Biographie

Père pharmacien, mère des artistes Danièle et Marianne Lemaire.

Formation :
- Ne termine pas ses études secondaires à l'Institut Marguerite Bervoets de Mons : la fibre artistique lui titille déjà le pinceau à dix-sept ans. Elle s'inscrit dès lors à l'Académie des Beaux-Arts de Mons.
1930-1936. Etudes à l’Académie des Beaux-Arts de Mons chez L. Buisseret.
* Buisseret fut pour elle, un pédagogue hors pair, « un maître spirituel ».

Expositions avec le groupe Nervia (Buisseret, Navez, A. Carte, T. Wallet...)

Depuis 1936, Mons, "Le Bon Vouloir".

Epouse Mr Lemaire.

1938.
(  /  -  /  ) Mons, Salle Saint-Georges. Jeunes artistes du Hainaut.

1939.
Naissance de sa fille Danièle.
* Danièle étant handicapée mentale et nécessitant, dès  lors, une attention très particulière, elle sera amenée à s’éloigner de la peinture durant quelques années.

1944.
Naissance de sa fille Marianne, qui se consacrera à l’art.

1947.
(  /  -  /  ) La Louvière, Maison des Loisirs : Locoge Hélène.

(13/04-24/04) Brohé Fern., Glotz Albert, Lambrecq Marcel, Locoge Hélène.

(  /  -  /  ) Mons, Le Sagittaire : Locoge Hélène.

(  /  -  /  ) Charleroi,              : Salon triennal.

1948.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie L’Escalier : Locoge Hélène.

1951.
(07/10-28/10) Mons,                                        . Salon du Bon Vouloir (053e )

1952.
 (05/10-26/10) Mons,                                    . Salon de Bon Vouloir - Mons (054e)

1953.
(04/10-25/10) Mons,                            . Salon du Bon Vouloir – Mons (055e)
(10/10-21/10) Bruxelles, Galerie Le Cheval de Verre : Locoge Hélène.

1954.
(janv.) La Louvière, Maison des Loisirs. Locoge Hélène.
(15/07-18/08) Tournai, Halle-aux-Draps. Salon triennal Les Artistes du Hainaut (04e).
(03/10-24/10) Mons,                                            . Salon du Bon Vouloir – Mons (56e )
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Le Cheval de Verre. Locoge Hélène.

De 1954 à 1955, diverses expositions d’ensemble à Bruxelles, Lille, Vichy, Morlanwelz.

1955.
(avril) Alger,                                             .Salon de l'Union féminine artistique internationale. Salon d’Alger (07e )
* Y reçoit le Grand prix de Belgique.
(15/05-01/06) Lille,                                   . Salon de l’Union Féminine Artistique Internationale. Salon de Lille (01e).
(13/08-29/08) Vichy,                                 . Salon de l’Union Féminine Artistique Internationale. Salon de Vichy (02e).

1956.
Participe aux activités du groupe Schéma (études et recherches sur toutes les formes d’expression poétique) avec Achille Chavée, Albert Ludé, Freddy Plongin, Arsène Gruslin, Constant Malva, Pol Michel, Rémy Van den Abeele...

(18/02-02/03) Bruxelles, Galerie Dutilleul (6 rue de l’Escalier) Locoge Hélène.
(déc.) La Louvière, Bouquinerie Les quatre Vents (Freddy Plongin). Locoge Hélène.
(01/12-17/12) Frameries, Salle Arts et Vita (Grand-Place). Locoge Hélène.

