Biographie

Passe sa petite enfance en Allemagne (Prusse), entre Cologne et Francfort.

1919.
Sa famille s’installe à Malmedy où la famille de sa mère, Alice Lang, exploite une tannerie de cuirs depuis plusieurs générations. Son père, Ernst Ubach, vient d'y est nommé juge de paix.

Avec l'intégration à la Belgique du canton de Malmedy, rattaché à la Prusse en 1815, à la suite du traité de Versailles de 1919, Raoul Ubac obtient la nationalité belge.

Il fait ses études à l'Athénée royal de Malmedy jusqu'en1928, ayant le projet de devenir agent des eaux et forêts.

* Il découvre avec curiosité la nature au cours de ses longues promenades en solitaire dans les fagnes qu’il affectionne particulièrement.

1928.
Il est cependant en conflit avec son milieu familial et éducatif en général. En rupture, il effectue un premier séjour à Paris. Raoul Ubac dira beaucoup plus tard qu’il ne sera resté à Paris que quelques semaines car il était souffrant. D’autres témoignages dont on ne peut douter, nous apprennent qu’en réalité Raoul Ubac a croisé le chemin du poète Jean Gacon et que celui-ci lui a vivement conseillé de rentrer à Malmédy pour y terminer ses études secondaires.

1929
Rentré en Belgique pour terminer ses études secondaires, un professeur lui passe « sous le manteau », le premier Manifeste du surréalisme d’André Breton.

1930
Retourne à Paris où sur les conseils de ses parents il s'inscrit à la Sorbonne.
* Séjourne un premier temps rue de la Harpe.

** Fréquente l’atelier de la Grande Chaumière et les ateliers des peintres de Montparnasse.

*** Rencontre un certain Raymond Michelet qui, un jour, l’emmène chez André Breton.

**** Raoul Ubac noue des contacts avec les surréalistes, fréquente les ateliers de Montparnasse, fait la connaissance de Camille Bryen, d’Otto Freundlich, rencontre André Breton et fréquente le milieu surréaliste.

- « C’était moins les œuvres que l’atmosphère qui régnait dans ce groupe qui m’avait attiré. J’étais encore à l’état de révolte. Et dans ce milieu surréaliste, je trouvais l’atmosphère qui me convenait pour exprimer cette révolte de différentes manières. » (in Entretien avec Charles Juliet. Paris, éd. L’Echoppe, 1994).

Entreprend, à pieds, de nombreux voyages à travers l'Europe, en Italie, Suisse et Autriche.
* En Dalmatie, sur l'île de Hvar, il effectue des « assemblages de pierres trouvées » qu'il photographie.

Otto Freundlich lui conseille alors de se rendre à Cologne où il s'inscrit à l'École d'arts appliqués et travaille le dessin et la photographie.
* Freundlich le met aussi en contact avec le Groupe des Artistes Progressistes.
** Etait un habitué du fameux café Monopole.
*** Lors d’une soirée dansante, il rencontre Agathe Schmidt, appelée Agui, jeune allemande avec qui il se mariera à Ixelles en 1939.

Expérimente en photographie des procédés de brûlage, de solarisation et de pétrification et expose en 1933 à Paris le résultat de ses recherches.

1934.
En collaboration avec Camille Bryen, Raoul Ubac publie sous le nom de Raoul Michelet un recueil de poèmes et de photographies.

Avec Bryen encore, il dépose des « objets dans les endroits les plus inattendus », affiche « des poèmes et images sur les murs » et participe aux activités des surréalistes.

Côtoie Hans Bellmer, Victor Brauner, Benjamin Péret et Raoul Hausmann.

(  /  -  /  ) Paris, Galerie Louis Cattiaux. Ubac Raoul, Collages photographiques.

1935.
(  /  -  /  ) Paris, Galerie Gravitations. Ubac Raoul, photographies.
* Catalogue : texte de Camille Bryen.

1935.
(octobre) Participe sous le pseudonyme de Raoul Michelet à l'Exposition internationale du Surréalisme, à La Louvière, première exposition surréaliste en Belgique, organisée par le groupe Rupture.

À partir de 1936, il s'engage dans une série de photographies autour du « Combat de Penthésilée » (la Reine des Amazones et Achille) pour lesquelles il combine de multiples procédés : association des négatifs, surimpression et solarisation, superposition ou décalage du négatif et du positif, qui donne une impression de pétrification, soufflage, fumage, brûlage ou voilage du cliché. Souvent, il réutilise des fragments de nus de ses deux modèles, Agui et Marthe (la femme de Paul Nougé). Certaines de ses photographies sont publiées dans la revue surréaliste "Minotaure" («Agui dans le miroir au tain endommagé, 1938).

