu'il est un papillon. Mais n'est-ce pas le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-Tseu ?

 

 

Cicéron (106-43 av. J C)

Ce qui doit être ne peut pas ne pas être (Du destin, IX - env. 44 av. J.-C.)

Tout ce qui doit être sera (Du destin, IX - env. 44 av. J.-C.)

 

Lucrèce (98-55 av. J.-C.)

La plus grande douceur est d'occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions sereines d'où s'aperçoit au loin le reste des hommes.

Que nous importe aujourd'hui ce que nous fûmes autrefois? que nous importe ce que le temps fera de notre substance? Tournons nos regards vers l'immensité du temps écoulé, songeons à la variété infinie des mouvements de la matière.

Tu as beau vivre et jouir de la vue, ta vie n'est qu'une mort, toi qui en gaspilles la plus grande part dans le sommeil et dors tout éveillé, toi que hante les songes, toi qui subis le tourment de mille maux sans parvenir jamais à en démêler la cause, et qui flottes et titubes, dans l'ivresse des erreurs qui t'égarent.

L'homme est un malade qui ne sait pas la cause de son mal. (Lucrèce)

 

Sénèque (4 av. J.-C.-65)

Ô la vile chose et abjecte que l'homme, s'il ne s'élève au dessus de l'humanité.

Calamité, qu'une âme inquiète du future et malheureuse avant le malheur et sans cesse angoissée à l'idée de ne pouvoir conserver jusqu'au bout ce qu'elle aime!  Elle ne connaîtra jamais le repos et perdra, dans l'attente de l'avenir, le présent dont elle aurait pu jouir. (Sénèque)

 

Epictète (c. 50-c. 130)

Souviens toi que, dans cette vie, tu es un acteur auquel un rôle bien précis a été confié : efforce-toi de le jouer bien, sans te soucier que ce soit un rôle long ou court, de mendiant ou de magistrat, d'invalide ou d'homme normal. (Manuel, XVII)

 

Marc Aurèle (121-180)

Petit est donc le temps que chacun vit; petit est le coin de terre où il le vit, et petite aussi, même la plus durable, est la gloire posthume; elle ne tient qu'à la succession de ces petits hommes qui mourront très vite, sans se connaître eux-mêmes, bien loin de connaître celui qui mourut longtemps avant eux.

Souviens-toi que tout ce que tu vois à portée de ta chair et de ton faible souffle, n'est ni à toi, ni dépendant de toi.

Une seule chose ici-bas est digne de prix: passer sa vie dans la vérité et dans la justice, en se gardant indulgent aux menteurs et aux injustes.

Celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions d'un autre; celui qui aime le plaisir, dans ses propres penchants; mais l'homme intelligent, dans sa propre conduite.

Que sont-ils, ceux à qui l'on veut plaire? Et pour quels profits et par quels procédés? Comme le temps aura tôt fait de tout recouvrir, et que de choses déjà n'a-t-il pas recouvertes!

Lorsqu'un homme a commis une faute contre toi, considère aussitôt quelle opinion il se fait du bien ou du mal pour avoir commis cette faute.

Efface l'imagination. Arrête cette agitation de pantin. Circonscris le moment actuel. Comprends ce qui arrive, à toi ou à un autre. Distingue et analyse, en l'objet qui t'occupe, sa cause et sa matière.

Ne consume pas ta vie dans les affaires.

Vois ce qu'ils sont lorsqu'ils mangent, dorment, s'accouplent, vont à la selle,... Vois-les ensuite lorsqu'ils se donnent de grands airs, font les fiers, se fâchent et vous accablent de leur supériorité. Peu avant, de combien de maîtres étaient-ils les esclaves, et par quelles sujétions! Peu après, ils se retrouveront réduits au même état!

Représente-toi tout homme qui se chagrine ou qui s'indigne de quoi qu'il arrive, comme un porcelet qui regimbe et qui hurle quand on le sacrifie. Pense de même de celui qui, sur un petit lit, se lamente en secret et seul sur nos malheurs.  Songe aussi qu'à l'être raisonnable seul il a été donné de pouvoir se plier aux événements de plein gré, tandis que s'y plier tout court est pour tous une nécessité. (Mars Aurèle)

 

Ronsard Pierre de (1524-1585)

Ce qui est a été, et cela qui doit être,

De ce qui est passé doit recevoir son être;

Le fait sera défait, et puis sera refait,

Et puis, étant refait, se verra redéfait (...) (Ronsard, Élégies, XV).