1957.
Depuis 1957, vit à La Louvière avec son mari Albert Ludé.

(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie de la Maison des Architectes : Locoge Hélène.
(  /  -  /  ) Expose avec le Cercle « Ars et Vita »

1958.
Achille Chavée lui dédie son recueil "Quatrains pour Hélène".
(09/11-07/12) La Louvière, Institut provincial des Arts et Métiers. Salon annuel du Cercle Les Amis de l’Art (42e)

1959.
(18/01-30/01) La Louvière, Galerie le Palace. Assez Pierre, Hayez J.L., Locoge Hélène, Plongin Freddy.
(mai) La Louvière, Musée communal. Salon du cercle royal « Les Amis de l’Art » (43e)
(oct.) Mons,                             . Salon du Bon Vouloir (59e)

1960

(03/04-14/04) La Louvière, Galerie Le Palace.
(17/01-31/01) La Louvière,                                     . Locoge Hélène.

Membre du Cercle d’Art « Le Verseau » avec Jacques Dormont, Fernande Rousseau, Michel Stiévenart…

ABORDE L'ABSTRACTION.

1962.
(  /  -  /  ) Paris, Galerie de l’Université .Locoge Hélène.
(  /  -  /  ) Gand, Salon des Beaux-Arts.

1965
(21/05-02/06).-Bruxelles, Galerie Les Contemporains. Locoge Hélène.

1970.

(  /  -  /  ) Gand, Galerie Oranje. Locoge Hélène.
(  /  -  /  ) Londres / GB, Corner Gallery. Locoge Hélène.

1980.

(18/04-  /  ) Ghlin, Maison du Peuple. Peintres Ghlinois.
(  /  -  /  ) ? , Hall du TCL. [Sans titre]

1982.
(02/06-21/06) Liège, Galerie Aturiale .Locoge Hélène.

1984.
(30/05-23/06) Liège, Galerie Aturiale. Locoge Hélène.

 

1985

(30/03-19/04) Knokke, Galerie Aturiale. Locoge Hélène .
(02/05-15/05) Bruxelles, Puig Art Gallery (ou Fine Art Gallery). Locoge Hélène.
 

1986

 (  /  -  /  ) Madrid / ES,                   .: Arco (avec la galerie Aturiale)
 (  /  -  /  ) Londres / GB,                     . International Contemporary Art Fair (avec la galerie Aturiale)
(  /  -  /  ) Stockholm / SE,                           Stockholm Art Fair (avec la galerie Aturiale)
(24/04-14/05) Bruxelles, Puig Art Gallery (ou Fine Art Gallery) : Locoge Hélène.
(20/09-04/10) La Louvière, Galerie Tendances contemporaines : Locoge Hélène.
(15/10-31/10) Le Crès, Maison des Arts Jacques Robert. Locoge Hélène.
(21/12-11/01/87) Salon du Bon Vouloir (85e).
 

1988.

(14/05-04/06) Charleroi, Galerie Zénith. Locoge Hélène.

1989.
(19/02-14/03) La Louvière, Bibliothèque centrale. Salle des Périodiques : Locoge Hélène.
(08/01-05/02) Salon du Bon Vouloir (087e)

1990

(mars) La Louvière, Salle Achille Chavée. Locoge Hélène.

1993.
(08/01-29/01) Mons, Hainaut Tourisme. Locoge Hélène, Les chemins de Lumière (1991-1992) et Marianne Lemaire, bijoux récents.

1997.
Décès de son mari, Albert Ludé.

2002.
 (12/01-24/02) La Louvière, Musée Ianchelevici .Locoge Hélène à cœur ouvert.

2005.
(29/06) Décès à La Louvière.

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2005.
(16/09-30/10) La Louvière. Musée Ianchelevici. Aperçu d'une collection. Acquisitions 1995-2005.

