Biographie

Naissance de Jean Hick à Seraing, rue Papillon, le 30 août 1933, aîné d’une famille de trois enfants: une soeur Annie et un frère Paul.

« Comme d’autres font du jardinage ou de la pêche à la ligne, son père, un tourneur serésien, faisait de la peinture. Il dessinait très bien. C’est sans doute pourquoi, dès son plus jeune âge, Jean-François Hick peignait déjà. Mais II était alors plus particulièrement attiré par la musique. Après les classiques leçons de solfège, il joua du violon et eut la chance de suivre des cours particuliers de musique relatifs à tout ce qui touche à la composition et à l’orchestration, l’harmonie, la fugue, le contrepoint. Il fut notamment l’élève doué du violoniste Lenaerts, lequel avait accédé à la notoriété par des concerts en Allemagne. » (Jean-Francis Dechesne in Vers l’Avenir, 17/4/68)

1955.
10/12-20/12) Seraing, Centre social de ta S.A. Cockerill-Ougrée: 5e exposition des Arts du Travailleur.
 Première participation à une exposition de groupe et unique fois où il présentera des œuvres figuratives (7 toiles exposées).

1957.
Jean Hick fait la connaissance de Léopold Plomteux qui expose, à la galerie des Dominicains, des tableaux abstraits géométriques.
* Rencontre importante et début d’une amitié durable qui commence par de longues discussions sur l’art, la peinture, l’abstraction... Léopold Plomteux le présente aussi à nombre de ses amis artistes: le peintre Nelly Sauvage, le poète Fernand Imhauser... ainsi qu’au peintre Frédérick Beunckens - leur orientation radicalement différente n’empêchera pas les deux jeunes artistes d’établir de solides rapports amicaux.

Léopold l’emmène au «Club des Génies», animé par Joseph Dosogne où il rencontre bien des personnages intéressants, dont le poète François Jacqmin pour qui « il a et aura toujours la plus grande admiration».

1958. Sur les conseils de L. Plomteux, il se présente avec des œuvres à Léon Koenig, Conservateur des Musées de Liège. Ce sera sa première vente d’une toile abstraite. Léon Koenig et Léopold Plomteux l’incitent à participer au Prix de la Jeune Peinture.

1960.
(06/02-17/02) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts; (2-27/3) ; Anvers, Hessenhuis. Lauréats du prix Jeune Peinture Belge 1959.
* Sa participation au Prix de la Jeune Peinture lui donne l’occasion d’entrer en contact avec pas mal d’autres peintres, dont José Picon, Auguste Scevenels, Roger La Croix avec qui il noue des liens d’amitié.

Rencontre le peintre Silvin Bronkart qui l’introduira à l’A.P.l.A.W. dont il était secrétaire.

1960-1965.
Membre de l’A.P.I.A.W.

Nouvelle amitié : le peintre Armand Silvestre avec qui il se sent beaucoup d’affinité.

1961.
01/10/61-31/12/62) Boursier du gouvernement français. Académie Ranson - Atelier S.W. Hayter (gravure) Adresse en date du 18/10/61: Hôtel Beauvoir, Avenue de l’Observatoire, 43. Paris V.

(04/12-17/12) Liège, Musée de l’Art Wallon: Exposition des œuvres sélectionnées au prix de peinture de l’Expansion et l’Education Artistiques (E.E.A.)
* Deux des œuvres de J. Hick furent retenues pour ce prix réservé aux artistes de Wallonie.

1962.
Mention au prix Hélène Jacquet et participation à l’exposition des lauréats du prix aux Arts et Métiers de La Louvière.

(31/03-12/04) Liège, Apiaw. Hick jean, gouaches et tempera.
* PREMIERE EXPOSITION PERSONNELLE.
- Feuillet-catalogue: Texte de Julie Vauvert

1962-67. Membre du groupe « Peintres de notre Temps», Paris. (avec Convert, Larguier, Genay, Martinez, de Pass, Cléa)

Durant la saison 1963-64, collabore avec le Théâtre de l’Etuve :
- Musique et chansons pour « La Guerre de la vache » de Roger Avermaete. (Mise en scène: Jean-Pierre Willemaers; décors et costumes: Evald Chikowski)
- (mai1964) Musique interprétée par Milou Struvay (trompette) et Georges Leclercq (basse), costumes et projections de décors (diapositives d’aquarelles) pour « Poèmes de la vie d’un homme » de Nazim Hikmet. (Mise en scène: J.P. Willemaers)

1964.
(20/11-29/11) Liège, Musée de l’Art Wallon: Exposition des œuvres sélectionnées au Prix des Arts plastiques 1964 (E.E.A).
* Trois œuvres de Jean Hick sont retenues et il obtient une mention. 1967. (13/10-26/10) Liege, Galerie Baudoux. Hick Jean. De Coltrane à Shankar, Huiles.
- Feuillet-catalogue : texte de Julie Vauvert.

1969.
(11/01-06/02) Bruxelles, Galerie saint-Laurent. Gouaches (avec Léopold Plomteux)

Rencontre, en Roture, avec l’historien d’art Marc Renwart et le sculpteur Florence Fréson.
* Commencée de façon orageuse par une escarmouche à propos du symbolisme, cette relation, qui ne fut jamais terne, se perpétue, de joutes en défis, sur un mode où la passion le dispute à la déraison (Andrée Discry)

1975. Cité dans le livre de Jacques Parisse «Actuel XX. La peinture à Liège au XX» siècle » (éd. Mardaga, Liège):

1980.
(07/11-18/11) Liège, Galerie des Chiroux: Etat présent 80 - Les prolongements de l’Abstraction.

1982.
(16/10-03/11) Hélécine, Domaine Provincial. Lyrisme -Abstraction -Collage.

1988.
(24/11-28/11) Liège, Palais des Congrès : Abstraction 50.

1990. (Automne) Le poète François Jacqmin propose à Jean Hick de réaliser une œuvre en association. Il en naîtra NUITS, œuvre composée de dix exemplaires autonomes, réalisés à la main, tous entièrement différents les uns des autres et comportant chacun trois poèmes inédits et manuscrits de Fr. Jacqmin et trois peintures sur papier originales de J. Hick. Cette collaboration, qui s’est passée dans l’entente la plus parfaite, a laissé une empreinte profonde dans l’esprit du peintre qui en restera inspiré de façon durable. Chaque pensée est une catastrophe qui ne survient pas. Si, en outre, on s’abstient de le dire, le cœur retrouve sa nuit impénétrable et accueillante. On recule devant une idée, et c’est une inspiration pure et noire qui surgit. (Fr. Jacqmin, Nuits, novembre 1990)

1991. Victime de sottises immobilières, Jean Hick est contraint de quitter l’atelier qu’il aimait et habitait depuis 23 ans rue Jonfosse.

1993.
(09/05-06/06) Ivoz-Ramet, Centre wallon d’art contemporain. Hick Jean ou le rêve pris sur le fait.
* Catalogue : Conception et réalisation : Andrée Discry, Florence Fréson et Marc Renwart.

2007.
(22/11-03/02/08) Liège, Cabinet des Estampes. Jean Hick ou l'abstraction lyrique.

2011
(26/09) Décès dans sa chambre de la Résidence Bavière à Liège.

