Biographie

(  /  -  /  ) Graduat en arts plastiques, section peinture, St. Luc Liège

(arts visuels et sonores)

 

1995.
(04/03-02/04) Flémalle, Centre d’Art contemporain – La Châtaigneraie : Promotion '95.

 

1997.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Flux. Pé Olivier, "Champ de Mars".

(  /  -  /  ) Bruxelles, Cabinet d’art contemporain.

(  /  -  /  ) Marchin, Foyer culturel. Un ciel sans jardinier.

Création d’une petite édition autonome: ARTE CAUSA, 1997

Plusieurs réalisations vidéos. Multiples performances musicales.

 

1998.
Evénement audio-visuel, «séquence et conséquence du discours ombilical », (Chez LULU), avec Fabio Onano, 1998

 

1999.
Interventions dans la revue d’art Flux News (Liège)

 

2000.
(  /  -  /  ) Marchin, Foyer culturel. Pé Olivier. Hors-champ.

 

2001.
(  /  -  /  ) Namur. Festival "Nuit de l’art vidéo".

 

2002.
(  /  -  /  ) Marchin, Foyer culturel. Pé Olivier, "Rhétorique des fonds".

Organisation et co-organisation de multiples expositions, de projets pluridisciplinaires et de concerts (Un bouquet de Sade, festivals de musique électroacoustique, festival Au bord’elle, ateliers de créations et de recherches pluridisciplinaires…) depuis 2002
- Mise en scène de « Un bouquet de Sade » (collectif), lecture spectacle, oct.2002
- Création du spectacle « Danse d’automne » (en collaboration), concert-projection, vidéo-danse et instrumentation. (Réalisation, composition et interprétation musicale), nov.2002 -

Création d’une petite édition autonome: Hors-champ, 2002

Cofondateur de l’asbl L’AN VERT (Liège), ateliers d’art et d’essais, (lieu de rencontres et d’activités pluridisciplinaires), Liège 2002-2005

 

2003.
(  /  -  /  ) Liège, Librairie L’échappée belle. Pé Olivier, "Femina".

(  /  -  /  ) Liège, ARTE et Cie. Pé Olivier, "Texture de l’amant (études anarmoniques)".

(  /  -  /  ) Liège, Centre culturel Les Chiroux. Pé Olivier, "Premiers dialogues".

Création du projet « entrelaction matériophonie », Label e-mat, groupe de recherche musicale autour de la matérialité sonore, performances sonores et visuelles, collectif, depuis 2003

 

2004.
(  /  -  /  ) Courtrai, Galerie Atmosphera. Pé Olivier.

(  /  -  /  ) Oupeye, Art Home asbl. Pé Olivier.

Marche à suivre, essai biographique (dessins) 2004, 32p, 17/24, couleur. Imprimé à Liège, à compte d’auteur, 500 exemplaires

 

2005.

(07/05-04/06) Liège, Galerie Flux, Pé Olivier. Contrepoints avec 10 invités autour du livre « A corps perdu ».
* A l'occasion de la publication du livre, "A Corps perdu", invitations faites à : Franck Yannick, Darras Frédéric, Denys Raphaël, De Corte Nathalie, Gérard Pierre, Vossen Kathleen, Dutrieux Daniel, Lizin Annick, Houcmant Pierre, Dans Michaël, Rubino Giorgio, Mutlu Selçuk.

(  /  -  /  ) Luxembourg ville, Espace 6, rue Beck. Pé Olivier. Figures pour une érection

Acquisition d’une œuvre par la SPAC collection, Liège, 2005

Acquisition d’une œuvre par la Province de Liège, collection de la Province de Liège, 2005

Première guerre dernière danse – dépliant de 8p., texte et images, distribution gratuite (MAMAC sept.05)

Création des éditions Percept (livre d’artiste), 2005

Création du label musical e.mat projet, cdr, 2005

- Anarmonies – (texte de Raphaël Denys), édition Percept, 32p couleur, 12/17, 2005

- Première guerre dernière danse – dépliant de 8p., texte et images, distribution gratuite (MAMAC sept.05)

- Alphabet pour une bibliothèque  - 2004-05, 36p. Ouvrage collectif. Bibliothèque des Chiroux, Liège.

- A corps Perdu, essai biographique (dessins) - 2005, 40 p., 15/21, imprimé à compte d'auteur à Liège, 500 exemplaires.

