Biographie

Formation :

- Etudes supérieures artistiques (Sérigraphie, dessin, peinture) Diplôme A1

 

1981
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Hespérides

1982
(  /  -  /  ) Ciney, Galerie l’Automne des Jours. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Galerie du Beffroi. Nicaise Christine.

(27/03-25/04) Femmes peintres de la Communauté d’Expression française.
(  /  -  /  ) Jambes-Namur, Galerie Détour.
 (  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Alexandra Monett, City II et Shopping Center, "Langages et messages de femmes"

1983
(  /  -  /  ) Bruxelles, Jardin de Marie. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Namur, Rez-de-Chaussée, 28. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine.

(03/12-29/12) Namur, Maison de la Culture. Triennale des artistes de la Province de Namur (3e ). 24 artistes de - 35 ans

1984.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Alexandra Monett.
 (  /  -  /  ) Bruxelles, Centre Culturel Jacques Frank. .Artistes pour la Paix.
(20/08-30/8) Bruxelles,: Confrontation 84.
(  /  -  /  ) Jambes-Namur, Galerie Détour. Actuel 7.
(14/09-30/09) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain – La Châtaigneraie. Multiples '84.
(  /  -  /  ) Liège, Château de Colonster (Sart Tilman). Colonster 84. (Unesco).
(06/10-06/11) Ostende, Stedelijk Museum voor Schone Kunst. Prix Europe 84
(  /  -  /  ) Lodi (Italie), Galerie Il Gelso.
(  /  -  /  ) Tourinnes-Ia-Grosse, .Fête de la St-Martin.
(  /  -  /  ) Namur, Rez-de-Chaussée, 28
(  /  -  /  ) Liège, Société Littéraire.

1985.
(  /  -  /  ) Redu, Le Bateau ivre.
(  /  -  /  ) Lodi (Italie), Galerie Il Gelso.

(  /  -  /  ) Monaco, .Prix d’Art contemporain.
(  /  -  /  ) Namur, Conseil Régional Wallon. Œuvres d’artistes wallons.
(  /  -  /  ) Haltinne, Atelier.
(  /  -  /  ) Brignole / FR, ………………………………. Biennale d’Art contemporain (01e).
(  /  -  /  ) Jambes, Galerie Détour, Différences, même.
(  /  -  /  ) Jambes, Galerie Détour. Petits formats d'artistes,
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer.

1986.
(  /  -  /  ) Bruxelles, M.M.H. Gallery.
(  /  -  /  ) Watermael-Boitsfort, Centre culturel - La Vénerie. Sur les traces de ma jolie.
(  /  -  /  ) Waterloo, Galerie Arcade.
(22/11-31/12) Namur, Maison de la Culture. Triennale des artistes de la Province de Namur (04e ), 23 artistes de-35 ans"
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer.
(  /  -  /  ) Uccle, Académie.

1987
(  /  -  /  ) Mannheim / DE, Galerie Am Kleine Markt. Nicaise Christine.
(25/04-23/05) Namur, Maison de la Culture. Abstractions '87.
(11/09-10/10) Bruxelles, Centre d'Art Contemporain. Parcours.
(  /  -  /  ) Roma / IT, Galerie Artevise, Rome.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Médiatine 87
(  /  -  /  ) Louvain-la-Neuve. 12 heures-12 arts.
(  /  -  /  ) Namur, Cinquante-œuvres acquises par l'Etat.
(  /  -  /  ) Cul-des Sarts, Musée du Petit Format, Cul-des-Sarts.

1988
(juillet) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine. Peinture
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Fontainas. Nicaise Christine.

(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture.

1989
Prix Grafox, Bruxelles.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie d’Art Actuel. Nicaise Christine.
(15/04-19/04) Namur, Palais des expositions. Le Défi culturel : Arts plastiques dans la Province de Namur depuis 1945.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Crédit communal. Les Droits de l'Homme.
(  /  -  /  ) Liège, Banque de Paris et des Pays-Bas

1990
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Sonia Berryer. Nicaise Christine
​(  /  -  /  )
Namur, Maison de la Culture. Nicaise Christine. Traces.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie d'Art Actuel.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Médiatine 90.
(  /  -  /  ) Ostende. Prix Europe de Peinture.

1991
(09/05-23/06) Knokke, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles et Knokke. Galerie Willy d'Huysser.
(02/11-10/11) Gand, Kongrescentrum : Lineart ‘91.
(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture. Peintres après 45.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Centre Culturel, La Vènerie.
(  /  -  /  ) Tournai, Maison de la Culture.
(  /  -  /  ) Montréal / CA Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal.

1992
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie le Bateau Ivre. Nicaise Christine.

(30/10-07/11) Gand, Flanders Expo. Lineart Internationale Kunstbeurs.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d'Huysser.
(  /  -  /  ) Bergame / IT. Prix International de peinture.

1993
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d'Huysser.
(  /  -  /  ) Bruxelles. Banque Degroof.
(23/11-30/11) Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique / Musée d’art moderne. Arts pour la vie. Vente au profit de la ‘Fondation pour la Vie’. Prévention du SIDA.
(  /  -  /  ) Redu, Galerie La Bateau Ivre. 10 ans du Bateau Ivre,
(  /  -  /  ) Paris, Grand Palais. FIAC.
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve.