 

 

Liste d'oeuvres

Jeux de vague, huile sur toile (200 x 120 cm)
07/1962, Plus d'infos
India (Coltrane), huile sur toile (99 x 53 cm)
1966, Plus d'infos
Ascension, (Coltrane), huile sur toile (170 x 75 cm)
1967, Plus d'infos
Paysage jaune, huile sur panneau
09/1974, Plus d'infos
Sans titre, huile sur toile (31 x 26 cm)
18/12/1975, Plus d'infos
Coup de jaune, huile sur toile (100 x 80 cm)
13/11/1980, Plus d'infos
Cathédrale engloutie n° 19, huile sur toile
04/1987, Plus d'infos
Sans titre, pastel (30 x 42)
1989, Plus d'infos
Sans titre, huile sur toile. (46 x 38 cm)
13/08/1991, Plus d'infos
Du côté du noir n° 15, huile sur toile (60 x 70 cm)
1/06/1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 18, huile sur toile (73 x 57 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 16, huile sur toile (60 x 90 cm)
1997, Plus d'infos
Du côté du noir n° 17, huile sur toile (40 x 50 cm)
1997, Plus d'infos

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de l'artiste, Interviews

    •  

      Entretiens de Jean Hick avec Andrée Discry et Marc Renwart, février/mars 1993.

       

      APPRENTISSAGE

      Milieu familial

      Scolarité

      Formation musicale

      Découverte de la peinture

       

      ASPECTS ONTOLOGIQUES

      Etre

      Pensée

      Création

       

      ASPECTS PHILOSOPHIQUES

      Art

      OEuvre

      Artiste

       

      ASPECTS ESTHETIQUES

      Peinture

      Art abstraft

      Lyrisme

       

      ASPECTS TECHNIQUES

      Forme

      Couleur

      Touche

       

      ASPECTS HISTORIQUES

      Histoire de l’art

      Influences

      Anecdotes significatives

       

      ASPECTS SOCIOLOGIQUES

      Déontologie (Rôle de l’artiste dans la société)

      Enseignement

      Fonctionnement du paraculturel

       

       

      (Milieu familial - Formation musicale - Découverte de la peinture - Scolarité).

      Bébé, je fus bercé, caressé par la musique. Je vivais chez mes grands-parents paternels. Mon grand-père était musicien amateur. Il chantait et, surtout, jouait du tuba. Son plus jeune fils ainsi que mon père étaient également musiciens. Ils chantaient et jouaient du piano. Je fus élevé dans la musique. J’avais quatre, cinq ans, lorsque mon père commença à m’apprendre à lire la musique. A six ans, j’étudiais le violon chez un professeur extraordinaire. Un maître de musique qui, après avoir fait carrière comme soliste en Allemagne, travaillait la composition, de la musique à quarts de ton. Hubert Lenaerts, mon maître de musique, lorsqu’il était content de mon travail, me récompensait en me jouant une pièce au piano, particulièrement du Debussy - je pense qu’il a dû me jouer toute l’œuvre pianistique de Debussy. Très souvent il me disait: «Ecoute bien ceci, II tend davantage vers l’abstraction... »

      II jouait du piano de la pointe des doigts, comme s’il jouait du violon. Ses doigts n’avaient jamais l’air d’agir directement sur les touches. Il éprouvait les sensations au-dessus du clavier. Lorsqu’il jouait, il semblait quasiment ne pas avoir conscience des ressources spécifiquement pianistiques de l’instrument, il ne faisait rien pour les exploiter. Il utilisait le piano comme moyen de projeter les sensations de son analyse propre et particulière de l’œuvre qu’il jouait.

      Donc, j’ai appris et travaillé la musique pendant bien des années. Mon père avait des amis musiciens, des amis peintres qui fréquentaient régulièrement la maison. Ce qui était bien plus excitant pour moi que les petits copains. A cette époque, je n’étais que dans la musique. La peinture ne m’avait pas encore touché bien que mon père peignît en amateur.

      Je devais avoir huit ou neuf ans. Mon maître de musique me parlait beaucoup de ses compositions à quarts de tons. J’aimais l’écouter m’en parler, comme j’aimais l’écouter me jouer, non sans me faire remarquer au passage les tendances abstraites de Debussy: «Terrasse des audiences au clair de lune», «Ondine», « Feu d’artifice »... Cela me bouleversait toujours.

       

      Un soir d’hiver - c’était pendant la guerre et, à cette époque, il n’y avait pas d’éclairage publics - seule la pleine lune éclairait la neige qui était tombée abondamment. Je revenais en rêvant de ma leçon de musique où mon maître m’avait joué - est-ce un hasard ? - « Clair de lune » de Debussy. Lorsque, subitement, je fus saisi, ébloui par le nombre de couleurs indéfinissables que reflétait la neige sous la lune. Quel spectacle !... Cette neige que, jusque-là, je n’avais vue que blanche ou sale. Et voilà qu’en une seconde elle est toute couleurs !

      Je crois que ce fut le déclic.

      Pendant longtemps, sur du papier blanc, avec les couleurs de mon père, j’ai essayé de refaire, de faire cette neige toute couleurs. Je n’y suis jamais arrivé... Et pas plus aujourd’hui que jadis.

      D’ailleurs, si j’y étais arrivé, la peinture, pour moi, ce serait fini.

      Je me souviens qu’à cette époque, un ami de la famille, artiste peintre, et diplômé de l’Académie, me disait: «Mais tu n’y arriveras pas de cette façon. Il faudrait dessiner de petits bonhommes, ou de petites maisons ou des arbres, pour avoir un point de départ...»

      Je l’avais mon point de départ: la neige éclairée, illuminée par la lune. Non seulement j’avais découvert la couleur, mais aussi que mon maître de musique était un tout grand coloriste... Les œuvres qu’il me jouait au piano, Debussy, Bach et aussi Schönberg devenaient de plus en plus pour moi de la musique pure, de l’abstraction pure, de la couleur pure...

      C’est à cette époque que je rêvai devenir compositeur...

      Je n’avais plus que musique et couleur en tête... Tout ce que je regardais dans la nature devenait couleur, vibration, sonorité... abstraction...

       

      Dans toutes les écoles que j’ai fréquentées je me suis senti assailli par des sentiments très mélangés. L’école elle-même fut pour moi une expérience très malheureuse.

      Sauf, et je dois le dire, l’Ecole de Peinture en Bâtiment où j’ai travaillé pendant deux ans au cours de perfectionnement d’imitation de bois et marbre. C’est d’ailleurs là que j’ai appris le vrai métier de peintre. Il est vrai que ce n’était pas l’esprit d’école mais d’atelier, d’autant plus que le professeur, Mr Gadisseur, était, lui aussi, un maître de peinture. Il disait souvent: « L‘inertie de la matière picturale ne doit pas paraître présenter de difficultés particulières, pour peu que l’on connaisse son métier.»

      Très souvent ce maître de peinture me faisait penser à mon maître de musique, hélas décédé prématurément...

      J’ai encore eu un troisième maître, à Paris, à l’atelier de S.W. Hayter. Là aussi ce n’était qu’abstraction, couleur, vibration, lumière et sonorité...

      De Hayter aussi j’aurais beaucoup à dire, à raconter, trop peut-être, trop de souvenirs à remuer... je ne peux pas aujourd’hui. Mais je crois que la citation de lui reprise quelque part dans ces pages [cf. biographie complète] donne une bonne idée de l’esprit de son enseignement.

       

      (Création - Peindre)

      Lorsque j’ai des idées picturales, je ne fais ni croquis, ni dessin, ni essai de couleur. Tout cela me donne des idées qui, la plupart du temps, sont illogiques, qui ne sont pas fondées sur la réalité pure et dure de la peinture.