2006.
(28/11-04/01/07) Abstractions construites en Communauté française de Belgique de 1980 à nos jours

 

 

Liste d'oeuvres

Sans titre (80 x 60 cm)
1960, Plus d'infos
Sans titre (70 x 50 cm)
1964, Plus d'infos
Inévitable rencontre (70 x 50 cm)
1970, Plus d'infos
Agressivité dans la nuit (61 x 56,5 cm)
1978, Plus d'infos
Strates en bleu (55 x 73 cm)
1981, Plus d'infos
Paysage (70 x 50 cm)
1984, Plus d'infos
Sans titre (50 x 70 cm)
12/12/1985, Plus d'infos
Osmose n° 19 (70 x 50 cm)
1986, Plus d'infos
Osmose n° 20 (74 x 52 cm)
1986, Plus d'infos
Roulis (55 x 72 cm)
1986, Plus d'infos
Climat (50 x 70 cm)
1987, Plus d'infos
Osmose n° 17
1988, Plus d'infos
Symphonie in blue (71 x 55 cm)
1989, Plus d'infos
La rébellion (70 x 50 cm)
1990, Plus d'infos
Liberté (55 x 70 cm)
1995, Plus d'infos
Partage de la lumière (75 x 55 cm)
1997, Plus d'infos
Les étapes (75 x 55 cm)
13/09/2015, Plus d'infos

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de présentation

    • - Albert Ludé. [Sans titre] in Catalogue Hélène Locoge, œuvres 1936-1990 La Louvière Salle Achille Chavée, mars 1990.
      Hélène s'offre sans résistance à tous les influx dont elle est la cible. Ils pénètrent sa peau et se répandent dans son sang qui lentement s'alourdit. Cette lourdeur devient intolérable. Il faut alléger son sang et le régénérer.
      Elle ira opérer cet échange au contact du fonds commun de l’inconscient collectif, sédiments accumulés depuis l'origine des temps. Elle devra plonger dans ce fleuve souterrain où elle débarrassera son sang de tout ce qu'il charrie et l'enrichira des nourritures sécrétées dans le limon millénaire.
      L'échange, cet échange, lui apportera la certitude de son identité. Se découvrir dans L'autre, telle a été la tentative toujours reprise, jamais achevée qu'Hélène Locoge s'est assigné dès le début de son aventure.
      L’autre sera d’abord des enfants, des adolescentes dont elle espère grâce à leur disponibilité réussir cet échange qui doit la dévoiler à elle-même et aux autres.
      Le témoin de cette aventure sera la toile qu'on pourrait, si on n'y prenait garde, qualifier de portrait, alors qu'il s'agit du résultat en couleurs de l'échange entre le peintre à la recherche de lui-même et le sujet qui lui a servi de médium.
      Inapte à représenter, mais attentive à transcrire ce qui lui apporte la certitude de son être, Hélène Locoge ne peut être taxée de figurative.
      L’entreprise qu'on vient d’évoquer est hérissée de périls : ainsi la confusion entre la sensibilité épidermique et la sensualité qui engage l'être tout entier ou encore la séduction formelle qui pourrait pervertir le tableau.
      Elle s’en prémunit en renonçant aux facilités charmeuses de la soie des pinceaux et de l’huile qui délaye. Elle choisit le triangle d'acier, acéré, souple et dur, prête au combat car elle sait que c'est dans une lutte qu'elle s’engage, sans protection, armée de sa seule lame. Celle-ci se fera tantôt caressante, tantôt violente.

      Entre ces extrêmes, la douceur et la violence se partagent le tableau ; à la douceur du visage s'opposera la lourde chape du vêtement, à la façon de ces idoles au visage éthéré, chargées par ailleurs d’une carapace d'ornements riches et barbares. Ces formes d'expression témoignent de la lutte qui se joue.
      Hélène s'aperçoit assez vite des limites de l'autre, réduit à un seul personnage. Elle veillera à les multiplier pour rendre l'échange plus complexe et plus fertile, multiplication dont elle mesurera finalement la vanité.
      L'autre sera non plus l'un ou l'autre, mais l'infinité multiple des êtres. Ce qui la conduira à l'abandon de l'image humaine pour aborder la peinture non figurative.
      Cet abandon de l’individu pour s'engager dans le labyrinthe obscur de la multitude ne se fera pas sans tâtonnements. Il sera à l'origine d'une désorientation. Celle-ci se retrouve dans des surfaces en forme de cloques et dans lesquelles s'inscrivent des cercles concentriques qui donnent l'illusion d'une eau calme perturbée çà et là par la chute d'une pierre.
      La perturbation est fugitive et la surface nous laisse l’impression d'un marais dégageant des bulles mais dont le fond n’a pas été troublé.
      L’échange ne s’est pas fait et si la toile nous fascine, c'est par son côté désespéré de marécage insouciant du danger qu’il offre de nous y perdre.
      Ou encore, c'est le chaos de mille rectangles, blocs constituant un rempart impénétrable à travers lequel nous entrevoyons les acteurs de l'échange et dont nous restons séparés.