1994
(  /  -  /  ) Lectoure / FR – Gers, Galerie le Bleu de Lectoure. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser.
(  /  -  /  ) Paris,                                 .Salon Découvertes,
(17/03-27/03) Paris / FR,                            .Salon de Mars.
(  /  -  /  ) Paris / FR, Galerie du Fleuve.

1995
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Willy d’Huysser. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Madrid / ES, Galerie Almirante, Nicaise Christine. Expo-Barcelone.

(  /  -  /  ) Gand, Galerie Moving Space. Lire objet “Le Chemin”.
(  /  -  /  ) Paris / FR Galerie du Fleuve.

1996
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Bernard Cats. Nicaise Christine.

(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Bernard Cats.
(  /  -  /  ) Bruxelles. La Vènerie  Matière des mots.

1997
(  /  -  /  ) Bruxelles, Générale de Banque. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Mannheim / DE, Reichsmuseum. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Aachen / DE, Galerie Hexagone, Aachen : Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Pascal Polar. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Bruxelles Galerie Faider. Nicaise Christine.

(  /  -  /  ) Namur, Facultés Notre-Dame de la paix. Exposition de groupe.
(  /  -  /  ) Villers-les-deux-églises, Galerie La Muse Hardie.
(  /  -  /  ) Foire d’Art Contemporain.
(  /  -  /  ) Casablanca / MA,                                    Salon des Femmes de la Méditerranée.

1998
(  /  -  /  ) Paris, Galerie du Fleuve. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Strasbourg / FR, Foire d’Art Contemporain.
(25/09-13/12) La Louvière. Centre de la Gravure  Un siècle de collage en Belgique.
(  /  -  /  ) Knokke, Galerie ABC.
(  /  -  /  ) Bruxelles, La Vènerie. Matière des mots.
 !!! Est-ce une seconde exposition du même type que celle de 1996 ? Où est-ce un doublon avec erreur de date ? [A vérifier]
(  /  -  /  ) Mont-Saint-André (Lyon) / FR, Galerie Evelyne Guichard.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider.

1999
(  /  -  /  ) Lectoure / FR, Galerie du Bleu de Lectoure, et Toulouse / FR. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Knokke, Galerie ABC.
(  /  -  /  ) Boston / US, Galerie B. Van Sice.
(08/07-22/08) Liège, Musée d’Art Moderne Acquisitions de la Communauté française 1993-1998.
(  /  -  /  ) Ballens-Morges / CH, Galerie Edouard Rock.
(  /  -  /  ) Montréal / CA, Galerie Circa, Montréal.
(  /  -  /  ) Lisboa / PT. Centre Culturel de Cascais / Fondation D. Luis I.

2000
(  /  -  /  ) Anvers, Galerie Serge Scohy : Nicaise Christine.
(15/04-14/05) Huy, Galerie Juvenal / Fondation Bolly-Charlier. Lambillon Jean-Pierre (photos rehaussées), Nicaise Christine, Van Petegem Liliane.
(  /  -  /  ) Villers Deux Eglises. Galerie La Muse Hardie.
(14/05-20/08) Morlanwelz, Musée royale de Mariemont. Féérie pour un autre livre, création dans le domaine de l'art et du livre en Communauté française de Belgique entre 1985 et 2000.
(  /  -  /  ) Coimbra / PT, Mairie de Cantanhede et Cloître.

2001
(  /  -15/02) Bruxelles, Galerie Faider (1e étage). Nicaise Christine. Paper.
(  /  -  /  )
Groningen / NL, Galerie Anderwereld-Jan Katuin. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Den Haag / NL,                                            Foire d’art contemporain

2002
(  /  -  /  ) Groningen / NL, Galerie Anderwereld-Jan Katuin. Nicaise Christine.
(  /  -  /  ) Lectoure / FR - Gers, Galerie du Bleu de Lectoure.

2003
(  /09-18/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2005
(08/09-09/10) Bruxelles,  Galerie Faider. Nicaise Christine

2006
Grand Prix de l’ Académie des Arts et des Sciences du Pastel à Toulouse / FR

2007
Invitée d’ honneur à la 3éme rencontre d’Art Contemporain au Cloitre de Condom (France)
(  /  -13/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2008
(  /  -  /  ) Furnes, Galerie Hugo Godderis. Nicaise Christine.

2009
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2010
(  /  -  /  ) Paris, Galerie Linz.
(  /  -26/09) Lectoure / FR, au Bleu de Lectoure, Pont de Pile. Exposition collective
(  /  -22/10) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2013
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Faider. Nicaise Christine.

2014
(  /  -  /  ) Wavre, Banque Degroof. Nicaise Christine.

2015
(29/10-05/12) Nicaise Christine, peintures ; Lanc Emile, sculptures. Traces.

2017
(  /  -31/03) Anderlecht, Maison des artistes (14 rue du Bronze). Trois femmes, une rencontre.
(05/09-07/10) Jambes, Galerie Détour. Nicaise Christine.

