Biographie

Fils du peintre Charles‑Félix Fourneau (Liège / BE, 1928 ‑ Liège / BE, 1955), artiste mal connu et, désormais, méconnu qui, néanmoins avait impressionné sa génération tant par sa personnalité que par les débuts prometteurs que manifestaient l’œuvre entreprise.

Formation :
Académie Royale des Beaux-Arts de Liège.
 

1975
Mention au concourt Trait-Couleur-Volume.

1977
Prix Marie, dessin.

1978
Bourse Darchis : Rome, Florence, Venise.
Premier prix grande distinction Académie Royale des Beaux-Arts de Liège.
 

1979
(  /  -  /  ) Liège, Galerie A.S. Fourneau Daniel.
 

1980
(19/01) Dans le cadre de l’exposition Fluxus organisée par le Cirque Divers, Salle Saint-Georges à Liège. (18/01-17/02) : Nam June Paik : "Entre la Vérité et l'Artifice" (mystification : il ne s'agit pas du vrai Nam June Paik mais de Daniel Fourneau déguisé pour la circonstance par le maquilleur de l'Opéra, Mr Grégoire).
(  /  -  /  ) Liège, 33 Roture. Fourneau Daniel.
 

1981
(03/04-17/05) Liège, Musée de l'Architecture. Fourneau Daniel.
(30/04-17/05) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Tremplin 7. Fourneau Daniel

(déc.) Intercom (100 quai Godfroid Kurth). Au fil de l’eau.

 

1982
(29/04-30/05) Liège, Musée des Beaux-Arts de Liège. Quadriennale des jeunes artistes liégeois (02e)
(01/05-22/05) Liège, Galerie de la Province. Main‑Forte, La Main dans l'art liégeois contemporain.

(juin) GRAND PRIX DE LA VILLE DE LIÈGE.

(juin) Liège / Colonster, Musée en plein air du Sart Tilman / Château. Art plastique contemporain liégeois.
 

1983
(26/01-12/02) Galerie Balleger (quai de Gaulle) Liège-Berlin.
(22/04-15/05) Bodegnée, Galerie du Vieux Tribunal. Fourneau Daniel.
(  /  -08/05) Liège, Galerie Michel Hanon. Fourneau Daniel.
(09/12-09/01/84) Bodegnée, Galerie du Vieux Tribunal. Salon d’ensemble.
 (  /  -  /  )                                       ,                                    . Synergium Europe-Japon, Temple Stand Art : « Les origines du futur ».
 

1984
(16/06-01/07) Flémalle, Centre wallon d'art contemporain ‑ La Châtaigneraie. Tendances et projets…
(14/09-30/09) Flémalle,            Centre wallon d'art contemporain ‑ La Châtaigneraie. Multiples '84.
(06/10-06/11) Ostende.                               . Prix Europe 84
(novembre) Liège, Galerie Michel Hanon. Fourneau Daniel.
(08/12-09/12) Liège, Ancienne Eglise Saint-André. Exposition-vente organisée par le CRAC (Centre Régional d'Action contre le Cancer)
(  /  -  /  ) Maastricht / NL, Galerie Peer. Fourneau Daniel.
(  /  -  /  ) Milano /IT, Galerie Esther. Fourneau Daniel.

 

1985
(06/09-06/10) Liège, Musée d'Art Moderne - Parc de la Boverie. Art Actuel II.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Heysel Art Brussels. - Galerie Cogeime : e. a. Fourneau Daniel.
(  /  -  /  ) New York / US, B&B 745 fifth Avenue. Fourneau Daniel.
 

1986
(  /  -  /  ) New York / US, Hugh Piney Gallery. Fourneau Daniel.
(  /  -  /  ) Rutherford, New Jersey, US. Art In the Home.
(  /  -  /  ) New York / US, Space Exhibition.
Fourneau Daniel.
(  /  -  /  ) Guadalaraja / MX, Galerie de Arte Moderna. Fourneau Daniel.

(  /  -  /  ) Knokke Galerie Cogeime, Confrontatie.
 

1987
Prix Jeunes Talents (peinture), Province de Liège.

1988
PRIX SEPTENNAL DE LA PROVINCE : DANIEL FOURNEAU.

(07/12-22/12) Avignon / FR, Palais des Papes / Salle de Théologie. Jeunes artistes de Liège.

1989
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Différences. Fourneau Daniel.
(  /  -  /  ) New Jersey / US. Art Wall + B Gallery. Fourneau Daniel.
(11/11-10/12) Flemalle, Centre wallon d'art contemporain – La Châtaigneraie. Carte blanche à Jacques Parisse, 25 ans de critique d'Art.