      L’impossibilité de ce mur resplendissant de lumière, à travers lequel nous tentons, au prix de nos mains déchirées de rejoindre l’incommunicable, porte notre souffrance à un point extrême.
      Nous nous surprenons à écrire "nous". C'est dire à quel point nous partageons le désarroi du peintre. Il doute de ses moyens. Il perd confiance en son arme. Il veut l'éprouver. Ce sera un éclatement de couleurs éblouissantes et déchaînées. La lame est toujours vaillante.
      Hélène sait maintenant que si elle trébuche, c’est qu'elle mène son combat dans l’obscurité. Les mille sensations que charrie son sang l'aveuglent. Il faut, coûte que coûte, se laver de tout ce qui cache la lumière.
      Hélène se jette à corps perdu dans les vagues d'un lyrisme gestuel et échevelé. Cet océan au sein duquel elle risque de se perdre lavera son corps des impuretés qui lui souillent la peau. Mais son sang reste chargé de tout ce qui l'empêche de respirer et de voir, d’atteindre cet échange dont elle sait qu’il est le gage d'une certitude : celle d'être un élément vivant de l'Etre.
      L’expérience n'a pourtant pas été vaine. Elle a senti ce que ces vagues dangereuses à aborder avaient de revivifiant. Une lumière timide, tremblante, encore incertaine lui apparaît comme le feu d'une bouée, rassure le marin au milieu de l'océan.
      Cette lumière suffira-t-elle à la conduire au but ? Les astres, le soleil ne sont-ils as des guides plus sûrs ? .S'ouvre une période où les astres, les orbes qu'ils décrivent, les rayons qu'ils envoient vont lui apparaître comme une voie vers la lumière.
      Mais le ciel est incertain. Les nuages cachent les astres. Impossible de faire le point. Elle sait qu'elle ne devra chercher la lumière qu'en elle-même et qu'elle ne la trouvera que dans la profondeur du fleuve au contact du limon immémorial.
      Les nourritures qu'elle y trouvera échappent à notre conscience et ce n'est que dans l'abandon éperdu d'elle-même qu’elle pourra en tenter la préhension.
      Hélène a terminé sa lessive. Elle repasse. Dans le va-et-vient de son fer, elle ressent une langueur lentement l'envahir.

      La lourdeur de son sang s'accentue. Le temps vient où elle devra se décharger de tout ce qu’il charrie.

      Elle se prépare.
      Le repassage n'est plus qu'un geste machinal.
      Sa pensée est ailleurs.
      Elle décide : la plongée sera pour bientôt, pour demain.
      Elle passe une veillée préparatoire où se mêlent désir et crainte.
      Mais l'espoir est le plus fort.
      C'est le matin.
      Elle s'éveille.
      Seule, elle se dirige vers son atelier. Elle s'arme de sa truelle. Elle se prépare à plonger dans le fleuve souterrain qu'elle appelle et qui l'appelle.
      Libre, sans entrave.
      Elle s’élance nue car elle sait que la surface entière de son corps doit être offerte à l’échange. Elle sait aussi que ses mouvements soulèvent le limon régénérateur pour qu'il soit entièrement sien.
      Elle sait encore qu'elle doit atteindre les couches les plus profondes car c'est dans les replis extrêmes du lit du fleuve que se trouvent les parcelles de limon les plus lourdes de signification.
      Elle poussera l'aventure jusqu'à l’extrême limite de sa résistance.
      Elle remonte lentement, reprend son souffle, s'ébroue.
      Elle est encore étourdie devant le témoignage de sa tentative : le tableau.
      Quel est-il ?
      Elle s’interroge.
      Elle récupère doucement.
      La nuit vient qui dissipera les dernières traces de l'effort.
      Car demain matin, elle va reprendre son repassage.