 

Liste d'oeuvres

Sans titre (145 X 145 cm)
1984, Plus d'infos
Sans titre (50 x 40 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (95 x 70 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (160 x 110 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (détail) (220 x 200 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (220 x 220 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (50 x 40 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (50 x 40 cm)
1990, Plus d'infos
Traces (20 x 16 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (20 x 16 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (160 x 110 cm)
1991, Plus d'infos
Sans titre (200 x 210 cm)
1991, Plus d'infos
Sans titre (36 x 24 cm)
1996, Plus d'infos
Sans titre
1996, Plus d'infos
Sans titre (209 x 94 cm)
1997, Plus d'infos
Sans titre (36 x 28 cm)
1997, Plus d'infos
Sans titre
1997, Plus d'infos
Sans titre
1998, Plus d'infos
Sans titre
2002, Plus d'infos
Sans titre
2009, Plus d'infos
Sans titre
2014, Plus d'infos
Sans titre (40 x 40 cm)
2015, Plus d'infos
Sans titre (40 x 40 cm)
2015, Plus d'infos
Sans titre
2015, Plus d'infos
Sans titre (40 x 40 cm)
2016, Plus d'infos

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de présentation

    •  

      - Jacques-G. Watelet, 1987, Christine Nicaise ou la mouvance des tons in catalogue Abstractions 87, Namur, Maison de la Culture (25/04-23/05/1987)

      Il en va de l’abstraction comme bien d’autres termes généraux. Ne serait-ce pas une manie de l’esprit raisonneur et ordonnateur de vouloir rassembler sous ce nom des peintures assez dissemblables qui n’ont en commun que de ne représenter aucun sujet ou motif apparent ? Quand la peinture ne prétend illustrer qu’elle-même et ses potentialités, elle devient concrète, plastique pure ou musique chromatique.

      Ainsi en va-t-il de la peinture de Christine Nicaise. Sans nier certain lien avec le vécu de la vue, objets ou paysages encore mémorisés et décantés, elle entend se mouvoir librement dans des rythmes nébulaires.

      La première surprise, c’est l’abandon du châssis comme contrainte, qui tend la toile, détermine un format et lui donne une épaisseur inutile. Est-ce souvenir de rame de papier suspendue par le haut que ces grandes surfaces d’une toile fine dont le peintre attend la finesse du grain et la matité des tons obtenus par la peinture acrylique ? Ces toiles pendent comme des tapisseries, planes, mates, et libérées des attaches et de toute entrave. Les grandes surfaces sont le théâtre d’un jeu de nuances apparemment monochromes, que ce soit dans la gamme des gris où se cache du rouge, des roses qui n’échappent pas au proche orange, des verts qui s’ouvrent au jaune et au bleu. En observant davantage, on plonge dans un monde de variations, de zones, de nébuleuses que projette une gestuelle large et sensible.

      Sur ces surfaces mouvantes, viennent s’inscrire, comme des intervenants subreptices, diverses notations plus brèves : zigzags en éclair du pinceau, formes géométriques indicatives. Parfois éclatent de petites indications - symbole ou esquisses de mot -, qui d’une couleur vive, électrique donnent un sens, un point de repère, un rythme. La signature du tableau s’inscrit sous cette forme subreptice dans un coin de la toile.

      On retrouve dans les dessins de plus petit format, cette rapide écriture qui franchit les frontières du fond coloré en lui posant ses griffes.

      Il peut paraître outrecuidant de parler de cette peinture qui parle si bien d’elle-même s’il ne s’agissait d’y ramener sans cesse et de proposer un regard plus lucide. Ce qui en est dit pourrait laisser croire à une peinture qui ne tient pas sa surface et s’évade dans la troisième dimension, ou de barbouillage gestuel incontrôlé. Il faut renvoyer à ces tableaux mêmes, où la fougue est sensibilité et les ponctuations une force consciente et maîtrisée, trille ou cri d’ailleurs, éclats brefs et violents sur la basse continue des fonds modulants.

      Pour dire ce langage, les grands formats - souvent deux mètres sur deux - sont nécessaires pour entrer dans ce mouvement, cette pulsation qui invite et résiste à la fois.

      Le silence y est plus présent qu’un regard superficiel ne pourrait le deviner, et les cris qui le ponctuent sont jetés pour que nous recueillions mieux cette silencieuse mélodie intérieure.

      Il y a ici plus de générosité picturale que d’expression angoissée et les solides étincelles vibrantes nous en avertissent. On peut admirer à la fois la qualité de silence et le caractère primesautier des notations et des rythmes.

      La genèse de la démarche picturale est curieuse.

      Qui pourrait deviner que c’est au cours de séances de modèle vivant dans l’atelier de Marcel Warrand que Christine a redécouvert la peinture, abandonnée jusqu’alors par elle. Chez ce maître qui apprend si bien à voir, elle a retrouvé sensibilité et volonté de se mettre au travail. Avec lui, elle a reconnu que développer un détail, amplifier un moment sont parfois des grands incitants de vision picturale et d’invention. Mais aussi, c’est un réveil du tempérament latent, fougue et sensibilité, geste et chromatisme, nuances et pirouettes, révélant son caractère enjoué.

