Biographie

Naissance de Jean Hick à Seraing, rue Papillon, le 30 août 1933, aîné d’une famille de trois enfants: une soeur Annie et un frère Paul.

« Comme d’autres font du jardinage ou de la pêche à la ligne, son père, un tourneur serésien, faisait de la peinture. Il dessinait très bien. C’est sans doute pourquoi, dès son plus jeune âge, Jean-François Hick peignait déjà. Mais II était alors plus particulièrement attiré par la musique. Après les classiques leçons de solfège, il joua du violon et eut la chance de suivre des cours particuliers de musique relatifs à tout ce qui touche à la composition et à l’orchestration, l’harmonie, la fugue, le contrepoint. Il fut notamment l’élève doué du violoniste Lenaerts, lequel avait accédé à la notoriété par des concerts en Allemagne. » (Jean-Francis Dechesne in Vers l’Avenir, 17/4/68)

1955.
10/12-20/12) Seraing, Centre social de ta S.A. Cockerill-Ougrée: 5e exposition des Arts du Travailleur.
 Première participation à une exposition de groupe et unique fois où il présentera des œuvres figuratives (7 toiles exposées).

1957.
Jean Hick fait la connaissance de Léopold Plomteux qui expose, à la galerie des Dominicains, des tableaux abstraits géométriques.
* Rencontre importante et début d’une amitié durable qui commence par de longues discussions sur l’art, la peinture, l’abstraction... Léopold Plomteux le présente aussi à nombre de ses amis artistes: le peintre Nelly Sauvage, le poète Fernand Imhauser... ainsi qu’au peintre Frédérick Beunckens - leur orientation radicalement différente n’empêchera pas les deux jeunes artistes d’établir de solides rapports amicaux.

Léopold l’emmène au «Club des Génies», animé par Joseph Dosogne où il rencontre bien des personnages intéressants, dont le poète François Jacqmin pour qui « il a et aura toujours la plus grande admiration».

1958. Sur les conseils de L. Plomteux, il se présente avec des œuvres à Léon Koenig, Conservateur des Musées de Liège. Ce sera sa première vente d’une toile abstraite. Léon Koenig et Léopold Plomteux l’incitent à participer au Prix de la Jeune Peinture.

1960.
(06/02-17/02) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts; (2-27/3) ; Anvers, Hessenhuis. Lauréats du prix Jeune Peinture Belge 1959.
* Sa participation au Prix de la Jeune Peinture lui donne l’occasion d’entrer en contact avec pas mal d’autres peintres, dont José Picon, Auguste Scevenels, Roger La Croix avec qui il noue des liens d’amitié.

Rencontre le peintre Silvin Bronkart qui l’introduira à l’A.P.l.A.W. dont il était secrétaire.

1960-1965.
Membre de l’A.P.I.A.W.

Nouvelle amitié : le peintre Armand Silvestre avec qui il se sent beaucoup d’affinité.

1961.
01/10/61-31/12/62) Boursier du gouvernement français. Académie Ranson - Atelier S.W. Hayter (gravure) Adresse en date du 18/10/61: Hôtel Beauvoir, Avenue de l’Observatoire, 43. Paris V.

(04/12-17/12) Liège, Musée de l’Art Wallon: Exposition des œuvres sélectionnées au prix de peinture de l’Expansion et l’Education Artistiques (E.E.A.)
* Deux des œuvres de J. Hick furent retenues pour ce prix réservé aux artistes de Wallonie.

1962.
Mention au prix Hélène Jacquet et participation à l’exposition des lauréats du prix aux Arts et Métiers de La Louvière.

(31/03-12/04) Liège, Apiaw. Hick jean, gouaches et tempera.
* PREMIERE EXPOSITION PERSONNELLE.
- Feuillet-catalogue: Texte de Julie Vauvert

1962-67. Membre du groupe « Peintres de notre Temps», Paris. (avec Convert, Larguier, Genay, Martinez, de Pass, Cléa)

Durant la saison 1963-64, collabore avec le Théâtre de l’Etuve :
- Musique et chansons pour « La Guerre de la vache » de Roger Avermaete. (Mise en scène: Jean-Pierre Willemaers; décors et costumes: Evald Chikowski)
- (mai1964) Musique interprétée par Milou Struvay (trompette) et Georges Leclercq (basse), costumes et projections de décors (diapositives d’aquarelles) pour « Poèmes de la vie d’un homme » de Nazim Hikmet. (Mise en scène: J.P. Willemaers)

1964.
(20/11-29/11) Liège, Musée de l’Art Wallon: Exposition des œuvres sélectionnées au Prix des Arts plastiques 1964 (E.E.A).
* Trois œuvres de Jean Hick sont retenues et il obtient une mention. 1967. (13/10-26/10) Liege, Galerie Baudoux. Hick Jean. De Coltrane à Shankar, Huiles.
- Feuillet-catalogue : texte de Julie Vauvert.

1969.
(11/01-06/02) Bruxelles, Galerie saint-Laurent. Gouaches (avec Léopold Plomteux)

Rencontre, en Roture, avec l’historien d’art Marc Renwart et le sculpteur Florence Fréson.
* Commencée de façon orageuse par une escarmouche à propos du symbolisme, cette relation, qui ne fut jamais terne, se perpétue, de joutes en défis, sur un mode où la passion le dispute à la déraison (Andrée Discry)

1975. Cité dans le livre de Jacques Parisse «Actuel XX. La peinture à Liège au XX» siècle » (éd. Mardaga, Liège):

1980.
(07/11-18/11) Liège, Galerie des Chiroux: Etat présent 80 - Les prolongements de l’Abstraction.

1982.
(16/10-03/11) Hélécine, Domaine Provincial. Lyrisme -Abstraction -Collage.

1988.
(24/11-28/11) Liège, Palais des Congrès : Abstraction 50.

1990. (Automne) Le poète François Jacqmin propose à Jean Hick de réaliser une œuvre en association. Il en naîtra NUITS, œuvre composée de dix exemplaires autonomes, réalisés à la main, tous entièrement différents les uns des autres et comportant chacun trois poèmes inédits et manuscrits de Fr. Jacqmin et trois peintures sur papier originales de J. Hick. Cette collaboration, qui s’est passée dans l’entente la plus parfaite, a laissé une empreinte profonde dans l’esprit du peintre qui en restera inspiré de façon durable. Chaque pensée est une catastrophe qui ne survient pas. Si, en outre, on s’abstient de le dire, le cœur retrouve sa nuit impénétrable et accueillante. On recule devant une idée, et c’est une inspiration pure et noire qui surgit. (Fr. Jacqmin, Nuits, novembre 1990)

1991. Victime de sottises immobilières, Jean Hick est contraint de quitter l’atelier qu’il aimait et habitait depuis 23 ans rue Jonfosse.

1993.
(09/05-06/06) Ivoz-Ramet, Centre wallon d’art contemporain. Hick Jean ou le rêve pris sur le fait.
* Catalogue : Conception et réalisation : Andrée Discry, Florence Fréson et Marc Renwart.

2007.
(22/11-03/02/08) Liège, Cabinet des Estampes. Jean Hick ou l'abstraction lyrique.

2011
(26/09) Décès dans sa chambre de la Résidence Bavière à Liège.

 

 

Liste d'oeuvres

Van Gogh (50 x 50 cm)
1955, Plus d'infos
Les voiliers (54 x 100 cm)
1957, Plus d'infos
Sans titre (49,5 x 39,5 cm)
1957, Plus d'infos
Sans titre (25,7 x 33 cm)
1957, Plus d'infos
Sans titre (50 x 40 cm)
1957, Plus d'infos
Sans titre (24,5 x 34,5 cm)
1957, Plus d'infos
Sans titre (27 x 35,7 cm)
1958, Plus d'infos
Paysage d'hiver (62 x 75 cm)
1958, Plus d'infos
La ville (120 x 180 cm)
1958, Plus d'infos
Liège nocturne (87 x 110 cm)
1958, Plus d'infos
Sans titre (19,8 x 44,8 cm)
1959, Plus d'infos
Musicalité rouge (100 x 140 cm)
1959, Plus d'infos
Eclosion (115 x 83 cm)
1959, Plus d'infos
Eclosion n° 5 (35,5 x 26,8 cm)
1959, Plus d'infos
Sans titre (19,5 x 45 cm)
1959, Plus d'infos
En blanc (80 x 100 cm)
1959, Plus d'infos
Fugue 1
1960, Plus d'infos
Opus 2
1960, Plus d'infos
La nuit (Atelier Hayter)
1961, Plus d'infos
Sans titre (Atelier Hayter)
1961, Plus d'infos
Jeux de vague, huile sur toile (200 x 120 cm)
07/1962, Plus d'infos
Banlieue liégeoise (100 x 57 cm)
1962, Plus d'infos
Les augures printanières (135 x 100 cm)
1962, Plus d'infos
La rue (73 x 100 cm)
1962, Plus d'infos
Les après-midi de Monsieur X, gouache V (35,7 x 41,7 cm)
1962, Plus d'infos
Retour en rasant ouest et nord (95 x 75 cm)
1964, Plus d'infos
Sans titre
1964, Plus d'infos
Impression jazz n° 50. Archie Shepp (35,5 x 26,9 cm)
1966, Plus d'infos
Impression jazz n° 51. Matin des Noires (Archie Shepp) (35,5 x 26,9 cm)
1966, Plus d'infos
Impression jazz n° 52. Alabama (Archie Shepp) (26,9 x 35,5 cm)
1966, Plus d'infos
India (Coltrane) (99 x 53,5 cm)
1966, Plus d'infos
Sans titre II (50 x 38,4)
1967, Plus d'infos
Sans titre n° 03
1967, Plus d'infos
Sans titre n° 05
1967, Plus d'infos
Ascension, (Coltrane), huile sur toile (170 x 75 cm)
1967, Plus d'infos
Sans titre (35,8 x 26,9 cm)
1967, Plus d'infos
Tala III
1967, Plus d'infos
Impression III (123 x 82 cm)
1967, Plus d'infos
Raga VII (110 x 55 cm)
1967, Plus d'infos
Qu'est-ce qui fait chanter Billie Holliday ? (100 x 70 cm)
1968, Plus d'infos
Requiem pour Coltrane (100 x 70 cm)
1968, Plus d'infos
Aquarelle n° 1
1968, Plus d'infos
Aquarelle n° 18
1968, Plus d'infos
Maison natale d'ailleurs (98 x 50 cm)
1968, Plus d'infos
Aquarelle (1)
1969, Plus d'infos
Aquarelle (3)
1969, Plus d'infos
Karma
1969, Plus d'infos
Méditation n° 10
1969, Plus d'infos
Méditation n° 15
1969, Plus d'infos
Sans titre (61 x 75 cm)
1969, Plus d'infos
Sans titre (119 x 170 cm)
10/12/1970, Plus d'infos
L'indéfinissable (79 x 100 cm)
1971, Plus d'infos
Noir et blanc (108 x 120 cm)
1971, Plus d'infos
Bleu (90 x 120 cm)
1971, Plus d'infos
Instant du monde (80 x 100 cm)
1972, Plus d'infos
Sans titre (50 x 70 cm)
1972, Plus d'infos
Sans titre (4) (40 x 50 cm)
1973, Plus d'infos
Sans titre
1973, Plus d'infos
Sans titre n° 5 (27 x 33 cm)
1973, Plus d'infos
Sans titre
1973, Plus d'infos
Sans titre (40 x 50 cm)
1973, Plus d'infos
Blanc et noir n° 1 (29 x 72 cm)
07/1974, Plus d'infos
Sans tire n° 5 (29 x 22 cm)
07/1974, Plus d'infos
Sans titre (55 x 68 cm)
25/08/1974, Plus d'infos
Blanc et noir n° 4
08/1974, Plus d'infos
Paysage jaune, huile sur panneau
09/1974, Plus d'infos
Sans titre (29 x 24 cm)
6/11/1974, Plus d'infos
Sans titre (22 x 31 cm)
1974, Plus d'infos
Taïga (100 x 150 cm)
18/06/1975, Plus d'infos
Taïga 4 (115 x 150 cm)
24/08/1975, Plus d'infos
Peinture (79 x 105 cm)
8/12/1975, Plus d'infos
Taïga (265 x 135 cm)
1975, Plus d'infos
Peinture (70 x 90 cm)
2/06/1976, Plus d'infos
Tout n'est qu'un point (29 x 31 cm)
3/08/1976, Plus d'infos
Sans titre
15/12/1976, Plus d'infos
Sans titre (27 x 36 cm)
1976, Plus d'infos
Sans titre (80 x 60 cm)
03/1977, Plus d'infos
Sans titre
03/1977, Plus d'infos
Sans titre (30/03/1977)
03/1977, Plus d'infos
Sans titre
7/07/1977, Plus d'infos
Sans titre
7/12/1977, Plus d'infos
Sans titre (23 x 31 cm)
29/12/1977, Plus d'infos
Sans titre
2/01/1978, Plus d'infos
Sans titre
01/1978, Plus d'infos
Sans titre
28/02/1978, Plus d'infos
Sans titre (60 x 87 cm)
4/03/1978, Plus d'infos
Sans titre (50 x 62 cm)
21/06/1978, Plus d'infos
Taïga (170 x 94 cm)
15/12/1978, Plus d'infos
Taïga (118 x 170 cm)
04/1979, Plus d'infos
Taïga 9 (110 x 150 cm)
18/06/1979, Plus d'infos
Sans titre (170 x 117 cm)
9/06/1980, Plus d'infos
Coup de jaune, huile sur toile (100 x 80 cm)
13/11/1980, Plus d'infos
Sans titre (118 x 170cm)
23/11/1980, Plus d'infos
Taïga (118 x 170 cm)
3/12/1980, Plus d'infos
Peinture (80 x 125 cm)
24/05/1981, Plus d'infos
Taïga n° 18 (125 x 170 cm)
19/06/1981, Plus d'infos
Chuchotements d'herbes (80 x 125 cm)
2/10/1981, Plus d'infos
Collage de tissus sur bois (48 x 62 cm)
07/1982, Plus d'infos
Collage de tissus sur bois (29 x 35 cm)
07/1982, Plus d'infos
Taïga (125 x 170 cm)
1982, Plus d'infos
Peinture (90 x 120 cm)
22/02/1983, Plus d'infos
Hiver (3) (50 x 65 cm)
1983, Plus d'infos
Hiver (4) (50 x 65 cm)
1984, Plus d'infos
Sans titre (36 x 46 cm)
1984, Plus d'infos
Sans titre (45 x 45,5 cm)
06/1985, Plus d'infos
Sans titre (50,5 x 49 cm)
06/1985, Plus d'infos
Coup de vent (78 x 130 cm)
28/01/1987, Plus d'infos
Sans titre (48,5 x 106,5 cm)
28/02/1987, Plus d'infos
Cathédrale engloutie n° 3 (83 x 126 cm)
28/02/1987, Plus d'infos
Cathédrale engloutie n ° 8 (83 x 83 cm)
03/1987, Plus d'infos
Cathédrale engloutie n° 15 (85 x 125 cm)
04/1987, Plus d'infos
Rêverie n° 1 (40 x 40 cm)
04/1987, Plus d'infos
Rêverie n° 4 (40 x 40 cm)
04/1987, Plus d'infos
Cathédrale engloutie n° 19, huile sur toile
04/1987, Plus d'infos
Noir et blanc n° 1
01/1988, Plus d'infos
Sans titre (1)
01/1988, Plus d'infos
Sans titre n° 2 (80 x 122 cm)
01/1988, Plus d'infos
Sans titre n° 5 (122 x 81 cm)
11/1988, Plus d'infos
Sans titre n° 9 (122 x 71 cm)
12/1988, Plus d'infos
Sans titre n° 12 (121 x 81 cm)
12/1988, Plus d'infos
Sans titre n° 16 (81 x 122 cm)
01/1989, Plus d'infos
Sans titre n° 21 (61 x 81 cm)
28/02/1989, Plus d'infos
Sans titre n° 6 (50 x 33 cm)
03/1989, Plus d'infos
Sans titre n° 23 (50 x 33 cm)
05/1989, Plus d'infos
Sans titre n° 26 (30 x 42cm)
05/1989, Plus d'infos
Sans titre (200 x 200 cm)
28/02/1990, Plus d'infos
Nuages V (130 x 200 cm)
04/1990, Plus d'infos
Sans titre (41,7 x 29,7 cm)
11/1990, Plus d'infos
Sans titre (1)
1990, Plus d'infos
Sans titre (37 x 29,5 cm)
1990, Plus d'infos
Sans titre (40 x 50 cm)
26/07/1991, Plus d'infos
Sans titre, huile sur toile. (46 x 38 cm)
13/08/1991, Plus d'infos
Empreinte (e)
1991, Plus d'infos
Empreinte (h)
1991, Plus d'infos
Nuits. Le noir refuse ce que l'on dit du noir. (61 x 82 cm)
07/1992, Plus d'infos
Nuits. Il se fit d'inexplicables ténèbres (50 x 60 cm)
08/1992, Plus d'infos
Nuits. Tout redevient informulable. (120 x 78 cm)
1992, Plus d'infos
Explosion (02)
1992, Plus d'infos
Sans titre (09) (35,8 x 27 cm)
1992, Plus d'infos
Explosion (a)
1993, Plus d'infos
Explosion (b)
1993, Plus d'infos
Hommage à Hubert Lenaerts. Stellaire I (80 x 100 cm)
01/1994, Plus d'infos
Hommage à Hubert Lenaerts. Stellaire III (80 x 100 cm)
01/1994, Plus d'infos
Hommage à Hubert Lenaerts. Stellaire V (100 x 80 cm)
28/02/1994, Plus d'infos
Sans tire (02)
1994, Plus d'infos
Sans titre (11)
1994, Plus d'infos
Sans titre (66 x 52 cm)
1994, Plus d'infos
Sans titre (06)
1995, Plus d'infos
Sans titre (13)
1995, Plus d'infos
Sans titre (43) (37 x 27 cm)
1995, Plus d'infos
Sans titre (51)
1995, Plus d'infos
Parcheminé (1) (20,9 x 13,4 cm)
1995, Plus d'infos
Parcheminé (10) (20,9 x 13,4)
1995, Plus d'infos
Parcheminé (28)
1995, Plus d'infos
Parcheminé (33)
1995, Plus d'infos
MiKroKosmos n° 11
03/1996, Plus d'infos
Du côté du noir (01) (41 x 38 cm)
1996, Plus d'infos
Du côté du noir (06) (65 x 50 cm)
1996, Plus d'infos
Du côté du noir (12) (65 x 50 cm)
1996, Plus d'infos
Du côté du noir (14) (80 x 100 cm)
1996, Plus d'infos
Du côté du noir n° 04 (38 x 29 cm)
1996, Plus d'infos
Du côté du noir n° 12 (38 x 29 cm)
1996, Plus d'infos
Do côté du noir n° 56 (38 x 29 cm)
1996, Plus d'infos
Méditation n° 4 (115 x 45 cm)
1996, Plus d'infos
Méditation n° 11 (80 x 100 cm)
1996, Plus d'infos
Du côté du noir n° 17 (40 x 50 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 18 (73 x 57 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 19 (56,5 x 46,5 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 20 (56,5 x 46,5 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 21 (46,5 x 56,5 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 15 (60 x 70 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté nu noir n° 16 (60 x 90 cm)
1997, Plus d'infos
Des fleuves et l'eau (40 x 50 cm)
1998, Plus d'infos
Hommage à Dimitry Shostakovich (40 x 50 cm)
1998, Plus d'infos
Pastel chinois 1
1998, Plus d'infos
Pastel chinois (3)
1998, Plus d'infos
Sans titre (04)
1998, Plus d'infos
Sans titre (14)
1998, Plus d'infos
Sans titre (19)
1998, Plus d'infos
Sans titre (24)
1998, Plus d'infos
Sans titre (35)
1998, Plus d'infos
Sans titre (x9)
1998, Plus d'infos
Vent rôdeur, vent voleur
1998, Plus d'infos