       

      - Christine Bechet. [Sans titre] in Catalogue Hélène Locoge, œuvres 1936-1990 La Louvière Salle Achille Chavée, mars 1990.
      Hélène Locoge est une femme libre, une femme authentique. Passionnée, impulsive. elle déteste comme elle aime : sans réserve. Elle vit ses sentiments avec violence, absolument. Et quand elle peint avec la ferveur qui la définit, c’est souvent pour mettre sur sa toile, paradoxe, une infinité de touches délicates qui nous mènent à l'émotion raffinée. Comme si, tout à coup, son énergie, son exubérance la guidaient vers les notes tendres d'une féminité retenue et nuancée.
      Chez Hélène Locoge, chaque toile est une nouvelle aventure, une rencontre avec la matière, la couleur et la forme pour traduire le mystère des gens et de la vie.

      Longtemps, elle a peint les visages de ceux qui retiennent son attention. Portraits d'enfants surtout de qui elle fixe les regards pleins de tristesse, de mélancolie et d'émotions. Avec son couteau et ses tubes de couleurs. Elle traduit les inquiétudes, les drames, les fragilités. Chaque toile est la rencontre d'un univers intérieur, l'expression d'un partage. Chaque toile est une lettre d’amour.
      Hélène Locoge vit sa peinture au rythme de ses tristesses, de ses angoisses, de ses révoltes. Elle vit sa peinture au rythme de ses joies, de ses plaisirs, de ses tendresses.
      Hélène Locoge est sa peinture.

      Quand elle balaie des toiles longues, horizontales, avec d'épaisses couches de matière noire, à peine éclairée de bleus profonds, de bruns terreux ou de verts sombres, elle crie sa révolte devant la mort d'un frère, elle hurle sa tristesse. Quand elle retrouve la paix, elle nous entraîne dans un monde de pastels harmonieux aux variations subtiles.
      Univers de la poésie pure, détaché de tout argument littéraire, où il fait bon se laisser emmener.
      Monde intérieur fait de variations lyriques, de douceur d'être. Jamais mièvre, toujours fort de vie.
      Ondulations. Variations joyeuses. Vagues de couleurs soudain chatoyantes. Jaunes, roses, bleus, rouges : autant d'éclats de rire, de cris de joie, d'explosions de vie où la matière, riche, module des courbes douces qui apaisent les couleurs...
      Parfois, la couleur se fait ligne, se fait angle. Il lui arrive, étrange vertige, de s’engouffrer dans un rayon de soleil qui la réchauffe en mourant - le plus bel acte d'amour dit-elle aux astres qui la bouleversent...
      Osmoses. De tendresse, d'harmonie, de sérénité. On touche à la création pure, à l'expression de la liberté absolue de l'artiste. Plus la moindre contrainte devant la toile qui devient moyen supérieur d'exploration de l'en-dedans.
      Expression pure de la maîtrise de son art.
      Vient le soir et ses bleus anguleux... Il annonce la nuit. Une nuit éclairée par un astre timide et froid. Tristesse, angoisse. Mais les toiles se multiplient : rage de créer, rage de vivre. Catharsis.
      Chère Hélène qui peut tout : la haine, la révolte, l'amour.
      Chère Hélène qui pardonne tout à ceux que tu aimes. Instinctive, impulsive, généreuse, ta vie est une succession d'évidences, parfois jusqu’à la cruauté. Mais il est si bon de partager tes enthousiasmes, tes ferveurs, tes révoltes ; t'entendre parler de ce qui t'a séduite ou révoltée, fougueuse, passionnée ; t'entendre évoquer ceux que tu as aimés, ceux que tu aimes.
      Chère Hélène, préserve ta vivacité, ta jeunesse. Préserve ton extraordinaire faculté d'émerveillement.
      Chère Hélène qui m'a donné sans réserve, dès les premiers instants, le plus précieux des cadeaux :ton amitié.