      Si on voulait faire montre de pédantisme historique, on pourrait classer Christine Nicaise dans la catégorie de l’abstraction lyrique. Mais que dit-on par là de sa peinture ? On sait tout au plus comment la ranger dans le placard de notre mémoire claire, mais non du sentiment partagé. Ne vaut-il pas mieux éviter ce classement commode, scolaire, qui dispense de l’effort de rencontre ? Cette rencontre est faite d’un apprivoisement dans le silence que tout mot prétentieux risque de souiller. Mais ce qu’on peut affirmer, c’est que c’est une peintre dans l’âme. Aucun moyen de son expression n’est autre que pictural, sans concession pour le charme facile. Christine est de ces peintres qui bannissent toute superficialité. Chaque geste spontané est le résultat d’une méditation préparatoire, et d’une vue prémonitoire de la composition.

      Une oeuvre comme celle-ci nous rappelle que la peinture a toujours à raconter, pourvu qu’elle reste d’abord picturale, sans bavardage. Abstraite ? On veut bien accepter cette catégorie comme une étiquette provisoire, pour l’oublier devant l’oeuvre. Car le vrai et seul concret serait-il seulement le motif, le prétexte ? Pauvre Rubens alors... Il ne serait qu’un illustrateur. Qu’importe donc le sujet sinon comme incitation à la peinture ? Celle-ci a ses ressources et bien des modes à elle de nous parler.

      Celui qu’a choisi Christine Nicaise ne cache pas son jeu : il se veut lyrique sans doute, mais peinture avant tout.

      Et avec quel brio...!

       

       

      - Eric Fierens, 1990 in Catalogue Christine Nicaise, Galerie Willy D’Huysser, 1991

      "N'érigez point de monument. Laissez la rose
      chaque année a sa gloire seulement fleurir.
      Car Orphée est cela, c'est sa métamorphose
      en ceci ou cela. Pas la peine pour nous
      de chercher d’autres noms. Car une fois pour toutes
      quand cela chante, c'est Orphée. Il vient et va.
      N'est-ce donc pas déjà beaucoup, si quelquefois
      il passe un jour ou deux sur la coupe de roses.?”… (R. M. Rilke. Les sonnets à Orphée. Ed. du Seuil, 1972)

      Est-ce poésie? Est-ce musique? Ou peut-être peinture? Mais n'est-ce déjà pas trop que de vouloir nommer, car regarde-t-on encore? Alors, peut-être simplement écouter le poète et reconnaître Orphée pour ne pas se priver de voir, d'abord. Et découvrir ensuite, tout doucement, comme un voyageur une terre inconnue, des paysages : coulées, taches, surfaces, moirés, gouttes... Crémeuses géographies d'espaces sans nom, car d'aucun lieu vraiment, sinon ceux que le geste a parcourus sur un morceau de toile, pour célébrer seulement ce passage du temps en objet. Minutes, heures et journées, lentement, ou violement parfois, transformées, accrochées à quelques décimètres de coton écru : chaque travail est rythme et, comme lui, ordonné ou aléatoire, serein ou empli d'orages. Plaines de "vient et va", de griffures ou de caresses. Océans où ne voyagent que des marins solitaires pour qui le sablier ne marque jamais qu'une distance dominée, enfin, une unique fois apprivoisée. Parfois, le trait rencontré se veut écriture : l'œil et l'esprit s'emportent alors et se cherchent, recherchent un sens, peut-être une explication. Le temps de voir se fait moment de lecture. Mais non : comme un mirage, l'idée se défait en essayant de se construire. “Une fois pour toutes / quand cela chante, c'est Orphée." Oui. Oui, je sais. Même ces bords libres, cette toile flottante, sans châssis, presque provocante dans notre espace d'Euclide, revendiquent cette absence de contrainte ; mais le temps a-t-il début ou fin ? Ainsi son corollaire, l'espace, rendu à ses dimensions sans limites, sans sens, mais non sans signification. Epreuve d'humilité pour le voyageur qui tente de marquer le territoire, dresser les frontières, baliser l'horizon. Ces paysages-ci ne seraient-ils vraiment que de nulle part? Nul parti pris, pour sûr. Nul but. Non sans loi : géométrie sans autre économie que celle d'éprouver sa propre beauté. Ah, c'est donc beau? “N'est-ce pas déjà beaucoup“? Mais c'est bien plus encore, car cela demeure : comme un cristal de durée, où sont emprisonnés la joie et la peine, la légèreté et la profondeur, l'immense et l'infiniment petit. Ces espaces sont tout cela. Chacun comme une ode différente a ces instants vécus, mais aussi à vivre. Il suffit de se laisser mener par le bout de l'œil. Point de monument, juste un pays inconnu partagé. Un voyage merveilleux que l'on aimerait ne jamais voir s'achever et dont demeurent ces quelques chaudes reliques. Mais écoutez. Ecoutez-les : ne les entendez-vous pas chanter ?

      ”Oh !/ qu’il doit se bannir pour que vous compreniez !
      même s'il souffre seul l'angoisse de quitter
      Tandis que sa parole plane encor sur l'ici,
      il est déjà là-bas, ou vous ne l 'accompagnez point.
      Aux grilles de la lyre, il n'a pas les mains prises,
      et toute en passant outre, il ne fait qu'obéir ” (Rilke, op cit.)

