Glossaire > Critique

Esope (VIIe – VIe av. J. C.)

Il n’y a rien de si parfait qui ne donne prise à la critique.

 

Plaute (-254 - -184)

On préfère un compliment menteur à une critique sincère. (Mostellaria)

 

Epictète (55-135)

Celui qui progresse ne blâme personne, ne loue personne, ne critique personne, n'incrimine personne. Il ne dit rien, ni de son importance, ni de son savoir.

 

 

 

Boileau Nicolas (1636-1711)

La critique est facile, mais l’art est difficile.

 

de La Bruyère Jean (1645-1696)

Le plaisir de la critique nous ôte celui d’être vivement touchés de très belles choses (Caractères)

La critique souvent n'est pas une science ; c'est un métier, où il faut plus de santé que d'esprit, plus de travail que de capacité, plus d'habitude que de génie. Si elle vient d'un homme qui ait moins de discernement que de lecture, et qu'elle s'exerce sur de certains chapitres, elle corrompt et les lecteurs et l'écrivain (Caractères).

 

Voltaire (1694-1778)

Rien n'est plus aisé à faire qu'un mauvais livre, si ce n'est une mauvaise critique.

Il y a bien des espèces d’ignorance ; la pire de toutes est celle des critiques.

 

Collé Charles (1709-1783)

Je pense qu'une critique sévère et éclairée est utile et nécessaire aux lettres (Journal et mémoires)

 

Rousseau Jean-Jacques (1712-1778)

La critique est une chose bien commode : on attaque avec un mot, il faut des pages pour se défendre.

La critique elle-même, dont on fait tant de bruit, n’est qu’un art de conjecture, l’art de choisir entre plusieurs mensonges.

 

Diderot Denis (1713-1784)

Voulez-vous être critique ? Commencez par être homme de bien (Discours sur la poésie dramatique, 1758).

Les voyageurs parlent d’une espèce d’hommes sauvages qui soufflent aux passants des aiguilles empoisonnées. C'est l'image de nos critiques (Discours sur la poésie dramatique, 1758)

Le rôle d'un auteur est assez vain ; c'est celui d'un homme qui se croit en état de donner des leçons au public. Et le rôle du critique ? Il est bien plus vain encore ; c'est celui d'un homme qui se croit en état de donner des leçons à celui qui se croit en état d'en donner au public (Discours sur la poésie dramatique, 1758)

 

Vauvenargues (1715-1747).

Il est aisé de critiquer un auteur, mais il est difficile de l’apprécier.

 

d’Alembert (1717-1783).

Si la critique est juste et pleine d’égards, vous lui devez des remerciements et de la déférence ; si elle est juste sans égards, de la déférence sans remerciements ; si elle est outrageant et injuste, le silence et l’oubli.

 

Fréron Elie (1718-1776)

Pour avoir une juste idée de l'excellence et de l'utilité de la critique, il se suffit de se rappeler que c'est elle qui a fixé les principes des arts, qui dans tous les temps, a dirigé les artistes et contribué à maintenir le goût. (Discours préliminaire sur la critique. 1778)

 

François-Gaston de Levis (Duc) (1720-1787)

La critique est un impôt que l’envie perçoit sur le mérite (Maximes et réflexions).

 

Joubert Joseph (1754-1824)

Tout critique de profession, homme médiocre par nature.

La critique est un exercice méthodique du discernement. (Pensées,1780-1824)

 

de Staël Germaine Mme (1766-1817)

La critique littéraire est bien souvent un traité de morale (Discours préliminaire du livre intitulé De la Littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales).

 

Ingres Jean-Auguste-Dominique (1780-1867)

Pour être un bon critique du grand art et du grand style, il faut être doué du même goût épuré qui a guidé l'artiste et présidé à la confection de son œuvre. (Ecrits et propos sur l'art, édition 2006).

 

Schopenhauer Arthur (1788-1860)

Qui critique les autres travaille à son propre amendement (Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

 

de Lamartine Alphonse (1790-1869)

La critique est la puissance des impuissants

 

Hugo Victor (1802-1885)

On est stupéfait de la quantité de critique que peut contenir un imbécile (Faits et croyances)

L'art, merveilleuse contrée dont le critique hait la géographie, dont le poète dessine le paysage ! (Choses vues)

Les négateurs ne sont pas des critiques. Une haine n'est pas une intelligence. Injurier n'est pas discuter (Oeuvres complètes)

 

Sainte-Beuve Charles-Augustin (1804-1869)

Renouveler les choses connues, vulgariser les choses neuves : un bon programme pour un critique (Pensées et maximes)

 

Sand Georges (1804-1876)

La critique est plus facile que la pratique.