- Marche à suivre, essai biographique   (dessins) - 2004, 32 p, 17/24, imprimé à Liège, à compte d'auteur, 500 exemplaires.

- Eponyme [CDr audio, 48'], collectif entrelaction matériophonie, label e-mat, liège 2005

 

2006.
(21/04) Liège, L’An Vert asbl : Pé Olivier, Concert / exposition : Matériophonie et Sonographies. Une poétique de la confusion.
* Présentation de l’ouvrage audio TEXT.URES (e.mat projet) et du livre Propos sur rien (édit.Percept)

** Invité : Frédéric Darras, Projection du film MAGMA - résumé sensoriel (13’)

(  /  -  /  ) Liège, Imprimeries Toner de Press. Pé Olivier, Graphies.

(08/06-12/08) Bruxelles, Galerie Augustin Dufrasne. Pé Olivier (avec Xavier Deshoulières)

(  /  -  /  ) Marchin, Centre culturel. Pé Olivier, « Etre ».

Création de la collection éditoriale " à ciel ouvert " aux éditions Percept en collaboration avec Jean-Philippe Dauphin, 2006.

Création musicale pour le spectacle théâtral «Zoo de nuit», compagnie La Manufacture, Liège 2006

- Propos sur rien, textes et graphies - 24 pages n/b, 10.5 x 11.5 cm, éditions Percept (collection «  à ciel ouvert « ), 2006.

- Graphies - dépliant 16 p. couleurs, 10 x 11 cm, éditions du Toner, 2006.

dRAMa [CD audio, 41’], label e.mat, Liège 2006

Percées [CD audio, 35´], label e.mat, (et version courte sur le label Amorf sounds), Liège 2006

Text.ures - cd audio 44’, e.mat projet, 2006.

- Paragraphe [CDr audio, 41'], avec Yannick Franck, label e.mat, Liège 2006

 

2007.
(  /  -  /  ) Paris, Centre Wallonie-Bruxelles. Pé Olivier. Performance sonore au « printemps des poètes ».

(03/02) Liège, Les Brasseurs : à l’invitation de Matières à poésie , Présentation des éditions PERCEPT / à ciel ouvert.

Confection, lectures, projections et déambulations sonores…

Avec la participation de Frédéric Darras, Muriel Zanardi, Claire Blach, David Kimtziger, Osvald Arkady trio, Emmanuel Louis, Selçuk Mutlu, Ben Ares, et d’autres invités...

- Co-fondateur du Festival Minima Per Maxima (musiques dites libres ou de traverses, pluridisciplinaire) en collaboration avec CDM 2047 (Claire Blach), Muriel Zanardi et idiosyncratics (Yannick Frank), présentation mensuelle, Liège 2007

(23/11-08/12) Bruxelles, Atelier Mommens. Au bord d’elle (festival d’art pluridisciplinaire)
* Commissaire : La conception et la réalisation de l’exposition d’Art plastique ont été confiées à Olivier Pé, artiste peintre et musicien vivant à Liège, dont le travail creuse depuis de nombreuses années la question de l’Erotisme et du Corps Amoureux. Il est soutenu par Jean-Pierre Devresse, sculpteur et écrivain Liégeois.
** Dauphin Jean-Philippe, Pé Olivier, Devresse Jean-Pierre (+Schwan Brandy Leah), Vossen Kathleen,  Renard Christine, Blach Claire, Petit-Dufrenoy Isabelle, Boulanger Philippe, Timmers Catherine, Zanardi Muriel, Félix Benoît, Mutlu Selçuk, Margalef Txiki, Hubert Charlotte.
- Olivier Pé, Texte de présentation sur le courriel-invitation.
Outre les jambes flageolantes, les agitations de la poitrine et du bas ventre, l’univers érotique suppose généralement une activité cérébrale pour le moins intense, du côté de l’imaginaire. Une invitation à l’égarement, aux jeux de caches et de dévoilements des corps désirants qui provoquent un défilement d’images et de gestes susceptibles d’en attiser l’élan, et ce souvent par des détours inventifs et inavoués ou du moins peu conformes à la bienséance. On ne sera pas surpris de croiser sur ce chemin une part considérable de la création artistique dans le champ des arts visuels qui s’y abreuve comme à un puits originel. Mais si l’érotisme implique un jeu sur les apparences qui sert d’ailleurs assez bien le marché du sexe et des corps, il induit aussi une dimension cachée, plus obscure, une logique intérieure, ambiguë et énigmatique, ou se nouent et se jouent davantage les troubles, les relations et l’effusion – aussi, la représentation des corps et ses costumes peut-elle faire place à d’autres figures relatives à ces coulisses de non-dits et autres canaux de transmissions plutôt indéfinis voire invisibles propre à la texture agitée, à la substance anonyme du désir en émoi. C’est, il me semble, de ce côté que l’art aborde les dérives des corps amoureux. C’est du moins aussi de ce point de vue qu’il tentera d’investir les lieux des propositions et des questions qui troublent les calmes consciences et stimulent nos fantasmes jusqu’à aussi parfois révéler les instincts les plus sombres.
Une dizaine d’artistes ont été invité à nous faire part de leur vision, en interaction avec l’événement, l’ensemble des œuvres exposées, et les particularités du lieu d’exposition. Photo, peinture, dessin, sculpture, installation et vidéo détermineront l’espace scénographique de l’événement dans son ensemble. Pour autant, nous n’avons pas opté pour la théâtralité, mais davantage pour une disposition sobre et aérée, laissant place à d’autres interventions qui auront lieu parallèlement durant le festival, et favorisant une écoute appropriée pour chaque proposition.

