Biographie

"Son père Louis, a écrit M. J. Du Jardin, dans son important ouvrage L’Art flamand, était receveur des contributions, et sa mère, née Charlotte Filemont, avait donné le jour à six enfants, trois garçons et trois filles. Peu de temps après la naissance du futur artiste, le père de celui‑ci décéda. Les ressources de M~C Meunier se trouvèrent réduites à une pension de veuve, insuffisante pour élever les siens. Propriétaire d’une maison située sur la place du petit Sablon, elle quitta Etterbeek, s’établit en ville dans l’immeuble qui lui appartenait, y ouvrit un magasin de modes, loua des chambres, et put ainsi songer sans trop de crainte à l’avenir. Bientôt ses jeunes filles, ‑ dont l’une épousa le graveur Auguste Danse, ‑ l’aidèrent dans son commerce; son fils aîné, Jean‑Baptiste s’engagea, en qualité de typographe, dans une imprimerie; le second trouva à se caser dans une administration gouvernementale, tandis que le plus jeune, Constantin, faisait ses études élémentaires. Cependant par quel concours de circonstances la vocation d’artiste se révéla‑t‑elle chez Jean‑Baptiste et chez son frère?
Théodore Fourmois (le grand paysagiste bruxellois) était venu habiter chez Mme Meunier. Peut‑être est‑ce lui qui leur donna le goût de l’art. Quoiqu’il en soit, Jean‑Baptiste ne tarda pas à devenir l’élève de Calamatta (qui dirigeait l’école de gravure de Bruxelles), dans le but d’apprendre à manier le burin; puis à son tour il développa le germe de l’art chez son cadet, et ce devait être chose intéressante que de voir l’ouvrier harassé par un double travail, celui de l’atelier et encore celui de la gravure (car il continuait de pratiquer son métier), corrigeant les premiers essais du grand peintre‑sculpteur qui nous occupe.
Le jeune homme se mit à dessiner avec passion et comme, peu de temps après, il se présentait à l’atelier du sculpteur Fraikin, celui‑ci le reçut en disant : « A la bonne heure, vous savez dessiner, vous. »
« Mais chez Fraikin, racontait Meunier, mon temps se passait à mouler ou à préparer la terre plastique dont le maître avait besoin pour ses travaux. A l’occasion je recevais en passant une petite leçon de modelage; et malgré cela, je considérais mon professeur comme un Dieu. Pour lui plaire, pour entrer des ses bonnes grâces, je ne reculais devant rien, car je faisais toutes les commissions utiles à tous et j’allumais encore le poêle avec un soin extrême. »
En 1851, à l’âge de 20 ans, Meunier exposa, au Salon de Bruxelles, une esquisse en plâtre La Guirlande. Ce n’était qu’un essai qui ne pouvait le satisfaire; il aspirait à une étude plus directe de la nature, à l’observation du modèle qui ne pose pas. Il entra à l’atelier Saint‑Luc, un de ces ateliers libres où quelques jeunes artistes se procuraient à frais communs le modèle et l’éclairage et il rencontra là des amis, des confrères enthousiastes, indépendants, et alors il se fit que des peintres l’attirèrent vers la peinture.
Dirigé par Ch. Degroux, « le peintre des tristesses réalistes », il se décida à abandonner l’ébauchoir pour la brosse." (Fernand Khnopff. Constantin Meunier in The Studio, Londres, juin 1905, vol. XXXV, n° 147).

Constantin Meunier est l'oncle de l'affichiste Henri Meunier.

Formation :
‑ Prend ses premières leçons de dessin auprès de son frère Jean‑Baptiste, son aîné de 10 ans et est conseillé par L. Calamatta, hôte de la famille Meunier..
* Reçoit les conseils de son frère Jean‑Baptiste qui exerça une véritable tutelle sur son travail pendant plus de 30 années. Constantin Meunier ne s'en affranchit qu'à l'époque du voyage en Espagne.
- En dépit de son entrée à l'Athénée, il fut vite évident que le jeune garçon n'était pas fait pour les études.
- Comme il aime dessiner, on décide de l'inscire à l'Académie où son frère ainé Jean-Baptiste avait fait des études de gravure.
‑ 1845‑52. Bruxelles, Académie. Sculpture. Professeur : Louis Jehotte.
* Reçoit un diplôme pour le prix de modelage d'après nature ce qui lui permet de suivre la classe de composition historique.
- .Entre comme apprenti dans l'ateleir de C.- Auguste. Fraikin, où il resta environ 3 ans.
- Dès 1851 se met à fréquenter l'Académie Saint-Luc, un atelier proche du Petit Sablon.
* Y rencontre Charles De Groux qui lui montre la voie vers le réalisme social.
‑ 1853-1854. Académie de Bruxelles. Peinture. Professeur : F. J. Navez.

