Description physique

19 x 13,4 cm ; 260 p. ; lettrines de Joris Minne.

Bibliographie texte

  • Texte de présentation

    • - n.s. in Anthologie, décembre 1929 n° 2, p. 3.

      Roger Avermaete qui lança après la guerre la revue "Lumière", un des premiers signaux de l'art nouveau et dont on a regretté sincèrement l'inexplicable fléchissement vient d'écrire une "Petite fresque des arts et des lettres dans la Belgique d'aujourd'hui".
      Cette petite fresque compte quelques 255 pages. Elle constitue certainement l'étude la plus importante de la vie artistique de notre pays. Est-elle sans défaut, sans lacune ? Elle se veut en tour cas franche, alerte, panoramique. Après une comparaison des caractères flamands et wallons, sorte d'atmosphère où doivent évoluer les artistes, l'auteur passe immédiatement à la nomenclature.
      Cette première partie, si elle enclôt quelques vérités, répète quelques lieux communs de psychologie racique sans grand intérêt. Une autre attitude était certes possible. Un peuple a une vie subconsciente autrement intense. Mais cet ouvrage vise plutôt à la vulgarisation et tel qu'il est convient bien. En peinture, Avermaete situe bien les différentes époques depuis l'impressionnisme.

      Plusieurs peintres wallons qui en valent bien d'autres ne sont pas signalés. Il y a évidemment manque de documentation. Mais encore une fois, les peintres wallons sont grandement responsables. Leur incurable esprit casanier, leur méconnaissance du reste du monde les laissent ignorés non seulement de leur peuple mais des mouvements européens où ils n'entrent jamais. Le même destin est fait à la sculpture dans ce livre qui pourtant est à l'écoute de l'art qui vient. Responsabilité encore partagée.
      Le chapitre "Architecture" est un des meilleurs. L'enseignement y est net. Avermaete parle évidemment de ceux qu'il connaît bien ce qui dans le chapitre "Arts graphiques" lui fait oublier les graveurs comme Darimont et Lempereur-Haut.
      Relevons cette appréciation pour donner le ton du volume : "Citons pour mémoire Rassenfosse. D'aucuns veulent découvrir en lui un maître. Ce n'est qu'un pâle disciple de Félicien Rops, qui fut son ami. Il n'a ni la grâce primesautière, ni l'esprit libertin de cet authentique artiste. Il est de cette école de gravure dans laquelle les questions de métier supplantent largement les recherches esthétiques".
      Un chapitre négligé : les traducteurs où C. de Horion aurait sa place en vue.
      Deux mises au point nécessaires : le groupe 7 Arts dont l'action fut si vivante et si lucide n'existe plus. Et c'est bien, n'est-ce-pas, la section de Vente de Tableaux, annexe du groupe Anthologie qui n'existe plus. Le groupe lui va fêter son 10e anniversaire et si, un jour, Avermaete débarque à Liège il verra qu'il ne manque pas de vie au Trianon, bld de la Sauvenière, le mercredi soir, où les rédacteurs de la revue se réunissent chaque semaine et où les écrivains et les artistes sont toujours les bienvenus.
      Le théâtre flamand constitue un chapitre intéressant. Le théâtre wallon, patoisant donc, ne montre aucune sorte d'intellectualité nouvelle et c'est bien regrettable. Quant aux "Compagnons de Saint Lambert" qui firent des tournées dans tout le pays, ils mériteraient certes une mention.
      Berf Avermaete sera honni, loué, félicité… Des mouvements divers accueilleront ce livre qu'un autre aurait pu écrire dans une incolore, informe neutralité.

  • Texte in extenso ou extrait

    • [Avant-propos]

      Une sagesse qui remonte aux Evangiles conseille de ne pas juger son semblable. N'est-il pas téméraire, dès lors, de prétendre à juger tout un pays ? Et que dire si ce jugement s'attaque non pas aux valeurs classées d'une époque révolue, mais s'il entend dégager du temps présent les valeurs viables, bref qui anticipe sur l'histoire et préjuge de l'action du temps ? Ne suffit-il pas de relire les sottises écrites sur les plus grands artistes par leurs contemporains les plus autorisés ? Que voilà de bonnes raisons pour ne pas écrire ce livre...
      Il en est quelques autres qui peuvent faire pencher pour une décision opposée. Non pas, comme on le croirait facilement, par ce goût de l’aventure qui a une saveur si moderne. Les risques à courir, pour être réels, ne sont pas immédiats, puisque seul le temps ratifiera ou informera nos précaires jugements d'aujourd'hui. Toutefois il est désagréable de passer pour un sot, fût-ce aux yeux d'une postérité assez lointaine. Et ceci encore serait plutôt un motif d'abstention, s'il n'y avait quelque vanité de croire que la curiosité de nos arrière-neveux irait jusqu'à souffler la poussière qui ouatera nos écrits.
      Un écrivain français, de notoriété considérable, n'aligne pas une phrase sans penser aux siècles à venir. Cela le pousse à un souci d’attitude qui le rend souvent insupportable et nous gâte parfois le plaisir de lire ses œuvres, de grande valeur. Quoiqu'on en dise, on écrit au premier chef pour ses contemporains. La prédiction de Stendhal : « Je ne serai compris que vers 1880 ! » n'est qu'une boutade de désabusé. Stendhal n'eût pas mieux demandé que d'être goûté des hommes de son temps et il n'a pas travaillé exprès pour la postérité.
      Quant à la critique, elle n'a d'autre fonction que de commenter sa propre époque. Les critiques sont tenus à ce point par l'actualité qu'ils n'ont plus guère le loisir de relever la tête pour se retourner et juger du chemin parcouru.

      ***

      La Belgique, occupée militairement de 1914 à 1918, a connu depuis lors un épanouissement vigoureux sous la poussée de tous les éléments nouveaux, trop longtemps réduits au silence. Ce mouvement a dépassé la signification d’une évolution. Révision souvent brutale des valeurs. Volonté de conquête. Esprit révolutionnaire. Des théories, des hommes et des œuvres.
      Aujourd’hui dix ans sont révolus. Les volcans sont éteints. Il est l'heure, sans doute, de rechercher si un ordre nouveau est sorti du chaos et, clans l’affirmative, d'en déterminer la nature. Il faut profiter de ce que les murs ne sont pas tout à fait séchés pour tenter la réalisation d'une fresque. Elle présentera des lacunes, des gaucheries. Il est difficile d'être impartial. L’homme qui ne nourrit aucune préférence secrète ne saurait s’intéresser aux arts. Mais à côté de nos goûts, il y a le travail régulateur de la raison. L’œuvre qui a toute notre sympathie de par ses tendances ne peut pas nous aveugler sur ses faiblesses ; de même qu'il serait odieux de nier la valeur d'un ouvrage parce que son esprit nous trouve hostile. Ne pas être partisan et faire, dans la mesure de ses moyens, le dédoublement de sa personnalité devant chaque œuvre afin de se rapprocher de celle de l’auteur, n'est-ce pas la meilleure manière de goûter les fruits de l'art ? Puis, la personnalité retrouvée, se raconter ses impressions de voyage au pays de cette nième dimension.
      Ce qui en reste, c'est le terreau d'où sortiront ces pages.