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de l'artiste, Interviews

    •  

      Entretiens de Jean Hick avec Andrée Discry et Marc Renwart, février/mars 1993.

       

      APPRENTISSAGE

      Milieu familial

      Scolarité

      Formation musicale

      Découverte de la peinture

       

      ASPECTS ONTOLOGIQUES

      Etre

      Pensée

      Création

       

      ASPECTS PHILOSOPHIQUES

      Art

      OEuvre

      Artiste

       

      ASPECTS ESTHETIQUES

      Peinture

      Art abstraft

      Lyrisme

       

      ASPECTS TECHNIQUES

      Forme

      Couleur

      Touche

       

      ASPECTS HISTORIQUES

      Histoire de l’art

      Influences

      Anecdotes significatives

       

      ASPECTS SOCIOLOGIQUES

      Déontologie (Rôle de l’artiste dans la société)

      Enseignement

      Fonctionnement du paraculturel

       

       

      (Milieu familial - Formation musicale - Découverte de la peinture - Scolarité).

      Bébé, je fus bercé, caressé par la musique. Je vivais chez mes grands-parents paternels. Mon grand-père était musicien amateur. Il chantait et, surtout, jouait du tuba. Son plus jeune fils ainsi que mon père étaient également musiciens. Ils chantaient et jouaient du piano. Je fus élevé dans la musique. J’avais quatre, cinq ans, lorsque mon père commença à m’apprendre à lire la musique. A six ans, j’étudiais le violon chez un professeur extraordinaire. Un maître de musique qui, après avoir fait carrière comme soliste en Allemagne, travaillait la composition, de la musique à quarts de ton. Hubert Lenaerts, mon maître de musique, lorsqu’il était content de mon travail, me récompensait en me jouant une pièce au piano, particulièrement du Debussy - je pense qu’il a dû me jouer toute l’œuvre pianistique de Debussy. Très souvent il me disait: «Ecoute bien ceci, II tend davantage vers l’abstraction... »

      II jouait du piano de la pointe des doigts, comme s’il jouait du violon. Ses doigts n’avaient jamais l’air d’agir directement sur les touches. Il éprouvait les sensations au-dessus du clavier. Lorsqu’il jouait, il semblait quasiment ne pas avoir conscience des ressources spécifiquement pianistiques de l’instrument, il ne faisait rien pour les exploiter. Il utilisait le piano comme moyen de projeter les sensations de son analyse propre et particulière de l’œuvre qu’il jouait.

      Donc, j’ai appris et travaillé la musique pendant bien des années. Mon père avait des amis musiciens, des amis peintres qui fréquentaient régulièrement la maison. Ce qui était bien plus excitant pour moi que les petits copains. A cette époque, je n’étais que dans la musique. La peinture ne m’avait pas encore touché bien que mon père peignît en amateur.

      Je devais avoir huit ou neuf ans. Mon maître de musique me parlait beaucoup de ses compositions à quarts de tons. J’aimais l’écouter m’en parler, comme j’aimais l’écouter me jouer, non sans me faire remarquer au passage les tendances abstraites de Debussy: «Terrasse des audiences au clair de lune», «Ondine», « Feu d’artifice »... Cela me bouleversait toujours.

       

      Un soir d’hiver - c’était pendant la guerre et, à cette époque, il n’y avait pas d’éclairage publics - seule la pleine lune éclairait la neige qui était tombée abondamment. Je revenais en rêvant de ma leçon de musique où mon maître m’avait joué - est-ce un hasard ? - « Clair de lune » de Debussy. Lorsque, subitement, je fus saisi, ébloui par le nombre de couleurs indéfinissables que reflétait la neige sous la lune. Quel spectacle !... Cette neige que, jusque-là, je n’avais vue que blanche ou sale. Et voilà qu’en une seconde elle est toute couleurs !

      Je crois que ce fut le déclic.

      Pendant longtemps, sur du papier blanc, avec les couleurs de mon père, j’ai essayé de refaire, de faire cette neige toute couleurs. Je n’y suis jamais arrivé... Et pas plus aujourd’hui que jadis.

      D’ailleurs, si j’y étais arrivé, la peinture, pour moi, ce serait fini.

      Je me souviens qu’à cette époque, un ami de la famille, artiste peintre, et diplômé de l’Académie, me disait: «Mais tu n’y arriveras pas de cette façon. Il faudrait dessiner de petits bonhommes, ou de petites maisons ou des arbres, pour avoir un point de départ...»

      Je l’avais mon point de départ: la neige éclairée, illuminée par la lune. Non seulement j’avais découvert la couleur, mais aussi que mon maître de musique était un tout grand coloriste... Les œuvres qu’il me jouait au piano, Debussy, Bach et aussi Schönberg devenaient de plus en plus pour moi de la musique pure, de l’abstraction pure, de la couleur pure...

      C’est à cette époque que je rêvai devenir compositeur...

      Je n’avais plus que musique et couleur en tête... Tout ce que je regardais dans la nature devenait couleur, vibration, sonorité... abstraction...

       

      Dans toutes les écoles que j’ai fréquentées je me suis senti assailli par des sentiments très mélangés. L’école elle-même fut pour moi une expérience très malheureuse.

      Sauf, et je dois le dire, l’Ecole de Peinture en Bâtiment où j’ai travaillé pendant deux ans au cours de perfectionnement d’imitation de bois et marbre. C’est d’ailleurs là que j’ai appris le vrai métier de peintre. Il est vrai que ce n’était pas l’esprit d’école mais d’atelier, d’autant plus que le professeur, Mr Gadisseur, était, lui aussi, un maître de peinture. Il disait souvent: « L‘inertie de la matière picturale ne doit pas paraître présenter de difficultés particulières, pour peu que l’on connaisse son métier.»

      Très souvent ce maître de peinture me faisait penser à mon maître de musique, hélas décédé prématurément...

      J’ai encore eu un troisième maître, à Paris, à l’atelier de S.W. Hayter. Là aussi ce n’était qu’abstraction, couleur, vibration, lumière et sonorité...

      De Hayter aussi j’aurais beaucoup à dire, à raconter, trop peut-être, trop de souvenirs à remuer... je ne peux pas aujourd’hui. Mais je crois que la citation de lui reprise quelque part dans ces pages [cf. biographie complète] donne une bonne idée de l’esprit de son enseignement.

       

      (Création - Peindre)

      Lorsque j’ai des idées picturales, je ne fais ni croquis, ni dessin, ni essai de couleur. Tout cela me donne des idées qui, la plupart du temps, sont illogiques, qui ne sont pas fondées sur la réalité pure et dure de la peinture.

      Je me souviens lorsque je travaillais à Paris, en dehors de la gravure, je faisais des gouaches inspirées de la musique de jazz, à cette époque j’avais rempli des blocs de dessins, de structures. Ce n’étaient que des idées molles, faciles et nauséeuses. Je ne m’en suis jamais servi.

      Même si l’on dit parfois que je suis un peintre productif, je ne peins pas tous les jours, ni toutes les semaines. Je ne m’entraîne pas comme un sportif. Je ne me force jamais à peindre.

      Je crois l’inertie très instructive.

      Je regarde les nuages poussés par le vent, chacun différent de l’autre, par milliers. Le soleil, la lune les éclairent d’en haut, les transforment en songes, comme les arbres, l’herbe, les fleurs... et les oiseaux que j’écoute, comme le vent, la pluie.

      C’est de ce visible-invisible que la nature tire toute sa magie. Cela me procure de plus en plus souvent l’idée de peindre des tableaux dont le spectateur ne puisse jamais faire le tour. C’est par ce visible-invisible que le tableau exerce son infini pouvoir de fascination. Cette idée régulière de peindre est en elle-même une discipline suffisante pour moi.

      Puis, un jour, j’étale toile ou papier, je tourne autour, je piétine dans ces déserts blancs des heures... des jours... des semaines encore... Je sens de plus en plus que, si je veux exister, il faudra à tout prix les peupler, les nourrir. Moment crucial dans l’exécution d’un tableau: le commencement.

      Pendant cet acte de peindre, de créer, je ne construis pas, je ne raisonne pas, je ne pense pas. Lorsque je peins je vois des choses qui ne sont plus du monde des idées. Et là où je suis il n’y a plus à penser.

      Mais j’ai toujours l’impression de croire voir à l’intérieur de moi-même.

      Le tableau terminé m’enseigne que ce que je croyais voir en moi-même ne correspond pas forcément, ou pas du tout, au résultat. Il faudra recommencer !...

      Je cours après l’arc-en-ciel et, lorsque j’arrive sur la montagne, il est sur la montagne voisine.

      J’ai compris que ce que je fais c’est la poursuite du vent. Lorsque je regarde, par exemple, mes derniers tableaux, « Nuits » de 1992 ou d’autres - dont mes grandes toiles au brou de noix de 1990/91 - je trouve dans ce type de peinture un ton, une vibration, une sonorité qui est presque toujours la même; le contraste entre les couleurs consonantes et dissonantes est dépassé. il n’existe pas non plus de grands contrastes de tons. Le contraste qui subsiste est un contraste entre du ton et pas de ton. Pourtant, il y a aussi grand nombre de contrastes dynamiques, rythmiques, de vibrations, de résonances, de lumière. Il y a aussi des pans non peints, ceux-ci demeurent dans cet état en devenir, entre être et non-être.

      Je pense vraiment que le peintre doit se dégager des lois supposées de ce qui est sans loi, pour atteindre une vision, abstraite ou non, plus libre, plus mystérieuse et insaisissable.

       

      (Image)

      Il y a image et image.

      Chaque tableau n’est-il pas une image ?... Un véritable autoportrait. Une composition, abstraite ou non, représente le créateur dans l’acte même de sa création, cristallisée en une image. « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch est une image... un autoportrait.

      Image ou image... Il me semble que lorsqu’on peint, l’un des éléments qu’il faudrait exploiter - ce que trop de peintres ne font pas ou pas assez - c’est sa « prédisposition » naturelle à l’abstraction. Ceux qui rejettent cette prédisposition font uniquement des images-images.

      Mais il y a d’autres images, je veux dire: les livres d’art, de plus en plus nombreux, de plus en plus coûteux, de mieux en mieux faits - je parle des reproductions. D etrès belles images, mortellement dangereuses en ce qu’elles forcent la confusion entre l’image et le tableau.

      Lorsque j’étais jeune, mon père, qui était chanteur, me disait souvent: « Le chant est le souffle d’avant la parole ». Ces images-là ne chantent pas. Le tableau, si !...

       

      (La couleur)

      La couleur n’est que reflet parmi des reflets. Seule compte l’origine de ce qui est et c’est quelque chose que mon regard ne peut soutenir, sinon sous une forme atténuée; le soleil... la lumière...

      Ce que je ressens est toujours d’une certaine couleur quand je le garde pour moi. Mais si je l’exprime, cette couleur est tout à fait différente... Pourtant la couleur - lumière... vibrations... - est primordiale dans ma peinture.

      Parfois la couleur me dit des choses qui se suivent comme d’elles-mêmes. Elles deviennent transparentes. D’autres fois ce sont des choses indéchiffrables. Elle ne me dit même pas ce qu’elle est, la couleur. Mais elle demande tellement de raffinement infini, qu’il faut une terrible ténacité maladive pour continuer. Lorsque je lui demande « le secret du monde », elle me laisse voir sa source d’origine.., et disparaît.

      Elle a un défaut tellement puissant, la couleur, que l’on s’y noie. D’ailleurs, c’est à cela qu’elle invite, à disparaître. A ne pas être !

       

      (Figures incontournables? Horizontalité Verticalité ?)

      Par exemple, si je regarde la mer ou le ciel, j’y vois vagues et nuages; figures incontournables.

      Vagues ou nuages entretiennent entre eux des rapports vivants et ne se ressemblent pas. Ils s’évitent les uns les autres, se substituent les uns aux autres, se transforment les uns à partir des autres, s’épaulent, se heurtent, se combinent en horizontales et en verticales - tout comme les vagues, les arbres dans les forêts, etc., etc.

      C’est une des raisons pour lesquelles je pense que l’abstraction n’est pas une nouvelle école. Au contraire.

      Un tableau abstrait n’est pas sans analogie avec la nature, la biologie, la géographie. Et peut-être aussi avec la philosophie, la religion, la science, tout comme jadis.

       

      (L’espace et le temps)

      Si je regarde des reproductions de miniatures du Moyen Age, j’ai l’impression que les gens de ce temps-là pensaient vivre dans un univers étroitement clos par la voûte céleste. « Cette voûte des cieux sous laquelle nous sommes la proie du vertige», disait le poète.