       

      - Christine Béchet, Hélène Locoge ou le paradoxe de la légèreté in catalogue Hélène Locoge, A cœur ouvert. La Louvière, Musée Ianchelevici, 12/01-24/02.
      Helene Locoge, un nom qui coulait doucement dans mon oreille de gamine quand Chavée évoquait ses amis d' Haine-Saint-Paul, les Ludé. Je ne les avais pourtant jamais rencontrés : Albert jetait un regard méfiant sur mon père, jeune fonctionnaire provincial qui s'était pris d’amour pour le surréalisme hennuyer alors qu’il œuvrait depuis peu dans une institution réfractaire à l'audace créative. Alexandre André (le Député permanent, pas l'ouvrier qui avait fréquenté Rupture) ne jurait en effet que par Paulus ou autres chantres du travailleur figé dans sa souffrance
      J’ai grandi et me suis aventurée dans des périodiques soixante-huitards comme Voyelles. Quand Jeanne Vercheval m'a demandé un texte sur les femmes surréalistes, je me suis souvenue de cette dame que Chavée - fait remarquable ! - considérait comme un excellent peintre. Et j’ai un jour débarqué chez les Ludé récemment installés à Vellereille-les-Braveux.
      J'ai réussi mon examen d'entrée. Elle avait soixante-cinq ans, j'en avais trente : une histoire d'amitié est née entre la jeune femme et la femme jeune.
      Elle m’a conté le chemin de vie qu'elle s’est créé, parcours sélectif jalonné de personnes élues : son père, ses filles, son frère, son mari Albert Ludé. Léon Buisseret. Chavée, Havrenne, Moreau, Biefnot, Colinet... Et de découvertes : le Manifeste de Breton, le Bauhaus, l'architecture romane... J’ai compris sa peinture, élixir indissociable des fluctuations d'une vie authentiquement assurée, avec ses pièges et ses embûches, ses émerveillements et ses joies simples, ses immenses souffrances, jaillissement d'états d'âme surgis d'un inconscient qu’elle refuse d'analyser, matière riche et complexe, colorée par les tourments, les rencontres ou les émerveillements. Univers essentiellement poétique qui se tient volontairement à l’écart de l’argument trop littéraire à ses yeux des peintres surréalistes.
      Elle m'a offert le partage de moments de vie, instants de son quotidien gérés avec enthousiasme dans une agitation quelque peu frénétique. Attentive à combler ses hôtes et les régaler, elle s’anime et s’inquiète bien avant l’heure du rendez-vous, frétille d'impatience.