1990
(13/09-15/09) Bruxelles, Galerie Ka (133 rue Keyenveld, 1050). Avant‑saison 90‑91. 3 jours d'accrochage à la galerie Ka.
 

1991
(  /  -  /  ) Liège, Espace Lulay. Fourneau Daniel.
(  /  -  /  ) Norfolk / US,                                  . [Semaine belge]

1992
(02/04-12/04) Liège, Musée en plein air du Sart Tilman (CHU / La Grande Verrière). Flausch Fernand, Fourneau Daniel, Lappas Georges et Vandenberg Philippe.

1993
(23/10-21/11) Flémalle, Centre wallon d'art. Œuvres acquises par la Communauté Française (1989-1992), Artistes liégeois.

1994
(  /  -  /  ) Liège, La Galerie (Dominique Nols ; rue Saint Denis). Fourneau Daniel.
(21/04-28/05) Bruxelles, L'Autre Musée – Martyrs. Les mots dans la peinture.
(06/07-30/07) Liège, La Galerie. 100 œuvres d’artistes liégeois.

1995
(15/06-31/07) Liège, Lisboa e Tejo e tudo (Taverne – Restaurant – Galerie, rue du Pont 43. 4000 Liège). Il est six heures ici… et midi à New-York.

1996
(27/11-31/01/97) Liège, BBL [aujourd’hui ING] / Espace culturel. 125 ans d'art liégeois : peinture, sculpture, gravure en province de Liège, 1870‑1995.

1997
(  /  -  /  ) Bruxelles, La Petite Galerie. Fourneau Daniel.
(22/03-20/04) Liège, Galerie Liehrmann. Choix de dessins par Jacques Parisse.
(03/10-15/11) Liège, Générale de Banque. Talents d’hier et d’aujourd’hui.
(16/12-28/02/1998) (à La Boutique ou "En face de chez Georges", Liège) Ecoles liégeoises & Spécialités belges.

1999
(13/03-17/04) Liège, Espace 251 Nord. Fourneau Daniel, "En route pour la décharge ! "
 

2001
(19/01-25/02) Liège, Musée d'art moderne et d’art contemporain. Hommages / Outrages. Picasso.

2002
(  /  -  /  ) Liège, L’Ombra. Fourneau Daniel.

2003
(29/10-26/10) Verviers, Musée des Beaux‑Arts et de la céramique. Queneau, Blavier : travaux en cours.

2004
(  /  -  /  ) Liège, Le 26, Centre d’Art Contemporain. Fourneau Daniel.
(  /  -18/12) Arlon, Galerie Beau Site. Fourneau Daniel. La Grande Parade.

 

2005
(avril) Liège, Chiroux. Alphabet pour une bibliothèque ou Vingt-six artistes pour vingt-six lettres.
(22/09-29/10) Liège, Galerie L'Ombra. [Sans titre].
(12/10-28/10) Liège, Les Chiroux. Le grand écart solitaire.

2007
(12/12-  /01/07) Liège, Galerie Nadja Vilenne. Un morcellement de cimaises, 1970, remake 2006/07 de Jacques Lizène pour ex-voto d'artistes, sur sculpture génétique d'un sapin croisé palmier, 1971-1984, remake 2006/07.

2008
(25/04-27/04) Liège. Académie royale des Beaux-Arts. ESAL La galerie Nadja Vilenne et l’atelier de vidéographie de l’ESAL ont le plaisir de vous inviter à l’exposition : Jacques Lizène.
(09/05-14/06) Liège, Espace Uhoda. Fourneau Daniel. Images échouées. Peintures récentes.

2012
(  /  -  /  ) Liège,                      . Fourneau Daniel. Réstrospectivre,
(05/02-04/03) Liège, Galerie Monos art. Collections I. Choix dans les collections de la Province de Liège.
 

2013
(  /  -  /  ) Liège, Cupper. Fourneau Daniel. Mur de curiosités.
(09/11-07/12) Liège, Les Brasseurs. XX ans.

2014
(28/06-29/07) Liège, Fondation Les Amis de Roger Jacob. Fourneau Daniel. Voyage en Cage à Rêves.

2016
(03/11-31/01/17) Liège, Fondation Les Amis de Roger Jacob. Invitation à découvrir sa nouvelle galerie à l’occasion d’une exposition collective des artistes de la « petite vitrine ».