      Aujourd’hui les artistes traduisent implicitement la conscience d’appartenir à un univers illimité dont ils ne voient ni le début ni la fin. Si, toutefois, début et fin il y a.

      Dans mes tableaux il n’y a plus la notion du centre. Mes tableaux pourraient se prolonger hors du cadre. Ils se prolongent hors du cadre. Ce qui fait croire à un espace - un espace infini - et en même temps à un étirement ou une compression du temps.

      Maîtriser le temps, en peinture, comme en musique, comme dans tout d’ailleurs, impose un dosage constant entre le trop et le pas assez. Le pas assez peut n’être qu’un rien, mais ce rien qui manque est tout. Dans le trop, le tout est menacé de débordement.

       

      (Peintres ou œuvres admirées - Concept d’influence)

      En matière de peinture, je n’ai pas l’admiration facile et pourtant je pourrais remplir des pages en citant les peintres et œuvres que j’admire. J’aime certains artistes et certaines œuvres, indépendamment du fait qu’ils soient classés comme anciens ou modernes, d’ici ou d’ailleurs. Pour moi, il n’y pas d’œuvres anciennes. II y a la peinture vivante de tous les temps qui est tout entière au présent.

      Mondrian est-il plus moderne que Vermeer?... Cézanne plus ancien que Malévitch, Delacroix que Watteau, que Vélasquez, etc.?...

      Je ne le pense pas!

      Ils sont tout entiers au présent.

       

      Lorsque j’étais jeune, bien des peintres, bien des œuvres, bonnes ou moins bonnes, et bien des peintures, aujourd’hui complètement oubliées, en tout cas par moi, m’ont influencé. On cherche... on se cherche... Et bien souvent on se trompe. Fuis, peu à peu, certaines influences marquent, suivant notre tendance picturale particulière. Au fur et à mesure que la personnalité prend forme et force, les influences ne sont plus des choses que l’on subit mais que l’on choisit, ou qu’en tout cas on sélectionne, on retient seulement ce qui va dans le sens où l’on va soi-même, et puis on s’en éloigne.

      Bien des œuvres de Turner, de Monet, de Tobey m’ont influencé. La peinture chinoise, mais aussi et peut-être plus encore l’étude des bois et marbres, la musique, ont eu et ont encore une grande influence sur ma peinture en général. Aucun artiste ne peut dire qu’il ne fut pas influencé mais je ne le fus pas directement par telle ou telle œuvre précise. Il est vrai qu’au début je n’avais pas l’occasion de voir de grandes ouvres, sinon en reproductions noir et blanc... parfois en couleurs décolorées. Les premières ouvres que j’ai découvertes de mes yeux, ce fut grâce à I’ A.P.I.A.W. D’abord des gravures originales de Dürer, de Rembrandt, Max Ernst, Man Ray, Braque, Picasso, Matisse. Puis les expositions de peintures de Magnelli, Manessier, Villon, Bury, Poliakoff, Lismonde, Mathieu, Riopelle, Hartung, Hayter, Van Anderlecht, Bram Bogart, Engel Pak, etc. Mais c’est au musée de l’Orangerie à Paris que j’ai eu un véritable choc devant les Nymphéas de Monet. Le vertige...

      Mais je dois quand même dire que je fus moins influencé directement par des œuvres picturales dans ma propre peinture que je ne le fus par des œuvres musicales quand je travaillais la composition. Trop influencé au point que je n’y fus jamais moi-même. Je transposais au piano des quatuors à cordes, un quatuor de Beethoven par exemple   et je devenais Beethoven. Puis « Le Sacre du printemps » de Stravinsky, Richard Strauss, Schönberg, Alban Berg, Webern, le jazz... m’ont influencé au point de tuer en moi l’esprit de composition. Je pense m’être arrêté définitivement dans les années 1965/66. Mes derniers écrits musicaux ont été pour le théâtre de l’Etuve : musique et chansons pour « La Guerre de la vache » de Roger Avermaete et pour le spectacle monté sur « Poèmes de la vie d’un homme » de Nazim Hikmet - où je signais aussi les décors - une musique pour trompette et basse.

      La débauche, la mort artistique de la création, ce n’est pas entrer dans une école, chez un maître, c’est de n’en pas sortir... Et, en musique, je n’en suis pas sorti.

       

      (Message)

      La peinture met deux êtres face à face, et seuls, au plus vulnérable d’eux-mêmes, là où il n’y a plus rien à quoi se raccrocher... ni message, ni littérature, ni rien. Que ce soit Vermeer, Cézanne, Monet, Van Gogh ou Mondrian ou…

      De mon point de vue, il m’apparaît que trop d’artistes confirment la définition puritaine de l’artiste porte-parole, porte-message. Ce qui me dérange dans le monde de l’art - et qui n’a d’ailleurs rien de nouveau - est l’idée qu’il faille se mouvoir dans telle ou telle direction selon le goût du jour... les messages du jour... là où la machine de propagande des médias pousse. C’est fou les reconversions opportunistes, pour ne pas dire les virages byzantins, de certains confrères.

      Je trouve très déprimant d’entendre parler de messages, de situations compétitives ou imitatives de ce qui va dans le sens du courant et règne sur la créativité. Rien ne me semble plus néfaste.

      Il n’y a rien de plus vulgaire que les messages en peinture.., en art.

       

      (Rôle de l’artiste dans la société)

      A première vue, j’aurais tendance à dire que l’activité de l’artiste est plutôt inutile pour l’ensemble de la société. C’est une satisfaction purement individuelle. Extrêmement égoïste. Quand on peint, c’est chacun pour soi.

      Et pourtant... des questions troublantes se posent. Dans toutes les sociétés, dans toutes les civilisations, il y eut toujours des artistes, il y eut des êtres pour employer leur énergie et parfois même lutter au maximum afin de les conserver, de les montrer, de les faire connaître. Pourquoi? Pourquoi, à l’opposé, a-t-on mis parfois - et cela s’est produit régulièrement dans l’histoire - tant d’acharnement à vouloir détruire, à détruire certaines œuvres ? Quelle puissance terrible dégageaient-elles pour qu’on veuille les anéantir? Tout cela n’est certainement pas sans raison.

      La peinture ouvre le monde du rêve et de la liberté totale.

      La liberté fait peur à bien des êtres, à bien des Etats... Tellement peur qu’ils l’accusent et la condamnent trop souvent à mort, la liberté.

      Alors je crie avec Johnny Halliday: « Ne tuez pas la liberté!» Oui, je sais que c’est un peu surprenant que je cite Johnny, ici. Et pourquoi pas ?... Il a le vibrato du désespoir et l’énergie des grandes fatigues. Parfois les textes sont niais, mais pas toujours. Les musiques marchent au rouleau compresseur, coulent comme des torrents. Peu importe qu’on n’y trouve pas toujours son compte de finesse ou de ruse. L’essentiel y est: c’est l’image noire et blanche, finalement sobre, d’un héros qui vit sans se retourner.

       

      Il faut se persuader que le grand art, l’art sublime existe, sans quoi l’on désespère.

      Et puis il y a cette grande aventure: voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour dans le même travail, dans le même tableau sans cesse recommencé. Non seulement pour l’artiste mais aussi pour certains spectateurs.

      C’est plus grand que tous les voyages autour du monde.

      Mais je pense que, pour l’artiste et pour le spectateur, il faut une sacrée dose de courage pour oser s’aventurer, et sans se retourner, dans ce périlleux voyage.

       

      (Peinture et littéraire)

      Je n’ai rien à première vue contre l’écrivain d’art.

      Pourtant, là aussi, il y a danger pour la peinture, quand celui qui écrit ne fait que se payer de mots à défaut d’existence propre. Souvent, les propos ignorants et stupides de certains écrivains d’art qui se prétendent savants constituent une offense grave pour la peinture. Mais je pense que le danger est plus grand lorsque l’écrivain d’art, avec une certaine séduction, se veut éducatif. La fascination de la chose imprimée s’exerce comme une dictature sur la peinture et risque de rendre plus de spectateurs aveugles.

      Pourtant, si un artiste doit parvenir à la notoriété, un ou des collaborateurs doués d’un talent littéraire est un préalable presqu’aussi indispensable que l’œuvre elle-même. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, un artiste sans média n’est rien. C’est désespérant, mais c’est ainsi t...

       

      (Conclusion ?)

      La conclusion de ces entretiens sera une non-conclusion. L’humeur du jour, les occupations, les préoccupations du moment font qu’on accroche plus à certaines questions qu’à d’autres. Hier je me serais sans doute davantage attardé sur certaines choses, demain sur certaines autres... Pour m’en tirer en beauté, j’aimerais terminer avec cette phrase de Herman Hesse qui reflète assez bien mon sentiment: «Je ne voulais qu’essayer de vivre ce qui voulait spontanément surgir de moi Pourquoi est-ce si difficile

       

      - Lettre de Jean Hick à Henri Ingberg, administrateur général de la Communauté française, juin 94.

       (...) Je suis abstrait par essence et plus j'avance dans la vie et plus je vois que tout est abstrait, même ce qui n'en a pas l'air. Essayer de ne pas en avoir l'air serait un détour puéril, je n'en ai pas le temps. Plus j'avance, plus je peins, et plus je sais que les voies de l’abstraction lyrique sont infinies et que ses renouvellements illimités ne sont pas de l'ordre de la nouveauté.
      Je sais très bien pourquoi on veut annihiler l'abstraction lyrique, pourquoi elle gêne, c'est parce que c'est trop difficile. Elle demande qu'on lui consacre sa vie toute entière, elle réclame un éveil de chaque instant, une disponibilité totale, elle exige le renoncement à la sécurité mentale, au confort intellectuel. Quand on a peur de se perdre, il est classique de retoumer en arrière et de faire comme si on n'avait rien vu pour pouvoir continuer.
      Dans l’abstraction lyrique on ne continue pas, on est en dehors du temps historique, en dehors de tout ce qui est extérieur. (…)

       

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      Notes tirées de petits carnets non datés ou sur des partitions musicales (Archives Jean Hick). Ces notes ont été organisées par moi

      Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir (Rimbaud, Le Bateau ivre)

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      Parler peinture ? De ma peinture !
      Je la fais, suffit.
      Suons.

      Parfois … (trop souvent), pendant des heures, assis dans mon atelier, je fais des rêves impossibles : avoir le courage de peindre …

      Rêver … Tout le monde peut le faire. Il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre côté de la vie.

      Parfois, je pourrais déjà commencer mais ce serait absurde.

      L’important n’est pas de vivre ni de créer à cause de la vie mais de vivre et de créer « malgré » la vie (sur une de ses partitions).

      Lorsque je peins, j’agis presque toujours fantastiquement, contre « mon gré ».

      Mon besoin de peindre ? Cela dépend comment j’ai mal en moi.

      Quand l’endroit, le moment et la situation sont propices, la passion vient elle-même.

      C’est là que je perds la raison.

      Mon tourment à moi, c’est le sommeil. Si j’avais bien dormi toujours, j’aurais jamais peint une toile. Jamais.

      L’extraordinaire de l’insomnie fait en sorte qu’il n’y a pas de discontinuité. Le sommeil interrompt un peu le processus mais l’insomniaque est lucide au milieu de la nuit, à n’importe quel moment ; il n’y a pas de différence entre le jour et la nuit. C’est une sorte de temps interminable.

      … même sur cette voie étroite un talent vigoureux pourrait se tirer d’affaire et ne pas se dessécher dès le début de sa carrière.

      Il n’y a rien de nouveau dans l’art excepté le talent.

      En art, il n’est pas nécessaire de comprendre les choses pour en discuter.

      Je crois que je pense avec mes pinceaux. Ma tête, bien souvent, ne sait rien de ce que ma main peint.

      Peut-être ne suis qu’une conséquence de la peinture. La peinture se sert de moi pour exister.

      La peinture vous fait vous oublier en ne vous faisant vous interroger que sur elle ; avant que de se faire oublier pour que seul un moment soit un temps de l’intuition originelle, un point essentiel sur la carte de l’immensité : la création.

      Peinture, œuvre de la nature …  et qui, comme elle, ne crée qu’avec lenteur, peine et précaution

      L’œuvre d’art est une œuvre de la nature au même titre que l’arbre.

      La peinture, c’est découvrir l’existence et l’inexistence du paradis.

      En peinture, il n’y a pas de solution parce qu’il n’y a pas de problème.

      Si j’ai bien compris n’est-ce-pas ?  Il n’y a rien à comprendre.

      Ce n’est pas cela, c’est vers cela.

      La peinture c’est comme la vie, un bout de lumière qui finit dans la nuit.

      Lorsque je pourrais fixer la lumière qui passe…

      Ma peinture est toujours au-delà ou en-deçà de tout ce que vous pouvez dire sur elle.

      Je ne propose rien, ni histoire, ni message. Je ne dispose d’aucune recette. Je continue de peindre comme si je commençais.

      Mes tableaux signifient : Méconnais-toi ! Détruis-toi !
      C’est cela qui fait peur aux spectateurs alors que s’il se penchaient plus sur le tableau, ils entendraient dire : je suis là afin de te transformer en celui que tu es.

      Artiste, ça n’est rien, c’est tenir ensemble avec son art qui est difficile.

      De ce vide, « du vide », du cauchemar ».
      Qu’’est-ce que le cauchemar ?
      N’est-ce que la perspective ?

      - Il n’est pas nécessaire de faire de longs voyages pour voir que la nature ne finit jamais pas des lignes.
      - Sans jamais voyager, sans jamais voir d’autres horizons, j’ai toujours vu que la nature ne finit jamais par des lignes.

      Les premiers plans d’un tableau sont toujours répugnants et l’art exige qu’on situe l’intérêt de l’œuvre dans les lointains, dans l’insaisissable, là où se réfugie le mensonge, ce rêve pris sur le fait et seul amour des hommes.

      Quand à l’horizon, il était extraordinaire : on ne le voyait plus.

      … rien ne m’est offert sinon ce que je ne puis avoir.

      - Bien souvent je rêve de grandes peintures trempées de lumière mais à mon réveil, je ne parviens pas à me souvenir de mes visions.
      - Bien (trop) souvent, je rêve de grandes peintures (rien que du Taïga) mais à mon réveil, je ne parviens pas à me souvenir de mes visions.

      J’ai besoin de me stimuler par d’excitantes variations.

      Illusion fulgurante de lucidité.

      Je peins avec un bout de pastel. Des vieux bouts de pastel, trouvés dans de vieilles boîtes par hasard
      Je peins avec des restes de gouaches. Des vieux restes de gouaches séchées, trouvés dans des vieilles boîtes, presque par hasard.

      Je peins avec des vieux restes de tubes de couleurs, trouvés par hasard ou donnés par de vieux amateurs.
      Je peins sur des vieux papiers, blancs ou non.
      Je peins sur de vieux draps. Draps de lit usagers où l’on a dormi, baisé, où on a laissé toutes les odeurs de la souffrance d’une vie.
      Je peins sur de vieilles toiles, n’importe où, depuis plus de 30 ans.
      Ma peinture, huile, eaux, pastels, vieux papiers blancs ou pas, vieux draps trouvés par hasard, n’importe où, c’est mon journal. Singulier journal, très singulier journal et cette peinture qui m’a trouvé pauvre à mes débuts et me maintient dans cette condition, sent le vieux, la pauvreté. Quelle odeur de puanteur. Si le Pablo [Picasso], l’artiste riche et mort disait : l’odeur de l’opium est l’odeur la moins bête du monde, moi, artiste vivant, vieux et pauvre je peux dire que c’est la seule bonne odeur de ce monde de puanteur.

      Le fond de cette grande huile où grouille toute vie possible me fait peur. Où me mènera-t-elle ?

      Quelle dose de lumière un œil sait il supporter… sait il risquer ???

      Je me sens coloré par toutes les nuances de l’infini, je ne fais plus qu’un avec mon tableau.

      Ce jour-là, un peu de rouge mendiait sa place. Je n’ai pu résister.

      Le jaune qui envahit le tableau malgré moi. Est-ce qui m’est donné, permis ?

      Le noir a une profondeur qu’aucune autre couleur ne peut avoir.

      Devant une toile, le spectateur devrait être isolé avec lui-même. La toile noire le pousse à être seul avec son état d’âme du moment.