 

Montaigne Michel Eyquem De (1533-1592)

Nous n'avons aucune communication à l'être, parce que toute humaine nature est toujours au milieu entre le naître et le mourir. (Montaigne Michel Eyquem de, Essais, II, 12).

C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. (Montaigne Michel Eyquem de, Essais, III, 13).

Je ne peins pas l'être. Je peins le passage. (Montaigne Michel Eyquem de, Essais, III, 2).

 

Aubigné Agrippa D' (1552-1630)

Retire-toi dans toi, parais moins, et sois plus. (Aubigné Agrippa d', Les Tragiques).

 

Shakespeare William (1564-1616)

Être ou ne pas être : voilà la question. (Shakespeare William, Hamlet, III, 1, Hamlet).

 

Descartes René.(1596-1650)

Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose, et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeais que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais (...) je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui pour être n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle; en sorte que ce moi, c'est-à-dire l'âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée à connaître que lui, et qu'encore qu'il ne fût point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle est. (Descartes, Discours de la méthode, IV).

Je suis comme un milieu entre Dieu et le néant.(Descartes)

Mais qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. (René Descartes)

 

Corneille Pierre (1606-1684)

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes (...) (Corneille, le Cid, I, 3).

Je suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure (...) (Corneille, Cinna, III, 4).

 

Pascal Blaise.(1623-1662)

Qui sait même ce que c'est qu'être, qu'il est impossible de définir, puisqu'il n'y a rien de plus général, et qu'il faudrait d'abord pour l'expliquer, se servir de ce mot-là même, en disant : C'est, etc.? (Entretien avec M. de Sacy).

La grandeur de l'Homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C'est donc être misérable que de se connaître misérable; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui ; l'univers n'en sait rien.

L'être éternel est toujours, s'il est une fois. (Pensées, VIII, 559).

L'homme n'agit point par la raison, qui fait son être (Pensées, VII, 439.

C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne peut le concevoir. (Pascal, Pensées, VI, 339, addit. de Port-Royal).

 

Bossuet Jacques Benigne (1627-1704)

Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. (Bossuet, Traité de la connaissance de Dieu..., I, XVI).

Dieu est celui en qui le non-être n'a pas de lieu. (Bossuet Jacques Bénigne, Élévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne).

Qu'il y ait un seul moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera. (Bossuet Jacques Bénigne), Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même).

 

Fénelon (1651-1715)

O Dieu! ô le plus être de tous les êtres! (Existence, 345).

 

Fontenelle Bernard de (1657-1757)

Nous ne sommes pas assez parfaits pour être toujours affligés : notre nature est trop variable, et cette imperfection est une de ses plus grandes ressources. (Du Bonheur)

 

Buffon Georges Louis Leclerc, comte de (1707-1788)

Tout ce qui peut être est. (Histoire naturelle, Premier discours).

Être et penser sont pour nous la même chose. (Buffon, Histoire naturelle, De l'homme).

Dieu étant par sa nature au-dessus de tout, rien ne peut entrer en comparaison, ni ne doit être mis dans un degré d'égalité avec ce premier être, cet être suprême (...) (Bourdaloue, Pensées, I, p. 39).

 

Rousseau Jean Jacques (1712-1778)

Adorez l'être éternel, mon digne et sage ami (...) Rien n'existe que par celui qui est (...) (, Julie ou la Nouvelle Héloïse, Lettre XVIII).

 

Kant Emmanuel (1724-1804)

Que puis-je savoir?

Que dois-je faire?

Que m’est-il permis d’espérer?