 

Liste d'oeuvres

Sans titre (D. F.) (150 x 142 cm)
1980, Plus d'infos
Composition, technique mixte (D. F.) (88 x 62 cm)
1981, Plus d'infos
Composition 1, huile sur toile (D. F.) (195 x 210 cm)
1981, Plus d'infos
Composition, technique mixte (D. F.) (88 x 62 cm)
1981, Plus d'infos
Attention Trou, huile sur toile (80 x 90 cm)
1983, Plus d'infos
Composition de personnages, huile sur toile (120 x 99 cm)
1983, Plus d'infos
Sans titre, aquarelle (D. F.) (43 x 34 cm)
1985, Plus d'infos
Sans titre 1 (D. F.) (42,5 x 53,5 cm)
1986, Plus d'infos
Sans titre II (42,5 x 53,5 cm)
1986, Plus d'infos
Sans titre III, technique mixte (D. F.) (42,5 x 53,5 cm)
1986, Plus d'infos
Composition, technique mixte (D. F.) (36 x 26,5 cm)
1987, Plus d'infos
Ils ont laissé leur coffre, heureusement (150 x 190 cm)
1987, Plus d'infos
Visage, encre de Chine et aquarelle (35,5 x 25 cm)
1987, Plus d'infos
Happes this bird's day (136 x 111,5 cm)
1989, Plus d'infos
Cogite bas, technique mixte (180 x 200 cm)
1990, Plus d'infos
Ineptie (150 x 160 cm)
1990, Plus d'infos
Rivage sabordé (58 x 77 cm)
1992, Plus d'infos
Bardaboum, il n'y a pas que les chiens écrasés
1993, Plus d'infos
Chat noir à l'ombre de la cathédrale (120 x 92 cm)
2004, Plus d'infos
L'oiseau est dans un trou dans le ciel où l'homme peut s'évader (120 x 95 cm)
2004, Plus d'infos
Tant de temps d'images pour rien (184 x 152 cm)
2010, Plus d'infos
Terrus Minus (140 x 100 cm)
2010, Plus d'infos
Auto-portrait dans un monde riant (120 x 120 cm)
2010, Plus d'infos
Boude hic ! (150 x 172 cm)
2010, Plus d'infos
Fous taisent (150 x 110 cm)
2010, Plus d'infos
Mélopée saoule (150 x 156 cm)
2011, Plus d'infos
Son à vendre - Te koop (170 x 152 cm)
2011, Plus d'infos
Came use (119 x 119 cm)
2012, Plus d'infos

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de présentation

    •  

      - Jacques Parisse, Daniel Fourneau au Musée de l’Architecture. Chronique RTBF, 2 avril 1981, repris dans De bec et de plume, l’art à la parole 2. Liège, éd. RTB, 1987, pp. 147-148.

      Daniel Fourneau a vingt-sept ans. Il est le fils d'un artiste mort très jeune et qui promettait d'être un des premiers de sa génération. Peut-être est-ce pour cette raison que la vocation de Daniel fut, un temps, contrariée.
      Mais il voulait être peintre. Il présente au Musée de l'Architecture une exposition témoignant de sa ferveur de peintre et de son originalité.
      Fourneau pratique la peinture à l’huile et le dessin rehaussé à la gouache. Il ne peut dissocier ces deux techniques. Au gré de son plaisir - ou de ce qu'il a à dire dans l'instant - il use de l'une ou de l'autre. Elles sont complémentaires. Dès l'abord d'une œuvre de Fourneau, le visiteur est frappé par l'élan vital qui anime la surface : chaque œuvre est un monde, une accumulation de personnages de toutes tailles, d'objets, de symboles. Daniel Fourneau avoue qu'il a horreur du vide. Il doit se faire violence pour aérer, pour finir. Pas à pas, la toile ou le dessin s'élabore. Devant la surface vierge, le jeune artiste ne sait pas où il va. Soudain, une idée, un souvenir : il note. Telle idée, telle vision, telle impression en entraîne une autre ; un trait sera accentué, une tache de couleur deviendra un visage ou une forme.
      Chaque œuvre est un parcours mental qui va au hasard, qui vagabonde, qui cerné pas à pas le monde intérieur d'un artiste qui s'efforce à la cohérence plastique plutôt qu'à celle des idées.
      Daniel Fourneau est un « fou d'images ». Sa tête en est pleine. Il voudrait aussi, en dépit de ce qu'il a appris à l'Académie, de ce qu'il a vu, de ce qu'il a lu, retrouver la spontanéité de l’art brut, un art authentique dans lequel le fond compte plus que la forme, un art qui vise moins à accrocher qu'à être sincère totalement.
      Plus que les toiles - généralement de grand format – les dessins se prêtent à la lecture. On approche un dessin comme on approche une page d'écriture. L’œil s'y promène et s'étonne de ce monde serré, grouillant, sorti du cœur et de l'âme d'un jeune artiste dont la richesse d'imagination, le don d'observation et la participation totale au monde vivant émerveillent.
      Tant d'artistes font un plat - et une toile - avec un petit rien ! Daniel Fourneau se méfie de lui-même : il déborde de choses à dire, à couler en images. Chaque œuvre est un rébus chaudement, violemment coloré dans lequel Fourneau s’implique totalement.