      Je me souviens lorsque je travaillais à Paris, en dehors de la gravure, je faisais des gouaches inspirées de la musique de jazz, à cette époque j’avais rempli des blocs de dessins, de structures. Ce n’étaient que des idées molles, faciles et nauséeuses. Je ne m’en suis jamais servi.

      Même si l’on dit parfois que je suis un peintre productif, je ne peins pas tous les jours, ni toutes les semaines. Je ne m’entraîne pas comme un sportif. Je ne me force jamais à peindre.

      Je crois l’inertie très instructive.

      Je regarde les nuages poussés par le vent, chacun différent de l’autre, par milliers. Le soleil, la lune les éclairent d’en haut, les transforment en songes, comme les arbres, l’herbe, les fleurs... et les oiseaux que j’écoute, comme le vent, la pluie.

      C’est de ce visible-invisible que la nature tire toute sa magie. Cela me procure de plus en plus souvent l’idée de peindre des tableaux dont le spectateur ne puisse jamais faire le tour. C’est par ce visible-invisible que le tableau exerce son infini pouvoir de fascination. Cette idée régulière de peindre est en elle-même une discipline suffisante pour moi.

      Puis, un jour, j’étale toile ou papier, je tourne autour, je piétine dans ces déserts blancs des heures... des jours... des semaines encore... Je sens de plus en plus que, si je veux exister, il faudra à tout prix les peupler, les nourrir. Moment crucial dans l’exécution d’un tableau: le commencement.

      Pendant cet acte de peindre, de créer, je ne construis pas, je ne raisonne pas, je ne pense pas. Lorsque je peins je vois des choses qui ne sont plus du monde des idées. Et là où je suis il n’y a plus à penser.

      Mais j’ai toujours l’impression de croire voir à l’intérieur de moi-même.

      Le tableau terminé m’enseigne que ce que je croyais voir en moi-même ne correspond pas forcément, ou pas du tout, au résultat. Il faudra recommencer !...

      Je cours après l’arc-en-ciel et, lorsque j’arrive sur la montagne, il est sur la montagne voisine.

      J’ai compris que ce que je fais c’est la poursuite du vent. Lorsque je regarde, par exemple, mes derniers tableaux, « Nuits » de 1992 ou d’autres - dont mes grandes toiles au brou de noix de 1990/91 - je trouve dans ce type de peinture un ton, une vibration, une sonorité qui est presque toujours la même; le contraste entre les couleurs consonantes et dissonantes est dépassé. il n’existe pas non plus de grands contrastes de tons. Le contraste qui subsiste est un contraste entre du ton et pas de ton. Pourtant, il y a aussi grand nombre de contrastes dynamiques, rythmiques, de vibrations, de résonances, de lumière. Il y a aussi des pans non peints, ceux-ci demeurent dans cet état en devenir, entre être et non-être.

      Je pense vraiment que le peintre doit se dégager des lois supposées de ce qui est sans loi, pour atteindre une vision, abstraite ou non, plus libre, plus mystérieuse et insaisissable.

       

      (Image)

      Il y a image et image.

      Chaque tableau n’est-il pas une image ?... Un véritable autoportrait. Une composition, abstraite ou non, représente le créateur dans l’acte même de sa création, cristallisée en une image. « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch est une image... un autoportrait.

      Image ou image... Il me semble que lorsqu’on peint, l’un des éléments qu’il faudrait exploiter - ce que trop de peintres ne font pas ou pas assez - c’est sa « prédisposition » naturelle à l’abstraction. Ceux qui rejettent cette prédisposition font uniquement des images-images.

      Mais il y a d’autres images, je veux dire: les livres d’art, de plus en plus nombreux, de plus en plus coûteux, de mieux en mieux faits - je parle des reproductions. D etrès belles images, mortellement dangereuses en ce qu’elles forcent la confusion entre l’image et le tableau.

      Lorsque j’étais jeune, mon père, qui était chanteur, me disait souvent: « Le chant est le souffle d’avant la parole ». Ces images-là ne chantent pas. Le tableau, si !...

       

      (La couleur)

      La couleur n’est que reflet parmi des reflets. Seule compte l’origine de ce qui est et c’est quelque chose que mon regard ne peut soutenir, sinon sous une forme atténuée; le soleil... la lumière...

      Ce que je ressens est toujours d’une certaine couleur quand je le garde pour moi. Mais si je l’exprime, cette couleur est tout à fait différente... Pourtant la couleur - lumière... vibrations... - est primordiale dans ma peinture.

      Parfois la couleur me dit des choses qui se suivent comme d’elles-mêmes. Elles deviennent transparentes. D’autres fois ce sont des choses indéchiffrables. Elle ne me dit même pas ce qu’elle est, la couleur. Mais elle demande tellement de raffinement infini, qu’il faut une terrible ténacité maladive pour continuer. Lorsque je lui demande « le secret du monde », elle me laisse voir sa source d’origine.., et disparaît.

      Elle a un défaut tellement puissant, la couleur, que l’on s’y noie. D’ailleurs, c’est à cela qu’elle invite, à disparaître. A ne pas être !

       

      (Figures incontournables? Horizontalité Verticalité ?)

      Par exemple, si je regarde la mer ou le ciel, j’y vois vagues et nuages; figures incontournables.

      Vagues ou nuages entretiennent entre eux des rapports vivants et ne se ressemblent pas. Ils s’évitent les uns les autres, se substituent les uns aux autres, se transforment les uns à partir des autres, s’épaulent, se heurtent, se combinent en horizontales et en verticales - tout comme les vagues, les arbres dans les forêts, etc., etc.

      C’est une des raisons pour lesquelles je pense que l’abstraction n’est pas une nouvelle école. Au contraire.

      Un tableau abstrait n’est pas sans analogie avec la nature, la biologie, la géographie. Et peut-être aussi avec la philosophie, la religion, la science, tout comme jadis.

       

      (L’espace et le temps)

      Si je regarde des reproductions de miniatures du Moyen Age, j’ai l’impression que les gens de ce temps-là pensaient vivre dans un univers étroitement clos par la voûte céleste. « Cette voûte des cieux sous laquelle nous sommes la proie du vertige», disait le poète.

      Aujourd’hui les artistes traduisent implicitement la conscience d’appartenir à un univers illimité dont ils ne voient ni le début ni la fin. Si, toutefois, début et fin il y a.

      Dans mes tableaux il n’y a plus la notion du centre. Mes tableaux pourraient se prolonger hors du cadre. Ils se prolongent hors du cadre. Ce qui fait croire à un espace - un espace infini - et en même temps à un étirement ou une compression du temps.

      Maîtriser le temps, en peinture, comme en musique, comme dans tout d’ailleurs, impose un dosage constant entre le trop et le pas assez. Le pas assez peut n’être qu’un rien, mais ce rien qui manque est tout. Dans le trop, le tout est menacé de débordement.

       

      (Peintres ou œuvres admirées - Concept d’influence)

      En matière de peinture, je n’ai pas l’admiration facile et pourtant je pourrais remplir des pages en citant les peintres et œuvres que j’admire. J’aime certains artistes et certaines œuvres, indépendamment du fait qu’ils soient classés comme anciens ou modernes, d’ici ou d’ailleurs. Pour moi, il n’y pas d’œuvres anciennes. II y a la peinture vivante de tous les temps qui est tout entière au présent.