 

Vigny Alfred. (1797-1863)

A voir ce que l'on fut sur terre
Et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand;
tout le reste est faiblesse. (in La Mort du loup)

 

Leopardi Giacomo (1798-1837)

L'on peut prendre pour vérité générale que, sauf à de brefs moments, l'homme, en son for intérieur et à l'insu de tous, ne laisse jamais de nourrir, contre l'évidence, des illusions nécessaires à la tranquillité de son âme et sans lesquelles il ne pourrait vivre.  (Pensées, p.50, Éd. Allia, 1994)

 

Büchner Georg (1813-1837)

Chaque homme est un abîme, on a le vertige quand on se penche dessus (Büchner Georg, Woycek)

 

Flaubert Gustave. (1821-1880)

 «...On croit un peu trop généralement que le soleil n'a d'autre but ici-bas que de faire pousser les choux. Il faut replacer de temps à autres le bon Dieu sur son piédestal. Aussi se charge-t-il de nous le rappeler, en nous envoyant par-ci par-là quelques pestes, choléra, bouleversement inattendu, et d'autres manifestations de la Règle. - A savoir le Mal-contingent qui n'est peut-être pas le Bien-nécessaire, mais qui est l'Etre, enfin, chose que les hommes voués au néant comprennent fort peu. » (G. Flaubert. A Louise Colet. 12 juillet 1853.)

 

Amiel Henri Frédéric (1821-1881)

Sentir ce qu'on est, est une chose aussi précieuse que sentir ce qu'on n'est pas (Grains de mil, 1854)

Sois ce que tu dois être, le reste regarde Dieu (Fragments d'un journal intime, 1821-1881)

Il faut, pour bien avoir les deux pieds sur terre, se rappeler qu'on est ce qu'on est. (Fragments d'un journal intime,1821-1881).

Quand on est tout, on n'est plus rien (Journal intime, le 24 mars 1851).

Dis-moi de quoi tu te piques et je te dirai ce que tu n'es pas. (Journal intime, 8 septembre 1866).

Je ne sais ni espérer ni me décider ; je voudrais être dispensé d'être (Journal intime, le 3 juillet 1874)

Dis-moi ce que tu crois être, et je te dirai ce que tu n'es pas. (Journal intime)

Ce que l'homme redoute le plus, c'est ce qui lui convient. (Amiel, Journal intime)

 

Renan Ernest (1823-1892)

(L'homme) n'appartient qu'à lui-même, car c'est un être libre, c'est-à-dire un être moral (Renan in Julien Benda, la Trahison des clercs, p. 143).

 

Villiers de L'isle-Adam Auguste (1838-1889).

Je veux lui démontrer, au dessert, que le Grand-œuvre (sic) est de faire son chemin dans le monde et d'y prendre, de gré ou de force, la place en laquelle on désire s'asseoir. (Axël, II, I, V.)

 

Nietzsche Frédéric (1844-1900)

… s'aimer et s'honorer soi-même dans sa propre sagesse - et même dans son absurdité; être un peu bouffon, un peu Dieu. (La volonté de puissance)

e sois pas toi-même, soit celui que tu dois devenir (Nietzsche)

 

France Anatole (1844-1924)

C'est dans l'absolue ignorance de notre raison d'être qu'est la racine de notre tristesse et de nos dégoûts. (France, le Jardin d'Épicure, p. 51.)

 

Bloy Léon (1846-1917)

On ne peut être et avoir été. Mais si ! On peut avoir été un imbécile et l'être toujours. (Bloy Léon)

Nous crevons de la nostalgie de l'Être. (Bloy Léon, Belluaires et Porchers, Stock).

 

Stevenson Robert Louis (1850-1894)

Être ce que nous sommes et devenir ce que nous sommes capables de devenir, tel est le seul but de la vie. (Stevenson Robert Louis, Études familières sur les hommes et les livres.)

 

Rolland Romain (1866-1944)

Il aimait jeter de la poudre aux yeux, et confondait volontiers «être» avec «paraître». (R. Rolland Jean-Christophe, VI, p. 47).

 

Gide André.(1869-1951)

Nous ne valons que par ce qui nous distingue des autres ; l'idiosyncrasie est notre maladie de valeur. (Paludes, « Le Banquet », Romans, p. 120).

Ne pas se soucier de paraître. être, seul est important. (Journal, fin nov. 1890).