D'abord sculpteur, il débute au Salon de 1853 avec un groupe inspiré de son maître Fraikin, "La Guirlande", esquisse en plâtre malheureusement perdue.

De 1854 à 1880, se livre exclusivement à la peinture.

Entre 1857 et 1875, peint surtout des tableaux religieux.
* Séjourne régulièrement dans le couvent des Pères Trappistes à Westmalle et réalise nombre de dessins et de peintures sombres comme "Enterrement d'un trappiste".

1857.
Expose la "Salle d'hôpital Saint‑Roch", grand tableau qu'il détruisit par la suite.

L'influence de Dubois disloque ses jeunes certitudes et le pousse à préférer le métier brillant, la virtuosité technique à la composition.

1861.
Co‑fondateur de la Société des artistes belges (1861‑65)

1862.
Epouse Léocadie Gorneaux, française et professeur de piano.
* Trois garçons et deux filles naîtront de cette union. Paul, laîné ne vivra que quelques mois.

Son tempérament s'insurge contre le réalisme étroit de son ami Dubois et l'influence réelle que Charles De Groux et son œuvre exercent sur Meunier vers 1865 est plus logique, plus active et plus féconde.
A travers De Groux, il s'éprend aussi de Millet.

1863.
Postule en vain pour un poste de dessin à l'Académie de Bruxelles.

1867.
Se présente sans succès pour un poste de professeur à l'Académie de Louvain.

1868.
(01/03) Co‑fondateur de la Société libre des Beaux‑Arts.
* Son frère Jean-Baptiste compte aussi parmi les fondateurs.

1869.
Membre de la Société internationale des Aquafortistres fondée à l'initiative de F. Rops.

Après la mort de De Groux (30/03/1870), revient à la peinture d'histoire, exécute une série de portraits et fait même une incursion dans la peinture de genre.

Vers 1870, brosse des portraits et des scènes de genres, tenant souvent à des événements familiaux. Il crée aussi des tableaux historiques.

1878.
Daniel De Groux, fils aîné de Charles, invite l'ami de son père à venir le voir à Herstal.
* Meunier est subjugé par ce monde du travail industriel.

1879‑80.
Consacre plusieurs mois à exécuter des peintures murales pour l'église Saint‑Joseph de Bruxelles.

1880.
Camille Lemonnier entreprend une série de textes sur la Belgique et fait appel à différents artistes pour les illustrations..
* Voyage à travers le Borinage avec X. Mellery, F. Rops et C. Lemonnier. La région minière et le monde ouvrier laissent une forte empreinte sur son œuvre.Expose des œuvres consacrés au monde industriel. Le livre "La Belgique" paraîtra en 1888 avec une dizaine de dessins de Meunier..

De 1880 à 1895 mène de front peinture et sculpture.

1882 (oct.) ‑ 1883 (avril).
Séjourne à Seville en Espagne pour y faire une copie de La Descente de Croix de F. De Kempeneer à la demande de l'Etat belge. Il y peint également des tableaux issus de son environnement et du travail journalier dans des couleurs chaudes et vives. Une fabrique de cigares à Séville sera pour lui une source d'inspiration importante.
Il apprivoise la lumière et sa facture devient plus souple, sa palette plus vive et plus osée.

Rentré en Belgique, il arrive à nouveau à une synthèse du labeur humain à travers le type de l'ouvrier.

1883.
Fonation du Groupe des XX ; Meinier n'en fait pas partie mais y sera souvent invité.
* Il y sera remarqué par Edmond Picard qui lui apporta son aide durant des années.

1884.
Fait un long séjour au Val Saint‑Lambert.

Exécute six grand panneaux décoratifs pour l'Exposition d'Anvers.

Revient à la sculpture et participe avec succès à des expositions à Bruxelles (1885, Salon des XX), à Anvers (1885) et à Paris (1886)

Plutôt qu'une dénonciation de l'état social, son œuvre constitue la glorification du travail.