      Mondrian est-il plus moderne que Vermeer?... Cézanne plus ancien que Malévitch, Delacroix que Watteau, que Vélasquez, etc.?...

      Je ne le pense pas!

      Ils sont tout entiers au présent.

       

      Lorsque j’étais jeune, bien des peintres, bien des œuvres, bonnes ou moins bonnes, et bien des peintures, aujourd’hui complètement oubliées, en tout cas par moi, m’ont influencé. On cherche... on se cherche... Et bien souvent on se trompe. Fuis, peu à peu, certaines influences marquent, suivant notre tendance picturale particulière. Au fur et à mesure que la personnalité prend forme et force, les influences ne sont plus des choses que l’on subit mais que l’on choisit, ou qu’en tout cas on sélectionne, on retient seulement ce qui va dans le sens où l’on va soi-même, et puis on s’en éloigne.

      Bien des œuvres de Turner, de Monet, de Tobey m’ont influencé. La peinture chinoise, mais aussi et peut-être plus encore l’étude des bois et marbres, la musique, ont eu et ont encore une grande influence sur ma peinture en général. Aucun artiste ne peut dire qu’il ne fut pas influencé mais je ne le fus pas directement par telle ou telle œuvre précise. Il est vrai qu’au début je n’avais pas l’occasion de voir de grandes ouvres, sinon en reproductions noir et blanc... parfois en couleurs décolorées. Les premières ouvres que j’ai découvertes de mes yeux, ce fut grâce à I’ A.P.I.A.W. D’abord des gravures originales de Dürer, de Rembrandt, Max Ernst, Man Ray, Braque, Picasso, Matisse. Puis les expositions de peintures de Magnelli, Manessier, Villon, Bury, Poliakoff, Lismonde, Mathieu, Riopelle, Hartung, Hayter, Van Anderlecht, Bram Bogart, Engel Pak, etc. Mais c’est au musée de l’Orangerie à Paris que j’ai eu un véritable choc devant les Nymphéas de Monet. Le vertige...

      Mais je dois quand même dire que je fus moins influencé directement par des œuvres picturales dans ma propre peinture que je ne le fus par des œuvres musicales quand je travaillais la composition. Trop influencé au point que je n’y fus jamais moi-même. Je transposais au piano des quatuors à cordes, un quatuor de Beethoven par exemple   et je devenais Beethoven. Puis « Le Sacre du printemps » de Stravinsky, Richard Strauss, Schönberg, Alban Berg, Webern, le jazz... m’ont influencé au point de tuer en moi l’esprit de composition. Je pense m’être arrêté définitivement dans les années 1965/66. Mes derniers écrits musicaux ont été pour le théâtre de l’Etuve : musique et chansons pour « La Guerre de la vache » de Roger Avermaete et pour le spectacle monté sur « Poèmes de la vie d’un homme » de Nazim Hikmet - où je signais aussi les décors - une musique pour trompette et basse.

      La débauche, la mort artistique de la création, ce n’est pas entrer dans une école, chez un maître, c’est de n’en pas sortir... Et, en musique, je n’en suis pas sorti.

       

      (Message)

      La peinture met deux êtres face à face, et seuls, au plus vulnérable d’eux-mêmes, là où il n’y a plus rien à quoi se raccrocher... ni message, ni littérature, ni rien. Que ce soit Vermeer, Cézanne, Monet, Van Gogh ou Mondrian ou…

      De mon point de vue, il m’apparaît que trop d’artistes confirment la définition puritaine de l’artiste porte-parole, porte-message. Ce qui me dérange dans le monde de l’art - et qui n’a d’ailleurs rien de nouveau - est l’idée qu’il faille se mouvoir dans telle ou telle direction selon le goût du jour... les messages du jour... là où la machine de propagande des médias pousse. C’est fou les reconversions opportunistes, pour ne pas dire les virages byzantins, de certains confrères.

      Je trouve très déprimant d’entendre parler de messages, de situations compétitives ou imitatives de ce qui va dans le sens du courant et règne sur la créativité. Rien ne me semble plus néfaste.

      Il n’y a rien de plus vulgaire que les messages en peinture.., en art.

       

      (Rôle de l’artiste dans la société)

      A première vue, j’aurais tendance à dire que l’activité de l’artiste est plutôt inutile pour l’ensemble de la société. C’est une satisfaction purement individuelle. Extrêmement égoïste. Quand on peint, c’est chacun pour soi.

      Et pourtant... des questions troublantes se posent. Dans toutes les sociétés, dans toutes les civilisations, il y eut toujours des artistes, il y eut des êtres pour employer leur énergie et parfois même lutter au maximum afin de les conserver, de les montrer, de les faire connaître. Pourquoi? Pourquoi, à l’opposé, a-t-on mis parfois - et cela s’est produit régulièrement dans l’histoire - tant d’acharnement à vouloir détruire, à détruire certaines œuvres ? Quelle puissance terrible dégageaient-elles pour qu’on veuille les anéantir? Tout cela n’est certainement pas sans raison.

      La peinture ouvre le monde du rêve et de la liberté totale.

      La liberté fait peur à bien des êtres, à bien des Etats... Tellement peur qu’ils l’accusent et la condamnent trop souvent à mort, la liberté.

      Alors je crie avec Johnny Halliday: « Ne tuez pas la liberté!» Oui, je sais que c’est un peu surprenant que je cite Johnny, ici. Et pourquoi pas ?... Il a le vibrato du désespoir et l’énergie des grandes fatigues. Parfois les textes sont niais, mais pas toujours. Les musiques marchent au rouleau compresseur, coulent comme des torrents. Peu importe qu’on n’y trouve pas toujours son compte de finesse ou de ruse. L’essentiel y est: c’est l’image noire et blanche, finalement sobre, d’un héros qui vit sans se retourner.

       

      Il faut se persuader que le grand art, l’art sublime existe, sans quoi l’on désespère.

      Et puis il y a cette grande aventure: voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour dans le même travail, dans le même tableau sans cesse recommencé. Non seulement pour l’artiste mais aussi pour certains spectateurs.

      C’est plus grand que tous les voyages autour du monde.

      Mais je pense que, pour l’artiste et pour le spectateur, il faut une sacrée dose de courage pour oser s’aventurer, et sans se retourner, dans ce périlleux voyage.

       

      (Peinture et littéraire)

      Je n’ai rien à première vue contre l’écrivain d’art.

      Pourtant, là aussi, il y a danger pour la peinture, quand celui qui écrit ne fait que se payer de mots à défaut d’existence propre. Souvent, les propos ignorants et stupides de certains écrivains d’art qui se prétendent savants constituent une offense grave pour la peinture. Mais je pense que le danger est plus grand lorsque l’écrivain d’art, avec une certaine séduction, se veut éducatif. La fascination de la chose imprimée s’exerce comme une dictature sur la peinture et risque de rendre plus de spectateurs aveugles.

      Pourtant, si un artiste doit parvenir à la notoriété, un ou des collaborateurs doués d’un talent littéraire est un préalable presqu’aussi indispensable que l’œuvre elle-même. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, un artiste sans média n’est rien. C’est désespérant, mais c’est ainsi t...

       

      (Conclusion ?)