       

      - Madeleine Van Oudenhove, 1990 in Catalogue Christine Nicaise, Galerie Willy D’Huysser, 1991

      Ce n'est que dans l'espace, cette étendue indéfinie, que Christine Nicaise pouvait à ce point faire culminer deux langages plastiques - considérés généralement comme antinomiques - à savoir l'abstraction et le réalisme.
      Mais une réalité, ici, dépourvue d'images.
      Il n'y a rien de paradoxal à cela : certains murs exercent sur l'artiste un attrait d'autant plus fort qu'ils lui renvoient, tels des échos, des parcelles de ses peintures existantes.
      Ces confrontations-confirmations vont galvaniser, des lors, les constructions des toiles - non pas dans les formes (absentes ou plutôt éloignées de leur conception classique) mais dans les divers degrés d'intensité ; fusion de la puissance rugueuse et de la sensibilité pure.
      D'où l'importance de la matière et des matériaux, de leur richesse picturale - plâtre blanc lumineux, surfaces presque délavées que des hiéroglyphes ont marquées d'étranges sillons, superpositions d'empreintes ...
      Dans l'espace-temps s'inscrit la mémoire -rendue tangible-, résurgence de traces retrouvées, reconnues, indélébiles, qui vont se fondre dans la propre histoire des œuvres.
      Longtemps intériorisées, les émotions vont graduellement s'exprimer a travers des gammes de tonalités infiniment délicates, ponctuées parfois d'élans soudains - l'écriture du geste, réponse accordée aux vibrations des plages longuement arpentées.
      La vie, le vital, l`amour, imposent... leur omniprésence comme la lucidité n`exclut pas la sublimation.
      Et ce n'est toujours pas contradictoire.
      Christine Nicaise, arrachant au présent les résonances du passé, a quelquefois recours a des collages papiers de Chine déchirés dont les contours sont forcément et logiquement imprécis.
      Or, cette œuvre est particulièrement ramassée, décantée a l'extrême, rigoureusement équilibrée.
      Ses aspects lyriques impliquent la dimension du désir et donc la capacité d'émerveillement - une autre qualité soigneusement préservée.
      Une autre étendue aussi, entre le calme et les remous qu'engendrent de sourdes angoisses, quasi imperceptibles ...
      Les répercussions du monde s'infiltrent dans les interstices de ces immenses peintures laissant, ici et là, mais rarement cependant, apparaître la texture de la toile écrue.
      De ces nuances significatives vont jaillir des entités dont les impacts diffèrent car il s'agit à chaque fois d'une nouvelle reconstitution d'alliances.
      L'épidermique côtoie les fresques, la spontanéité se patine au contact des distances ...
      Le refus des contraintes (autres que nécessaires pour l'artiste) est évident, c'est un échange d'énergies qui nous est offert et -dans ce sens- c'est une peinture de libertaire, de philosophe et, peut-être, de claustrophobe.
      Nous avons effectivement le rare plaisir d'entrer dans une démarche picturale très dense et à la fois respirable, ouverte.
      C'est subtil et subjuguant.
      Comme la lumière, source première des créations de tout grand peintre.

       

      - Jo Dustin in Le Soir, ? / 10 /1997

      Christine Nicaise (1952) s’inscrit dans une mouvance où la gestualité libérée capte les traces d’une écriture gauchie, peu déchiffrable. Sa toile, sans châssis, vit comme une bannière au fil des flottements. Au gré de sa superficie elle négocie les transparences et les opacités, les signes noirs éclaboussés et les dégradés de bistre. Sa palette choisit la gamme diluée des terres, les blancs nacrés, les gris météorologiques, les stances d’ébène d’une encre de Chine évoquée. Ses compositions aérées de grande dimension permettent au spectateur de se noyer dans l’œuvre même. Chez Christine Nicaise le temps et l’espace se conjuguent et elle nous offre des rythmes nerveux qui interrogent l’illimité. Les froissements, les superpositions de matière, les collages agissent, conférant aux titres boursiers qu’elle métamorphose une nouvelle vie enfin poétique.
      Dans chaque toile coexistent la respiration fougueuse et les tensions balafrées. On songe souvent à quelque Japon de légende aux nébulosités allusives, aux griffures d’idéogrammes. Nicaise sait que les nuages voyagent et se métamorphosent autour du monde. C’est pourquoi elle recueille des instants précieux mais éphémères, des colères et des accalmies. Cette artiste expose depuis le début des années 80. On ne peut pas dire qu’elle a perdu sa ferveur originelle mais elle l’a certainement amplifiée. Tout nous paraît ici plus fort, plus incisif.

       

      - Jean-Marie Klinkenberg in Catalogue Christine Nicaise, Le temps et le geste. Bruxelles, Galerie Faider, 1999, pp. 6-7. [Christine Nicaise : de tijd en de handeling, trad. De Alais, pp. 8-9 ; Christine Nicaise : time and movement, trad. De Amélie Lauve, pp26-27] ; repris dans Voir faire – Faire voir. Liège, Les Impressions Nouvelles,, 2010, pp.122-133.