Il (Rousseau) tâchait d'être ce qu'il voulait paraître. (Dostoïevsky, p. 80).

Tout aime d'être et tout être se réjouit (les Nouvelles Nourritures, I, I).

Rien ne sert de récriminer, ni de regretter même. Ce qui n'est pas, c'est ce qui ne pouvait pas être. (Gide, Et nunc manet in te, Journal intime, p. 115).

 

Valéry Paul.(1871-1945)

O semblable... et pourtant plus parfait que moi-même. (Narcisse)

Qui es-tu ? Je suis ce que je puis. (Mélange, p. 195).

Quelle âme hésiterait à bouleverser l'univers pour être un peu plus elle-même? (Eupalinos, p. 115).

Cependant, dans tous les cas possibles, être, vous l'avouerez demeure étrange. être d'une certaine façon, c'est encore plus étrange. Cela est même gênant. Et j'ajoutai, répétant ce que pensent tous les gens un peu simples : - Enfin, qu'est-ce que je fais ici? (Valéry, Monsieur Teste, p. 108).

 

Péguy Charles (1873-1914)

Rien n'est mystérieux comme ces sourdes préparations qui attendent l'homme au seuil de toute vie. Tout est joué avant que nous ayons douze ans. (Péguy, Cahiers de la Quinzaine)

 

Einstein Albert (1879-1955)

Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide.

 

Musil Robert (1880-1942)

La plupart des hommes sont comme ça, aujourd'hui. Beaucoup feignent une joie de vivre urgente (Musil, L'homme sans qualités)

 

Supervielle Jules (1884-1960)

L’homme ne peut aboutir qu’à des à peu près. (Supervielle Jules)

 

Mauriac François (1885-1970)

Nous ne sommes pas : nous nous créons. (F. Mauriac, le Jeune Homme, p. 82)

 

Bosco Henri (1888-1976)

Ce qu'on doit être, on l'est. On l'est avant le fruit, avant la fleur, avant même la graine close. (Bosco Henri, Un oubli moins profond, Gallimard).

 

Morand Paul (1888-1976).

L'envers d'un être, c'est cet être encore. (Morand Paul, Isabeau de Bavière, Gallimard).

 

Jouhandeau Marcel (1888-1979).

Aimer et haïr, ce n'est qu'éprouver avec passion l'être d'un être. (Jouhandeau Marcel, Algèbre des valeurs morales, Gallimard).

 

Du Bos Charles (1888-1979)

Il s'agit à tout moment de sacrifier ce que nous sommes à ce que nous pouvons devenir. (Du Bos Charles, Approximations, Le Rouge et le Noir).

 

Drieu La Rochelle Pierre (1893-1945)

Nous saurons qui nous sommes quand nous verrons ce que nous avons fait. (Drieu la Rochelle Pierre, Le Chef, Gallimard).

 

Céline Louis Ferdinand (1894-1961)

Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut pas la peine. (Voyage au bout de la nuit, p. 8, Folio n° 28)

Les êtres vont d'une comédie vers une autre. Entre-temps la pièce n'est pas montée, ils n'en discernent pas encore les contours, leur rôle propice, alors ils restent là, les bras ballants, devant l'événement, les instincts repliés comme un parapluie, branlochants d'incohérence, réduits à eux-mêmes, c'est-à-dire à rien. Vaches sans train. (Voyage au bout de la nuit, p. 260)

 

Artaud Antonin (1896-1948)

Là où ça sent la merde, ça sent l'être. (Artaud Antonin, Pour en finir avec le jugement de Dieu)

 

Borges Jorge Luis (1899-1986)

"Dis-moi de quoi fut fait Adam le premier homme.

- Je te le dis, c'est avec huit livres.

- Dis-moi de quoi.