 

Schumann Robert (1810-1856)

La meilleure critique est celle qui semble faire apparaître l'original.

 

de Musset Alfred (1810-1857)

Je ne fais pas grand cas, pour moi, de la critique. Toute mouche qu'elle est, c'est rare qu'elle pique.

La critique juste donne de l'élan et de l'ardeur. La critique injuste n'est jamais à craindre (Lettre à M. Desherbiers, Jan., 1830)

 

Gautier Théophile (1811-1872).

Le critique qui n’a rien produit est un lâche. C’est comme un abbé qui courtise la femme d’un laïque : celui-ci ne peut lui rendre la pareille (Mademoiselle de Maupin)

 

Lowell James Russell (1819-1891)

Un sage scepticisme est le premier attribut d'un bon critique (Among My Books, Shakespeare, once more)

 

Flaubert Gustave (1821-1880)

L’irrévérence est parallèle à l’esprit de critique, la ruse à la circonspection (Bouvard et Pécuchet)

Vous ne trouverez pas dans tous les musées du monde un bon tableau qui ait besoin d’un commentaire. Regardez les livrets d’exposition. Plus il y a de lignes, plus la peinture est mauvaise. 

L'excès de critique engendre l'inintelligence (Louis Bouilhet - 23 Mai 1855)

La méthode est tout ce qu'il y a de plus haut dans la critique, puisqu'elle donne le moyen de créer (Lettre à George Sand, 28 janvier 1872).

C'est perdre son temps que de lire des critiques. Je me fais fort de soutenir dans une thèse qu'il n'y en a pas eu une de bonne depuis qu'on en fait, que ça ne sert à rien qu'à embêter les auteurs et à abrutir le public, et enfin qu'on fait de la critique quand on ne peut pas faire de l'art, de même qu'on se met mouchard quand on ne peut pas être soldat (Correspondance- À Louise Colet, 14 octobre 1846)

Le bourgeois se rassure à la vue d'un gendarme, et l'homme d'esprit se délecte à celle d'un critique. Les chevaux hongres sont applaudis par les mulets (Lettre à Louise Colet le 9 décembre 1852).

Il faut pourtant que la critique se mêle toujours à l'éloge, le serpent aux fleurs, l'épine aux roses et la vérole au cul. (Lettre à Louise Colet)

On peut calculer la valeur d'un homme d'après le nombre de ses ennemis et l'importance d'une œuvre d'après le mal que l'on en dit. Les critiques sont comme les puces, qui vont toujours sauter sur le linge blanc et adorent la dentelle. (Lettre à Louise Colet) 

 

Boudin Eugène (1824-1898).

On n’arrive jamais isolément, on n’invente pas un art tout seul, dans un coin de province, sans critique, sans moyen de comparaison.

 

France Anatole (1844-1924)

Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’œuvre.

 

Baüer Henri, fils naturel d’Alexandre Dumas (1851-1915).

Sans avoir peur d’être en retard, sans essayer d’être en avance, sans vouloir à tout prix être de son temps, le critique doit avoir le courage de ses réactions.

 

Wilde Oscar (1854-1900)

Le public est extraordinairement tolérant. Il pardonne tout, sauf le génie. (Le critique en tant qu’artiste)

Il n'y a pas de péché sinon la stupidité. (idem).

On dit que tous les critiques sont à vendre. A voir la façon dont ils s'habillent, ils ne doivent pas coûter très cher ! (Les ailes du paradoxe)

La différence entre littérature et journalisme, c'est que le journalisme est illisible et que la littérature n'est pas lue. (idem)”

Un peu de sincérité est chose dangereuse ; beaucoup de sincérité est absolument fatal. (idem)

Le critique est celui qui peut transposer d'une autre manière ou traduire en éléments nouveaux, son impression de la beauté.

 

Freud Sigmund (1856-1939)

La critique ne peut pas me toucher, puisque seule l'opinion que j'ai de moi compte.