      Le noir, l’ombre, la profondeur qui parle le secret des choses et qui demande une méditation alors que le blanc incite à une plus grande activité… L’activité ne permet pas la méditation.

      Voir cent et mille noirs, gris, blancs qui mènent à toutes les couleurs, c’est étrange et conduit à l’infini le regard qui regarde et voir de la lumière à l’ombre, même l’ombre que porte la pupille sur la rétine.

      Renoir écrivait un jour : « Un de nous n’avait plus de noir, il employait du bleu. L’Impressionnisme était né.
      Moi, un jour, je n’avais plus ni bleu, ni rouge, ni rien. J’ai employé le noir. Ai-je tué l’impressionnisme ?

      Aujourd’hui peut-on voir des nymphéas avec un autre œil que celui de Monet ?

      Toujours le noir m’a conduit en une sorte de médiation. D’ailleurs, très régulièrement, j’ai fait des gouaches noires. Puis, cette année, j’ai envie de faire une série des toiles noires – que j’appelle « Médiation noire ». Pour celui qui regarde vraiment le noir c’est un moyen terrible pour la méditation. Comme d’écouter de la musique seul dans le noir. C’est le noir qui conduit le plus loin dans la méditation.

      Couleur occultée par le noir.

      Pour l’instant, j’intitule mes toiles : « Du côté du noir » parce que je fais du noir sur fond blanc, sur fond rouge, sur fond bleu, etc.. Le noir, à travers lequel la couleur apparaît, couleur couverte puis découverte, qui semble sourdre de la toile et que le noir exalte.

      Couleur éclairée par le noir.

      Le noir n’est pas le fossoyeur de tout chromatisme.

      Le noir est un mystère, un mystère en peinture, un mystère dans la nature (B. B.)

      Noir qui sourit, noir qui provoque, noir qui est tendre.

      L’énergie du noir.

      Lumière, avènement du noir à lui-même.

      Le noir, couleur de lumière.

      Tout vient du noir pour se perdre dans le blanc.

      Le noir de la liberté absolue.

      Le noir est une couleur, une couleur très violente.

      La couleur appartient bien plus à l’œil qu’aux choses.

      Ceux qui accordent un langage aux couleurs, c’est qu’ils ont cessé de les voir couleurs.

      Les couleurs semblent offrir une énigme, une énigme stimulante, non pas irritante.

      On recule devant une idée et c’est une inspiration pure et noire qui surgit (François Jacqmin).

      Les couleurs incitent à philosopher. Peut-être est-ce cela qui explique la passion de Goethe, de Schopenhauer, etc. pour la théorie des couleurs.

      La dimension a bien sûr un rôle dans l’émotion éprouvée. Si je n’ai pas encore fait de grand format, c’est uniquement par manque d’argent. C’est fou ce que l’argent est important dans tout, … absolument tout.
      Mon rêve ce serait de faire des formats de 2 mètres x ?... et encore plus grandes mais j’aime rester dans un rectangle plus ou moins normal.
      Et si j’ai fait des formats de 155 x 45 pour la raison que ce sont des toiles qu’un peintre ne pouvait rien en faire et me les a données.
      Je n’ai rien contre les formats bizarres. Non ! mais je préfère le « presque » normal.

      Quel rêve. Unir la réalité avec l’apparence de la réalité… quel rêve ! quelle folie !

      Le boulevard monte à l’assaut du ciel. Je l’enfourche, je marche, j’entre dans le ciel, je suis presque heureux.

      … ensorcelé par cette beauté, je la regardais sans bouger, sans pouvoir détacher d’elle mes yeux. Une seconde, sans doute, pas d’avantage mais avec quelle intensité. J’aurai vécu avec quelle intensité pendant cette seconde. Ce qui nous échoit de bon en cette vie se mesure toujours en secondes.

      Je me cabrai dans les spasmes exacerbés du plaisir.

      Lorsque je peins, ce qui me défonce le plus, c’est tout ce que l’homme n’a pas inventé, construit, imposé.

      Je ne peins jamais ce que je vois ou crois voir. Je peins à mille vibrations le coup reçu, et ce coup a toujours sa racine dans le milieu ambiant… dans le présent.

      Nul ne peut avoir d’idées, une fois qu’il se met à regarder, ou à écouter véritablement. Voir est une des choses les plus difficile au monde.

      Moi peintre, je vois des choses qui ne sont plus du monde des idées … et là où je suis, il n’y a plus à penser.

      Seuls ceux qui savent regarder ou écouter dans un état de complet abandon, savent ce qu’est la beauté.

      La beauté est subjective, elle varie selon l’inclination de ceux qui l’apprécient.

      La laideur est une beauté non appréciée.

      Je suis probablement le seul peintre liégeois (je suis trop modeste) demeuré strictement, jalousement, farouchement peintre et rien que peintre … sans aucun compromis.

      Une mauvaise toile est une toile qui ment.

      Un peintre ne peut progresser dans la sécurité des problèmes résolus.

      Pour en finir avec vos problèmes d’inspiration, expirez.

      Ils sont malades de ce vide tout autour d’eux.

      Je ne peux expliquer mon impression. C’est du vide …, qui m’a fait mal …. Une sorte d’aspiration qui n’est jamais satisfaite et ne cesse donc jamais, qui dure toujours et même croît de jour en jour.

      Quand je pense, … avec quelle gaité d’enfant j’ai peint. … Alors qu’aujourd’hui… Et quelles xxxxxxxxxxxx tristes et ennuyeuses, je vis.

      Je n’ai jamais eu une passion terrible pour fignoler les détails. Les détails (en général) mènent aux bafouillages.

      Je leur montrais mes « méditations noires ». Les bras croisés, une cigarette aux lèvres, j’attendais leur avis mais ce furent des chiens en cercle qui me répondirent un hurlement monotone. Exactement comme mes « méditations noirs »

      Bientôt, je n’aurais plus rien à voir, plus rien du tout.

      L’esprit est content avec ses phrases, le corps c’est pas pareil, il est plus difficile lui, il lui faut des muscles. C’est quelque chose de toujours vrai un corps, que c’est presque toujours triste et dégoûtant à regarder.

      Ta figure n’est ni parfaitement dessinée, ni parfaitement peinte… et porte partout les traces de cette malheureuse indécision.

      Tu es mon ami parce que tu as assez plongé dans ce miroir sans bord que j’ai tendu… et c’est là que tu m’as trouvé, au plus vulnérable de moi-même, au plus vulnérable de toi-même.

      Si tu ne te sentais pas assez fort pour fondre ensemble les deux manières rivales, il fallait opter franchement entre l’une ou l’autre, afin d’obtenir l’unité qui simule « UNE » des conditions de la vie.

      Je sais que vous m’humilieriez si j’avais de l’amour-propre.

      Il faut être trop bassement épris de soi pour en parler sans honte.

      J’y travaille depuis si longtemps, seul, sans aide, ni admiration, ni soutien des autorités dites « cultivées », que je vis du seul crédit que je m’accorde.

      Je sais que le jugement de mes contemporains est affecté par des facteurs qui n’ont rien à voir avec les valeurs esthétiques. L’autorité, la détermination, la popularité jouent leur rôle et tout cela me manque. Je sais également que pour qu’un artiste réussisse financièrement, et c’est important, plus que l’on l’admet en général, qu’il connaisse les gens qu’il faut connaître et qu’il se fasse admirer d’eux. Je n’obtiens jamais leur appui. Pourtant je le souhaite mais il y a une impossibilité psychologique.

      Bien souvent, j’ai dit comme Constable : « je vais faire ma cour au monde, non par égard pour lui mais très certainement pour moi »… Jusqu’à présent je n’ai encore rien fait et le monde, la plupart du temps, m’ignore.

      Je ne suis pas un grand amateur de tours de force, comme prix, médailles et autres conneries du genre : je suis le 1e
      Mais je sais que ma peinture est difficile, sans bien entendu qu’on ne se doute qu’elle le soit. Les autres s’imaginent qu’ils en feraient autant, et c’est là le vrai.

      Si l’on ne m’avait pas fait croire que j’étais un grand artiste, j’eusse fait de belles choses.

      Oui, je sais. Tous les grands artistes furent d’abord méconnus mais je ne suis pas un grand artiste et j’aimerais autant être connu tout de suite.

      A quoi bon dire : « Il a » ou « Il n’a pas » de talent ? Quoi qu’on dise, il n’y a pas de preuves.

      Il est tombé sur moi à coups de compliments ; après mon départ, je fus assassiné d’un bafouillage hautain.

      Bien des « artistes » ont rencontré la meilleure manière d’être neufs : c’est de compliquer l’expression des choses anciennes.

      Les artistes, ça ressemble foutrement aux gens de maison pour avoir tant besoin d’un « maître ».

      J’ai vu des peintres qui se regardaient dans leurs peintures. De vrais narcisses.
      Alors que moi devant ma peinture qui m’a faite, je ne sens qu’une solitude à n’en plus finir. C’est une des raisons pour laquelle les gens ne m’achètent pas. Ils ont bien trop peur d’avoir chez eux une peinture qui s’enfonce lentement dans le silence des grands fonds. Là, où nous nous rencontrerons dans le plus obscur de notre commune solitude.

      Il y a des talents mêmes remarquables, qui promettaient énormément, mais que la « tendance », la « mode » a tellement accaparés qu’elle les a littéralement habillés d’on ne sait quel uniforme. Mais que voulez-vous. Sujet en uniforme, tenue d’uniforme et de la pensée, et des procédés, et du style.

      Il est si beau cet uniforme en question, si bellement brodé, si brillant… Et tellement avantageux, je veux dire avantageux spécialement à présent.

      Il faut à nos artistes davantage d’audace, davantage indépendance, de pensée, et peut-être davantage de culture et de métier.
      Apparemment, nos artistes actuels ont même peur de la peinture et se sont lancés dans l’amalgamique des genres comme unique débouché vrai et sûr pour n’importe quel talent.
      Mais de cet amalgame contre nature, contre peinture, résulte le pire des mensonges.

      Rien que simili et idée préconçue, voilà ce que moi je vois chez la plupart de nos artistes, … qu’on dirait réduit au silence.

      Ah ! Trouver un commanditaire, c’est le début de toute grande chose, le rêve de toute personne sérieuse. Sans commanditaire, point d’essor. Le génie même tourne à vide, bouffon bientôt s’épuise en onaniques mirages. Rien ne peut réussir sans, ou rien ne s’achève, n’aboutit ; tout s’évapore au premier souffle.

      On dirait qu’ils en vendent de l’intelligence tant ils en parlent à tout bout de champ.

      Vous voyez, je n’ai même plus rien à revendiquer, je suis sans raison d’être si ce n’est de rêver l’impossible, d’inventer un impossible possible.

      Il est des moments, maintenant, où je n’entrevois même plus une suite à ma propre pensée. Elle se laisse envahir par elle-même, elle se retrouve face-à-face avec son propre désir et se noie avec lui dans l’infinitude de leur néant réciproque.

      Chaque matin, ma tête reprend contact et avec sa maladie, … une maladie faite de répétitions de délires et de vertiges successifs. Ma tête est malade de rêver l’immensité dans la même seconde et de ne pouvoir la peindre.

      Pas de chance. Des mots comme un désespoir ou un découragement. C’est raté.

      Il ne faut pas gaspiller ses forces à se justifier. Il s’agirait plutôt d’inventer un délire …

      Si vous voulez mentir, vous devez me haïr.

      Tu devrais dire une fois la vérité, pour que l’on te croit quand tu mens.

      Les « peinturasseries » qui s’étalent aujourd’hui dans les galeries me fatiguent énormément puisque tout à fait INUTILES.

      Les critiques, ce ne sont qu’à peine des botanistes. Moi, je suis un jardinier.

      Pourquoi ferait-il le connaisseur ? Les tableaux n’ont jamais été pour lui que des images.

      Vous ne comprendrez jamais l’espace qu’il y a entre vous et les étoiles, entre vous et votre femme, ou votre mari, parce que vous n’avez jamais regardé sans image.

      Une conversation sur l’art devient intéressante dès qu’on parle de l’argent qu’il rapporte (… aux autres).

      Voir ou entendre, deux perceptions semblables.

      Un jour, j’ai entendu et écouté la beauté musicale du monde, … incroyable son, … perfection.
      Au moins aurais-je connu ce bonheur,
      … et que je m’en souvienne lorsque je serai accablé.

      Le son musical a un accès direct sur l’âme et il y trouve, parce que l’homme a la musique en lui-même, un écho immédiat.(dans l’album « Impressions jazz », 1964)

      Un fait important. Un thème musical lorsqu’il est joué dans des «tempi « très » différents change de caractère.

      Il jouait du piano d’une façon remarquable avec un seul doigt.

      J’ai écouté X. dans le calme, mais je préfère écouter le calme.

      Même lorsque je peins, je n’oublie jamais qu’un si b n’est pas un la #, … qu’un jaune de cadmium n’est pas un jaune de chrome, … pas plus que la térébenthine n’est du White Spirit.

      Je suis accroché aux baffles, un à ma droite, un à ma gauche, … contre mes oreilles. Je me défonce complètement, je vibre à chaque note que m’envoie Jimi Hendrix. Je les pressens. Je sais là où il veut me conduire. Cela se fait de plus en plus insistant dans mon crâne, je ne suis plus moi-même, je me découvre une fois de plus. Le réveil sera peut-être brutal.

      Un jour que j’exécutais un disque des Pink Floyd, je regardais ma chatte Lola qui, assise près du diffuseur, suivait du regard les sons dans l’espace. Je me demandais ce qu’elle pouvait voir de si merveilleux. Ça ne pouvait être que merveilleux, je le voyais à ses yeux. Et je ne me trompais pas. Quelque temps plus tard, je vis de mes yeux les sons de Jimi Hendrix (Band of gypsy) et je vis des couleurs qu’il n’est pas possible de décrire avec des mots, ni même avec des couleurs.
      Mais c’étaient des couleurs que je ne peux oublier… Des couleurs de l’autre côté de la vie. Je vis des galaxies et des galaxies de couleurs et cette nuit-là, je peignis rien qu’avec du noir.

      Ce paravent que m’avait commandé Hubert Bataille resta plus de trois semaines dans mon atelier sans que je sache y mettre un seul coup de pinceau.
      Je ne parvenais pas à l’absence de préméditation nécessaire à la création. Je n’y arriverais pas parce que je pensais : « Travail – peinture » pour justifier l’argent que m’avait donné H. Bataille et que j’avais déjà dépensé jusqu’au dernier centime. Je n’y arrivais pas parce que je voulais lui remettre un bon travail et le plus vite possible pour toucher le reste du prix convenu. Je n’y arrivais pas parce que j’avais envie de faire des efforts. Alors que l’état de créateur n’a rien à foutre avec l’effort, le travail et l’argent. L’argent est-il à l’origine de la séparation de tout. Sachant tout cela (savoir une chose n’est pas la vivre), je n’arrivais quand même pas à cet état nécessaire jusqu’au jour où, par téléphone, j’ai pu dire à Bataille, à son paravent et à son argent : « Merde ». J’étais libre.
      Et cette nuit-là, je l’ai passée dans mon atelier rien que pour y écouter de la musique. La musique disait Ramakrishna est un moyen de transport rapide vers la vie éternelle, c’est-à-dire une vie tout court.
      Depuis toujours, je me défonce à la musique et je remercie toute la galaxie des musiciens.

      Cette nuit-là, la neige tombait. De gros flocons infinis sur les vitres. Le feu ronflait. Un bon joint.