- Je te le dis, la première était une livre de poussière et, avec elle, on fit sa chair. La deuxième était une livre de feu, et c'est pourquoi le sang est rouge et chaud. Le troisième était une livre de vent, et ainsi le souffle lui fut donné. La quatrième était une livre de nuages, et avec elle on fit la faiblesse de l'esprit. La cinquième était une livre de grâce, et ainsi l'esprit et la pensée lui furent donnés. La sixième était une livre de fleurs, et c'est pourquoi il y a des yeux de tant de couleurs. La septième était une livre de rosée, et ainsi lui fut donnée la sueur. La huitième était une livre de sel, aussi ses larmes sont-elles salées." (Essai sur les littératures médiévales germaniques. Dialogue entre Salomon et Saturne cité par Borgès)

 

Saint-Exupery Antoine de (1900-1944)

Pourquoi prendrai-je le parti de ce qui est contre ce qui sera ?

Etre homme, c'est précisément être responsable. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne semble pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que les camarades ont remportée. C'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde. (Saint-Exupery)

 

Daniel-Rops (1901-1965)

A la conception antique qui opposait l'être et le devenir, le christianisme a substitué celle qui les unit. Nous sommes et nous devenons. Nous sommes parce que nous devenons. (, Ce qui meurt..., p. 243).

 

Queneau Raymond (1903-1976)

Certes, aucune de ces choses n'avait en elle-même sa raison d'être et toutes, plongées dans le devenir, étaient destinées à périr. Qu'était-ce que leur réalité. Ne dépendait-elle d'autre chose que d'elles-mêmes? Où donc était leur réalité? Qu'est-ce qui faisait leur réalité? Était-ce l'être, était-ce l'Un? Si l'être constituait la réalité des choses, pourquoi donc ces choses n'étaient-elles pas, car ce n'est pas être que d'être voué au ne-plus-être? Si c'était l'Un, pourquoi donc étaient-elles plusieurs? Pourquoi donc y avait-il des choses, pourquoi donc devaient-elles périr? (R. Queneau, les Derniers Jours, p. 116).

Mais voilà ce que je suis! et malgré tout, je peux m'acharner à poser cette sempiternelle question. Elle m'angoisse; est-ce bête, hein? Ce n'est pas tout. Cette question, en elle-même, a-t-elle un sens? est-ce que le mot être a un sens? (R. Queneau, le Chiendent, p. 220).

 

Sartre Jean-Paul. (1905-1980)

(...) le dualisme de l'être et du paraître ne saurait plus trouver droit de cité en philosophie. L'apparence renvoie à la série totale des apparences et non à un réel caché qui aurait drainé pour lui tout l'être de l'existant (...) L'être d'un existant, c'est précisément ce qu'il paraît. (l'être et le Néant, p. 11 et 12).

Seules les choses sont : elles n'ont que des dehors. Les consciences ne sont pas : elles se font. (Situations I, p. 48).

Un homme est toujours au-delà de ce qu'il fait. (Situations, III, Gallimard).

Je sais enfin que je suis. Je transforme à mon usage et pour ta plus grande indignation, le mot imbécile et criminel de votre prophète, ce «je pense donc je suis» qui m'a tant fait souffrir - car plus je pensais, moins il me semblait être - et je dis : on me voit, donc je suis. (Sartre, le Sursis, p. 320).

 

Canetti Elias (1905-1994)

Chaque fois que l'on observe un animal, on a l'impression qu'il y a là un être humain en train de se foutre de nous.

 

Ionesco Eugène (1909-1994)

Tout se laissait maintenant pénétrer par une lumière éclatante et prenant conscience, avec une joie illimitée, que tout est je ne pouvais plus penser à autre chose qu'à cela, que tout est, que toutes les choses sont (...) (Ionesco, Journal en miettes, p. 68).

Qu'est-ce que c'est qu'être ici, qu'est-ce que c'est être et pourquoi l'être toujours et toujours : pourquoi cet être? Soudain, la faible lueur d'un espoir insensé : on nous a fait don de la vie, «on» ne peut pas la reprendre. Je ne sais pas trop bien ce que cela veut dire. Je ne le sais pas du tout. (Ionesco, Journal en miettes, p. 112).

 

Anouilh Jean (1910-1987)

Toute notre vie avec notre belle morale et notre chère liberté, cela consiste en fin de compte à nous accepter tels que nous sommes... (Anouilh Jean, Le voyageur sans bagages, p.85, Livre de Poche n° 678)

 

Camus Albert (1913-1960)

La grandeur de l'homme est dans sa décision d'être plus fort que sa condition.