- Raison de l’amant (le temps d’une peinture), texte et images, éditions Percept, 36p, 2007.

- De la confusion, dessins, éditions Percept, 32p couleur, 2007.

- Des fleurs sauvages, texte, éditions Percept, 24p, 2007.

- A ciel ouvert, texte et dessins, avec Jean-Philippe Dauphin, éditions Percept, 24p, 2007.

- Interférence [CDr audio, 32’], label e.mat, Liège 2007.

- Expiration [CDr audio, 10’], (avec Kathleen Lor), édition Tétra Lyre, Liège 2007.

Acquisition d’une œuvre par le MAMAC de Liège, L’ULG, Le C.A.L., Le Musée d’art Wallon, 2007

 

2008.

(  /  -  /  ) Soumagne, Galerie de Wégimont. Pé Olivier. Troubles, Méditer l’incertain.

- A perte de vue, (textes et images), édition dans la revue Wégimont Culture, 2008

 

2009.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Iselp. Pé Olivier. Anatomie de la dérive amoureuse.

- Revue de poésie Langue vive , n°5, Liège 2009

 

2010.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Churchill. Pé Olivier. Un jardin de nerfs.

(  /  -  /  ) Marchin, Foyer culturel. Pé Olivier. Cimes, (avec Kathleen Vossen)

- Sens et sensualité ; Petite autoédition limitée, texte, 8p, 2010

2011.
(  /  -  /  ) Liège, Musée d’art moderne et contemporain. Pé Olivier. Jardin des jours.

- Jardin des Jours, 10 œuvres pour l’église Saint-Pholien (Liège), installation permanente.

2012
(  /  -  /  ) Bruxelles, Office d’art contemporain. Pé Olivier.

 

2013.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Foidart. Pé Olivier. Dessins.

 

2014.
- Transparences. Petite autoédition limitée, texte et images, 16 p., 2014.

Devient professeur d’arts plastique à L’ESA Saint-Luc, Liège.

 

Liste d'oeuvres

Sans titre (50 x 90 cm)
2013, Plus d'infos

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de l'artiste, Interviews

    • - Olivier Pé, 2004.

      Un désir en acte s’accomplissant dans un voluptueux mélange de foutre et de sève. U ne rencontre ouvrant sur le temps à la fois physique et poétique d’un être religieux. Je voudrais que l’ouvrage soit un extase... matérielle, un souffle - parole simultanément tendu entre les pôles indéfinis de l’anarchie et de l’harmonie.
      Une vérité y est en jeu, celle de l’amant, en sa texture éclose.
      Amours libres corps musical entre en scène ivre inconnue coïncidence d’une érection et d’un antre - âtre de femme terre et ciel intime évidence

       

      - Olivier Pé. À propos. Texte de présentation de son site internet.