      Brouhaha dans mon crâne …
      Sur le pick-up, Jimi Hendrix… Une note … Il cherche … Il recule … Quelques notes … Il recule encore … bascule. Et le voilà parti pour des heures… Il improvise sur trois notes… et quand il ne trouve plus de notes pour soutenir son délire et bien il en invente. L’évasion de la fausse logique. Le culte du mystère, du monstrueux, du merveilleux, ça tourne sur le pick-up. Ça tourne dam mon crâne.
      Des tas de couleurs qui tournent. Un nombre incalculable de couleurs. Certaines dépassent la portée de la vision. Elles tourbillonnent et dansent, là, devant la grande surface blanche du paravent. Chaque note sortant de la guitare de Jimi Hendrix, une explosion de lumière bleu électrique durant juste assez pour ne pas m’aveugler et s’adoucissant vers un or blanc. Avec la lumière, le son : la musique triomphante, stridente de la guitare de Jimi qui secoue et réveille les morts. La couronne de lumière se contracte (ou remonte) vers son propre centre en émettant une auréole concentrique d’un rouge fluorescent puis, cercle sur cercle, tout le spectre visible – orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet,- et au-delà, une obscurité comme dans un miroir, et tout autour un cercle d’éclairs émettant un nouvel arc-en-ciel qui entoure l’autre.
      Au fur et à mesure que les cercles de couleurs émergent, le son descend par divers intervalles harmoniques jusqu’à ce que, avec le noir laqué, il atteigne une profondeur telle que les murs en tremblent et deviennent palpables, engendrant ainsi un spectre de vibrations que seule la peau ressent, transformant le sonique en solide avec toutes ses textures.
      Ces vibrations influencent à leur tour la muqueuse du nez évoquant une série d’odeurs qui débutent avec l’encens du bois d’aloès brûlant et va des roses, des œillets et du vent salé de la mer jusqu’au café fraîchement moulu, à la menthe, au thym et au cognac tiédi et de là, au fromage bien fait, à l’ammoniaque aux excréments et au sang qui brûle.
      L’ordre des cercles et des séquences de vibrations touche tous les sens et toutes les émotions et lorsque le noir laqué engendre l’éclair, il devient évident que la sensation est un cycle dans lequel les plus hautes intensités de plaisir et de douleur sont des extrêmes qui se rejoignent.
      Les notes comme ses rafales d’étoiles se perdent dans l’infini. Mon atelier en est éclaboussé de partout. Je suis pris dans ses hurlements ininterrompus. Je fonds pareil au navigateur solitaire perdu en plein Pacifique. Je me défonce complètement. Je vibre à chaque note que m’envoie Jimi Hendrix. Je les présents, je sais là où il veut me conduire. Cela se fait de plus en plus insistant. Je décolle. Je ne suis plus moi-même, je me découvre.
      Quelques heures plus tard, le feu s’éteint. Jimi s’arrête. Je me réveille. J’ouvre les yeux et là devant moi le paravent, … peint qu’avec du noir.
      Sans m’en rendre compte j’avais peint le paravent et même noté le titre : « Vallée aperçue à travers les branches d’un cerisier en fleurs ».

      « De la musique avant toute chose… », mais qui donne mieux la musique de la vie que la vie elle-même.

      La vie et les paroles de Sri Ramakrishna avaient impressionné un musicien qui s’était mis à penser qu’il devait abandonner la musique et se faire disciple de Ramakrishna. Mais quand il a proposé de le faire, Ramakrishna lui dit : « N’en faites rien. Demeurez musicien, la musique est un moyen de transport rapide vers la vie éternelle, c’est-à-dire la vie tout court ». La musique est pour moi ce moyen de transport, ce moyen de décoller.

      Je me suis depuis toujours défoncé à la musique et j’en remercie toute la galaxie des musiciens.

      Un silence noir.

      Je n’arrive pas à me rendre compte si c’est votre fils qui fait des progrès au violon ou si c’est nous qui nous habituons.

      Nous naissons tous fous, certains le restent.

      Il a chassé le naturel : le naturel n’est jamais revenu.

      J’espère que non. Quoique. Bref si je vis trop longtemps, j’écrirais – en paix ? - mes « Mémoires imaginaires véritables ».

      Soliloques, logorrhéisme, monologue.

      Fascinante fascination.

      Fascination dominant l’érotisme.

      … tant que vous vivrez, vous irez entre les jambes des femmes demander le secret du monde.

      Cette animalité qui éveille le désir.

      Sa nudité et ses excès de jouissance ne sont pas des choses ; elles me sont insaisissables.

      C’est étonnant ce qu’on a du mal à s’imaginer ce qui peut rendre un être plus ou moins excitant aux autres.

      Ensemble nous nous transportons au-delà des histoires des hommes.

      L’homme appartient à la femme comme l’enfant appartient à la mère.

      De par deçà les différences, une analogie absolue me permet de vous atteindre. Une éternelle absence nous réunit.
      En vie. Tout est possible et peut-être surtout l’impossible.
      Sortir. Du fond de mon vertige, le rapport de ma présence jaillit par mes mots. J’existe encore … Dans les registres où vous m’inventez. Des souvenirs et quelques mots pour me constituer une image … et elle ne sera jamais que ce que vous voulez qu’elle soit. Je serais tout ce que vous me rêverez … et continuellement innocent.

      Je ne vois pas le moyen de supprimer l’abîme qui nous sépare ; seulement, pouvons-nous en commun ressentir le vertige de cet abîme. Il peut nous fasciner. Cet abîme, en un sens, est la mort et la mort est vertigineuse, elle est fascinante.

      J’ai un tel faible pour ceux qui m’écoutent.

      Lorsque je regarde une femme nue, je vois l’ensemble, puis selon l’état où elle a su me mettre, je la détaille de haut en bas ou de bas en haut, ou encore je passe d’un détail à un autre pour toujours finir sur le visage, puis les yeux. Et lorsque je regarde ses yeux, je ne vois plus ses yeux mais un univers composé des éléments les plus extraordinaires qui n’ont plus rien à voir avec la chair, l’os, le muscle ou le cartilage.

      Mes râleries contre les hommes ne sont que platoniques ; elles me sont nécessaires pour survivre.
      Je sais que la vie crée et entretient un instinct d’agression, aussi capital que l’instinct de reproduction ou de nutrition.

      - Mais vous dites du mal de tout et de tous.
      -Oui, mais ce mal est si justifié.

      J’ai la tête pleine de toupies.

      La peur est une limace sur mon corps.

      Les nomades ne créent pas et les sédentaires sont trop sages. Pour une grande œuvre, il faut un aventurier qui reste à la maison.

      Les autres et moi existons au-dedans mais il n’y a pas de seuil à partir duquel apparaisse l’existence au-dedans.

      Même dans l’érotisme je ne peux rien imaginer en dehors des limites de notre vie. Quelle impuissance !

      Vague perdue dans la multiplicité des vagues.

      Une vie semble concentrée dans la volonté d’avancer. Mais où ?

      Toi qui connais la vie, donne-moi son adresse.

      On ne peut décrire obligatoirement des faits passés. Il y aura toujours la couleur du présent qui ne peut se décrire le fait présent qu’en parties successives se développant dans le temps.

      Dans le présent, je ne peux décrire objectivement des faits passés.

      Je ne peux évoquer des faits passés sans avoir aussitôt le sentiment d’un mensonge.

      Désir angoissé de la durée de ce périssable.

      Pour aller où tu ne sais pas, va par où tu ne sais pas (Saint-Jean-de-la-Croix)

      Christophe Colomb partit à la recherche d’un monde et en découvrit un autre.

      Qu’il est doux de rester dans le désir.

      … et n’oubliez pas que : L’espoir est la forme normale du délire.

      Pour tromper le monde, il faut être comme lui.

      Je suis lâche, pas hypocrite.

      Nous sommes en plein dans une époque stupide, imbécile, terriblement lourde.

      Tous les « psy » vont profiter de sa faiblesse momentanée pour le maintenir en état de servitude alors que c’est la liberté qu’il cherche.

      Quand on se sert du mot « psychologie » on a l’air de siffler des chiens.

      Après une journée d’humiliations et de frustrations de toutes sortes… nuit d’alcool et de goudron.

      Parfois j’ai mal au monde entier.

      Plus il y a d’hommes sur la terre et plus la vie perd de sa valeur.

      Terrien, t’es rien.

      Si vous pensez comme les autres, ne pensez plus !

      Il m’est totalement indifférent de savoir si ce que j’ai pensé, bien ou mal, l’a déjà été par un autre avant moi.

      Si ma chatte ne pense guère, elle pense plus que les hommes.

      Je ne pense jamais à l’avenir. Il vient bien assez tôt.

      Chaque jour j’ai une nouvelle tête, alors qu’aux yeux du monde, c’est toujours l’ancienne.

      Il n’est guère de raison pour que la raison ait raison (M. R.)

      La connaissance est pleine d’erreurs.

      Je n’ai pas raison mais prouvez-moi que j’ai tort.

      Pour une fois que j’étais l’homme de la situation, il n’y avait pas de situation.

      Je suis un inquiet, un troublé et si je savais ce que je dois faire demain, je chercherais autre chose.

      S’intéresser à ce que l’on est probablement le seul à saisir mène à la catastrophe, au cauchemar, au drame, à la tragédie, à la folie.

      Je doute de plus en plus, et pourtant je n’espère rien et je ne crois en rien. Je doute de rien.

      C’est quand nous ne marchons pas droit qu’on nous regarde de travers.

      Quand on ne sait pas où l’on va, la route est longue.

      Quand on sait où l’on va, les trois quarts du chemin sont faits.

      Tu n’iras pas jusqu’au bout de tes rêves car les rêves n’ont pas de fin.

      Il y a une mesure pour tout : dès qu’on en sort, on la dépasse.

      Celui qui est simplement en avance sur son temps, son temps le rattrapera un jour.

      La civilisation ? C’est l’art d’inventer ce qui peut la détruire.

      Rien ne vaut le désordre de l’ordre.

      Il n’y a de lumière que dans les endroits défendus.

      L’interdit m’a rendu toujours plus fiévreux et plus brûlant de désir.

      Interdire fait très sérieux.

      Un homme sans défaut n’est pas un homme parfait.

      Trop longtemps seul, je ne supporte pas ; et trop longtemps à deux non plus.

      Je me dis souvent, comme c’est bizarre d’être ici sans savoir où ici se trouve.

      Là où tu n’es pas, là est le bonheur.

      Partout où je ne me sens pas chez moi, je suis un étranger.

      Mal à l’aise devant tout le monde, mais impressionné par personne.

      J’en ai assez de me faire petit devant les autres.

      J’ai trouvé le moyen de tromper les gens, je dis la vérité et ils ne me croient pas.

      Naturellement je peux aujourd’hui dire que tout ce que j’ai dit hier est absurde aujourd’hui. Comme d’ailleurs tout ce qu’on dit est absurde.

      La morale n’a que faire de la sincérité car elle est reine de l’hypocrisie.

      Parler morale n’engage à rien. Ça pose un homme. Ça le dissimule. Tous les fumiers sont des prédicants.

      La main sur le cœur, il pousse le trémolo.

      Le mysticisme n’est pas une religion. Les religions disent : tu ne sais pas où tu vas, viens avec nous.

      Etre athée, c’est croire qu’on ne croit pas.

      C’est lorsque l’on m’apprit qu’il y avait des lundi, des mardi, etc. que j’ai pris peur.

      Je ne puis distinguer exactement ce que j’ai appris comme « adulte » de ce que j’avais compris en étant petit.

      Vieillir, c’est parler du passé au présent.

      La vieillesse, c’est le droit de perdre pied, c’est la permission de se perdre.

      Dès qu’on l’accepte, la maladie devient familière.

      On imagine toujours le pire … et puis, c’est pire.

      Mes cheveux ne seront jamais aussi long que mon dégoût.

      Je suis contre tout, non par principe mais parce que nous vivons de travers et à l’envers.

      Ta jeunesse ne t’autorise pas à croire que tu mourras après moi.

      Vous n’avez d’autre rapport avec l’être vivant, avec la nature, que celui de l’exploiteur à l’exploité.

      Sans défense, les éléphants seraient mieux armés pour vivre.

      Je suis de ceux qui présentent aussi leurs excuses à un animal.

      Je ne connais pas le mot qu’il faudrait dire lorsque l’on veut demander pardon à tous ceux que l’on aime.

      Je m’étonne moi-même de mener une existence plus ou moins totalement indépendante, si je considère, naturellement, qu’il n’y a, au monde, aucun être indépendant et l’être totalement indépendant n’existe absolument pas

      Il est vrai ce que disait Marie-Hélène Joiret : « Trop modeste, Hick », … elle aurait dû ajouter « mais d’une grande portée ».
      Il est vrai que ma modestie fait comme un grand trou de silence dans le tintamarre de tous les prétentieux.

      Les regrets n’ont pas d’avenir et l’avenir ne m’appartient pas. Le temps enfante la peur, alors on s’en va.
      Et en s’en allant on oublie.
      Et en marchant on est un autre, et en étant, on n’est plus

      Avec de la complaisance, un peu de correspondance et quelques visites par-ci, par-là, je me serais bien fait des amis et amies qui me font aujourd’hui cruellement défaut. Mais j’ai si peu de temps à moi … La Peinture, vous savez … toute une vie.

      Je comprenais ce que cela signifiait de n’être rien et de vouloir devenir quelque chose, et d’avoir une frousse bleue de recevoir un mauvais coup, non à cause de ce que l’on a fait, mais parce qu’on ne peut le rendre. Tout ça parce que les autres aiment vous voir souffrir, ou parce qu’ils ont la migraine ou que la façon dont vous vous coiffez ne leur plait pas.

      Ne donnez jamais de conseil ; oh là, là. Gardez-vous en bien. Du coup vous êtes mûrs pour l’enfer. Vous ne savez pas où vous allez.
      Dans 10 ans, 20 ans, davantage, il reviendra vous voir, ce monsieur, hanter vos nuits de songes atroces, tellement il vous aura maudit, il sera votre vampire dans la retraite que vous aurez si bien préparée. Jamais de conseil, non, non …même pour l’amour de Dieu ! Rester tranquille, c’est pas des conseils qu’on vous demande, c’est du miracle. Y veulent pas reconnaître le pénible, voilà tout. La vérité, personne n’en veut.

      Les gens, tous des bourgeois et jusqu’aux fibres. Il a le goût des fausses valeurs. Il n’aime que ce qui coûte cher. Visuel avant tout, faut que ça se voie. Il va au néon comme la mouche.

      « Je suis, tu es, nous sommes des ravageurs, des fourbes, des salopes ». Jamais on ne dira ces choses-là. Jamais. Jamais. Pourtant la vraie révolution, ça serait bien celle des aveux, la grande purification.

      J’y ai souvent pensé au miracle, mais ce n’est jamais venu, je l’ai toujours attendu même dans la pire catastrophe. Le miracle, ça vient jamais.

      Les choses seraient plus simples si elles étaient moins compliquées.

      Regarde la vie, elle est très simple : les gens se lèvent, travaillent, sont fatigués, ensuite ils regardent ce qu’il y a de plus con à la télé puis se couchent ; ils se réveillent et recommencent une autre journée.

      On se couche et on se lève sans intérêt.
      On se couche et on se lève sans avenir.

      Ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine qu’on demande à quelqu’un d’autre de le faire.

      On sait jamais dans l’existence, la malveillance est partout ; on s’affute et puis c’est l’horreur, le drame commence.

      Rien de plus insipide que les conversations des vacanciers. Ils ont changé d’endroit, non d’idées.

      En juin, les v’là tous partis excursionner. Kodak et caméras sur la panse. Pour, en septembre, montrer aux autres excursionnistes que, réellement, ils ont excursionné.

      Le peuple autrefois avait pour patienter la perspective du paradis… ça facilitait bien les choses. Ils faisaient des placements en prières. Le monde tout entier reposait sur la résignation du pauvre. La religion chrétienne est morte avec l’espérance et la foi. « Tout en ce monde et tout de suite ».

      L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.

      Un politicien est un homme de paroles non de parole.

      On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche.

      La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l’esprit humain, disait Voltaire. Alors que dire encore ?

      Politiciens – qui c’est ça « politiciens » ? Une bande d’abrutis bafouilleurs, déconneurs, minus ronflants… et drôlement bien planqués.

      Le monde est plein de bons apôtres et de martyrs qui crèvent du désir de libérer les masses et puis d’être titularisés par la même aubaine dans des fonctions pas fatigantes avec une bonne retraite. Jamais tant vu d’apôtres et martyrs retraités.

      Au ministère, si tu accroches la secrétaire de la secrétaire du secrétaire, t’es foutu.

      Les magistrats sont avec leurs accusés comme les cocus avec leurs femmes : ils ne savent jamais ce qui se passe.

      Dans ce pays, même les communistes sont modérés.

      J’ai toujours compris que les cons sont la majorité et, de ce fait, c’est bien forcé qu’ils gagnent. Pourquoi, je me dérangerais dès lors ?

