Description physique

* Catalogue (140 p. ; 17,8 x 13,5 cm ; photo. n. / bl de quelques artistes) : textes de Gustave Vanzype et de Paul Colin.

Bibliographie texte

  • Texte in extenso ou extrait

    • L’exposition des Maîtres de la Société Libre des Beaux-Arts, outre l’intérêt qu’elle offre en réunissant pour la première fois d’importantes séries d’œuvres sur lesquelles I attention des artistes et des amateurs d’art n’a plus été attirée depuis longtemps, permettra d’étudier avec quelque précision l’évolution de ces peintres dont le talent et l’influence ne furent pas inférieurs aux aspirations. La carrière de la plupart d’entre eux présente une alternance de recherches, d’hésitations et de certitudes qui mérite d’être observée et qui dévoile le secret de leur travail et de leur volonté. A certaines heures, des préceptes venus du dehors leur assignèrent comme but une franchise d’expression, une vérité directe dont leurs prédécesseurs s’étaient peu peu détournés; d’autres heures, les mystères de la technique, la façon personnelle de poser la touche et de composer la palette les entraînèrent dans des voies divergentes; mais même alors ils ne s’affranchissaient pas de leurs ferveurs collectives, et on discerne aisément le jeu des influences réciproques qui viennent entraver ou hâter le développement logique de leurs qualités.

      Une exposition comme celle que notre Société a tenté de mettre sur pied perdrait une grande partie de son intérêt si elle ne soulignait pas dans toutes ses phases l’évolution de chacun des maîtres qu’elle envisage. C’est pourquoi une place y a été réservée à certains tableaux dont la signification documentaire dépasse la valeur esthétique; mais comment pourrait-on dessiner la courbe d’une vie d’artiste si on oublie, par exemple, d’indiquer son point de départ ?

      C’est pourquoi, aussi, nous avons cherché à dresser, pour chaque maître, un catalogue chronologique indiquant les étapes de sa carrière et à l’intérieur de celles-ci la direction de chaque tendance, le développement des aspirations principales, et même les remous provoqués par des rencontres ou des coalitions. De telles préoccupations constituent une base sans laquelle il est impossible de juger équitablement un peintre ou de restituer, dans sa passionnante diversité, le vrai visage d’une époque. Ce souci de la chronologie, je l’ai avoué maintes fois et je m’excuse d’y revenir encore : mais je suis persuadé que, sans lui, l’étude de notre peinture resterait littéraire et vaine, et qu’on ne pourrait pas dresser le vaste tableau de l’école belge dont les meilleurs livres publiés depuis un demi-siècle - depuis le Cinquante ans de peinture, de Camille Lemonnier - ne constituent en quelque sorte que des éléments ou des esquisses. La matière est là, d’une abondance, d’une richesse, d’une qualité également surprenantes; il faut en dresser l’inventaire, la diviser en chapitres, l’examiner minutieusement et avec le seul désir de retrouver dans chacune de ses parties l’esprit créateur qui animait les peintres et la vigueur, la santé de leur métier. Tâche énorme à laquelle notre Société a l’ambition de collaborer, en retournant aux sources, c’est-à-dire en arrachant pour quelques jours ou quelques semaines à l’ombre des collections qui les conservent, les tableaux les plus caractéristiques des maîtres du XIXe siècle Le rapprochement et la comparaison de ces œuvres amorcent des découvertes, confirment ou démentent certaines hypothèses, mettent en lumière des ressemblances ou des oppositions et permettent d’échapper au hasard des impressions successives et des émotions fragmentaires. Dans quelques années, quand un cycle d’expositions semblables à celle que nous avons réalisée cet automne nous aura permis de passer en revue un plus grand nombre de peintres, on jugera plus clairement des mouvements esthétiques sur lesquels s’appuie l’histoire de notre peinture.

      Je crois, cependant, que la Société Libre des Beaux-Arts restera un des sommets, sinon le sommet de notre admirable XIX” siècle, et que notre exposition sera un des plus précieux éléments de cette longue série d’études préalables dont j’ai parlé à l’instant. Elle présente, dans toutes ses parties, un intérêt considérable, voire inattendu. La franchise géniale de Louis Artan, l’éloquence de Louis Dubois, le lyrisme d’Alfred Verwée, la saveur des tableaux de Constantin Meunier, qui est certainement un des plus prodigieux artisans de la peinture de toute notre école, renouvellent dans chaque salle la joie du visiteur. Et les tableaux de Rops, réunis pour la première fois au nombre de soixante-dix, seront pour beaucoup une révélation.

      Parmi les membres de la Société Libre des Beaux-Arts, nous avons opéré un choix; si vastes soient-elles, les salles nu Palais des Beaux-Arts eussent été trop petites si nous avions accueilli dans notre exposition tous les artistes qui collaborèrent au mouvement de l’Art Libre et s’associèrent aux novateurs de 1867. Nous aurons l’occasion d’étudier bient6t des hommes comme Huberti et Van Camp, qui jouèrent un rôle dans les cadres de la Société, ou comme Agneessens et Hermans, qui participèrent en francs-tireurs à son combat. Quant à Hippolyte Boulenger, nous lui avons rendu hommage, il y a deux ans, et c’est sous son égide que notre association a fait ses premières armes.

      Huit maîtres seulement se partagent les honneurs dc l’exposition Louis Artan, Louis Dubois, Charles De Groux, Alfred Verwée, Eugène Smits, Théodore Baron et - en tant que peintres - Constantin Meunier et Félicien Rops. Ce catalogue est donc divisé en huit chapitres, en tête desquels quelques notes esquissent la chronologie de chaque artiste et justifient dans la mesure du possible les subdivisions de leur carrière. Un relevé des principales expositions où un certain nombre de leurs œuvres ont été réunies et une bibliographie sommaire permettront à ceux qui le souhaiteraient de pousser plus loin leurs recherches.