 

de Gourmont Régis (1858-1915)

Soyez humains : si vous avez un fils qui ne sait pas distinguer les couleurs, faites-en plutôt un critique d’art qu’un mécanicien de chemin de fer.

 

Renard Jules (1864-1910).

La critique est aisée et le critique dans l’aisance. (Journal)

C'est quelquefois la critique d'un critique que nous n'aimons pas qui nous fait aimer le livre critiqué (Journal, 1887-1892)

Le droit d'un critique est de renier ses articles l'un après l'autre, et son devoir est de n'avoir aucune espèce de conviction. (Journal 1887-1892)

Écrivez vingt livres. Un critique vous jugera en vingt lignes, et vous ne serez pas le plus fort (Journal 1893 – 1898)

Toute notre critique, c'est de reprocher à autrui de n'avoir que les qualités que nous croyons avoir (Journal 1893 – 1898).

La critique ne doit pas s'écrire : on la parle. A quoi bon écrire ce qui est fait ? Seule, l’œuvre d'art se fait plume en main (Journal 1893 – 1898).

Le critique de livres ne lit plus que sa critique, que lui rédige son secrétaire (Journal 1893 – 1898)

 

Satie Erik (1866-1925)

La poutre qui est dans l’œil de chaque critique lui sert de longue-vue pour apercevoir la faille qui est dans l’œuvre de chaque auteur.

 

Bernard Tristan (1866-1947)

Tout le monde peut s’intituler critique, et d’autant plus facilement que l’on n’y connaît rien (Les joies du sport)

Ce qu'il y a de plus difficile dans le métier de critique dramatique, c'est d'apprendre à se réveiller avant l'entracte.

 

Gide André (1869-1961)

Ne prête à la louange qu'une oreille ; ouvre les yeux à la critique (Conseils au jeune écrivain).

 

Proust Marcel (1871-1922)

Le désœuvrement et la stérilité sont à une activité sociale véritable ce qu'est en art la critique à la création (Le côté de Guermantes)

 

Valéry Paul (1871-1945)

Toute critique, tout blâme revient à dire : je ne suis pas toi. (Rhums)

Il y a des critiques qui ne demeurent critique que le temps de n'avoir pas réfléchi (Œuvres, édition 1957)

 

Schoenberg Arnold (1874-1951)

Si le critique était un compositeur inspiré, il ne dirait pas comment l'œuvre aurait dû être faite, il l'écrirait lui-même

 

Maugham Somerset (1874-1965)

Les gens vous demandent une critique alors qu'ils ne cherchent que des compliments.

 

Churchill Winston (1874-1965)

Il vaut mieux faire l’information que la recevoir ; il vaut mieux être acteur que critique.

La critique peut être désagréable, mais elle est nécessaire. Elle est comme la douleur pour le corps humain : elle attire l’attention sur ce qui ne va pas.

 

Rilke Rainer-Maria (1875-1926)

Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles.

 

Mann Thomas (1875-1955)

La méchanceté est l'esprit de la critique, et la critique est à l'origine du progrès et des lumières de la civilisation (La montagne magique)

 

Braque Georges (1882-1963)

Il ne faut pas demander à l'artiste plus qu'il ne peut donner, ni au critique plus qu'il ne peut voir (Le Jour et le Nuit)

 

Guitry Sacha (1885-1957)

La critique : elle s'enrichit à nos dépens et se nourrit de petits fours.

 

Pound Ezra (1885-1972)

Vous pouvez voir le mauvais critique à ce qu’il commence par parler du poète et non du poème (L’ABC de la lecture)

 

Duchamp Marcel (1887-1968)

Plus la critique est hostile, plus l'artiste devrait être encouragé.

 

Reverdy Pierre (1889-1960)

Esprit moqueur, petit esprit. La moquerie est la fiente de l'esprit critique (En vrac)

 

de Montherlant Henri (1896-1972)

Le critique insulte l'auteur : on appelle cela de la critique. L'auteur insulte le critique : on appelle cela de l'insulte.

 

Aragon Louis (1897-1982)

La critique, c'est le bagne à perpétuité (Traité du style).

Je demande à ce que mes livres soient critiqués avec la dernière rigueur, par des gens qui s'y connaissent, et qui sachant la grammaire et la logique, chercheront sous le pas de mes virgules les poux de ma pensée dans la tête de mon style (Traité du style) 

La critique devrait, en matière de littérature, être une sorte de pédagogie de l'enthousiasme.