(...) je consens à être ce que je suis, j'ai appris la modestie. (La Peste, p. 274).

Je me révolte, donc je suis. (Camus Albert, L'Été, Gallimard).

Nous n'avons pas le temps d'être nous-mêmes, nous n'avons que le temps d'être heureux (Carnets I, mai 1935 - février 1942).

 

Cioran Émile, 1911-1995

Le fait que j'existe prouve que le monde n'a pas de sens.

Puisque le renoncement et la solitude ne peuvent me valoir l'éternité, puisque je suis destiné à mourir comme tous les autres, pourquoi mépriserais-je qui que ce soit, pourquoi brandirais-je ma propre voie comme la seule véritable?

Il me suffit d'entendre quelqu'un parler sincèrement d'idéal, d'avenir, de philosophie, de l'entendre dire "nous" avec une inflexion d'assurance, d'invoquer les "autres", et s'en estimer l'interprète,- pour que je le considère mon ennemi.

Comme il est malaisé d'approuver les raisons qu'invoquent les êtres, toutes les fois qu'on se sépare de chacun d'eux, la question qui vient à l'esprit est invariablement la même: comment se fait-il qu'il ne se tue pas?

Tous les êtres sont malheureux; mais combien le savent?

Nous ne sommes nous-mêmes que par la somme de nos échecs.

Nous méprisons à juste titre ceux qui n'ont pas mis à profit leurs défauts, qui n'ont pas exploité leurs carences, et ne se sont pas enrichis de leurs pertes, comme nous méprisons tout homme qui ne souffre pas d'être homme ou simplement d'être. Ainsi l'on ne saurait infliger offense plus grave que d'appeler quelqu'un "heureux", ni le flatter davantage qu'en lui attribuant un "fond de tristesse"... C'est que la gaieté n'est liée à aucun acte important et, qu'en dehors des fous, personne ne rit quand il est seul.

L'idée du néant n'est pas le propre de l'humanité laborieuse: ceux qui besognent n'ont ni le temps ni l'envie de peser leur poussière; ils se résignent aux duretés ou aux niaiseries du sort; ils espèrent: l'espoir est une vertu d'esclaves.

Et avec quelle quantité d'illusions ai-je dû naître pour pouvoir en perdre une chaque jour!

Jamais à l'aise dans l'immédiat, ne me séduit que ce qui me précède, que ce qui m'éloigne d'ici, les instants sans nombre où je ne fus pas: le non-né. (De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1272)

Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde. (De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1273)

Ne jamais s'évader du possible, se prélasser en éternel velléitaire, oublier de naître. (De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1276)

 

Nimier Roger (1925-1962)

Un homme sans projets est l'ennemi du genre humain. (Nimier Roger)

Bernhard Thomas (1931-1989)

[...] quand il s'agit de se tirer d'une situation critique, nous nous montrons tous aussi menteur que ceux à qui nous reprochons constamment de n'être que des menteurs, tous ces gens que nous traînons dans la boue et que nous méprisons pour cette raison voilà la vérité ; nous ne valons absolument pas mieux que ces gens que nous trouvons constamment insupportables et ignobles, absolument pas mieux que toutes ces personnes abjectes auxquelles nous ne voulons avoir affaire que le moins possible, alors que nous devons admettre, pour être franc, que nous avons constamment affaire à elles et que nous sommes exactement pareil. (Bernhard, Thomas, Des arbres à abattre, p. 228, Folio n° 3028)

 

Ainsi, chacun, peu importe ce qu'il est, peu importe absolument ce qu'il fait, est sans cesse renvoyé à lui-même, il est un cauchemar seulement alimenté par lui-même. (Bernhard, Thomas, La cave, p. 201, Gallimard / Biblos 1990)

 

Chacun de nous passe de longues périodes au cours desquelles il n'existe absolument pas mais se borne à feindre d'exister. (Bernhard, Thomas, Perturbation, p. 161, L'Imaginaire - Gallimard)

 

 

 

 

 

Personne n'est aussi vide que celui qui n'est rempli que de lui-même. (B. Whichcate).