      Jamais signé de manifestes, pour les martyrs de ceci,… les torturés de cela. Jamais.
      Je n’adhère jamais à rien.
      J’adhère à moi-même tant que je peux, c’est déjà pas commode, surtout par les temps qui courent.

      Comment une femme enceinte peut-elle lire un journal, ou regarder le journal Télé, sans avorter aussitôt.

      Quand un général prétend n’avoir jamais fait de fautes, il me persuade qu’il n’a jamais fait la guerre longtemps.

      Y a pas de responsable. Jamais. Et si quelqu’un l’est, c’est assurément le voisin. De ce fait, tous s’endorment du sommeil des pharisiens, heureux de savoir que les voisins aient cette sacrée affaire sur les bras.

      - La peur de l’ennui est la seule excuse du travail.
      - Il avait la peur du travail et l’ennui de ne pas travailler.

      Un chômeur, c’est un travailleur qui a cessé de nuire.

      Pour être en règle avec la loi, il faut être un véritable escroc.

      Où est-on mieux qu’au sein de sa famille ? Partout, ailleurs.

      C’est le genre de raseur qui est là aujourd'hui et qui sera encore là demain.

      Ce qu’il y de moins prostitué dans cette époque, ce sont les « prostituées ».

      Les hommes louches se retrouvent dans les hôtels borgnes.

      Tu ne commettras pas d’adultère, à moins d’en avoir envie.

      Pourquoi n’aimerait-on pas sa femme, on aime bien celle des autres.

      Il l’aime plus que les autres, mais il lui faut les autres pour s’en rendre compte.

      L’amour est éternel, tant qu’il dure.

      Le seul amour garanti fidèle, c’est l’amour propre.

      Les femmes préfèrent être belles qu’intelligentes parce que chez les hommes il y a plus d’idiots que d’aveugles.

      Traits malicieux. Les yeux riaient avec provocation et la démarche accentuait une tournure qui dénonçait tout, sauf l’exercice de la vertu.

      Plus d’hommes se sont noyés dans l’alcool que dans la mer.

      La première fois que je l’ai rencontrée, elle carburait au L.S.D.. C’est marrant, me dit-elle, j’ai l’impression de marcher sur la terre alors que d’habitude c’est sur de la merde que je marche.

      Certes pour que Sagan plaise autant, il doit y avoir certaines choses médiocres qui se retrouvent dans beaucoup de gens.

      Tu as beau essuyer l’écran de la télé, la merde est de l’autre côté.

      On doit toujours avoir l’air utile quand on n’est pas riche.

      Lorsqu’on n’est pas riche, il faut toujours faire des concessions. Même pas libre d’exposer les œuvres que je veux exposer et non les autres…
      Mais voilà, je ne suis pas riche et je ne paye rien pour l’expo, en dehors des 50% sur les œuvres vendues.

      Petit ou grand, le propriétaire est souillé, corrompu, sans son essence.

      Cette turne, on peut à peine circuler tellement elle est encombrée de débris, jusqu’aux chevilles, jusqu’aux genoux … des débris, des invisibles, des rêves brisés, des espoirs en miettes, des arcs de triomphe pulvérisés. Dans ma turne, on peut y rester des heures, insensibles, indifférents. A se demander si cela prendra encore longtemps de devenir vieux, si cela prendra encore longtemps de vivre.-

      Je n’ai même plus rien pour déménager…
      Si je compte un loyer minimum, 10.000 frs, il m’en faut 40.000 avec leur saloperie de caution.
      Je l’avais toujours dit à mes parents, je finirais riche ou clochard… Je me sens plus proche du dernier à un point qu’il ne me restera que la Meuse ou la Dérivation. C’est bien, je vis encore dans une île… De l’eau partout pour en finir.

      Ah ! si comme Montesquieu, mon talent principal fut une fragilité singulière à emprunter de l’argent, je ne serais pas où j’en suis.

      Je n’ai pas d’argent
      Je n’ai pas d’argent
      Je n’ai pas d’argent
      Je n’ai pas d’argent
      Je n’ai pas d’argent
      Je suis sans argent
      Et resterais sans doute sans argent – alors ce sera la fin.

      Ah ! L’argent, on m’en a toujours donné trop peu.

      Trop pauvre pour devenir vieux.

      Je ne suis rien d’autre qu’un seul esprit torturé et qui torture. Un sale foutu esprit sans ressort qui n’aspire plus qu’à crever parce qu’il ne trouve que l’image de sa propre déformation.

      Il ne faut pas devenir vieux. Il n’aurait pas fallu naître.

      Je suis depuis ma naissance anti-social dans l’âme et pour cela le monde (dit moderne) me vomit ; j’ai pour lui une dimension de trop. Il en fut toujours ainsi, il en sera toujours ainsi ; la puissance et l’argent, le temps est le monde appartiennent aux petits, aux mesquins et les autres n’ont rien. Rien que la mort. La mort et l’éternité mais pour y arriver, il faut passer par tant d’ordures et d’absurdités que …

      Plus la vie m’a éveillé et donné conscience de moi-même, plus grande est devenue ma peine. Je ma suis enlisé de plus en plus dans la souffrance, l’angoisse et le désespoir. Je n’ai plus d’air pour respirer … et l’asphyxie est une mort cruelle.

      La douleur s’étale, tandis que le plaisir et la nécessité ont des hontes.

      N’importe quelle surprise est mauvaise pour le cœur. D’ailleurs, un jour, il s’arrête par surprise.

      Il y a un moment de la misère où l’esprit n’est plus déjà tout le temps avec le corps. Il s’y trouve vraiment trop mal. C’est déjà presqu’une âme qui vous parle. C’est pas responsable une âme.

      Aujourd'hui on est las et demain on n’est plus là.

      Magritte, lui aussi, s’est cassé la pipe.

      Les agonies les plus courtes sont les meilleures.

      Repasser tout doucement de l’autre côté du temps.

      La meilleure des choses à faire, n’est-ce pas, quand on est dans ce monde, d’en sortir.

      Obsédé par l’idée du suicide.

      Jour et nuit : idée de suicide.

      Et puis à quoi bon ne pas vivre.

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      Dans cette ensemble de notes éparpillées au long de quelques carnets, très "brouillons", je trouve une note sur la notion de SKIERON. Il me semble que cette note est assez singulière pour attirer notre attention et terriblement importante pour la compréhension par le peintre de sa propre recherche : ce lieu où s'éclairerait, tout entier, le mystère  de l'acte de peindre. J'ai récolté quelques informations à ce propos que je livre ici et j'ai  interrogé, sans succès, divers spécialistes de philosophie. Je ne désespère pas d'approfondir cette question.

      Skiéron.

      (-> Skiascopie : méthode permettant de déterminer d’une façon objective les caractéristiques optiques de l’œil et fondée sur l’étude de l’ombre que porte la pupille sur la rétine.)

      Skiéron de la couleur.
      « Goethe a si fortement insisté. On sait qu’il désigne par cette expression le fait que la nature est apparentée à celle de l’ombre ou du gris par où elle est constamment plus clair que le noir, et plus sombre que le blanc. » (in Schopenhauer. Texte sur la vue et sur les couleurs. Paragraphe 7. Affinité de la couleur avec l’ombre.)

       

      Notes de M. Renwart à propos de la note ci-dessous.

      GOETHE
      - Maurice Elie. Lumière, couleurs et nature : l'optique et la physique de Goethe et de la Naturphilosophie. Paris, éd. Vrin, 1993.

      SCHOPENHAUER
      Sur la vue et les couleurs (allemand : Über das Sehn und die Farben) est un traité en 2 chapitres et 14 paragraphes publié par Arthur Schopenhauer en mai 1816 à l'âge de 28 ans. Pendant l'hiver 1813 Schopenhauer avait longuement discuté avec Johann Wolfgang Goethe de son Traité des couleurs de 1810 et partageait pour l'essentiel les vues de celui-ci

      SCHOPENHAUER. TEXTE SUR LA VUE ET SUR LES COULEURS. PARAGRAPHE 7.AFFINITÉ DE LA COULEUR AVEC L’OMBRE
      Livre numérisé :
      https://books.google.be/books?id=qwl3bKuFXAsC&pg=PA96&lpg=PA96&dq=Ski%C3%A9ron&source=bl&ots=j5nJgdYOW7&sig=8iZlgh9BdBSCOeVcFnlvoe2wzh0&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj_3YWT9YvYAhUJoKQKHRr1DkMQ6AEIJzAA#v=onepage&q=Ski%C3%A9ron&f=false
      Par. 7.
      Affinité de la couleur avec l’ombre.
      Une considération très importante, qui a été tenue jusqu’à présent comme allant de soi dans cet exposé, appartient encore de manière essentielle à la théorie de la couleur édifiée ici, comme d’ailleurs au Traité des couleurs de Gœthe, et elle consiste en une déduction à priori du skiéron propre à la couleur, sur lequel Gœthe a si fortement insisté à plusieurs reprises. On sait qu'il désigne par cette expression le fait que sa nature est apparentée à celle de l’ombre ou du gris, par où elle est constamment plus claire que le noir, et plus sombre que le blanc (Dans l’addition de toutes les couleurs, celles-ci conservent leur caractère de skiéron et, du fait qu’elles ne sont plus vues côte à côte, on ne ressent pas d’impression de totalité, d’harmonie, et ainsi paraît le gris, lequel, comme les couleurs perceptibles, et toujours quelque peu plus sombre que le blanc, et plus clair que le noir).
      Nous avons trouvé, dans l’activité qualitativement divisée de la rétine, que l’intervention d’une moitié était essentiellement conditionné par l’inactivité de l’autre, du moins au même endroit. Mais, comme il a été dit ci-dessus, l’inactivité de la rétine est l’obscurité.
      Il en résulte que l’intervention d'une moitié qualitative de l’activité rétinienne, se manifestant comme couleur, doit être accompagnée dans sa totalité par un certain degré l’obscurité, c’est-à-dire par un élément sombre. Elle a d’ailleurs cela en commun avec l’activité intensivement divisée de la rétine, que nous avons reconnue plus haut dans le pis ou la pénombre : et cette propriété qui était là qualitatif et ici intensive, a été bien saisie par Gœthe et désignée par l’expression de skiéron. Il règne cependant ici l’importante différence que voici : le fait que l’activité de la rétine ne soit que partielle en intensité, ne la modifie pas de façon spécifique et essentielle et ne détermine pas d’effet propre ; ce n’est qu’une diminution graduelle et accidentelle de l’activité totale. Dans l’activité partielle qualitativement divisée de la rétine par contre, la mise en activité d’une moitié a pour condition essentielle et nécessaire l‘inactivité de l’autre :car elle ne consiste qu’en cette opposition. De cette division et de ses multiples rapports, résulte cependant la véritable excitation, la claire et réjouissant: sensation de la couleur, à l’opposé du triste gris. de clarté pourtant équivalente ; ainsi que de son- essence tout à fan spécifique, demeurant identique à soi, malgré toute la diversité des couleurs. Ceci provient en effet précisément du fait que, par une séparation polaire, la vivante activité de l’une des moitiés dépend du repos complet de l’autre.
      Ceci explique pourquoi le blanc parait si évidemment pauvre lorsqu’il se trouve parmi les couleurs, cependant que le gris est triste et le noir sombre. On conçoit du même coup, pourquoi l’absence d`excitation colorée, c’est-à-dire le noir et le blanc, celui-là chez nous, celui-ci chez les Chinois. est le symbole du deuil. - En conséquence de la différence existant entre la division purement intensive et la division qualitative de l’activité rétinienne, nous pouvons tout à fait à bon droit nommer par analogie la pénombre et le gris un mélange purement mécanique, bien qu’infini, de la lumière et de l’obscurité ; et nous pouvons par contre considérer la couleur qui consiste dans l’activité qualitative partielle de la rétine, comme une combinaison chimique et une mutuelle et intime interpénétration de la lumière et de l’obscurité : car toutes deux se neutralisent également ici, et dans la mesure où chacune renonce à sa propre nature, apparaît un nouveau produit, qui n'a plus qu'une lointaine ressemblance avec chacune d'elles et présente par contre un caractère propre tout à fait frappant. Cette union de La lumière et de l’obscurité, qui résulte nécessairement de la division qualitative de la rétine, et dont le phénomène est la couleur, confirme et illustre donc ce que Gœthe a remarqué de façon parfaite et frappante, que la couleur est essentiellement quelque chose de sombre. un skiéron. Mais au-delà de ce principe goethéen, elle nous apprend encore que ce qui précisément se donne comme couleur dans l`œil de chacun, comme cause de sa nature obscure, et qui joue le rôle du skiéron, est aussi ce qui apparaît ensuite à l’œil, comme spectre consécutif : dans ce spectre lui-même, la couleur présente auparavant, assume maintenant le rôle du skiéron, dans la mesure où son contenu constitue le déficit actuel.

      - Arthur Schopenhauer. Sur la vue et sur les couleurs Extraits de la Correspondance Sur la théorie des couleurs. Traduction de Maurice Élie (Paris, Vrin / Bibliothèque des Textes Philosophiques ; 198 pages - 13,5 × 21,5 cm ; ISBN 978-2-7116-0932-1 - novembre 1986)
      Présentation - Table des matières - Extrait

      Les textes d’Arthur Schopenhauer ici traduits, comprennent l’essai Sur la vue et les couleurs (1816), des extraits de la correspondance, en particulier avec Goethe, ainsi qu’un chapitre des Parerga, Sur la théorie des couleurs. En Annexe, on trouvera des notes sur l’Achromatisme, un extrait des Mémoires de Helmholtz, ainsi que sur quelques représentations du Système des couleurs.
      Ces écrits montrent comment Schopenhauer participe à la réaction de l’Idéalisme allemand à l’Optique newtonienne.

      Corrélations Goethe Schopenhauer (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sur_la_vue_et_les_couleurs)
      Schopenhauer rencontra Goethe en 1813 dans le salon de sa mère à Weimar. En novembre Goethe félicita Schopenhauer pour sa thèse de doctorat sur la quadruple racine du principe de raison suffisante. Les deux hommes étaient d'opinion que les représentations visuelles donnent plus de connaissances que ne le font les concepts. Durant l'hiver 1813/1814 Goethe montra ses expériences à Schopenhauer et ils discutèrent de la théorie des couleurs. Goethe encourageât Schopenhauer à écrire sur la vision et les couleurs. Schopenhauer écrivit en quelques semaines à Dresde en 1815. Après sa publication en juillet 1815 Goethe rejeta plusieurs des conclusions de Schopenhauer, en particulier sur la question de savoir si le blanc est un mélange de couleurs. Il était aussi déçu que Schopenhauer ait considéré la question entière de la couleur comme un problème mineur. Goethe eut enfin le sentiment que Schopenhauer donnait l'impression d'avoir seul conçu la véritable théorie comme si lui, Goethe, n'avait fait que rassembler des données. Une différence majeure entre les deux hommes était que Goethe considérait la couleur comme une propriété objective de la lumière et les ténèbres3. L'idéalisme transcendantal kantien de Schopenhauer s'opposait au réalisme de Goethe4. Pour Schopenhauer la couleur est subjective en ce qu'elle existe totalement dans la rétine du spectateur. Comme tel l’œil peut être excité de diverses manières par des stimuli externes ou des conditions corporelles internes. La lumière est un type de stimulus de couleur parmi d'autres.
      En 1830, Schopenhauer publia une édition révisée de sa théorie des couleurs. Le titre en était Theoria colorum Physiologica, eademque primaria (Théorie physiologique fondamentale de la couleur). Il parut dans les Scriptores ophthalmologici minores (Petits écrits ophtalmologiques) de Justus Radius. « Ce n'est pas la simple traduction de la première édition, » écrivait-il, « il en diffère sensiblement dans la forme et la présentation et le sujet en est grandement enrichi » 5. Parce qu'il était écrit en latin, Schopenhauer croyait que les lecteurs étrangers seraient en mesure d'en apprécier la valeur.
      Une seconde édition améliorée de Sur la vue et les couleurs fut publiée en 1854. Une troisième édition, éditée par Julius Frauenstadt, fut publiée en 1870.

      https://www.cairn.info/revue-internationale-de-philosophie-2009-3-page-279.htm

      Commentaires sur Schopenhauer.
      SKIERON. - in Maurice Elie. Phénoménologie et sciences de la vision cf. http://journals.openedition.org/noesis/1417?file=1.
      En philosophe, Schopenhauer ne se borne pas à constater que l'orange « appelle » (comme disait Goethe) le bleu, et le jaune, le violet, mais cherche à justifier rationnellement sa théorie, tout en reconnaissant le caractère hypothétique des « fractions de l'activité rétinienne » qu'il attribue à chaque couleur. En somme, Schopenhauer ajoute à la « phénoménologie » gœthéenne un transcendantalisme « arithmologique » de la couleur.
      Sa théorie de la vision des objets exposée dans la Quadruple racine et dans le chapitre I de Essai sur la vue et les couleurs, est, elle aussi transcendantale. Mais elle est également causale, en ce qu'elle rapporte la sensation visuelle à sa cause extérieure. En matière de couleurs, elle peut aussi être dite « phénoménologique », car elle ne peut se prononcer quant à la nature des processus neuro-physiologiques entrant en jeu, mais seulement postuler une « activité rétinienne » correspondant à l'activité en général, qui constitue selon Schopenhauer l'essence générale de la matière. Elle ne peut dire comment nous voyons les couleurs, mais seulement recenser les conditions de leur production, tel le skiéron c'est-à-dire l'élément obscur, dont la présence était déjà jugée nécessaire par Goethe. C'est de cet élément que traite le paragraphe 7 de l'essai, intitulé «Affinité de la couleur avec l'ombre ». Et dans ce paragraphe, Schopenhauer se montre à nouveau «transcendantaliste», en appelant à une déduction a priori du skiéron propre à la couleur... mais aussi « physiologiste », en ramenant ce skiéron à l'inactivité de la rétine : l'inactivité de la rétine est l'obscurité. L'élément obscur, qui se dresse, selon Goethe, face à la lumière, est donc reporté dans la sphère physiologique.