      OXYMORON.
      La première expérience, devant une toile de Christine Nicaise, semble toujours être celle du contraste. D’un contraste entre deux univers. En une première approximation : celui du sensible et celui du brutal ; du discret et de l’affirmé ; du subtil et du massif.
      Le sensible et le discret tout d’abord : c’est le fond.
      Les fonds de Nicaise sont de brun somptueux, avec des irradiations de violet ou de bleu électrique ; ils sont de blanc plâtreux avec des halos de fauve, ou des projections délavées. Ce sont encore des incrustations, toutes relevant aussi du doux et du discret : papier japon, film de soie, résille, gaze médicale. Mais l’important est ceci : que rien nia conservé son identité. Tout s’est noyé dans un volume sans limite tranchée. C’est que sur toute couleur et sur toute matière, la peintre a patiemment passé l’estompe - et en cela, bien qu'elle manie surtout l’huile ou l’acrylique, elle est assurément, comme Pirenne et Mambourg, une pastelliste. Les vernis sont passés, patinés jusqu’à la matité ; les couches ont été diluées, frottées jusqu’à la transparence ; les glacis ont perdu toute épaisseur ; aucun coup de brosse ou de pinceau, si tant est qu’il y en a eu, ne se laisse percevoir.
      C’est le règne du continu et de l’épuré.
      Tout souvenir d’un geste quelconque a disparu, dans une sorte d’absence, où ne vibre plus que l'expérience du ténu. Mais là-dessus, avec une brutalité de tagueuse, Christine Nicaise vous jette du blanc, ou le cru le dispute au dur, ou vous impose du noir, au plus noir de son noir.
      Après la fusion, les extrêmes.
      Et la limite est nette comme une blessure. L’arraché du pinceau, les coulures, les gouttelettes de la projection : tout atteste l’acte et dit le jaillissement.
      Le contraste est aussi dans la texture. Ce blanc nouveau, il est souvent lisse et brillant, il n’est plus que surface, quand le fond est profondeur. Quant au noir, il n’est qu’absence, massive et sans repères, alors que le fond n’est qu’épaisseur.
      Contraste ? Dialectique, plutôt. Ou oxymore : .alliance des contraires pour créer un nouveau lieu de sens. Car l’énergie du trait, chez Nicaise, ne réduit pas à rien les longues patiences. Et celles-ci, toutes de méditation, sont du coup la promesse d’on ne sait quel avènement.
      Fermeté et douceur ont ainsi, chez Christine Nicaise, fait plus qu’apprendre à coexister ou à dialoguer. Vigueur et délicatesse : désormais deux manifestations sœurs d’une même vie.
      ANAMNÈSE
      Ce dialogue fusionnel, c’est aussi celui des temps.
      Car, brisant la durée d)hier, le cri de l’instant est venu.
      Jusque-là, oui, on s’était promené entre de vieux murs, portant les stigmates cicatrisés d’une histoire indécise. On devinait – mais à peine – qu’il s’était passé quelque chose. Quoi ? On ne sait.
      Des murmures, des signes lointains, des on-dit. Des pellicules et des esquilles adhèrent à la toile, des fils erratiques la parcourent, des plis la marquent. De quels accidents peuvent-ils bien être la trace ? La mémoire n'en a rien dit. Parfois, un fragment d’anecdote passe : bout de quotidien, ticket de bagage, filtre à café, page d’atlas, carte d’état-major. Mais cette anecdote se tient hors du champ de notre savoir et de nos références : les actions et les obligations, échappées à on ne sait quel séisme boursier, sont celles du temps des colonies, le journal, en langue de Babel, renvoie à une actualité à jamais étrangère, le filtre est sans emploi. Et la carte, barrée d'une frontière effacée, à quel improbable territoire donne-t-elle accès ? Et ce fil collé - mais mal collé - à quoi mènerait-il si d’aventure on le suivait ? Des étoiles mortes nous envoient leurs messages, lumières d’années.
      Et surtout, des écritures mystérieuses investissent ces manuscrits. On les reconnait pour telles, mais elles sont illisibles ; elles se contentent d’affirmer qu’il y a du sens, sans rien révéler de ce sens.
      Ainsi, chez Nicaise, une peinture de la trace ne cesse de nous dire qu’elle vient de quelque part, de quelques zone primordiale et magmatique de notre existence, zone à laquelle nous n’avons pas accès, si ce n’est par le songe.
      Et puis, d’un seul coup, l’aujourd’hui se dit avec netteté. Dans le geste, et dans la puissance du surgissement.
      Le fond, c’est la longueur du temps. L’énergie du temps, condensée dans l’immédiateté, c’est la forme blanche ou noire. Dans l’immédiateté, la matière a repris ses droits contre l’histoire. L’assertion contre la rumeur. L’instant contre l’éternité.
      ÉPITASE
      ​L’instant. Devant une toile de Christine Nicaise, je pense souvent à cette scène, entr’aperçue dans un village endormi d’Orient.
      Une cour, délimitée par un mur bas, même pas gardée par une porte entrouverte. Un vieux lettré à genoux sur la galerie de bois du patio. Passant sur le chemin, je pouvais le voir, immobile, courbé sur son papier fragile, l’épais pinceau à la main, dans l’attitude de concentration extrême qui est aussi parait-il celle du pratiquant des arts martiaux. Au-dessus du bourg ensoleillé, vibrait une énergie muette. Repassant au même endroit une demie heure après, je vis le vieil homme dans la même posture attentive. Mais tout à coup, la main du calligraphe se mit en mouvement. Fulgurance. Et dans l'air, toute tension avait soudain disparu. L’œuvre était faite.