 

Borgès Jorge Luis (1899-1986)

Blâmer et faire l'éloge sont des opérations sentimentales qui n'ont rien à voir avec la critique (Fictions)

 

Jeanson Henri (1900-1970)

Peut-être suis-je myope et un peu sourd, comme tout critique qui se respecte.

Parole de critique : une première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise.

Tu ferais un excellent critique. Tu parles fort bien de ce que tu connais mal...

 

Prévert Jacques (1900-1977).

Chaque année, à chaque kilomètre, des vieillards au front borné indiquent aux jeunes la route d’un geste de ciment armé.

 

Aymé Marcel (1902-1967)

Le critique se montre beaucoup moins soucieux d'éclairer l'opinion que de paraître intelligent.

 

Sartre Jean-Paul (1905-1980)
La fonction du critique est de critiquer, c’est-à-dire de s’engager pour ou contre et de se situer en situant.

 

Scutenaire Louis (1905-1987)

Le critique est presque toujours celui qui ne sait pas distinguer le con d’une fraîche jeune fille du trou du cul d’un vieux monsieur.

 

Ionesco Eugène (1909-1994)

Plutôt que le maître d'école, le critique doit être l'élève de l'œuvre (Notes et contre-notes)

 

Cioran Emile (1911-1995)

Les sources d'un écrivain, ce sont ses hontes ; celui qui n'en découvre pas en soi, ou s'y dérobe, est voué au plagiat ou à la critique (Les syllogismes de l’amertume).

Les critiques sont les maquereaux de la littérature (Cahiers 1957-72).

 

Ionesco Eugène (1912-1994)

Une critique, une exégèse sont bonnes dans la mesure où l’exégète aborde l’œuvre d’un œil neuf, sincère, objectif, dans la mesure où, sans pour autant abandonner ses critères, il est prêt à les remettre, chaque fois, en question.

 

Paz Octavio (1914-1998)

Nous avons perverti la critique. Nous l'avons mise au service de la haine de nous-mêmes et de notre monde.

 

Giroud Françoise (1916-2003)

Ce que l’on espère d’un texte d’accompagnement en matière d’art, c’est qu’il enseigne à regarder.

 

Soulages Pierre (1919- )

Le spectateur s'arrête, la critique s'arrête : la poésie commence. Autrement dit, les mots s'arrêtent là où l'incommunicable est communiqué.

 

Vian Boris (1920-1959)

La critique, art aisé, se doit d’être constructive (Chronique du menteur).

 

Devos Raymond (1922-2006)

Je connais un critique qui est en même temps auteur... ce qui le met en tant qu’auteur dans une situation critique ! (L’auteur critique ou un cas de dédoublement)

 

Perros Georges (1923-1978)

Dès qu'un critique est intéressant, il le devient beaucoup plus que l'auteur qu'il étudie. L'homme qui lit n'est pas moindre que l'homme qui écrit. Enfin, nous sommes tous des critiques (Lectures)

Tournier Michel (1924-2016)

Car la vraie critique doit être créatrice et « voir » dans l'œuvre des richesses qui y sont indiscutablement, mais que l'auteur n'y avait pas mises. Proposition paradoxale si l'on s'en tient à l'idée habituelle d'un auteur « créant » l'œuvre, c'est-à-dire la sortant de lui-même, comme une poupée gigogne en expulse une autre plus petite qui était dans son ventre. Mais elle prend au contraire tout son sens si l'on accepte le principe souvent illustré dans cet essai d'une autogenèse de l'œuvre dont l'auteur ne serait lui-même que le sous-produit (Le vent paraclet)

 

Foucault Michel (1926-1984).

Je ne peux m’empêcher de penser à une critique qui ne chercherait pas à juger, mais à faire exister une œuvre, un livre, une phrase, une idée ; elle allumerait des feux, regarderait l’herbe pousser, écouterait le vent et saisirait l’écume au vol pour l’éparpiller. Elle multiplierait non les jugements, mais les signes d’existence ; elle les appellerait, les tirerait de leur sommeil. Elle les inventerait parfois ? Tant mieux, tant mieux. La critique par sentence m’endort ; j’aimerais une critique par scintillements imaginatifs. Elle ne serait pas souveraine ni vêtue de rouge. Elle porterait l’éclair des orages possibles.