      En deçà des mots et des images, il y a ce qui pense et l’objet réel de cet élan : un corps  désirant, l’immensité où il va se perdre et qu’il vient habiter, cela qui les relient secrètement.
      Mon geste se consacre à l’expérience de cette sensibilité : poser un regard sur la nudité de ce qui se définit - la nudité n’est pas le corps mais le dévoilement de ses pulsations intimes, de ce qui tremble en lui. Une sensibilité arborescente aux prises avec les exigences du désir et les nuances furtives de la perception.
      Me sentir là, traversé, conjugue en moi un double sentiment de fleuve et de brasier, de concentration et d’éruption ; une respiration, tissée de forces contrastées qui s’orchestrent et s’unifient dans l’élan même de la dissipation.
      Irréductible à soi-même, inéluctablement à perte de vue, là s’éprouve la sensation confuse de ce qui naît et se disperse, bloc de silence éclaté, et entre les mains l’indéfini visage.
      C’est moins une image qu’une enivrante affaire de corps et d’abîme dont, malgré le pire, se distille une beauté. Oui, la beauté, comme le signe – au cœur d’une mer sans rivage – d’une sereine et intime jouissance où les forces présentes ne s’opposent plus mais s’étreignent et se soutiennent mutuellement pour ne faire qu’un, où se danse l’errance et les tumultes de la conscience qui fait l’épreuve de la liberté, où s’opère la transformation d’une inquiétude fondamentale en un instant de confiance et de joie frissonnante. Ce n’est pas le dernier mot, mais une conversation qui se déploie en d’intimes variations sans la moindre raison de finir. 
      La nuit sera claire. Il suffira de respirer et d’accueillir, indéfiniment, l’effleurement des nerfs. S’enfoncer dans ce creux silencieux d’où naissent toutes les déchirures, tout ce qui veut être.
      Tout ce qui veut être, débordement, s’avère séisme au cœur de l’ordinaire comme de l’indifférencié. Et ce tremblement emprunte parfois les chemins de la grâce, le surgissement celui de la délicatesse. S’il y a le désastre, les brûlures et les cendres, une encre obscure où vient tremper un pinceau, il se peut aussi que, d’un geste, tout s’équilibre en nuance, il se peut un chant qui emporte, il se peut un jardin qui s’offre aux caresses de la lumière, aux raffinements de la brise, aux secrètes douceurs de l’ombre, à l’humide féminité de l’aurore, aux vocations de la sève…

      Tout cela a pour lieu un être de frissons, d’ivresse et de vertige, de pulsations et de combustion, de tensions et de dénouement : une actualité du corps - un corps qui embrasse la saveur, l’humble et sauvage sensualité du monde où germent aussi bien les vérités de l’angoisse et celles de l’enjouement. Mais un corps conscient d’une eau, entre terre et ciel, dont le courant emmène vers les cimes ou les gouffres de l’impondérable, de ce non-savoir dont nous naissons en chair et en pensée.

      que veux-tu, pour entendre le bruissement des racines,
      la chaleur et la fluidité de ce qui est et devient,
      l’élan qui opère et disperse nos vies et
      l’intime beauté qui respire à cet endroit,
      il faut un certain dénuement, un clair silence

       

       

      - Olivier Pé. Quelle peinture ? [ou Le Temps d’une peinture]. Lettre à J-P Dauphin, mai 2008.

       

      Là où il pleut tant de valeurs mortes entre marchandise culturelle et objets de science, j’aime savoir l’art désolidarisé de cette météo là, dissocié du processus frigide de comptabilité et de rentabilité forcenée du réel où se perd le goût et le sens de nos actes…

      En ce sens, la peinture est hors-jeu. Personnellement, je l’envisage comme le signe d’une affinité particulière avec la réalité de ce qui échappe et devient. Elle est pour moi le visage d’une relation alimentée par la logique de l’ouvert et celle du corps amoureux. C’est, je crois, méditer l’incertain… un tout fondamentalement fuyant et instable. C’est être comme au bord d’une falaise face à l’océan, où résonnent et soufflent des courants dispersés de révolutions et d’éruptions concentrées.

      Pourtant, la peinture est un fait précis. Surface, rapports de formes et de couleurs, de traces et de contrastes, dynamique de composition et relations sensibles, agencements de sensations. Un corps organisé qui suppose des accords, une sorte de rhétorique qui me dit aussi qu’il y a là une langue, celle d’un être dispersé qui se trouve une cohérence et une parole. L’œuvre comme un lieu de méditation qui fait sens. Tout un paysage - tissu de forces et de formes insolubles -, où s’invente l’errance, où s’érige et se déploie le sujet à mesure qu’il s’enfonce et se disperse un peu plus dans l’inconnu, au seuil de l’indifférencié.

