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    • René Debanterlé, Paul Franck Exposition Le Laboratoire du Portrait au CWAC in F.A.R., n°158-159, mai-juin 1986, p.82-83

      Le peintre, comme aussi graveur et dessinateur, surréaliste puis abstrait, expressionniste toujours, Franck affiche ici sa plus récente production, portant sur l'unique thème du visage. Plus que le détail, c'est l'ensemble qui impressionne de sa franchise et de sa poigne, de son emportement et de son effort. Si rien de fondateur, rien de plénier n'est dit ici, au moins retiendra-t-on la puissance du cri, l'ampleur de la tâche.
      Ne seraient les finesses tonales et quelques puissances formelles isolées, ces portraits pourraient être oeuvres académiques. Leur prolifération en fait pourtant des effigies humainement chargées, d'une force non sublimée, native, avec tout l'agacement adolescent que cette précipitation peut amener. Partagées entre esthétisme et naïveté, entre maladresse et profondeur, ces toiles émeuvent par leur candeur, irritent par leur complaisance.
      Bustes, têtes ou fragments agrandis sont généralement campés sans grande composition sur un fond indifférent. Comme écorchés, comme vieillis ou maladifs, caricaturés, ils prennent l'allure d'îles abstraites sur quoi vient à passer une psychologie. Plutôt que de justesse, c'est de mouvance organique qu'il conviendrait de parler ici. La figure humaine est, chez Franck, davantage un paysage de chimies naturelles, à l'étrange matérialité glauque et diluée, qu'une architecture de pensées et d'affects.
      C'est pourquoi, il ne pardonne aucune ride ni commissure, aucune lésion car c'est pour lui le lieu de son plaisir, une géographie de plages et de sentes où se déploient et son dessin contourné et sa couleur viscérale. L'ombre s'y découpe telle une eau visqueuse, les lumières aux jointures comme une sécrétion.
      (...)
      En cette abstractisation du regard porté à autrui s'élève la dimension souterraine de Franck. S'y manifestent aussi les facilités d'effets maniéristes, les faiblesses des tracés chantournés, les relents de «cuisine picturale». Ceci est manifeste dans les fragments prélevés des visages et amplifiés pour eux-mêmes, pour mieux oublier le sujet et plonger dans sa substance. Ces détails ne sont pas choisis pour la cohésion plastique mais bien pour les mouvements de leur texture colorée, des accidents de leur modelé.
      (...)
      Dans ses portraits, Franck parle sans doute plus de lui-même qu'il n'écoute vraiment, c'est qu'il aime les hommes et veut l'exprimer.