      Il y a quelque chose de cette expérience de la contention et du geste dans la peinture de Nicaise. Oui, je m’imagine volontiers la peintre, penchée sur cette toile où l’histoire s’est oubliée jusqu’à se nier. La peintre est immergée dans l’épaisseur de l’attente. L’inquiétude et l’hésitation sont elles-mêmes devenues un bloc solide.
      Et soudain, c’est la trace vive, dans laquelle l’être s’est jeté. L’orgasme peut-être. La tension tonique a basculé dans la tension cinétique. Mais ce sont bien là deux tensions : celles de la vie, encore. Sœurs encore.
      LOGOS.
      Autre preuve de l’union. Que ce soit par la peau usée de ses vieux murs ou par ses assertions massives, c'est toujours grâce au verbe que Christine Nicaise insuffle vie à sa toile : graffitis, inscriptions muettes, lettres malhabiles, tracés aux directions multiples, mentions parcellaires, ratchatchas, brachylogies, craboudjas, glyphes, kanas, runes.
      Ce que lion trace ici, ce n>est pas le mot qui désigne, énonce et qualifie, et qui dès lors stabilise et enferme. Mais le verbe total, immanent et primaire. Le signe absolu, dont les fragments renvoient indistinctement au n’importe quoi du monde. Les palimpsestes de Nicaise sont les mille échos des mille voix de l’univers. Ce sont des paroles. Non point secrètes, mais jouissant pleinement de l’existence avant toute structuration. Le bruissement est lointain, le présent est ici.
      ici le verbe se fait matière.
      Et ce faisant, le verbe advient à l'écriture. Cette écriture qui, dans l’histoire de l’humanité, représente un effort inouï pour réconcilier l’irréconciliable : disséminer la langue, qui n’est que temps, à travers l’espace ; donner corps, épaisseur et volume, à cette langue qui n’est que linéarité.
      La peinture de Christine Nicaise participe bien à ce pari. L’écriture y est partout : dans le fond réfléchi comme dans la forme agie. Et, pour signifier cette prégnance, elle investit aussi ces marges où la peinture parle habituellement d’elle-même - dates et signatures - et qui ont ici cessé d’être marges, participant désormais au temps du grand énoncé.
      La nécessité de dire est dans les deux tensions : à la fois dans la méditation et dans le geste.
      ZEUGMA.
      Le verbe s’est fait matière. Mais la matière s'est faite cosmos. Car si l'histoire de l’humanité semble avoir laissé sa trace sur la toile de Nicaise, le substrat sensible de cette histoire y est aussi.
      Tous les éléments primordiaux semblent en effet y avoir été convoqués : la terre, l’eau, l’air, le feu.
      La terre d’abord, la plus évidente des présences. Avec ses rousseurs, ses champs de tabac, ses nudités et ses ombres, et ce sang bruni qui a abreuvé des sillons oubliés. Les eaux, qui meuvent les bleus et les gris et qui, venant parfois prendre la terre d’assaut, rendent ses rivages à jamais mobiles. Et qui dialoguent sans cesse avec la terre et l’air. Car ce sont aussi des bleus d’étoile, des bleus d’œdèmes, des bleus d'ardoise. L’air. Car les fonds ont privilégié la légèreté, et, de plâtre, leurs blancs sont aussi blancs de lait ou blancs de lune. Le feu enfin. Car la toile vit aussi de brulures sans formes et d'ardeurs hésitantes ; et l’on y perçoit aussi la lueur de quelque astre lointain.
      La toile de Christine Nicaise s'étend ainsi aux dimensions de l’espace. D’ailleurs, elle a refusé la contrainte du cadre : ses tensions sont ailleurs, et n'ont point besoin des châssis. Elle vit librement dans l`espace, au gré de l’humidité et des forces physiques qui animent sa texture. Et même : quelques fils de trame ont échappé à la chaine.
      Cette liberté n’est pas maniérisme : elle répond à une nécessité. Car une peinture qui pratique comme celle-ci la coïncidence des opposés devait nécessairement récuser l’opposition classique du dedans et du dehors.
      La toile jouera donc du hors-champ.
      C’est que Christine Nicaise, peintre des extrêmes, aime travailler aux extrémités et se jouer des limites. Parfois elle ramène à l’intérieur de son cham ces marques qui d’habitude bordent et bornent. Telle ligne, faussement conclusive, telle mince bande jaune ou rouge, qui semble appartenir à une autre toile, d’un autre peintre peut-être. Souvent, elle construit sa surface en partie double : anneaux symétriques, polyptiques. Mais de frontières, elle n’en trace jamais que pour mieux les franchir.
      La toile est dès lors comme le lieu où vient s'achever, dans l’apparence, quelque chose qui vivait en dehors. A moins que ce ne soit le contraire : la toile, qui dit mais sous-entend plus encore, fait vivre ses contenus à l’extérieur d’elle-même.
      APOTHESE.
      Conclure ? Non. Conclure, ce serait comme imposer un cadre à une peinture qui lia refusé. Ce serait arrêter une œuvre dont on a vu qu’elle était de mouvement, mouvement de l'histoire et mouvement du geste. Ce serait donner un sens univoque à ce qui revendique de vivre dans la pluralité, la tension et la dialectique.
      Ce serait clore ce qui est ouvert. Proposer des médiations, toujours provisoires, voilà qui fait de l’œuvre de Christine Nicaise – dont on dit volontiers qu’elle est toute de sensibilité - une œuvre d’intelligence. Tant il est vrai, comme le dit Flaubert, que « la bêtise consiste à vouloir conclure ».