      J’imagine alors celui qui, torche en main, s’aventurait dans le ventre obscur de la terre pour y tracer des énigmes ou des signes, les figures du désir ou de l’angoisse face à l’immensité, à la mort, défiant la densité fascinante du silence et de la violence, esquissant les noms et visages des forces démentes qui semblent engendrer et sculpter le monde… Je pense aussi à Delacroix, Monet et Cézanne, malgré le siècle qui s’est écoulé tel un ras de marée et que je n’ignore pas. Parce qu’ils m’ont invité et m’invitent encore à la peinture, m’ont initié au désir de faire danser les éléments séparés et à la possibilité de dégager la pensée des rigidités de l’ordre et de la raison. Ce qui signifie pour moi un usage de ce médium comme mode d’appréhension du désordre de la réalité sensible, d’orchestration de l’indéfini et des tumultes de la conscience qui en fait l’épreuve : logique de la sensation, entre dispersion et continuité, variation et accord, être et devenir. Une expérience, non verbale, qui dirait l’unité sensible de l’expérience perceptive, l’identité d’une réalité dissipée.

      L’image s’est dissoute. Contingence, évolution, changement, mouvement : indétermination. La conscience, dans ce cas, ne semble plus habitée que de ce qui lui échappe, se refuse à elle, lui résiste, de ce qui la contredit ou la met en question, de ce qui peut encore la faire danser, lui faire perdre raison… C’est le silence saturé de la nuit qui se fait jour, l’écho du corps désirant et amant qui en est le théâtre. J’y entends une beauté, irréductible au chiffre comme à l’idée, se dégageant de ces mises en relation de la pensée avec ce qui nous traverse et la met en question…  Dès lors, l’objectif ici n’est pas tant de véhiculer des idées ni créer des formes que de saisir ou d’être en amitié avec la complexité de ce qui précisément échappe à toute forme comme à l’entendement. D’où un cadre défini (format et support), qui plus qu’il ne l’empêche en permet, contradictoirement, une lisibilité. Ma peinture est délibérément amie et classique. Elle comprend toujours ses propres limites, à taille humaine, qui invitent à une concentration. Il s’agit toujours de proposer, dans l’intimité d’un dialogue, la conscience d’un « autre » radical : une sensation méditée, un état d’être qui se pense, rendu là en termes perceptifs. Traces, variations, vibrations, entrelacs, oscillations, confusion, saturation, textures, dispersion, dynamique, température… sensations, d’infinies relations et fréquences aléatoires, comme autant de signes d’une mise en question des limites et frigidités de l’entendement. Ici, peindre c’est méditer les aléas bruissants de l’ouvert et l’inachèvement : autant de visages en devenir d’une continuité et d’une identité sans centre ni géométrie. Mais bien que les apparences semblent me contredire, je n’ai pas rejeté la question de la « représentation » pour une abstraction ou une logique exclusivement formelle. «L’indistinct » ou « l’incertain » n’implique pas ici de vouloir l’art insignifiant. Je suppose bien que le corps poétique de l’œuvre participe d’une certaine conception de la réalité, qu’il signale un « penser » qui ne signifie pas uniquement agencer des formes et des couleurs mais davantage : éprouver et méditer l’ignoré, l’insensé ou l’indifférencié. Dans mon cas, il est bien question de figures, cependant moins relatives à un objet déterminé qu’à un processus dynamique indéfini. La confusion ou l’indistinction apparentes, la perte de l’identité n’induisent pas tant ici un mutisme, un vide, un néant ou une catastrophe, bien qu’il s’agisse d’une perte. Plutôt est-il question d’une perception du réel en son déploiement brut, éruption sans finalité et en tout sens. C’est aussi la consumation du sujet, corps amoureux, qui se confond avec l’infini de la nuit où s’égarent et se désagrègent les définitions. C’est quand on ne comprend plus, qu’on oublie son nom, qu’on se fait bruit… Un cas extrême de conscience défigurée qui cependant trouve aussi là, en cette mise en question fondamentale, une continuité, et par le biais de l’art une langue, celle des amants.