      La conclusion de ces entretiens sera une non-conclusion. L’humeur du jour, les occupations, les préoccupations du moment font qu’on accroche plus à certaines questions qu’à d’autres. Hier je me serais sans doute davantage attardé sur certaines choses, demain sur certaines autres... Pour m’en tirer en beauté, j’aimerais terminer avec cette phrase de Herman Hesse qui reflète assez bien mon sentiment: «Je ne voulais qu’essayer de vivre ce qui voulait spontanément surgir de moi Pourquoi est-ce si difficile

       

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      L’important n’est pas de vivre ni de créer à cause de la vie mais de vivre et de créer « malgré » la vie.

       

       

       

  • Texte de présentation

    •  François Jacqmin. Texte d’introduction à l’exposition de l’Oasis, 1983 (repris au catalogue Jean Hick ou le rêve pris sur le fait. IvozRamet, Centre wallon d’art contemporain, 1993).

      C’est une singularité de la physique moderne de déclarer qu’on ne peut prétendre à une formulation de la matière. Autrement dit, par un paradoxe tout aussi singulier, la rigueur scientifique du vingtième siècle aboutit à la plus formidable des incertitudes, celle qui touche ce qui est.

      Si l’on invoque un des fondements de la physique contemporaine, c’est surtout pour amener le parallèle entre l’esprit scientifique et la pulsion artistique; car ces deux approches du monde ne sont pas contradictoires. A la manière qui lui est propre l’artiste d’aujourd’hui a également senti le profond inconvénient d’assigner une forme précise à sa vision du monde.

      Ceci ne laisse pas entendre qu’il se résigne à la partie vague des phénomènes. En réalité, il s’agit d’éviter l’encerclement formel, le dogme de l’image.

      Jean Hick emprunte la partie la plus riche de l’indéterminé. C’est en quoi on pourrait apercevoir un versant contemplatif à son œuvre. Il s’abstient de nommer les choses afin de les mieux comprendre.

      La volonté d’intervenir avec la plus grande discrétion, le souci de limiter ses rapports avec le monde aux limites mêmes de la peinture1 font que l’on se trouve devant une sorte de sagesse picturale. Voici donc un peintre de la présence et de l’effacement alternés.

      Pour conclure, on serait fondé de dire que l’art, chez lui, c’est le bon sens illuminé.

       

      - Andrée Discry dans le catalogue de l’Oasis, 1983.

      Voir par les yeux de l’autre.

      Rêve, utopie, tentation, qui n’a pas éprouvé un jour cette curiosité?

      Si l’autre voit autre chose, ou autrement, que voit-il ? Y a-t-il une autre vision que celle que nous connaissons et dont la diversité même finit par se percevoir comme répétitive ? Le regard qui va de la pensée au sens, peut-il, dans sa direction préméditée, autre chose que reconnaître ? Le regard, à se heurter aux limites sempiternelles du déjà vu, devient contraignant, révoltant môme, comme une prison : on voudrait parfois s’en évader. .. mais sans se perdre. S’il existe, quelque part entre ce qu’on ne voit plus et ce qui doit peut-être rester à jamais invisible, une autre vision possible, est-elle accessible ? Peut-on voir la vision de l’autre, mais la voir avec ses yeux à soi ?...

      L’artiste de génie est celui qui nous rend visible ce qu’il était seul à voir et nous communique ainsi, selon les termes de Pierre Boulez, «la délivrance fulgurante de la contingence ».

      Jean Hick a ce pouvoir.

      Il nous livre en chacun de ses tableaux une ouverture, à la fois particulière et essentielle, sur l’infini de son regard intérieur. Si profond est ce regard, si subtils et puissants ses moyens de le transmettre que la distance est abolie et avec elle disparaît le poids du temps.

      C’est en s’adressant directement à l’œil, sans l’intermédiaire d’aucune référence, que Jean Hick nous restitue le « voir » en tant que pure jouissance. Chacune de ses peintures contient, émet sa propre lumière - lumière ou ombre ne semblent jamais venir de l’extérieur mais de l’intérieur même de la toile - ce qui donne une fascinante mobilité aux couleurs, à leurs rapports, à leurs effets. Densité, tonalité, climat, tout change et se renouvelle par une perpétuelle interaction entre les divers éléments du tableau, entre le voyeur et le vu.

      Il n’est pas étonnant que la comparaison avec des paysages, imaginaires ou autres, viennent souvent à ceux que la peinture de Jean Hick a touchés; dès que l’on s’attache à l’un de ses tableaux on ne se lasse pas de le regarder vivre, comme on reste sous le charme dans la contemplation des mouvances particulières du ciel ou de l’eau, des jeux malicieux d’un feu ou des lentes mais continuelles transformations de la terre. Ce n’est pas le paysage même qui est présent dans la peinture de Jean Hick, mais peut-être ce qu’il a de plus émouvant dans son essence: quelque chose comme un souvenir, tellement imprécis qu’on ne sait plus si c’est un souvenir, ou un pressentiment, ou un écho... mais dont le résonance suscite, inexplicablement, la sensation de l’infini.

      Ainsi se refait, en sens inverse, le chemin du sens à la pensée: la méditation à laquelle nous invitent les toiles de Jean Hick éveille toute cette vie silencieuse de l’esprit pour laquelle le langage n’a pas de mots.

      Et, sans doute, est-il quelque peu insensé de vouloir en parler puisque ce n’est pas affaire de mots mais pure affaire de peinture ou affaire de pure peinture. Encore que, s’il n’y a pas de mots pour formuler certaines pensées, c’est peut-être que ne s’est pas encore présenté un besoin suffisamment vigoureux de les exprimer par la parole et donc de trouver les mots qui leur conviennent. La peinture de Jean Hick n’existait pas non plus avant qu’il lui donne réalité, elle était à inventer et lui seul pouvait le faire.

      Il faut être animé d’une force violente pour créer. Force de l’élan qui pousse à émettre, force de l’art qui précise la forme de cet élan. Force d’arracher au néant ce qui existe sans ressemblance et sans mémoire.

      Peu nous importe ce qu’il a pu en coûter de peine et de temps à l’artiste pour atteindre la plénitude de ses moyens (»les affres du métier sont affaires de coulisses et doivent y rester», disait L.F.Céline), ce qui nous regarde est ce que nous pouvons voir: cet aboutissement où tout paraît aisance, maîtrise, joie de peindre. Ainsi, en musique, l’exercice de toute une vie permet à l’improvisateur de faire apparemment ce qu’il veut, comme libéré de toute contrainte, dans un état de jubilation contagieuse. De même, la légèreté, la vivacité des toiles de Jean Hick tiennent à cette impression que, chez lui, agir et sentir sont vécus dans un seul et même temps, dans un seul et même mouvement, par une parfaite adéquation de la fin et du moyen. C’est par la pleine domination de sa technique que l’artiste permet au spectateur de se livrer tout entier à la volupté de jouir de l’œuvre.

      Jouir de la beauté vivante de l’ensemble, de la fraîcheur des tons, des rapports harmonieux des couleurs ou de leur opposition violente, jouir des variations d’atmosphère, des effets de masse ou d’envol, du dynamisme du mouvement, éprouver la sérénité ou l’angoisse d’une étendue qui semble se dérouler en profondeur à perte de vue...