Apprend également la gravure dans l'atelier de Stanley Hayter et se lie avec Roger Gilbert-Lecomte.

1938.
(janv.) Pour l'Exposition internationale du surréalisme à la Galerie des Beaux-Arts de Paris, André Breton lui commande la photographie des mannequins exposés. Y sont également présentés deux photomontages : « La Chambre » et « La Rue derrière la gare ». « Par le blond trait d'union de l'œil d'Ubac, les ruines passées rejoignent les ruines à venir, sans cesse renaissantes. Ses femmes brandissent le dard et défaites sont les sœurs de la sombre Penthésilée de vpn Kleist. Elles sont l'incroyable fleur fossile, la pêcheuse qui dompte les sables mouvants », écrit-il en 1939.

Dès 1939, commence à dessiner à la plume « les objets les plus simples », verres et flacons, fruits et pains, ciseaux ou couteaux posés sur une table (exposition en 1943 à la librairie parisienne de Francis Dasté, préfacée par Jean Lescure).

1940.

Fonde avec René Magritte la revue L'Invention collective qui ne connaîtra que deux numéros.
* Y participent notamment André Breton, Achille Chavée, Fernand Dumont, Marcel Lefrancq, Irène Hamoir, Marcel Lecomte, Marcel Mariën et Louis Scutenaire.

Au début de la seconde guerre mondiale, Raoul et Agui Ubac, en compagnie des Magritte, de Scutenaire et d'Irène Hamoir, quittent Bruxelles, puis Paris pour Carcassonne (Aude) où demeure Joe Bousquet.

1941.

Rentre très tôt à Bruxelles et s’installe dans un atelier de la Place du Grand Sablon.

(mai) Bruxelles, Galerie Dietrich. Ubac Raoul, photographies.

* Catalogue : Préface de Paul Nougé.

**. La galerie est fermée sur ordre des occupants.

- Une tentative de rompre le silence par le moyen d'une exposition de photos de Raoul Ubac, préfacée par Paul Nougé avait suscité des réactions inquiétantes.

Si les services de la propagande nazie laissaient faire, faute de connaître les divers aspects de la vie intellectuelle et artistique en Belgique, en compensation ils disposaient de quelques informateurs comme Baert et M. Eemans.

Baert ira jusqu'à intervenir directement auprès des allemands afin d'obtenir la fermeture de l'exposition, ce qui eût lieu 2 jours avant la date initialement prévue.

« Il est intolérable, aux heures mêmes où nous vivons, que l'on veuille encore nous faire prendre pour argent comptant une œuvre comme celle du photographe Raoul Ubac qui expose quelques-uns de ses travaux à la galerie Dietrich.

Cette manifestation constitue non seulement un faux mais elle relève sinon de la folie, tout au moins de la plus morbide compréhension de ce «surréalisme» dont on s'étonne chaque jour de retrouver l'un ou l'autre survivant.

Le texte de Mr Nougé qui prend la défense de cette cacophonie plastique semble écrit en 1926 (...) » (René Baert in Le Pays réel, 4/5/1941; repris  dans R. Magritte, Manifestes et autres écrits, éd. Les Lèvres Nues, 1972, p. 154-157)

« C'est sans doute faire trop d'honneur à un fumiste de l'espèce de Mr Ubac (...) que de lui consacrer ces quelques lignes, lui qui insulte si bassement à notre tradition artistique flamande et dont le laborieux métier est très près de ce que l'art juif a donné de plus malsain ces dernières années.

Lorsque certains artistes flamands eurent pris connaissance de la «littérature» de M. Nougé, ils décidèrent d'interdire coûte que coûte cette indésirable manifestation. On s'étonne vraiment que leurs démarches n'aient point encore abouti.

À la vérité, il nous indiffère que la pensée «prétentiarde» de Mr Nougé n'ait plus évolué depuis quelques 20 ans; peu nous chaut qu'il prétend sur un ton messianique que le national-socialisme n'arrêtera en rien le cours dialectique de l'histoire du surréalisme.

Peu nous importe les élucubrations stériles de Mr Ubac dont les «montages» sont un échec dans le genre pourriture et une réussite dans le genre plagiat... mais ce qui est grave et ce qui fait figure de provocation imbécile, c'est que ces messieurs dévorés par le démon de l'exhibitionnisme, osent pousser l'outrecuidance jusqu'à étaler aux yeux de tous leurs ordures malhabiles. L'anticléricalisme d'une photo comme Le Crâne n'a même pas pour lui le côté drôle qui faisait le charme des images du film L'Âge d'or.