1886.
Envoie au Salon de Paris, "Le Marteleur" qui produit un effet considérable.

1887‑95.
En avril, après le rejet de plusieurs demandes, obtient une charge de professeur à l'Académie de Louvain où il s'installe (1886‑95)

1889.
Fait Chevalier de la Légion d'Honneur.

1891.
(janv.) La ville de Louvain est ravagée par une crue de la Dyle.
* La maison d'habitation et l'atelier de Meunier sont endommagées et les dégâts importants.

1893.
Expose à Paris.

1894.
Mort de ses deux fils :
- (dans les premières semaines de l'année) Georges, naviguant dans la marine marchande, meurt de la fièvre jaune.
- (20/03) Karl meurt d'une infection pulmonaire.

(déc.) Se réinstalle à Schaerbeek. 

A partir de 1895, cesse presque complètement de peintre.

1896.
Sigfried Bing, sur intervention d'Henry Van de Velde, organise dans sa nouvelle galerie "Salon de l'Art Nouveau", une rétrospective de l'œuvre de Meunier.
* 29 bronze, 8 plâtres, 4 peintures, 3 aquarelles, 15 pastels, 11 dessins.
** Catalogue : texte de Georges Lecomte, collaborateur de la revue "L'Art Nouveau".
*** Succès considérable : articles élogieux de Gustave Geffroy, de Clémenceau, ...

(11/04) Pour ses 65 ans, ses amis lui organisent une fête dans l'atelier de Charles Van der Stappen.
* Un albume contenaunt un texte louangeur de Camille Lemonnier et de nombreuses signatures conserve le souvenir de cet événement.

1897.Le succès amène une reconnaissance internationale.
* Voyage à Dresde puis à Berlin en compagnie d'Henri Van de Velde. Il y est accueilli triomphalement. Egalement en Autriche, en Tchécoslovaquie et en Espagne.

1898.
(printemps) Expose un ensemble d'œuvres à la Sécession de Vienne.

1899.
Membre de l'Académie royale de Belgique.

1900.
Les acheteurs se font plus nombreux ce qui lui permet de se faire construire une maison, rue de l'Abbaye à Ixelles, actuel Musée Contantin Meunier où il s'installe en 1900.
.

"Le Monument au travail", dont l'Etat belge se portera acquéreur, occupe ses dernières années ; il cherche la meilleur forme architecturale pour l'édifier, notamment avec Victor Horta.

1903.
Bien que tout imprégné du "Monument au travail", il accepte encore la commande d'un monument dédié à Emile Zola dont il était un grand admirateur. Il ne pourra l'achever.

Inhumé au cimetière d'Ixelles..

Franc-maçon, il fut membre de la Loge Les Amis philanthropes du Grand Orient de Belgique.

 

Auteur de nombreux monuments publics :
‑ Le Monument du Travail au Pont de Laeken.
‑ L'abreuvoir au Square Ambiorix.
‑ Le Faucheur au Parc du Cinquantenaire.
‑ Le Semeur et Le Moissonneur au Jardin botanique.
‑ Le docker à Anvers

 

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Un musée est accessible dans son ancienne habitation et atelier à Ixelles.

1998. Rétrospective à  la galerie Maurice Tzwern à Bruxelles.
1998. Rétrospective à la Ernst Barlach Haus à Hambourg.
1999. Rétrospective à la galerie Shepherd & Derom à New York.

 

Bibliographie liée

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de présentation

    • - André Fontaine. Constantin Meunier. Paris, Félix Alcan, éd. 1923.
      Déjà quand Meunier étudiait à la Trappe de Westmael l’attitude silencieuse des moines, il avait trouvé cette simplicité du trait, ce choix instinctif de la ligne essentielle où se révèle la physionomie morale du personnage. Il possédait dès ses débuts une clarté, une logique, un don de voir et d’exprimer le caractère vrai des hommes et des choses, qualités classiques sans lesquelles il n’est point un grand artiste,
      Il avait par surcroît le sens des belles formes, qu’il s’agisse des admirables contours et des modèles savants du corps humain, qu’il s’agisse des horizons vastes et profonds, des ciels larges, des terres dures, qu’il s’agisse même des silhouettes d’usines, des faîtages, des terrils et des puits de mines, où les lignes droites prennent une grandeur inattendue, Jamais rien, chez lui, n’est laid ou mesquin; le pittoresque lui-même, qu’il n’a pas toujours dédaigné, participe de la sévérité dramatique de l’ensemble, et en tout cas de l’émotion puissante, triste ou souriante qu’il lui a plu de traduire.
      Quand il obéit en toute simplicité à son désir d’exprimer la vie dans l’aspect particulier qui vient de le séduire, ii dessine ou peint avec une souplesse, avec une sûreté, avec un sens délicat des valeurs, avec un goût irrésistible des lignes robustes et élégantes, avec une intelligence exacte du caractère, qui font de ses esquisses comme de ses grands tableaux des traductions saisissantes de la réalité et de l’émotion qu’elle dégage.