      On a même, avec Jean Hick, la sensation d’être un peu plus qu’un spectateur passif, l’illusion d’être presque participant, comme si, à parcounr la toile des yeux dans sa totalité et dans ses détails, on était invité à suivre le peintre dans sa démarche: son interrogation devant la toile, son exploration de l’espace, son exigence illimitée envers le matériau. On croit le voir fouiller forme et couleur pour en tirer tout ce qu’elles peuvent donner et au-delà, traiter impitoyablement la matière, toiles, couleurs, instruments, sont triturés, torturés, caressés ou distordus, jusqu’à l’instant magique où cette matière même se transcende et devient porteuse de mystère, donc de sens singuliers. Le tableau est le lieu où cet événement nous est livré dans sa vie frémissante.

      Il est clair qu’un tel phénomène ne peut se produire qu’abstraction faite de tout élément parasite tel que référence, intention, contenu présupposé. Ce dont l’approche nous est rendue sensible c’est l’acte de création en soi, en ce qu’if a de miraculeux et bouleversant.

      Dostoievski aimait affirmer que « tout le bonheur est dans la recherche du bonheur», on pourrait le paraphraser en disant qu’ici toute la peinture est dans la recherche de la peinture.

       

      - Marc Renwart. Feuillet-catalogue, Société Royale des Beaux-Arts, 1974. Texte revu pour le catalogue de l’exposition au CWAC de Flémalle en 1993.

      Ici, il s’agit de peinture. On pourrait même penser que le travail de Jean Hick n’a plus rien à voir avec ce que d’autres appellent art.

      Point n’est besoin de bâtir une œuvre. L’essentiel de la production est un rapport au réel des choses. C’est une intuition inévitable qui s’objective dans un mouvement inverse, dans une perpétuelle errance aux tréfonds de nous-mêmes, dans ce qui nous échappe du jeu 0e) du monde. Pas d’idées, pas de signes, une énergie... qui exige une faculté d’oubli. Hallucinante vision d’une illusion qui se signifie elle-même dans le présent et le silence. En marge du mirage, les seules forces de l’absence. Dans la peinture, un point aveugle ou un point sourd où l’on se perd et se rencontre enfin.

      II est dans l’œuvre de Jean Hick une aire de synchronie où l’on se fond dans le présent de l’être. Pour ceux qui savent.
      Tout n’est qu’espace,... un son, une lumière,...l’espérance de l’impensable rêve, d’un impossible possible. Pour ceux qui peuvent.
      Oser l’indispensable. Préciser l’imprécisable. Pour ceux qui doivent.
      Un voyage au bout de la nuit. Pour ceux qui vivent.

      Un moment long comme une éternité. Un miroir qui se brise au seuil de ses limites. On ne peut plus voir, on ne parvient plus à supposer la distance. Hors champ. Rien, tout, trop.
      Et la conscience et l’inconscience.

      Compagnons d’innocence, le cheminement est à rebours. II n’est guère sûr que la solution de l’énigme soit dans la raison. Les mots n’expliquent jamais. Les limbes de l’imagination, rêve de rêve, imaginaire. Eclatement de limites. Multiples trajectoires dans l’infinitude du sens. Récurrentes renaissances. Bienheureuses ténèbres du ventre de nos mères. Mers et mouvances prébiologiques.

      Aux temps des origines, aux frontières de ‘informel, des bulles naissent pour éclater en leur éternel devenir. La rupture d’avec le néant. Le tragique de la création.

      Bien avant les dérives de la représentation, lucide devant la singularité du savoir, une peinture à la recherche de son réel, une peinture en guise d’auteur.

       

      - Marc Renwart. Texte inédit, 1993.

      Présenter un peintre a, en soi, quelque chose d’impensable, quelque chose qui vous déraisonne. L’incursion des mots dans un monde qui ne peut se trouver que s’il s’en défait, banalise la différence même de celui dont il s’agit de parler. Elle l’instaure dans une différence standardisée qui le réduit à son pas être.

      Ainsi présenter Jean Hick semblerait toucher à l’irrespect, il y aurait là comme une tricherie, sinon à témoigner de la jouissance. Le peintre n’est plus. Il s’est perdu au point aveugle de son oeuvre. Le peintre s’efface et la peinture naît. Plus de faux-fuyants, plus de mensonges. On entre dans le monde de la non-distraction. Le délire, enfin. Rien, tout, toi-même. Sans plus te chercher tu te trouves et tu vois que le bout de ta route en était e début. De toi à toi, les voyages oubliés reviennent. Et tu comprends que tout ce que tu sais, tu le savais déjà, qu’il n’y a rien à savoir, qu’autre chose est possible. Tout commence ailleurs, bien plus loin encore que dans le non-savoir, dans l’absolument différent. Chaque tableau contient quelque chose d’irréductible qui apparaît dans la fascination qu’il exerce. Devant lui, les idées et les mots s’estompent et, finalement, s’oublient. Tout se perd dans l’absence du temps, là où la vision s’affirme. Tous les sens se fondent dans la multiplicité de sens. La totalité et le néant ne sont plus qu’une manière de voir les choses. La connaissance dévoile ses manquements. Un flot de flux la submerge, la noie dans l’innommable. Un au-delà du langage où toutes les expressions sont efficientes.

      En ces lieux l’ivresse du spectateur commence; une dynamique intense le parcourt; la raison éclate en mille morceaux et mille réalités l’assaillent; l’éblouissement est total; le temps et l’espace n’ont plus d’importance; il est subjugué. La transcendance s’opère, les limites s’écroulent, il reconnaît la béatitude...

      Et puis, tout aussi soudainement, le chant le quitte. Le déferlement de différents se calme. L’envie de souvenirs, d’interprétations, de reconstitution du moi... De nouveau les tentations de la facilité et les ruses des mots...

      Et pourtant, non. Ne pas se laisser endormir. Retourner au tableau: il faut saisir ce que recouvre cette absence de signes. Recommencer toujours pour apprivoiser ce moment où tout se transforme. S’installer dans le secret des choses. Etre ce mystère. Le monde est à toi comme tu es au monde. Tous les mythes sont réalisés dans l’absence du mythe. L’illusion s’abolit dans le rien. Le rien s’échappe dans l’inconnu. Tous les temps sont présents. L’indescriptible.

      Remous, vagues, bulles, cieux, air, couleurs, odeurs; des relents de représentations vous rappellent que cela diffère et diffère encore. Dernier instant d’une comparaison possible. Il faut se dévider. Dernier choix. Le risque suprême. Dernière hésitation devant un imprécisable impressionnant. Dernier mot au seuil de l’indicible. Une bienveillante «folie».

       

      - Marc Renwart. Texte pour l’exposition de la galerie Orphéa, Liège, 1984.

      Une intimité proposant extase en partage.
      Une trace infinie de la réalisation du réel.
      Une toujours présente activation de l’éternel.

      De la relation du mot à l’indicible.
      De cet ineffable paradoxe qui structure l’histoire.

      De tableaux relevant de cette sorte de conscience qui s’exprime par la notion du multiple.
      D’une peinture dégagée des impérialismes de la mimésis, émancipée des causes, libérée du temps.

      La perspective se dissout en ses innombrables lignes de fuite.
      La profondeur s’implose dans l’imaginaire de la couleur.

      La composition rend compte d’une intuition qui perçoit la forme comme un des futurs possibles.
      L’harmonie dans de subtils voisinages de tons, de singulières osmoses, d’inattendus mystères.
      Le dynamisme dans l’acceptation de la diversité des états de l’âme.
      Le rythme par l’unification du signifiant et du signifié, dans le moment d’objectivation de l’unité psycho-physiologique.