       

       

  • Texte de présentation

    •  François Jacqmin. Texte d’introduction à l’exposition de l’Oasis, 1983 (repris au catalogue Jean Hick ou le rêve pris sur le fait. IvozRamet, Centre wallon d’art contemporain, 1993).

      C’est une singularité de la physique moderne de déclarer qu’on ne peut prétendre à une formulation de la matière. Autrement dit, par un paradoxe tout aussi singulier, la rigueur scientifique du vingtième siècle aboutit à la plus formidable des incertitudes, celle qui touche ce qui est.

      Si l’on invoque un des fondements de la physique contemporaine, c’est surtout pour amener le parallèle entre l’esprit scientifique et la pulsion artistique; car ces deux approches du monde ne sont pas contradictoires. A la manière qui lui est propre l’artiste d’aujourd’hui a également senti le profond inconvénient d’assigner une forme précise à sa vision du monde.

      Ceci ne laisse pas entendre qu’il se résigne à la partie vague des phénomènes. En réalité, il s’agit d’éviter l’encerclement formel, le dogme de l’image.

      Jean Hick emprunte la partie la plus riche de l’indéterminé. C’est en quoi on pourrait apercevoir un versant contemplatif à son œuvre. Il s’abstient de nommer les choses afin de les mieux comprendre.

      La volonté d’intervenir avec la plus grande discrétion, le souci de limiter ses rapports avec le monde aux limites mêmes de la peinture1 font que l’on se trouve devant une sorte de sagesse picturale. Voici donc un peintre de la présence et de l’effacement alternés.

      Pour conclure, on serait fondé de dire que l’art, chez lui, c’est le bon sens illuminé.

       

      - Andrée Discry dans le catalogue de l’Oasis, 1983.

      Voir par les yeux de l’autre.

      Rêve, utopie, tentation, qui n’a pas éprouvé un jour cette curiosité?

      Si l’autre voit autre chose, ou autrement, que voit-il ? Y a-t-il une autre vision que celle que nous connaissons et dont la diversité même finit par se percevoir comme répétitive ? Le regard qui va de la pensée au sens, peut-il, dans sa direction préméditée, autre chose que reconnaître ? Le regard, à se heurter aux limites sempiternelles du déjà vu, devient contraignant, révoltant môme, comme une prison : on voudrait parfois s’en évader. .. mais sans se perdre. S’il existe, quelque part entre ce qu’on ne voit plus et ce qui doit peut-être rester à jamais invisible, une autre vision possible, est-elle accessible ? Peut-on voir la vision de l’autre, mais la voir avec ses yeux à soi ?...

      L’artiste de génie est celui qui nous rend visible ce qu’il était seul à voir et nous communique ainsi, selon les termes de Pierre Boulez, «la délivrance fulgurante de la contingence ».

      Jean Hick a ce pouvoir.

      Il nous livre en chacun de ses tableaux une ouverture, à la fois particulière et essentielle, sur l’infini de son regard intérieur. Si profond est ce regard, si subtils et puissants ses moyens de le transmettre que la distance est abolie et avec elle disparaît le poids du temps.

      C’est en s’adressant directement à l’œil, sans l’intermédiaire d’aucune référence, que Jean Hick nous restitue le « voir » en tant que pure jouissance. Chacune de ses peintures contient, émet sa propre lumière - lumière ou ombre ne semblent jamais venir de l’extérieur mais de l’intérieur même de la toile - ce qui donne une fascinante mobilité aux couleurs, à leurs rapports, à leurs effets. Densité, tonalité, climat, tout change et se renouvelle par une perpétuelle interaction entre les divers éléments du tableau, entre le voyeur et le vu.

      Il n’est pas étonnant que la comparaison avec des paysages, imaginaires ou autres, viennent souvent à ceux que la peinture de Jean Hick a touchés; dès que l’on s’attache à l’un de ses tableaux on ne se lasse pas de le regarder vivre, comme on reste sous le charme dans la contemplation des mouvances particulières du ciel ou de l’eau, des jeux malicieux d’un feu ou des lentes mais continuelles transformations de la terre. Ce n’est pas le paysage même qui est présent dans la peinture de Jean Hick, mais peut-être ce qu’il a de plus émouvant dans son essence: quelque chose comme un souvenir, tellement imprécis qu’on ne sait plus si c’est un souvenir, ou un pressentiment, ou un écho... mais dont le résonance suscite, inexplicablement, la sensation de l’infini.

      Ainsi se refait, en sens inverse, le chemin du sens à la pensée: la méditation à laquelle nous invitent les toiles de Jean Hick éveille toute cette vie silencieuse de l’esprit pour laquelle le langage n’a pas de mots.

      Et, sans doute, est-il quelque peu insensé de vouloir en parler puisque ce n’est pas affaire de mots mais pure affaire de peinture ou affaire de pure peinture. Encore que, s’il n’y a pas de mots pour formuler certaines pensées, c’est peut-être que ne s’est pas encore présenté un besoin suffisamment vigoureux de les exprimer par la parole et donc de trouver les mots qui leur conviennent. La peinture de Jean Hick n’existait pas non plus avant qu’il lui donne réalité, elle était à inventer et lui seul pouvait le faire.

      Il faut être animé d’une force violente pour créer. Force de l’élan qui pousse à émettre, force de l’art qui précise la forme de cet élan. Force d’arracher au néant ce qui existe sans ressemblance et sans mémoire.

      Peu nous importe ce qu’il a pu en coûter de peine et de temps à l’artiste pour atteindre la plénitude de ses moyens (»les affres du métier sont affaires de coulisses et doivent y rester», disait L.F.Céline), ce qui nous regarde est ce que nous pouvons voir: cet aboutissement où tout paraît aisance, maîtrise, joie de peindre. Ainsi, en musique, l’exercice de toute une vie permet à l’improvisateur de faire apparemment ce qu’il veut, comme libéré de toute contrainte, dans un état de jubilation contagieuse. De même, la légèreté, la vivacité des toiles de Jean Hick tiennent à cette impression que, chez lui, agir et sentir sont vécus dans un seul et même temps, dans un seul et même mouvement, par une parfaite adéquation de la fin et du moyen. C’est par la pleine domination de sa technique que l’artiste permet au spectateur de se livrer tout entier à la volupté de jouir de l’œuvre.

      Jouir de la beauté vivante de l’ensemble, de la fraîcheur des tons, des rapports harmonieux des couleurs ou de leur opposition violente, jouir des variations d’atmosphère, des effets de masse ou d’envol, du dynamisme du mouvement, éprouver la sérénité ou l’angoisse d’une étendue qui semble se dérouler en profondeur à perte de vue...

      On a même, avec Jean Hick, la sensation d’être un peu plus qu’un spectateur passif, l’illusion d’être presque participant, comme si, à parcounr la toile des yeux dans sa totalité et dans ses détails, on était invité à suivre le peintre dans sa démarche: son interrogation devant la toile, son exploration de l’espace, son exigence illimitée envers le matériau. On croit le voir fouiller forme et couleur pour en tirer tout ce qu’elles peuvent donner et au-delà, traiter impitoyablement la matière, toiles, couleurs, instruments, sont triturés, torturés, caressés ou distordus, jusqu’à l’instant magique où cette matière même se transcende et devient porteuse de mystère, donc de sens singuliers. Le tableau est le lieu où cet événement nous est livré dans sa vie frémissante.

      Il est clair qu’un tel phénomène ne peut se produire qu’abstraction faite de tout élément parasite tel que référence, intention, contenu présupposé. Ce dont l’approche nous est rendue sensible c’est l’acte de création en soi, en ce qu’if a de miraculeux et bouleversant.

      Dostoievski aimait affirmer que « tout le bonheur est dans la recherche du bonheur», on pourrait le paraphraser en disant qu’ici toute la peinture est dans la recherche de la peinture.

       

      - Marc Renwart. Feuillet-catalogue, Société Royale des Beaux-Arts, 1974. Texte revu pour le catalogue de l’exposition au CWAC de Flémalle en 1993.

      Ici, il s’agit de peinture. On pourrait même penser que le travail de Jean Hick n’a plus rien à voir avec ce que d’autres appellent art.

      Point n’est besoin de bâtir une œuvre. L’essentiel de la production est un rapport au réel des choses. C’est une intuition inévitable qui s’objective dans un mouvement inverse, dans une perpétuelle errance aux tréfonds de nous-mêmes, dans ce qui nous échappe du jeu 0e) du monde. Pas d’idées, pas de signes, une énergie... qui exige une faculté d’oubli. Hallucinante vision d’une illusion qui se signifie elle-même dans le présent et le silence. En marge du mirage, les seules forces de l’absence. Dans la peinture, un point aveugle ou un point sourd où l’on se perd et se rencontre enfin.

      II est dans l’œuvre de Jean Hick une aire de synchronie où l’on se fond dans le présent de l’être. Pour ceux qui savent.
      Tout n’est qu’espace,... un son, une lumière,...l’espérance de l’impensable rêve, d’un impossible possible. Pour ceux qui peuvent.
      Oser l’indispensable. Préciser l’imprécisable. Pour ceux qui doivent.
      Un voyage au bout de la nuit. Pour ceux qui vivent.

      Un moment long comme une éternité. Un miroir qui se brise au seuil de ses limites. On ne peut plus voir, on ne parvient plus à supposer la distance. Hors champ. Rien, tout, trop.
      Et la conscience et l’inconscience.

      Compagnons d’innocence, le cheminement est à rebours. II n’est guère sûr que la solution de l’énigme soit dans la raison. Les mots n’expliquent jamais. Les limbes de l’imagination, rêve de rêve, imaginaire. Eclatement de limites. Multiples trajectoires dans l’infinitude du sens. Récurrentes renaissances. Bienheureuses ténèbres du ventre de nos mères. Mers et mouvances prébiologiques.

      Aux temps des origines, aux frontières de ‘informel, des bulles naissent pour éclater en leur éternel devenir. La rupture d’avec le néant. Le tragique de la création.

      Bien avant les dérives de la représentation, lucide devant la singularité du savoir, une peinture à la recherche de son réel, une peinture en guise d’auteur.

       

      - Marc Renwart. Texte inédit, 1993.

      Présenter un peintre a, en soi, quelque chose d’impensable, quelque chose qui vous déraisonne. L’incursion des mots dans un monde qui ne peut se trouver que s’il s’en défait, banalise la différence même de celui dont il s’agit de parler. Elle l’instaure dans une différence standardisée qui le réduit à son pas être.

      Ainsi présenter Jean Hick semblerait toucher à l’irrespect, il y aurait là comme une tricherie, sinon à témoigner de la jouissance. Le peintre n’est plus. Il s’est perdu au point aveugle de son oeuvre. Le peintre s’efface et la peinture naît. Plus de faux-fuyants, plus de mensonges. On entre dans le monde de la non-distraction. Le délire, enfin. Rien, tout, toi-même. Sans plus te chercher tu te trouves et tu vois que le bout de ta route en était e début. De toi à toi, les voyages oubliés reviennent. Et tu comprends que tout ce que tu sais, tu le savais déjà, qu’il n’y a rien à savoir, qu’autre chose est possible. Tout commence ailleurs, bien plus loin encore que dans le non-savoir, dans l’absolument différent. Chaque tableau contient quelque chose d’irréductible qui apparaît dans la fascination qu’il exerce. Devant lui, les idées et les mots s’estompent et, finalement, s’oublient. Tout se perd dans l’absence du temps, là où la vision s’affirme. Tous les sens se fondent dans la multiplicité de sens. La totalité et le néant ne sont plus qu’une manière de voir les choses. La connaissance dévoile ses manquements. Un flot de flux la submerge, la noie dans l’innommable. Un au-delà du langage où toutes les expressions sont efficientes.

      En ces lieux l’ivresse du spectateur commence; une dynamique intense le parcourt; la raison éclate en mille morceaux et mille réalités l’assaillent; l’éblouissement est total; le temps et l’espace n’ont plus d’importance; il est subjugué. La transcendance s’opère, les limites s’écroulent, il reconnaît la béatitude...

      Et puis, tout aussi soudainement, le chant le quitte. Le déferlement de différents se calme. L’envie de souvenirs, d’interprétations, de reconstitution du moi... De nouveau les tentations de la facilité et les ruses des mots...

      Et pourtant, non. Ne pas se laisser endormir. Retourner au tableau: il faut saisir ce que recouvre cette absence de signes. Recommencer toujours pour apprivoiser ce moment où tout se transforme. S’installer dans le secret des choses. Etre ce mystère. Le monde est à toi comme tu es au monde. Tous les mythes sont réalisés dans l’absence du mythe. L’illusion s’abolit dans le rien. Le rien s’échappe dans l’inconnu. Tous les temps sont présents. L’indescriptible.

      Remous, vagues, bulles, cieux, air, couleurs, odeurs; des relents de représentations vous rappellent que cela diffère et diffère encore. Dernier instant d’une comparaison possible. Il faut se dévider. Dernier choix. Le risque suprême. Dernière hésitation devant un imprécisable impressionnant. Dernier mot au seuil de l’indicible. Une bienveillante «folie».

       

      - Marc Renwart. Texte pour l’exposition de la galerie Orphéa, Liège, 1984.

      Une intimité proposant extase en partage.
      Une trace infinie de la réalisation du réel.
      Une toujours présente activation de l’éternel.

      De la relation du mot à l’indicible.
      De cet ineffable paradoxe qui structure l’histoire.

      De tableaux relevant de cette sorte de conscience qui s’exprime par la notion du multiple.
      D’une peinture dégagée des impérialismes de la mimésis, émancipée des causes, libérée du temps.

      La perspective se dissout en ses innombrables lignes de fuite.
      La profondeur s’implose dans l’imaginaire de la couleur.

      La composition rend compte d’une intuition qui perçoit la forme comme un des futurs possibles.
      L’harmonie dans de subtils voisinages de tons, de singulières osmoses, d’inattendus mystères.
      Le dynamisme dans l’acceptation de la diversité des états de l’âme.
      Le rythme par l’unification du signifiant et du signifié, dans le moment d’objectivation de l’unité psycho-physiologique.

      D’une méditation qui engendre la matérialité du temps et de l’espace.
      D’une entité qui se développe dans l’infinitude.
      De la stimulation à d’indescriptibles jouissances.
      De l’indispensable élargissement des perceptions.

      Une inévitable intensification de l’affect.
      Une essentielle source de vie, intense et contradictoire.
      Un commun désir de l’espèce qui atténue les attirances et les terreurs de la transcendance.

      L’univers émane des ivresses de l’être. L’être se forge sur les illusions du devenir. Entre le chaos et sa disparition les forces de la peinture.