      On en revient à l’amour. C’est le centre absent, le point d’égarement d’où éclate la parole, s’abîme la forme. Ce n’est pas le dernier mot, mais une conversation qui se déploie en d’intimes variations sans la moindre raison de finir… certainement y a-t-il quelque chose de l’ordre du religieux… En ce sens : comme le fait simple de sentir que « tout » se tient et s’accorde, inextricable, lié dans l’élan même de la dispersion, dans le mouvement, indéterminé et ininterrompu, de la fugue, de la dépense. J’entends là une conscience s’ouvrant à la réalité de l’incertain et de l’illimité. Une relation donc, qui est aussi un frémissement : la sensation d’être là, traversé de désir et de temps, bordé d’inconnu, de perpétuité et d’infini ; la résolution d’une turbulence, d’une ignorance et d’une inquiétude fondamentales en un débordement de confiance et de joie frissonnante.

      Je n’oublie pas qu’il s’agit avant tout de tenter et de cultiver une amitié avec les aléas de l’ouvert : le sens d’une beauté, horizon et raison de l’amant. Être et aimer. C’est aussi trouver le temps d’une peinture. Je ne peins pas pour transformer la réalité, changer le monde ou m’intégrer à ses sociétés, mais parce que je trouve là une façon et une raison d’être à la mesure du temps et de la vie qui me traversent, de la nuit qui me borde.

       

      - Olivier Pé. De la beauté (Lettre à Florence Fréson), 02/01/2010.

      Bien que la manière et les formes soient diverses, varient avec les individus et les cultures, tous les humains ont probablement aperçu la beauté ; nombreux sont ceux qui la considèrent comme un phénomène particulièrement heureux et respectable. Voilà une banalité à laquelle je joins volontiers ma considération, pour autant que ce ne soit pas là une conclusion, que cela ne solutionne pas l’élan anarchique et le fond sombre dont procède cette mélodie de l’ivresse émotionnelle. Facteur de sens, je crois que l’on peut entendre là une raison d’être, de rencontrer l’autre, de nager dans cet océan turbulent dont la  réalité couve un insondable silence, et que l’on nomme aussi l’existence. Par ailleurs, et puisque c’est de cela dont il est question, je ne parviens pas à envisager l’art dépourvu de cette qualité, aussi relative soi-elle, comme un simple jeu d’idées, d’images, de formes désaffectées, privées d’ombre et de volupté. J’ajouterai que la beauté s’éprouve plus certainement qu’elle ne se définit, qu’elle s’attache moins qu’elle ne traverse comme un frémissant et indéfini bonheur. Irréductible à une forme ou à un objet, non plus qu’à une idée ou une norme, elle  participe avant tout d’une relation qui s’opère et d’un regard qui s’accorde. Mais d’un regard qui met en jeu implicitement notre conception du monde et de la vie, la représentation que l’on s’en fait, le rapport que l’on entretient avec eux, et dont la beauté est l’horizon ou le trouble joyeux. Par conséquent, si elle est une jouissance, elle est aussi un inconnu qui  s’ouvre devant nous, dissipe les formes de la certitude, du  savoir et de l’ego, au risque de nous perdre. On y voit en aveugle… Le ciel bleu de la jubilation est un dévoilement qui demeure incertain, démuni, obstinément inachevé, ainsi vivant… C’est une respiration, une pulsation, un souffle qui s’équilibrent pour se défaire aussitôt. La lumière est inséparable de l’ombre.
      Bien sûr tout le monde ne voit pas l’art comme une façon de désirer, de vivre et de penser par delà la réalité finie… Mon propos, qui n’a historiquement rien d’original, évoque certainement un art quelque peu distant de la confusion et des agitations propres à la culture contemporaine. Ce qui ne fait pas de lui un désir obsolète, mais davantage intempestif ou inopportun, simplement décalé comme le serait un jardin au milieu d’un désert ou d’un champ de bataille, un papillon ou un coquelicot dans une orgie. Mais alors, c’est un peu comme si la fleur ne se    livrait qu’à celui qui en respecte l’intimité et le chant propre, qu’au regard qui s’est désencombré des affaires et des jeux discordants du monde. Non pas que l’art soit ici séparé de la culture, mais il y résonne plutôt comme un dehors ou du moins comme un point de fuite, ouvert sur un infini. Peut-être est-ce là une manière d’envisager l’inquiétante liberté qui entraîne ma conscience… Plus qu’à innover sur le terrain des idées, on comprendra que j’entends la peinture comme le signe – au cœur d’une mise en question sans terme – d’une sereine et intime jouissance. Au sein d’une réalité obstinément instable, incité à une concentration, celui qui opère tente un accord des forces qui le traversent confusément ; il s’engage alors sur une voie de communiant et se met à danser en équilibre dans un océan de possibles.
      Je me demande d’ailleurs si l’art a jamais été autre chose qu’une réponse à l’angoisse ou au délire que suscitent le chaos et l’entropie, le silence et la nuit, le néant et le cosmos, et par-dessus tout la mort. Comme une parade raffinée et sensuelle qui habillerait le corps nu et tremblant de la conscience humaine aux prises avec l’indéterminé, en proie à ce qui la nie, à ses ténèbres. L’enjeu n’étant probablement autre que l’éclosion d’irréductibles élans de vies : un paysage dissipé où les forces présentes ne s’opposent plus mais s’étreignent et se soutiennent mutuellement pour ne faire qu’un. C’est là un appel à quoi l’on répond et qui engendre la cohérence inexplicable de la beauté.
      Une beauté qui n’est pas le visible, qui n’est pas la forme mais le visage indéfini d’une étreinte, d’une pensée qui épouse l’incertain, le bruit, cela qui échappe et peut encore la faire danser, lui faire perdre raison… Une pensée au fond qui envisage l’ouvert avec le respect et l’élégance d’un amant. Une pensée qui est un corps, un corps désirant qui s’indéfinit, s’ouvre à l’infini.