Tout ici apparaît prodigieusement laborieux. Si encore il s'agissait d'une réussite dans l'objet, mais non: c'est «une défaite sur son propre terrain» que Mr Ubac nous propose. Et c'est cela qui constitue un faux et une malpropreté" (René Baert in Le Pays Réel, 10/5/1941 [idem])

Ayant fait la connaissance du poète Jean Lescure qui la dirige, il collabore activement à la revue Messages où il rencontre Paul Eluard, Raymond Queneau et André Frénaud qui ne cessera d'accompagner amicalement son travail.

1942.

Illustre Exercice de la pureté de Jean Lescure

Bien qu'il collabore aux activités du groupe néo-surréaliste La Main à Plume jusqu'en 1943, la guerre l'éloigne petit à petit du surréalisme.

(  /  -  /  ) Paris, Librairie Francis Dasté. Ubac Raoul, dessins et photographies.

* Catalogue : Préface de Jean Lescure.

Abandonne la photographie après la guerre.

1945.
(15/12-15/1/1946) Bruxelles, Galerie des éditions La Boétie. Surréalisme.
PREMIERE EXPOSITION INTERNATIONALE D'APRES-GUERRE POUR LE SURREALISME.
* Arp, Battistini, Bott, Boumeester, Bouvet, Brauner, Bryen, Bury, Chavée, Chirico, Dominguez, Duhamel, Dumont, Dumonchel, Ernst, Gagnaire, Goetz, Havrenne, Hérold, Jean, Labisse, Lefrancq, Magritte, Malet, Mariën, Nougé, Novarina, Sanders, Savinio, Scutenaire, Senecaut, Simon, Ubac, Vandespiegele, Wergifosse, Witz.

1946.

Ramasse en Haute Savoie un éclat d’ardoise et commence avec un clou à la graver, C’est la révélation ; le schiste sera sa pierre de prédilection.

Réalise des gouaches sur le thème des Têtes.

Déménage de Montparnasse pour le quartier de Montmartre qui sera son dernier domicile parisien.

Jean Lescure lui ayant fait connaître Bazaine et ses amis non figuratifs, leurs recherches sur les formes et les couleurs l'aident, dit-il, « à faire l'effort d'aborder ces problèmes sans passer par les phantasmes » dont il avait été tributaire. Raoul Ubac aborde à nouveau la peinture, à l'œuf, pour une série non figurative de Personnages couchés dans des lumières sourdes.

1947.

Sur les conseils de son ami le peintre Henri Goetz, se remet à la peinture.
* Peinture, à l'œuf, pour une série non figurative de Personnages couchés dans des lumières sourdes.

Ne participa pas à la grande exposition surréaliste.

Louis Clayeux, rencontré chez Goetz, l’encourage et lui consacre un premier article critique.

Jean Lescure lui fait connaître Bazaine et ses amis non figuratifs.

Collabore à la revue « Troisième convoi »

Naissance de sa fille Anne qui sera son unique enfant.
* Epouse du docteur Dominique Delfieu, Anne embrassera également une carrière artistique, collaborant même à certains travaux de son père.

1948.

Illustre la couverture de Voir, recueil de Paul Eluard dont un poème lui est dédié.

 

Nombreuses expositions personnelles et beaucoup de participations à des expositions collectives.

 

À partir de 1951, la galerie Aimé Maeght expose régulièrement ses gouaches et ses toiles, préfacées par André Frémaud, Georges Limbour, Claude Esteban ou Yves Bonnefoy.

Ubac ne cesse simultanément de graver des ardoises qui deviennent à mesure des reliefs et dont il introduit en 1955 des fragments dans ses tableaux.

1958.

Acquiert une maison à Dieudonné où il installe deux ateliers, pour la peinture et la sculpture.

Dans les années 1960, ses peintures, sur panneaux recouverts de résines amalgamées, réalisent une synthèse et un épanouissement, autour des thèmes des Labours et des Sillons, des Corps et des Torses, du double travail qu'il poursuivra jusqu'à sa mort.

1968.

Rétrospective de son œuvre est présentée à Bruxelles et au Musée d'art moderne de Paris.

1973.

Reçoit le grand prix national des arts.

 

On doit à Raoul Ubac plusieurs ensembles de vitraux ainsi que des reliefs, haut-reliefs, décors muraux et maquettes de tapisseries pour des édifices publics et privés. Ubac a également illustré de ses dessins, gravures et lithographies une trentaine de livres et est l'auteur de la couverture de la revue Argile publiée chez Maeght de 1973 à 1981.

Des œuvres d'Ubac sont présentées dans de nombreux musées de France et d'Europe.

En 1980, la Poste française a émis un timbre reproduisant une de ses créations.

 

Evenements / Expositions