       

      - Pierre-Paul Fiévet. Texte inédit, 1992.

      C’est un travail sur la lumière, celle que l’homme peut créer, sur la couleur, saisie ou plutôt libérée en tant qu’avatar de la lumière, et sur le rythme, surie trait en tant que « proportion gardée» de séquences d’une géométrie immatérielle, indomptable, musicale, et abstraite au point de figurer la liberté retrouvée: il n’y a pas de mots pour traduire, l’on s’en tient au constat d’une sensualité pure, d’une intelligence prélogique.
      Et, quoique cette liberté permette à chacun de rêver librement, et notamment, comme c’est souvent le cas à partir des huiles de ce peintre ou de ses aquarelles, à des paysages ou à l’esprit de paysages, en y regardant bien, en y regardant longtemps, on finit par se rendre compte qu’il s’agit plutôt d’une oeuvre graphique particulière, comme lorsqu’on veut voir une figuration dans de la roche, et qu’on finit par se rendre compte que c’est EN REALITE de la roche. (...)

       

      - Marcel Piqueray. Texte inédit, avril 1992.

      La gouache de Jean Hick fixée au pied de mon lit
      renouvelle mon regard sur elle tous les matins.
      Il s’agit d’une sorte de naissance dans l’immobilité.
      Source de silence et de profonde solitude.
      Mais comme une solitude sourdement concertée
      entre les deux silhouettes qui se font face.
      Il y a, dans le message feutré de Jean Hick,
      un mystère qui n’en finit pas de m’inspirer
      une indicible interrogation, inépuisable.

       

      - Luc Rémy. Texte inédit, mars 1993.

      Hommage à une toile disparue

      L’art du peintre a parfois ceci de particulier qu’il est proche de celui de l’illusionniste.

      Ainsi possède-t-il cette aptitude à faire disparaître ses toiles. C’est sans doute une manière pour lui d’assister au véritable achèvement de l’œuvre sans qu’il en soit tout à fait le responsable.

      Certaines toiles de Jean Hick m’ont aidé à vivre plusieurs fois cette curieuse expérience. La transparence est telle qu’il n’est plus permis à l’œil de disséquer la plus petite parcelle de toile ni la moindre appréciation de couleurs ou de formes.

      Ceci est d’autant plus troublant qu’il y a de la part du spectateur avisé une sensation de délabrement intérieur, un éparpillement progressif qui, porté jusqu’à un certain degré, donne une impression du corps se disloquant.

      Et puis, il y a également cette lumière surgie du fond de la toile et qui, par sa rencontre avec la lumière extérieure, rend notre regard renversé comme s’il s’agissait de trouver un point (<d’enfoncement » indispensable.

      De manière absolue, on serait tenté de dire que la peinture n’existe pas. Elle deviendrait essentiellement le moyen qui nous implique dans un rapport irrationnel avec le monde. Le peintre, ayant servi de passeur, nous transbordant d’une rive à l’autre.

       

      - Joseph Orban. Texte inédit, 29 mars 1993.

      Jean Hick ou la tessiture des ombres

      En ces temps de tintamarres balbutiants où, faute d’idées, l’on va proclamant que l’exploitation d’un seul concept (ô, préciosité jacassante !) représente - en même temps qu’un filon très rémunérateur (et tant pis pour l’appauvrissement de l’intellect) - la quintessence de l’esprit le plus fin et d’une élite crémeuse; il serait bon de se tourner vers ces in(c)lassables chercheurs de bleu, ces humbles discrets qu’aucune vaine gloriole des premières pages ne détournera jamais de leur oeuvre, qu’aucun feu de rampe n’éblouira vraiment.

      Depuis plus de trente ans, Jean Hick fait partie de ces doux alchimistes lui qui, alors que s’époumonaient sûrement les mines de charbon, disséquait le brun en minces couches d’ocres, de bistres ou de tabacs légers. Depuis lors, sans cesse, s’envolent de ses pinceaux, mille formations de mille informels, se révèle une géométrie irisée où les courbes naissent de brisures parallèles et d’atomes droits. Formes au-delà desquelles viennent enfin se fixer les émotions.

      Pêcheur patient en ses rivières de couleurs ou jardinier infatigable devant ses semis de pigments, Jean Hick arrive à l’âge où commence la vie de peintre (l’envie de peindre). Parce que l’œil maîtrise les tons, parce que les doigts sont dompteurs de pastels, d’huiles et d’encres; parce que le pinceau est membre de la main et qu’il peut orchestrer, mûr et sage, le sentiment.

      Jean Hick est un peintre mélomane, Il connaît la tessiture des ombres. Des ombres cachées parmi l’ombre, elle-même lumière d’une autre obscurité. Le jaune aigu n’est pas le jaune, il est aussi safrans d’ors porteurs de citrons et de tournesols. L’azur cristallin n’est pas le bleu, il est mille saphirs sertis de milliers d’indigos. Aux noces vermeilles des coraux cramoisis, les corbeilles regorgent de cerises, fraises et groseilles, de parures d’amarantes et de rubis sans pour autant décrire le grave rouge. De même qu’une symphonie n’est pas la musique, aucune goutte de couleur n’est-elle la couleur... Inlassable voyeur, l’œil va vers la toile qui souffle sur les yeux. Les glacis percolent les tons pour que coulent les couleurs. Il faut se promener très lentement devant les travaux de Jean. Effacer le bruit de nos pas, la forge de nos haleines afin d’entendre la toile se tendre, d’écouter l’encre déchaînée chiner dedans les arabesques, de pressentir la passion des pastels passereaux. Ici c’est la mer qui assaille le ciel; là, des volcans abyssaux qui se gonflent de vies. Paysages choisis, décharnés, non par la douleur, mais parce que dénués de l’inutile, mettant à nu l’essentielle charpente, le magique équilibre qui ne supporterait le moindre nuage superflu. Paysages écrits, calligraphiés où l’indispensable orage qui gronde nous promet toujours le lumineux mutisme qui, bientôt, comblera nos angoisses...

      Ecrire sur la peinture, c’est souvent se condamner à une pâle paraphrase tant la force primitive du trait recèle mille vocables indicibles car pauvre est notre parole et bavarde la prose.

      Jean Hick nous tend la main, nous ouvre son regard. Il nous suffit de tendre les yeux, d’ouvrir nos doigts et de nous laisser emporter là où la sage douleur dort dans un silence d’ombres et d’or...

       

      - Lettre de Marc Renwart à Jean Hick, 13/10/2007. Texte publié dans le Bulletin Wégimont Culture novembre 2007, n° 229 pour présenter l'exposition Jean Hick au Cabinet des Estampes et Dessins de la Ville de Liège, du 23 novembre au 3 février 2008.

      Mon cher Jean,

      … Maintenant que le temps du repos est venu, que l’œuvre accomplie s’accomplit, que la grandeur se fait présence, enfin paraît le chef-d’œuvre…

      Désormais à jamais pour ce que tu nous as fait, est arrivée, l’heure de la reconnaissance.
      Le moment de cette redevance aussi indescriptible que structurante qui t’est due et dont jamais nous ne pourrons nous acquitter.

      Car ce que nous te devons, relevant tout autant de l’intime que du commun, n’est pas quantifiable.

      La conscientisation de la conscience,
      la fréquentation physique de la pensée,
      la perpétuelle redynamisation des sens et du sens,
      le physique de la métaphysique, ne sont pas de nature et, dès lors, ne saurait s’inventer de contre-partie.

      Ce don si pur, si gratuit, si désintéressé n’était lié à aucune contingence.

      Avant de te connaître, avant de pratiquer ton œuvre, avant que de s’en être approprié l’énergie, nous ignorions l’immensité de notre pauvreté.
      Sans savoir que nous percevions si mal.
      Sans avoir l’indispensable du nécessaire.
      Sans voir la réalité de l’être au monde.

      Et cette inimaginable richesse dont tu nous a fait cadeau, comment la partager à notre tour ?.
      Comment faire comprendre que le fondement n’est pas le savoir mais la mise en disponibilité ?
      Comment faire admettre la primordiale alliance de la lucidité et de l’humilité ?
      Comment faire saisir que l’essence est consubstantielle à l’existence ?

      Pour aboutir tu as accepté l’indifférence, le rejet, la pauvreté ; tu as toléré l’animosité, la malveillance, la bêtise ; tu as surmonté le doute, le découragement, la perte du soi.

      Les souffrances endurées, les détresses surmontées, les solitudes acceptées n’ont pas été vaines.
      Elles sont venues jusqu’à nous pour nous plénifier le vivre, élargir notre appréhensible, donner substance à nos philosophances.
      Elles ont fait découvrir le possible et l’espérable.
      Elles ont transmuté le visible en vision.

      Si le bonheur existe, c’est bien celui que tu nous as élaboré avec tant de constance et de bienveillance.
      Si notre esprit a conquis de nouveaux territoires, c’est bien sous ta guidance et grâce aux prodigieuses sensations que tu as mis à disposition.
      Si notre envol prend son ampleur, c’est bien parce que tu as réussi à ramener des aubes du temps, les forces dont nous avions besoin.

      Une écrivance sur ta peinture ne peut atteindre à aucune pertinence.
      Elle seule, en son en-soi, peut véhiculer ses vérités, exprimer l’indicible et sublimer le désir.
      Elle est la volonté cosmique et la géographie de notre infime.
      Elle est la clé du percept et la justification du concept.
      Elle est ce qui ne peut s’attendre.

      A toi, donc, amplificateur magique du son originel ; à toi, infatigable interpellateur de l’advenance ; à toi, incorruptible pourfendeur des complaisances sociétales ; à toi mon ami, mon frère, respect et gratitude.

       

      - Daniel Meyer. Les Faravennes, XII 2017. Texte pour l’exposition De la note à la touche et inversement, à l’Emulation, 2018

      Jean Hick ça Coltraine

      Vers la seconde moitié du siècle dernier, après d’insupportables horreurs, il a fallu supporter, et quelques-uns ont pris des libertés. Exemples : Charlie Parker jubile et Pollock dégouline.
      Par-ci par-là ça brûle, mais on invente la guerre froide. Les affaires sont les affaires. Par bonheur quelques-uns, immodestes, chahutent les vieilles lunes, et en plantent d’autres. La représentation était caduque alors une geste balbutie, prend la parole ou empoigne des agents graphiques.
      À New York John Coltrane est surchauffé par Miles Davis, puis Monk le met sur son pavois. En 1959 c’est l’intensité joyeuse de « Giant Steps », puis il virevolte de délires en prières (c’est la même chose) jusqu’à l’autodestruction, - il est touché au flanc droit.
      À l’époque, le peintre Jean Hick (Seraing, - ) a griffonné des salutations à celui dont il écrit le nom phonétiquement : « Hommage à Coltraine » peut-on lire parmi des traces syncopées. De fait, cette musique – un « non-dit qui parle » selon le poète Edmond Jabès, entraine avec, emporte au-dedans, d’où ça rebondit.
      Quoi, ça ? Oyez, Voyez ! Le son est le frère de la couleur. Par l’un et l’autre surgissent des insurrections détruites par leur écho, des pics en forme de gouffres, des murmures soudain grognements, caresses et coups confondus.
      Singulier passage : à son acmé le lyrisme se consume, frappé d’auto-combustion. Il faut recommencer, ad libitum.
      Mais l’auditeur, le regardeur ? Qu’il rencontre ce point (rarissime mais si présent, en l’occurrence) gorgé de ce qui est en lui-même et dont il ne sait rien, - et c’est la vie à mort. Puissiez-vous…

       

  • Vu par ses pairs

    • - Léopold Plomteux. Texte inédit, 25 février 1993.

      Ecrire concernant l’œuvre d’un ami n’est pas chose aisée surtout quand on est artiste peintre soi-même, mais je tenais à le faire en toute sympathie pour une œuvre qui est aux antipodes de ma conception picturale. Et peut-être pour cela même, les contrastes se valorisant.

      Il est certain que si j’analyse une œuvre non-figurative selon les critères établis dans les années cinquante concernant la peinture abstraite - critères basés essentiellement sur les recherches d’ordre plastique concernant la forme et la couleur - il m’est difficile de retrouver ces principes dans l’œuvre de Jean Hick bien qu’elle soit non-figurative.

      Les recherches plastiques du début du siècle ainsi que celles des années cinquante concernant l’art abstrait sont plus structurelles, plus architecturales.

      Composition plastique organisée sans ambiance romantique et troisième dimension. La surface peinte devait être respectée à deux dimensions pour être abstraite, la troisième dimension étant un trompe-l’œil propre à la figuration donnant un semblant de profondeur à une surface qui ne l’est pas.

      L’intérêt de l’œuvre de Jean Hick n’est donc pas dans ces principes qui débouchèrent sur une grande révolution de l’art de peindre. Mais une œuvre n’est pas nécessairement faite de principes ni d’écoles, il y a l’être humain avec sa perception des choses, sa sensibilité, son rêve, sa tendresse, son affection. Et Jean Hick, de tous ces sentiments humains, en a fait une œuvre non-figurative d’un grand raffinement parfois d’une subtilité esthétique bien inattendue pour le peintre que je suis.

      La démarche de Jean Hick est spontanée, il est peut-être plus peintre de l’action que de la réflexion bien qu’une oeuvre se crée par le jugement. Mais une œuvre peut aussi se juger après son exécution il existe des moments bénis où les choses se font « toutes seules», il s’agit d’en avoir le souffle et dans son cas l’inspiration joue un grand rôle.

      J’ai cependant connu Jean Hick peindre conformément aux principes de l’art abstrait en début de carrière, Il est donc conscient des valeurs de cette expression artistique, son évolution l’en a séparé, sans doute pour satisfaire ce besoin intérieur dont parle Kandinsky dans « Du spirituel dans l’art ». Sa personnalité se dégagea des principes qu’il ne sentait plus, pour une réalité qui lui était plus personnelle car Jean Hick est d’un humanisme romantique basé sur des valeurs de perceptions et de sensibilités. Son œuvre devait être à son image.

      Peindre ce n’est pas fabriquer des tableaux, l’œuvre doit être vécue et cela Jean Hick l’a senti très tôt, sa personnalité fut une prise de conscience lucide; étant homme de vérité il ne pouvait se trahir, on est ou on n’est pas. Ainsi il découvrit sa voie et s’y est tenu envers et contre tout.

      Dans certaines de ses oeuvres un apparentement asiatique le rattache au zen: faire valoir peu mais bien; ces œuvres sont par­ticulièrement raffinées, l’atmosphère y est distillée, diaphane, subtile; d’autres où la lumière joue donnent une impression d’accueil, on y pénètre, on y voyage. Mais du raffinement, parfois il va à la violence comme si la colère le prenait devant l’absurdité du monde pour repartir aussitôt vers des rêves nocturnes.

      Car s’il est le peintre de la lumière il l’est aussi de la nuit et des mystères obscurs.

      Sa couleur est la plupart du temps monochrome, ce n’est pas un coloriste mais un atmosphériste s’il faut inventer un mot pour le définir. La subtilité de ses jeux de valeurs vaut bien toutes les compositions d’harmonie de couleurs; un infini de tons charment l’œil autant que votre sensibilité. Quant à la matière épidermique de ses tableaux elle est discrète et distinguée.

      Chez Jean Hick le raffinement est permanent, la structure de l’œuvre est parfois imperceptible c’est de vibrations que l’on devrait parler. Dans certains cas les éléments du tableau semblent plutôt apparaître que paraître et certains éléments sont tellement dosés que l’on a la sensation qu’ils pourraient disparaître à votre regard si l’on ne les retenait pas mentalement.

      L’œuvre de Jean Hick est vraie, c’est pourquoi il est mon ami.

      Il est tellement rare de rencontrer des personnes sincères et de valeur à une époque où la folie dirige le monde. Monde cruel et bête car nous vivons dans un siècle de meurtres; jamais siècle ne fut plus meurtrier, un peu d’air frais là où la bêtise ne pénètre pas nous est toujours secourable. L’œuvre de Jean Hick nous apporte quelques signes de civilisation et d’humanité.

       

  • Informations complémentaires

    • Vidéo de Jean-Pierre Pellet

Acquisitions

Collection de la Communauté française.
Collection de la Province de Liège.
Collection de la Ville de Liège.

 

Collections privées.