       

      - Olivier Pé. Une certaine idée de la peinture : une peinture sans idée. (Lettre à Marc Renwart), 02/01/2010

      Peindre pourrait participer de l’ambition simple de saisir l’intimité d’un regard (une pensée) qui s’est prêté à une nuit ou à l’errance, qui s’est ouvert à l’incertain ; avant d’être une image, avant d’être une œuvre d’art, avant d’être un sujet de digestion culturelle. Le temps de la peinture serait celui d’une pensée sensiblement à l’épreuve de ce qui se dérobe, par nature, à l’entendement, à la mise en forme ou en idée, et donc à la représentation. Ce qui devrait ici indiquer une limite, une cécité (on n’y voit rien), autorise pourtant encore un voir (à perte de vue) : tel que toucher le ciel, saisir l’horizon, la logique des nuages, de l’écoulement d’un fleuve ou d’une mer agitée, la fin de l’univers… A défaut de comprendre ce dont il est la perception et qui lui échappe, ce regard n’en est pas moins une relation, une épreuve. Précisément, il éprouve, il sent, ce dont l’œuvre est le dire. Je crois dès lors que l’on peut se passer d’images pour en relater le fait. C’est que l’image (et la représentation) est justement ce qui lui fait défaut ; sinon comme métaphore elle ne semble pas à la mesure de l’expérience que la perception mentale ici suppose, autant que ne le sont les nerfs, les troubles et bruissements de la sensation – ce corps traversé et « défait » dont la fuite et la dissipation sont le propre et la figure même. Aussi, je dirai qu’il est question d’une peinture sans idée. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit insignifiante, d’autant que dépouillée d’idées, l’œuvre n’en est pas moins habitée par une pensée qui la porte et y résonne indéfiniment – rassemblant et concentrant la dispersion en un visage, l’œuvre. Ainsi, bien que l’expérience picturale suppose un indéterminé – dont la perception est un « bruit », à perte de vue –, il ne s’agit pas pour autant d’abstraction, d’un absolu conceptuel ou d’un libre jeu de forme et de couleur. La peinture dit un regard qui se voudrait cohérent et lucide sur ce qui en fait le met en question. Ce qui est l’occasion d’approcher, sans la résoudre, une contradiction qui je crois siège en chacun de nous : une affaire de corps et d’abîme à laquelle la poétique de l’art apporte parfois le sens de l’éclos, c'est-à-dire de la beauté. L’enjeu me paraît alors participer moins de l’idée que d’un accord, d’un désir en amitié avec cet autre fugitif qui anime le réel, donnant lieu à une coïncidence entre chaos et harmonie, entre complexité (ou diversité) et unité : une valse de forces errantes nouées en un équilibre dynamique. Au seuil de l’indifférencié, la logique qui entre en scène relève d’une secrète volupté qui n’est pas en ce qui me concerne une forme, mais le souffle d’une éclosion.

       

      - Olivier Pé. Une sémantique du bruit, …et un malentendu (fév.010)

      Vous êtes peintre ? Quel genre de peinture ? Que peignez-vous ?