  • Vu par ses pairs

    •  

      - Lettre de Vincent Van Gogh à son frère. Saint-Rémy de Provence, 1889.
      Cher Théo, Dans toutes ses œuvres, Meunier est de loin supérieur à moi. A Bruxelles, j'ai vu ses peintures à une exposition. En fait, il est le seul de tous les artistes belges à m'avoir fortement touché. Il a peint les métallos du Borinage et leur cortège en route pour la mine ou les usines. Ses œuvres se distinguent nettement, tant par la couleur que par le traitement. Il a peint toutes ces choses que j'ai toujours rêvé de pouvoir réaliser (…)

      Fernand Khnopff. Constantin Meunier in The Studio, Londres, juin 1905, vol.   XXX V, n° 147.
      Le mardi 4 avril, à l’aube, Constantin Meunier est mort à Bruxelles, dans sa maison de la rue de l’Abbaye, où il avait installé librement sa belle existence de travail auréolé de gloire.
      Il souffrait depuis quelques mois de troubles cardiaques et plusieurs fois déjà des crises douloureuses l’avaient surpris au milieu des siens, éprouvés eux aussi par des maux dont il souffrait moralement autant que le faisait souffrir son propre mal; mais sa grande vaillance, son indomptable volonté de vivre et de travailler avaient toujours pris le dessus. Il avait passé toute la journée de lundi dans son atelier; il y avait reçu la visite du pianiste Raoul Pugno à qui il avait exprimé l’intention de faire son buste. Le lendemain, vers 6 heures, il se sentit pris d’étouffement et il s’éteignit doucement. Il était âgé de 74 ans.
      « L’art de notre pays est découronné », a dit M. Verlant, le directeur des Beaux‑Arts, dans le beau discours qu’il a prononcé devant la dépouille mortelle du grand artiste. Cependant ce n’est pas seulement un des plus grands artistes de la Belgique, mais c’est un des plus grands artistes de tous les pays et de tous les temps qui disparaît; la gloire de Meunier n’est pas nationale, elle est humaine.
      « C’est un rayon de l’art universel qui s’éteint ‑ a écrit M. O. Maus, dans l’Art moderne ;  la noblesse de son esthétique, la beauté grave des figures qu’il modela, la pitié qui s’exhale de son œuvre avaient porté son nom aux confins du monde. Nul peut‑être avant lui ne connut, après les jours d’épreuves les plus sombres, de célébrité plus illimitée. il peina durement, il souffrit dans ses affections les plus chères, sa santé débile le contraignit plus d’une fois à un repos dont s’irritait son impatiente activité. Mais rien, depuis le jour où le soleil de la gloire illumina sa vie, n’arrêta sa marche lente et sûre vers la conquête des cœurs. Il est mort dans l’épanouissement total d’une renommée qu’il devait autant à la loyauté et à la simplicité de sa vie qu’à la magnificence de son art. »
      Camille Lemonnier a écrit dans le beau livre qu’il lui a consacré « Le signe de sa vraie grandeur, telle qu’elle lui sera adjugée par l’histoire, c’est d’avoir marqué l’éternel à travers le transitoire et corollairement le type à travers les généralités humaines. »
      Constantin Meunier est, par excellence, le peintre et surtout le sculpteur de l’Ouvrier. Sans être dirigé par des préoccupations systématiques de littérature ou de politique, mais conduit par un sentiment instinctif, aussi puissant qu’ingénu, il vit le premier dans les couches profondes du peuple, des éléments nouveaux de beauté et il comprit qu’il devait les faire connaître.
      L’art de Meunier est une expression sincère de belle pitié ou de beauté compatissante. Comme l’a parfaitement écrit M. Dumont-Wilden (un de nos plus fins critiques d’art) « il est la représentation définitive de l’humanité laborieuse, l’évocation magnifique de la lutte permanente des hommes contre les fatalités naturelles.
      Drame énorme et douloureux qui est de tous les temps, mais que notre temps, avec ses immenses industries, ses centres de travail surchauffés et           congestionnés, a vu peut‑être sous un aspect plus grandiose et plus terrible que les siècles révolus.
      Trouver un élément de beauté dans l’usine, découvrir le rythme harmonieux d’un corps sous le bourgeron du mineur, dégager l’émotion d’art qui gît dans l’âpreté d’un « coron » ou la tristesse lourde d’une cité ouvrière chose énorme et singulière quand on y songe.
      Merveilleuse intuition d’un artiste que la destinée semblait avoir formé tout exprès pour cette œuvre ! Et, en effet, la vie de Constantin Meunier, harmonieuse, douloureuse et simple comme une de ses œuvres, n’est qu’une lente préparation au magnifique épanouissement de ses dernières années. »