 

Nourissier François (1927-2011)

La critique littéraire a ceci de commun avec la voile ou l'alpinisme qu'il n'est pas nécessaire d'administrer la preuve de sa compétence pour s'y exercer. Il est vrai qu'on y risque guère sa peau. A peine celle des autres (Le Cycliste du Lundi)

 

Chabrol Claude (1930-2010)

Les bons critiques sont ceux qui disent du bien de mes films. Les mauvais sont les autres (Rencontre à la Cinémathèque suisse 4 décembre 2007)

 

Polac Michel (1930-2012)

Jouer les critiques, quelle barbe ! Quand j'aime, j'aime, et au diable les raisons, bonnes ou mauvaises (Mettez un livre dans mon cercueil).

 

Lelouch Claude (1937- ).

La critique a droit à toutes les opinions à condition d'en avoir (Itinéraire d’un enfant gâté)

 

Coluche (1944-1986)

La critique est un parasite de la société qui n'a aucune influence ! Les critiques sont de vieux imbéciles, incapables de faire un autre métier alors que la majorité des artistes sur le retour pourraient très bien devenir critiques ! (in France-Soir, 1977)

 

Rambaud Patrick (1946- )

La parodie est une forme de critique.

 

Ribes Jean-Michel (1946- )

Le critique assassine l'auteur quand il est vivant, une fois mort le plus souvent il le ressuscite.

 

Rushdie Salman (1947- )

Un critique peut se faire un nom en poignardant un auteur très connu (L'Express, 22 juillet 2015)

 

Grimaud Hélène (1969)

Belle profession que celle de critique qui consiste à trouver le pire dans le meilleur et le meilleur dans le pire, faute d’un goût personnel ou désintéressé. (Variations sauvages, Robert Laffont, 2003, p. 210)

 

 

 

 

Les citations qui suivent sont tirés de l’Enquête sur la critique à Montréal par René Debanterlé, 1986.

L'information est l'apanage des démocraties.

Entre gnose et glose, la critique serait la conscience du présent. Tout son effort tendrait au passage; celui de la profondeur de l'acte et de l'objet à la puissance du discours.

Ce dernier est jugement en sa relativité, tel une science dépourvue de tout principe d'identité.

Lieu du péché en religion, l'intentionnalité y donne la pierre d'achoppement.

La fatigue lui vient à travailler l'art, terre des cohabitations pour la culture.

La critique est un champ médian et bâtard, touchant possiblement à toutes les facettes de la création artistique. Elle est aussi un lieu de mépris, tant de la part de l'artiste (qui en reproche la prétention) que de l'historien (qui en pointe la relativité).

Là, où en matière de journalisme, on parle de déontologie, se revendique la morale pour la critique.

La conviction est le ressort premier (et dernier) de la critique, au plus loin de son jugement, de son humanité.

Essentielle, la conviction est reconnue et acceptée par tous, si elle est éclairée. Sa sincérité, son engagement lui confèrent un fondement existentiel; elle se décèle dans le désir de faire voir ce qui touche.

Toute analyse, toute description même est une prise de position.

L'absence de prise de position négative gomme la dimension discriminative de la critique, son jugement.

Toute critique est pertinente si un éventail d'avis peut la tempérer. C'est le consensus qui est morbide.

Il importe de revenir sur ses émotions, sur ce qui les motive.

Au-delà de la justification de ses mobiles, la critique doit viser sa propre relativité, alors qu'elle est jugement ; sa déroute alors qu'elle est affirmation.

Pour paraphraser Lacan (qui désignait, lui, l'analyste) : «Est critique qui s'autorise à l'être».

La venue à la critique se prépare de très loin mais de façon involontaire.

L'itinéraire du critique repose fréquemment sur une série de conjonctures individuelles ou circonstancielles. Sa formation, le critique l'a acquise par la pratique : « Il faut beaucoup publier pour apprendre ».

Comme pour l'artiste, on peut estimer qu'il n'y a pas véritablement de préparation à une pratique originale de la critique. L'académie ne garantit pas les créateurs. Si l'on accorde souvent que le critique doit être historien de l'art, l'on admet de même que l'école ne pourvoit guère aux compétences nécessaires à ce métier. Là d'ailleurs n'est pas son rôle (ni la jouissance de l'écriture, ni celle de l'art ne s'y peuvent dire vraiment).