      La fête est dans sa tête, trop présente. Elle supporte mal l'attente : elle vit comme elle conduit, vite. Insouciante du danger, elle s'emporte contre l'un ou l'autre qui lambine, donne bruyamment de l'avertisseur et... n'évite pas toujours l’obstacle.
      Hélène, c'est la vie à l'état brut. La vie qui se construit au rythme des passions, des emballements, des révoltes, des colères. Sans rancœurs ni amertume : elle met au tiroir des oubliettes ce qui ne lui convient pas; elle sélectionne et se nettoie la mémoire pour préserver ses tendresses, ses amours. Pour préserver 1' énergie qui lui a permis de vivre Danièle, l'enfant de l’espoir déchiré, du ventre meurtri, des victoires désespérées; de concevoir Marianne, l'enfant qui réhabilite le corps coupable, rend à l’âme sa confiance; de larguer les amarres et construire un couple avec l'indomptable Ludé, explosion de passions mûres, superbe paradoxe d’une rencontre dialectique.
      Cheminer avec Hélène, c’est frémissant et enivrant et authentique et tendre et exaltant et déconcertant. En effet, elle plaque ses jugements au couteau, comme les couches de couleurs dont elle structure ses toiles au rythme des ferveurs qui l'envahissent. Elle fend la foule compacte de ceux qui se protègent de la lumière et fonce tête en l'air vers ses évidences, écrasant distraitement les égarés qui se sont aventurés sur son passage.
      Hélène et tout son bataclan, c'est une sacrée petite bonne femme qui pèse lourd. Qui pèse le poids de sa légèreté.

       

      - Valérie Formery. « Je cherche et peindre l'essence même de le peinture » in catalogue Hélène Locoge, A cœur ouvert. La Louvière, Musée Ianchelevici, 12/01-24/02.
      L'œuvre d'Hélène Locoge est à l'image du personnage : instinctive; contrastée; abondante, parfois inégale, car chez elle, l'authenticité l'emporte sur le souci d'ordonnance et de cohésion.

      Sa technique est tout aussi révélatrice de sa personnalité, impatiente, passionnée, le peintre s'est exclusivement exprimé sur de larges feuilles de papier qu’elle marouflait ensuite sur panneaux d’unalit, une fois la rage de peindre assouvie. Elle n'a utilisé que le couteau, son style direct s’accommodant mal des gestes mesurés qu'impose le pinceau.
      Le travail du couteau confère la force de ses premiers portraits: la structure des visages naît de l'étalement des couleurs plutôt que du dessin proprement dit. Le portrait est omniprésent chez elle jusque dans les années ‘60. Dès 1956, elle peint d'émouvants visages de femmes, d'enfants, d’adolescentes, de proches ou d’amis. Le peintre recherche l’intériorité du modèle plutôt que ses contours, le visage est comme illuminé de 1'intérieur. Ce sont des enfants chétifs à l'aspect fragile qui retiennent son attention. Elle décante peu à peu les formes, stylisant les éléments du visage pour arriver à de larges et subtils aplats colorés.
      L’instinct guide son geste. Hélène Locoge peint avant tout avec son cœur. On ne peut dissocier son quotidien du souci purement pictural. L'affect est toujours perceptible et l'on mesure la part de symbole a la lumière de son vécu. Les titres sont en cela révélateurs: la Protégée, les premiers pas, l'Eveil de l’intelligence, Les deux sœurs…
      Au début des années ‘60, Hélène Locoge découvre le Bauhaus, les œuvres de Manessier, de Nicolas de Staël et de Paul Klee. C’est la révélation ! Dès ce moment elle ne s’intéresse plus qu'à l’art abstrait. Une lente et parfois difficile mutation la conduit vers cette formulation. En 1965, elle délaisse le portrait et aborde la peinture abstraite lyrique.