      Comment répondre à cette question qui n’attend évidemment pas un exposé mais une évidence, convenue, claire, du genre : de l’abstrait, des paysages, des portraits, ce que je ressens… Face à l’œuvre, l’interrogation persiste. Je réponds généralement que je peints le bruit. Perplexité ou étonnement sur le visage de mon interlocuteur. Le bruit, qui n’est pas pour moi une abstraction ni un concept mais la réalité d’un percept dépourvu de contour et de définition, ne fait signe que si l’on renonce à regarder avec les yeux de la raison ou de la connaissance. Le bruit, ordinairement inintelligible : cela qui échappe à la logique des formes et de la représentation, aux certitudes de l’entendement… Du réel à perte de vue. Mais aussi l’incertain et l’abîme qui le fonde, l’incommensurable obscurité ontologique dont il est le signe. Du point de vue pictural : figure d’une pensée à l’épreuve de l’ouvert ou du chaos qui tisse, fait et défait à la fois le monde ; une pensée enracinée dans le terreau singulier de la sensation et en proie à une nuit, dont cette figure exprime la temporalité, l’unité, la cohérence sensitive et charnelle : la volupté. Tout cela implique je crois de méditer l’insensé et l’obscurité, mais aussi et surtout de pouvoir envisager la liberté et la beauté qui en sont l’accomplissement joyeux. Mais il importe alors de reconsidérer le long travail de désaffection, de désillusion, de mise à plat de la réalité, de décomposition des causes premières et des finalités, propre aux sciences exactes qui ont ainsi dévoilé le rien (l’indéterminé), sans pour autant le penser… Conséquence décisive sur le ciel de la métaphysique : « mort de Dieu », désagrégation du logos et éclipse du sens. Mais, dissimulé par l’écran de nos idées, représentations, fictions, la place qu’occupait la Vérité demeure, tel un abîme (a-t-elle jamais été autre chose ?). Le Mystère en moins, le Verbe muet et la chair désemparée… Le sacré vidé de ses habitants et de ses voix est cependant encore une dimension. Une dimension ignorée, aveuglement dont procède la pensée, quand bien même ce serait une nuit d’errance. Un silence, un vide actif et infini. Une absence pourrait-on dire, dont le bruit indique la présence. Nier cette dimension n’est pas une offense mais une castration, une ablation de la faculté de penser, de désirer, d’aimer par-delà soi et l’ordre établi, fabriqué, défini, désespéré des choses. De là cette invitation, propre à l’œuvre, à la perception d’un silence ou d’un ouvert essentiel, qui à mon sens fonde, traverse, habite le monde sensible. C’est lui que je regarde, sans voir. C’est lui dont ma peinture est le regard, la pensée, la conscience à fleur de peau, bruissante, frémissante, sensuelle. Insaisissable, cet abîme est pour nous une expérience, mentale certainement, mais dont le désir est le sujet, dont nos corps troublés ou exaltés sont la résonance, sont les seuls témoignages vraisemblables et le principal enjeu : un épanouissement. Une affaire de corps et d’abîme, de désir et d’absolu, dont la sensation témoigne, dont la peinture devient le lieu, dont le bruit peint est l’expression ou le signe.
      Mais voilà, trouver la place de cette motivation dans l’environnement culturel actuel, dégager les relations nécessaires et favorables à la viabilité de cette expérience, peut être la source d’un désarroi conséquent. Comment l’inscrire dans un monde où les perspectives offertes à l’œuvre abondent plutôt dans le sens d’un divertissement, d’un devenir image, marchandise ou design…? Qu’en reste-t-il dès lors que l’intime conscience qu’elle signifie et sollicite par-delà le fait plastique qui n’en est que le seuil ou l’invitation, est privée de sens ? Que devient là un art, une œuvre qui s’envisage délibérément comme le lieu et le temps précis d’une expérience religieuse autant qu’érotique ? C’est aussi pour cela que j’écris, le malentendu est considérable. On finit par s’en arranger, le sentiment tout de même que quelque chose ne va pas… Enfin, mon propos œuvre simplement ailleurs, à désencombrer et révéler le sens de l’éclosion et de l’illimité. Ce qui signifie respirer, embrasser indéfiniment une belle inconnue que je nommerais liberté. On pourrait aussi dire, mais discrètement, qu’il est question d’extases… Au fond, plus explicitement que le bruit, c’est cela que je voudrais peindre.