       (…)

      Quelques succès l’encouragèrent au début; mais ces succès n’étaient ni très retentissants, ni, surtout, très lucratifs. Constantin Meunier s’était marié jeune, sa famille était nombreuse et le souci de l’existence matérielle le tourmentait souvent pendant son travail. Il dut se résoudre à accepter de pénibles besognes et il fut même réduit à « dessiner des saints pour des imprimeurs de mouchoirs.
      Enfin, après de longues années de lutte, sa nomination de directeur à l’Académie des Beaux-Arts de Louvain lui assura quelque repos.
      Il advint alors que Camille Lemonnier, chargé de décrire la Belgique pour la revue française Le Tour du Monde, demanda à Constantin Meunier l’illustration de ses pages consacrées aux prolétaires de l’usine et de la mine. Ce fut pour lui comme une révélation ; il eut, pour ainsi dire, l’intuition subite de l’esthétique nouvelle dont il allait doter son pays et son temps, « l’esthétique du peuple », «l’esthétique du travail»

      A partir de ce moment, a écrit M. Dumont-Wilden, dans Le Petit‑Bleu, c’est un nouveau Meunier qui se développe. Il semble que toute sa vie antérieure n’ait été qu’une longue préparation, un inconscient apprentissage. Dès cet instant, l’œuvre se développe avec une rapidité surprenante et méthodique ».
      La douleur qui le frappe par la mort de ses deux fils, loin de briser la force de l’artiste, le rejette tout entier vers le travail et rend son art plus profond, plus humain, plus douloureux encore. Après quelques tableaux, aquarelles et dessins, il revient à la sculpture et alors, d’abord dans l’atelier de Louvain, puis (après qu’il eut abandonné cette situation officielle qui bientôt devint l’entrave) dans l’atelier de la rue Albert de Latour, c’est un travail fiévreux et cependant régulier, un travail de tous les instants d’où devait, en quelques années, sortir une œuvre immense.
      Il est inutile de rappeler au souvenir le plus grand nombre de ces productions ; elles sont presque populaires. Mais nous ne pouvions mieux terminer cette brève notice qu’en citant la fin de l’éloge funèbre prononcé par M. Verlant : «Un jour, Constantin Meunier, dépassant son art réaliste, voulut en consacrer l’expression dans un symbole mystique. Et il sculpta l’Homme des douleurs, le Christ des humiliés et des offensés, pauvre corps anguleux tel qu’en peignirent les vieux maîtres gothiques, tête lourde de toutes les agonies assumées, penchée dans un immense accablement comme si elle ne devait jamais entendre au ciel une promesse de rédemption.
      En ce suprême aboutissement s’affirma une fois de plus le caractère noir de l’œuvre de Meunier, considéré dans son ensemble, telle qu’on peut déjà et qu’on pourra dans l’avenir l’étudier au Musée de Bruxelles, dans son développement intégral.
      La tombe, vers laquelle sa pensée grave l’orientait toujours, va recevoir aujourd’hui sa dépouille mortelle. Nous avons la confiance que l’homme si grand, si bon, qui nous fut cher, n’a pas travaillé, n’a pas lutté, n’a pas souffert en vain. Mort il ne disparaît pas. Il s’épanouit dans un rayonnement glorieux.»

       

Acquisitions

Collections publiques

En Belgique

En France

  • Parismusée d'Orsay :
    • La Glèbe, 1892, bronze
    • Puddleurs au four, 1893, bronze
    • L'Homme qui boit, 1890, bronze
    • Débardeur du port d'Anvers, 1885, bronze
    • Débardeur, 1905, bronze
    • L'Industrie, 1892-1896, relief en bronze
    • La Moisson, 1895, relief en bronze