Une autre formation réclamée, quelquefois, est celle donnée par la pratique d'un art: «Le critique doit être soit historien de l'art, soit praticien de l'art». Cette seconde aptitude ne va pas sans poser quelques problèmes, puisque le juge y est partie aussi.

Les artistes reprochent aux critiques de parler d'une réalité dont ils n'abordent que la surface et ne peuvent concevoir l'expérience. Les critiques leur opposent le risque de se fermer à l'envahissement d'images autres que celles suscitées par leurs propres œuvres s'ils peignaient.

Les quelques critiques praticiens rencontrés affirment que cette expérience a grandement transformer leur approche des œuvres, leur compréhension.

Quand on a une production à soi, on ne voit plus la critique du même œil.

La mémoire est jugée déterminante pour qu'advienne une bonne critique.

Généralement la progression passe du commentaire à l'article théorique, puis au catalogue...

Quelquefois, le critique étudiera l'histoire de l'art après son engagement comme pour documenter et fonder son discours.

Amené à parler un peu de tout, au gré de l'actualité, le critique ne peut recouvrir toutes les compétences ; s'il est intéressé, il trouvera néanmoins les données qui lui font défaut.

L'opinion du journaliste n'est pas fondée sur un travail critique approfondi. C'est une opinion subjective, mais là réside son intérêt et sa richesse.

On lui reconnaît généralement un champ propre : celui de ses affinités (L'infini créateur n'est pas sa matière).

Le critique est responsable et victime de ce qu'il énonce, lui-même est jugé. Pris dans une multiplicité d'égos, il se doit d'être transparent et solide. Translucide, pourrait-on dire.

Il doit être avisé, connaître l'art et porter un jugement immédiat. Accompagnant l'instant le critique doit peser le présent. C'est le temps qui dira s'il a raison.

Il conviendrait d'allier les genres : de toucher le grand public tout en possédant admirablement sa matière, d'avoir toute la crédibilité, la formation et l'exigence nécessaires et, en même temps, faire du journalisme, c'est-à-dire sortir de sa vision personnelle pour présenter une vue plus générale.

La sensibilité à l’œuvre, la capacité de voir l'intérêt au-delà de ses propres préoccupations, la générosité compréhensive, la perfection et l'adaptabilité du style, la captation de l'essence et du sens de l'objet, la curiosité intellectuelle, l'engagement, la tempérance... telles seraient les qualités premières des critiques.

Encore faut-il y ajouter l'invention conceptuelle (trop d'épigones pour trop peu d'auteurs au sens plein).

La critique serait, au fond, un humanisme en actes (en mots).

L'intelligence sensible n'est pas immédiate, tant s'en faut. Être attentif et développer des complicités en un commentaire limpide serait une forme d'idéal.

La culture donne une qualité au regard.

Tout critique est praticien de l'écriture. La maîtrise de la langue doit lui permettre d'affiner sa pensée et la régularité des publications lui donner corps ; le critique existe par ses textes.

L'écrit, indépendamment de son contenu, est constituant.

Le teste risque la conviction, la met en cause par son argumentation, l'éprouve.

Idéalement, le texte journalistique concilie reportage et critique, vulgarisation et théorie. Il est cet espace médiant entre la science de l'esthétique et l'information courante.

Le fonctionnement du pouvoir, la politique des institutions, des bourses... tout le fonctionnement où agit l'artiste, sont autant de notions que doit posséder le critique pour démonter la scène créative.

Il n'y a pas de mauvaises revues ou de mauvais journaux mais seulement des revues et des journaux qui ne parlent pas d'art.

Le critique d'art doit analyser sa position par rapport au reportage et à la grande presse, revoir sa dimension communicative.

Le problème (déontologique) de la grande presse est qu'une seule personne y tienne la tribune et doive édicter un jugement hâtif sur des réalités parfois hétérodoxes.

Parlant au jour le jour et du milieu au milieu, la critique journalistique est importante pour l'autoréférence citadine. Par ses vues d'ensemble comme aussi par l'exploitation des possibilités spectaculaires des évènements, elle encourage l'abord social de l'art