      Au départ, l'abstraction naît chez elle d'une symbolisation personnelle de la réalité. Ses premières œuvres abstraites témoignent d'une recherche de rythmes. L’artiste confère une dynamique nouvelle à ses compositions par l'emploi de larges courbes. Son geste se fait plus large et le couteau dompte la pâte pour donner naissance à de multiples facettes, semblables à celles d'un prisme coloré. Dès les années '70, un travail plus linéaire apparaît. Les facettes sont devenues les entités d'un réseau arbitraire de lignes droites et courbes. Ces géométries n'ont toutefois rien de froides abstractions, l'artiste donne une part essentielle aux surfaces planes et lisses qu`elle traite en pans opaques de couleurs très peu nuancées.
      A la fin de la décennie jusqu'au début des années ‘80, un travail par strates de couleurs traitées en subtil camaïeu voit le jour. Réminiscence de l'art de Klee, il s'agit le plus souvent d'une alternance de bandes horizontales, que déchire parfois l'éclat d'une couleur complémentaire.
      Ses œuvres oscillent de l’apaisement à la révolte. La couleur reste cependant l’appui indispensable à cet équilibre. La couleur correspond chez l'artiste à l'expression d'états d'âme. Ainsi, même dans sa période abstraite, le sujet ou plutôt les émotions qu'il suscite seront toujours perceptibles grâce aux accords chromatiques. Il y a chez elle un langage et une signification donnée à la couleur; de toile en toile, de bonheur en désillusion, sa palette se modifie. Hélène Locoge aime les tons sourds des pastels aux bleus lumineux jusqu'aux jaunes acides. Les grèges et les gris colorés s'accordent parfois de tragiques éclats de noir et de rouge, lorsque le message se veut violent. C’est encore la couleur qui lui permettra de passer sans heurt de la figuration à l'abstraction.

      La série de panneaux qu'elle intitule Osmose correspond à ce qui semble être une phase d'apaisement. Initiées en 1986, ces huiles se caractérisent par l’emploi de couleurs claires : bleus tendres, grèges, blancs nacrés agencées sous forme de larges aplats colorés. Ces compositions, bientôt rejointes par d’autres, la série Climat ou celle déclinée autour du mot Nuit, témoignent toutes d'un sens prononcé de la profondeur dans l'étalement et la dynamique des plans.
      Enfin, point d'orgue à ces années de recherches autour de la couleur, sa dernière série décline les blancs dans leurs infinies possibilités de nuances. De 1991 à 1997, l'artiste griffe de quelques courbes sombres l'écran translucide et irisé du blanc de titane. Ces toiles portent en elle la lumière. Il en émane une quiétude peu coutumière chez l'artiste, comme si, libérée d'un geste maintes fois imprimé dans la pâte, Hélène Locoge avait trouvé l'apaisement dans la pureté du blanc.

       

      - Albert d’Haenens. Hélène et la lumière in catalogue Hélène Locoge, A cœur ouvert. La Louvière, Musée Ianchelevici, 12/01-24/02.
      Pour contempler les méditations chromatiques, discrètes et subtiles, d'Hélène Locoge, pour s'y abîmer, les placer en abîme, au centre de quadrilatères vierges, surfaces de feuille ou de toile qui en auraient deux ou trois fois la dimension.
      Alors se révèlent les préoccupations d'Hélène.
      Hélène Locoge n'analyse pas des personnages, des paysages, des objets.
      Elle médite sur l'intangible, l’intouchable, l’impalpable ; sur ce qui baigne la vie.
      Aussi présuppose-t-elle le blanc qui implique le bleu, le jaune, le gris, le vert, qui n'existe que par ce que ces autres couleurs en suggèrent.
      Hélène analyse la lumière.
      Pour elle-même : fluorescence éphémère, (ir)radiation, irisation.
      A l'instar de certains philosophes et théologiens occidentaux du premier moyen âge, verbalisateurs devenus experts en visibilisation par l'exercice journalier de l'écriture alphabétique.
      Ils étaient inspirés par le pseudo -Denis, interpellés par les mystères et soucieux de leur élucidation.
      Ils espéraient rencontrer Dieu dans la splendeur de sa lumière.
      Hélène Locoge les relaie à sa manière.

      Révéler la lumière dans tous ses états, non par l’écriture et le verbe, mais par la main et des couleurs.
      Ainsi, rendre visibles la matière intangible et ses métamorphoses.
      Illuminer nos banalités quotidiennes, nos opacités, nos pesanteurs.
      Partager, en les visualisant, en les montrant, ses sonorités, intérieures et sublimes.
      Merci pour ce bonheur, Hélène.

       

Acquisitions

Province du Hainaut.

Ville de La Louvière.

​Nombreuses collections privées.