      D’une méditation qui engendre la matérialité du temps et de l’espace.
      D’une entité qui se développe dans l’infinitude.
      De la stimulation à d’indescriptibles jouissances.
      De l’indispensable élargissement des perceptions.

      Une inévitable intensification de l’affect.
      Une essentielle source de vie, intense et contradictoire.
      Un commun désir de l’espèce qui atténue les attirances et les terreurs de la transcendance.

      L’univers émane des ivresses de l’être. L’être se forge sur les illusions du devenir. Entre le chaos et sa disparition les forces de la peinture.

       

      - Pierre-Paul Fiévet. Texte inédit, 1992.

      C’est un travail sur la lumière, celle que l’homme peut créer, sur la couleur, saisie ou plutôt libérée en tant qu’avatar de la lumière, et sur le rythme, surie trait en tant que « proportion gardée» de séquences d’une géométrie immatérielle, indomptable, musicale, et abstraite au point de figurer la liberté retrouvée: il n’y a pas de mots pour traduire, l’on s’en tient au constat d’une sensualité pure, d’une intelligence prélogique.
      Et, quoique cette liberté permette à chacun de rêver librement, et notamment, comme c’est souvent le cas à partir des huiles de ce peintre ou de ses aquarelles, à des paysages ou à l’esprit de paysages, en y regardant bien, en y regardant longtemps, on finit par se rendre compte qu’il s’agit plutôt d’une oeuvre graphique particulière, comme lorsqu’on veut voir une figuration dans de la roche, et qu’on finit par se rendre compte que c’est EN REALITE de la roche. (...)

       

      - Marcel Piqueray. Texte inédit, avril 1992.

      La gouache de Jean Hick fixée au pied de mon lit
      renouvelle mon regard sur elle tous les matins.
      Il s’agit d’une sorte de naissance dans l’immobilité.
      Source de silence et de profonde solitude.
      Mais comme une solitude sourdement concertée
      entre les deux silhouettes qui se font face.
      Il y a, dans le message feutré de Jean Hick,
      un mystère qui n’en finit pas de m’inspirer
      une indicible interrogation, inépuisable.

       

      - Luc Rémy. Texte inédit, mars 1993.

      Hommage à une toile disparue

      L’art du peintre a parfois ceci de particulier qu’il est proche de celui de l’illusionniste.

      Ainsi possède-t-il cette aptitude à faire disparaître ses toiles. C’est sans doute une manière pour lui d’assister au véritable achèvement de l’œuvre sans qu’il en soit tout à fait le responsable.

      Certaines toiles de Jean Hick m’ont aidé à vivre plusieurs fois cette curieuse expérience. La transparence est telle qu’il n’est plus permis à l’œil de disséquer la plus petite parcelle de toile ni la moindre appréciation de couleurs ou de formes.

      Ceci est d’autant plus troublant qu’il y a de la part du spectateur avisé une sensation de délabrement intérieur, un éparpillement progressif qui, porté jusqu’à un certain degré, donne une impression du corps se disloquant.

      Et puis, il y a également cette lumière surgie du fond de la toile et qui, par sa rencontre avec la lumière extérieure, rend notre regard renversé comme s’il s’agissait de trouver un point (<d’enfoncement » indispensable.

      De manière absolue, on serait tenté de dire que la peinture n’existe pas. Elle deviendrait essentiellement le moyen qui nous implique dans un rapport irrationnel avec le monde. Le peintre, ayant servi de passeur, nous transbordant d’une rive à l’autre.

       

      - Joseph Orban. Texte inédit, 29 mars 1993.

      Jean Hick ou la tessiture des ombres

      En ces temps de tintamarres balbutiants où, faute d’idées, l’on va proclamant que l’exploitation d’un seul concept (ô, préciosité jacassante !) représente - en même temps qu’un filon très rémunérateur (et tant pis pour l’appauvrissement de l’intellect) - la quintessence de l’esprit le plus fin et d’une élite crémeuse; il serait bon de se tourner vers ces in(c)lassables chercheurs de bleu, ces humbles discrets qu’aucune vaine gloriole des premières pages ne détournera jamais de leur oeuvre, qu’aucun feu de rampe n’éblouira vraiment.

      Depuis plus de trente ans, Jean Hick fait partie de ces doux alchimistes lui qui, alors que s’époumonaient sûrement les mines de charbon, disséquait le brun en minces couches d’ocres, de bistres ou de tabacs légers. Depuis lors, sans cesse, s’envolent de ses pinceaux, mille formations de mille informels, se révèle une géométrie irisée où les courbes naissent de brisures parallèles et d’atomes droits. Formes au-delà desquelles viennent enfin se fixer les émotions.

      Pêcheur patient en ses rivières de couleurs ou jardinier infatigable devant ses semis de pigments, Jean Hick arrive à l’âge où commence la vie de peintre (l’envie de peindre). Parce que l’œil maîtrise les tons, parce que les doigts sont dompteurs de pastels, d’huiles et d’encres; parce que le pinceau est membre de la main et qu’il peut orchestrer, mûr et sage, le sentiment.

      Jean Hick est un peintre mélomane, Il connaît la tessiture des ombres. Des ombres cachées parmi l’ombre, elle-même lumière d’une autre obscurité. Le jaune aigu n’est pas le jaune, il est aussi safrans d’ors porteurs de citrons et de tournesols. L’azur cristallin n’est pas le bleu, il est mille saphirs sertis de milliers d’indigos. Aux noces vermeilles des coraux cramoisis, les corbeilles regorgent de cerises, fraises et groseilles, de parures d’amarantes et de rubis sans pour autant décrire le grave rouge. De même qu’une symphonie n’est pas la musique, aucune goutte de couleur n’est-elle la couleur... Inlassable voyeur, l’œil va vers la toile qui souffle sur les yeux. Les glacis percolent les tons pour que coulent les couleurs. Il faut se promener très lentement devant les travaux de Jean. Effacer le bruit de nos pas, la forge de nos haleines afin d’entendre la toile se tendre, d’écouter l’encre déchaînée chiner dedans les arabesques, de pressentir la passion des pastels passereaux. Ici c’est la mer qui assaille le ciel; là, des volcans abyssaux qui se gonflent de vies. Paysages choisis, décharnés, non par la douleur, mais parce que dénués de l’inutile, mettant à nu l’essentielle charpente, le magique équilibre qui ne supporterait le moindre nuage superflu. Paysages écrits, calligraphiés où l’indispensable orage qui gronde nous promet toujours le lumineux mutisme qui, bientôt, comblera nos angoisses...

      Ecrire sur la peinture, c’est souvent se condamner à une pâle paraphrase tant la force primitive du trait recèle mille vocables indicibles car pauvre est notre parole et bavarde la prose.

      Jean Hick nous tend la main, nous ouvre son regard. Il nous suffit de tendre les yeux, d’ouvrir nos doigts et de nous laisser emporter là où la sage douleur dort dans un silence d’ombres et d’or...

       

      - Lettre de Marc Renwart à Jean Hick (inédite, 13/10/2007)

      Mon cher Jean,

      … Maintenant que le temps du repos est venu, que l’œuvre accomplie s’accomplit, que la grandeur se fait présence, enfin paraît le chef-d’œuvre…

      Désormais à jamais pour ce que tu nous as fait, est arrivée, l’heure de la reconnaissance.
      Le moment de cette redevance aussi indescriptible que structurante qui t’est due et dont jamais nous ne pourrons nous acquitter.