       

      - Louis Colaux, 28/07/17 in http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2017/07/28/christine-nicaise-8751548.html

      De l’artiste peintre Christine Nicaise, il faut parler à voix feutrée, dans une poussée dominée de souffleur de verre, d’elle, il faut parler comme d’un poème de soie, d’un oiseau presque soluble dans l’air, d’une fragile et brûlante bulle de cristal.

      D’elle, dans l’œuvre qu’elle édifie, ceci d’abord m’a puissamment bouleversé, ceci m’a retroussé l’âme comme une layette d’enfant mise à sécher. L’artiste a perdu le conjoint qu’elle aimait passionnément. Comme une Pénélope nouvelle, douloureuse, veuve, une inédite Pénélope dont l’Ulysse est en invisible voyage autour d’elle, en suspension dans ses parages immédiats, Christine Nicaise sertit dans ses nouvelles œuvres des traces de lui, elle incorpore à ses travaux de toile, dans sa geste picturale nouvelle, des éléments graphiques de son passage, des signes, des caractères, des traces. Elle crée, dans une complicité amoureuse déchirante et sublime, des œuvres dans lesquelles son amour vit, dans lesquelles son palpitant amour est recueilli et se manifeste. Elle reçoit, en hôtesse amoureuse et passionnée, son amant dans l’univers intime de sa création, dans l’univers appelé à s’avancer à la rencontre du monde. Le précieux, le grandiose, le vital d’un amour déchiré se recomposent désespérément, s’inventent poétiquement, se survivent aux travers de ces mains qui retiennent, agrègent et suturent. Je n’ai pas vu, de ma vie d’amoureux des tableaux, de plus poignante, de plus inspirée traduction artistique du magnifique poème d’Eluard.

      Il s’est mis, au fond de moi et de son propre gré presque, à légender les nouvelles œuvres de Christine Nicaise.

      Je te l’ai dit pour les nuages
      Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
      Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
      Pour les cailloux du bruit
      Pour les mains familières
      Pour l’œil qui devient visage ou paysage
      Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
      Pour toute la nuit bue
      Pour la grille des routes
      Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
      Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
      Toute caresse toute confiance se survivent.

      Voilà cette œuvre qui m’étreint le cœur et qui dit avec son déchirement et au-delà de sa douleur ce poème et ce vers décisif : Toute caresse toute confiance se survivent.

      Ainsi, Christine Nicaise, dans ses toiles habitées, dans ses célébrations picturales, retrouve-t-elle, invente-t-elle, après et à travers le terrible d’une épreuve insurmontable, le sacré amoureux. Voilà celle qui dit à son amour qu’elle crée encore par lui, en lui. Voilà celle qui reçoit ensemble dans son atelier la peine, la fièvre et le l’inspiration et compose avec elles des œuvres qui font naître en nous de la reconnaissance, les effets d’un charme délicat et indispensable comme l’oxygène, quelques indices d’amour ému à l’attention de la belle artiste. Et c’est à cette envoûtante eucharistie amoureuse que d’abord j’ai cherché à rendre grâce. Rien n’est important, il me semble, comme de chanter, de louer ce qui nous touche intensément, nous éclaire, nous atteint par la chaude bienfaisance d’une lumière. La lumière, la fervente humanité, la palpitante qualité du message amoureux et artistique, l’intensité délicate et bouleversante produites par l’œuvre de Christine Nicaise me traversent, m’éblouissent, m’éclairent  et m’élèvent. La rencontre d’une œuvre, lorsqu’elle se vit dans l’intensité, ne saurait se limiter à un strict bénéfice intellectuel ou esthétique. Une œuvre nous est aussi un soutien, une émotion physique, une présence fébrile, une caresse, un supplément de grâce, le moyen d’une résistance à la lassitude, à l’angoisse et au renoncement.  C’est tout cela à la fois que je veux brasser ici, dans ce salut enthousiaste, respectueux et empressé que j’adresse à l’artiste. Et le vers d’Eluard, dans le prisme de l’œuvre de Nicaise, se répand alors sur un mode exponentiel : Toute caresse toute confiance se survivent.

      L’œuvre est bien plus vaste que ce que j’en dis ici, plus longue dans le temps, elle possède un large spectre que je n’ai pas encore identifié.  Je viens de l’entrevoir par ce bord sublime que j’ai dit. Je viens d’y succomber. Je veux dorénavant la découvrir dans son entier, dans son histoire et dans sa diversité. C’est sur ce chemin que je suis. Mais d’emblée, j’ai voulu, dans l’irrépressible élan d’affection que l’artiste nous inspire à Suzy Cohen et à moi, témoigner tout de suite de la lumière reçue et partagée. A présent, mon désir est de cheminer un temps avec l’œuvre, de rencontrer et d’entendre l’artiste. Je rendrai ensuite compte de ces événements et de la grâce qui les enveloppera et que je pressens.

       

      - Suzy Cohen, 28/07/17 in http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2017/07/28/christine-nicaise-8751548.html

      Elle peint
      Biche embarbelée
      Dont le nez cherche
      En vain
      Le vent
      Ivre de térébenthine
      Elle déchire
      Elle gratte
      Elle arrache
      Elle peigne
      Elle durcit
      Tout reste
      En suspension...