      Car ce que nous te devons, relevant tout autant de l’intime que du commun, n’est pas quantifiable.

      La conscientisation de la conscience,
      la fréquentation physique de la pensée,
      la perpétuelle redynamisation des sens et du sens,
      le physique de la métaphysique, ne sont pas de nature et, dès lors, ne saurait s’inventer de contre-partie.

      Ce don si pur, si gratuit, si désintéressé n’était lié à aucune contingence.

      Avant de te connaître, avant de pratiquer ton œuvre, avant que de s’en être approprié l’énergie, nous ignorions l’immensité de notre pauvreté.
      Sans savoir que nous percevions si mal.
      Sans avoir l’indispensable du nécessaire.
      Sans voir la réalité de l’être au monde.

      Et cette inimaginable richesse dont tu nous a fait cadeau, comment la partager à notre tour ?.
      Comment faire comprendre que le fondement n’est pas le savoir mais la mise en disponibilité ?
      Comment faire admettre la primordiale alliance de la lucidité et de l’humilité ?
      Comment faire saisir que l’essence est consubstantielle à l’existence ?

      Pour aboutir tu as accepté l’indifférence, le rejet, la pauvreté ; tu as toléré l’animosité, la malveillance, la bêtise ; tu as surmonté le doute, le découragement, la perte du soi.

      Les souffrances endurées, les détresses surmontées, les solitudes acceptées n’ont pas été vaines.
      Elles sont venues jusqu’à nous pour nous plénifier le vivre, élargir notre appréhensible, donner substance à nos philosophances.
      Elles ont fait découvrir le possible et l’espérable.
      Elles ont transmuté le visible en vision.

      Si le bonheur existe, c’est bien celui que tu nous as élaboré avec tant de constance et de bienveillance.
      Si notre esprit a conquis de nouveaux territoires, c’est bien sous ta guidance et grâce aux prodigieuses sensations que tu as mis à disposition.
      Si notre envol prend son ampleur, c’est bien parce que tu as réussi à ramener des aubes du temps, les forces dont nous avions besoin.

      Une écrivance sur ta peinture ne peut atteindre à aucune pertinence.
      Elle seule, en son en-soi, peut véhiculer ses vérités, exprimer l’indicible et sublimer le désir.
      Elle est la volonté cosmique et la géographie de notre infime.
      Elle est la clé du percept et la justification du concept.
      Elle est ce qui ne peut s’attendre.

      A toi, donc, amplificateur magique du son originel ; à toi, infatigable interpellateur de l’advenance ; à toi, incorruptible pourfendeur des complaisances sociétales ; à toi mon ami, mon frère, respect et gratitude.

       

  • Vu par ses pairs

    • - Léopold Plomteux. Texte inédit, 25 février 1993.

      Ecrire concernant l’œuvre d’un ami n’est pas chose aisée surtout quand on est artiste peintre soi-même, mais je tenais à le faire en toute sympathie pour une œuvre qui est aux antipodes de ma conception picturale. Et peut-être pour cela même, les contrastes se valorisant.

      Il est certain que si j’analyse une œuvre non-figurative selon les critères établis dans les années cinquante concernant la peinture abstraite - critères basés essentiellement sur les recherches d’ordre plastique concernant la forme et la couleur - il m’est difficile de retrouver ces principes dans l’œuvre de Jean Hick bien qu’elle soit non-figurative.

      Les recherches plastiques du début du siècle ainsi que celles des années cinquante concernant l’art abstrait sont plus structurelles, plus architecturales.

      Composition plastique organisée sans ambiance romantique et troisième dimension. La surface peinte devait être respectée à deux dimensions pour être abstraite, la troisième dimension étant un trompe-l’œil propre à la figuration donnant un semblant de profondeur à une surface qui ne l’est pas.

      L’intérêt de l’œuvre de Jean Hick n’est donc pas dans ces principes qui débouchèrent sur une grande révolution de l’art de peindre. Mais une œuvre n’est pas nécessairement faite de principes ni d’écoles, il y a l’être humain avec sa perception des choses, sa sensibilité, son rêve, sa tendresse, son affection. Et Jean Hick, de tous ces sentiments humains, en a fait une œuvre non-figurative d’un grand raffinement parfois d’une subtilité esthétique bien inattendue pour le peintre que je suis.

      La démarche de Jean Hick est spontanée, il est peut-être plus peintre de l’action que de la réflexion bien qu’une oeuvre se crée par le jugement. Mais une œuvre peut aussi se juger après son exécution il existe des moments bénis où les choses se font « toutes seules», il s’agit d’en avoir le souffle et dans son cas l’inspiration joue un grand rôle.

      J’ai cependant connu Jean Hick peindre conformément aux principes de l’art abstrait en début de carrière, Il est donc conscient des valeurs de cette expression artistique, son évolution l’en a séparé, sans doute pour satisfaire ce besoin intérieur dont parle Kandinsky dans « Du spirituel dans l’art ». Sa personnalité se dégagea des principes qu’il ne sentait plus, pour une réalité qui lui était plus personnelle car Jean Hick est d’un humanisme romantique basé sur des valeurs de perceptions et de sensibilités. Son œuvre devait être à son image.

      Peindre ce n’est pas fabriquer des tableaux, l’œuvre doit être vécue et cela Jean Hick l’a senti très tôt, sa personnalité fut une prise de conscience lucide; étant homme de vérité il ne pouvait se trahir, on est ou on n’est pas. Ainsi il découvrit sa voie et s’y est tenu envers et contre tout.

      Dans certaines de ses oeuvres un apparentement asiatique le rattache au zen: faire valoir peu mais bien; ces œuvres sont par­ticulièrement raffinées, l’atmosphère y est distillée, diaphane, subtile; d’autres où la lumière joue donnent une impression d’accueil, on y pénètre, on y voyage. Mais du raffinement, parfois il va à la violence comme si la colère le prenait devant l’absurdité du monde pour repartir aussitôt vers des rêves nocturnes.

      Car s’il est le peintre de la lumière il l’est aussi de la nuit et des mystères obscurs.

      Sa couleur est la plupart du temps monochrome, ce n’est pas un coloriste mais un atmosphériste s’il faut inventer un mot pour le définir. La subtilité de ses jeux de valeurs vaut bien toutes les compositions d’harmonie de couleurs; un infini de tons charment l’œil autant que votre sensibilité. Quant à la matière épidermique de ses tableaux elle est discrète et distinguée.

      Chez Jean Hick le raffinement est permanent, la structure de l’œuvre est parfois imperceptible c’est de vibrations que l’on devrait parler. Dans certains cas les éléments du tableau semblent plutôt apparaître que paraître et certains éléments sont tellement dosés que l’on a la sensation qu’ils pourraient disparaître à votre regard si l’on ne les retenait pas mentalement.

      L’œuvre de Jean Hick est vraie, c’est pourquoi il est mon ami.

      Il est tellement rare de rencontrer des personnes sincères et de valeur à une époque où la folie dirige le monde. Monde cruel et bête car nous vivons dans un siècle de meurtres; jamais siècle ne fut plus meurtrier, un peu d’air frais là où la bêtise ne pénètre pas nous est toujours secourable. L’œuvre de Jean Hick nous apporte quelques signes de civilisation et d’humanité.

       

  • Informations complémentaires

    • Vidéo de Jean-Pierre Pellet

Acquisitions

Collection de la Communauté française.
Collection de la Province de Liège.
Collection de la Ville de Liège.

 

Collections privées.