       

      Je conçois chacune de ses peintures comme un poème (Joseph Orban, 1989)

       

      - Joseph Orban, En Route pour la Décharge !. (Lettre entrouverte à Daniel Fourneau. 4000 Nullepart, le 20 février 1999). Texte de l'affiche-invitation pour l’exposition de Daniel Fourneau organisée par l’Espace 251 Nord à Liège.
      Vous ne trouverez pas dans tous les musées du monde un bon tableau qui ait besoin d’un commentaire. Regardez les livrets d’exposition. Plus il y a de lignes, plus la peinture est mauvaise.
      Mon cher Daniel,
      Cette phrase que l’on croirait écrite aujourd’hui, ne date pas d’hier. Elle n’est pas de moi, mais d’un certain Flaubert Gustave, un écrivain qu’une certaine critique vespérale trouverait sans doute dépassé, au même titre que Faulkner. N’en soyons pas étonné. L’urgence faisant la presse, on ne peut pas demander à cette dernière une seule once de pensée, cette incorrection politique qui sonne mal dans les milieux fanfreluches et porte-jarretelles du pas ce soir je suis indisposée. Ou dans les étangs de la peinture cornichon et des littératures d’abribus où l’on concepte pour avoir l’air plus réfléchi.
      Donc, si je me tenais aux quelques mots de Flaubert, je devrais m’arrêter ici et dire qu’il n’y a rien à dire sur Fourneau, mais tout à voir, à sentir et à vivre. Mais l’odieux écrivain que je suis, pratiquant bien souvent, en ce mosan village, l’onanisme jardinier, a parfois besoin de décharger. Lui aussi.
      Tu vois, Daniel, j’ai passé l’autre jour chez toi, une après-midi de bonheur. Cela faisait longtemps. L’envie de ne pas partir, de rester là quinze jours, trois semaines pour m’imprégner des murs, des plafonds et des portes, du moindre bout de bois de cette maison Patenier où la plus petite poussière est couleur parce que l’homme qui vit là est un Etre-peinture. Un vrai crieur de feu qui embrase les images et non un faux penseur qui décline son vide. Il faudrait, ne serait-ce qu’un jour, laisser cette maison ouverte à tous ceux qui aimeraient savoir ce qu’est vraiment vivre son art. Une visite qui laisserait babas tous les Aliborons du conceptuel-buisness. Une visite dont tu serais le guide fantôme, c’est-à-dire celui qui reste immobile et muet dans sa cuisine et sourd aux questions vaines. Un peintre, quoi, un homme-pinceau bien éloigné des phraseurs mous et des idéologues du creux très vague.
      On monterait d’abord la première volée d’escalier pour entrer dans la garde-robe ouverte où dorment des toiles roulées, dressées comme des momies. On entrerait là comme on traverserait un miroir. Avec le bruit des bois qui grince pour unique compagnon. Il n’y aurait que la lumière du jour, les ombres des couloirs. On verrait l’atelier et ses multiples cicatrices de nuit, tes sueurs rousses, bleues, rouges sur les murs, tes sangs noirs, tes veines ouvertes sur le plancher. L’impeccable désordre de la douleur sous la morphine déchirée de tes images. De tes décharges maculées de mille vies. On retrouverait le chat, les nuits you know, les portraits cachés dans le pli d’un vêtement ou les rides d’un autre visage, les orgasmes de 1’orage dans les bleus très profonds et les mauves rageurs tout juste avant que Daniel (pas toi, l’autre, le petit Jack d’Outremer) n'esquisse ses ravages. Summer in the city. Tous ces petits détails que ton œil retient pour les fondre dans tes couleurs confondues. Mais j’ai déjà souvent parlé de cela alors que ton travail parle de lui-même.
      On descendrait alors les escaliers, plus lentement qu’on ne les avait montés. Plus lentement parce que les rétines légèrement ivres. Parce que le souffle court. Mais encore suffisamment souffle pour permettre de pousser la porte du rez-de-chaussée. Et entrer dans ce qui m’est apparu d’emblée comme l’enfer de l’enfance. Ce moment où l’on éprouvait l’immense plaisir de la peur profonde, définitive. Où l’on faisait serpent de branche morte, vampires de feuilles d’automne où sorcière furieuse d’une lune rousse sous le galop des nuages. Cette mort que notre imagination faisait s’évanouir juste au moment de l'embrassade.
      On entrerait dans la grotte faussement silencieuse, dans la caverne à peine éclairée où tes sculptures dorment. Ou font semblant. Sirènes des décharges, nymphes des immondices ou déesses des voiries, elles sont là qui vivent et vivent non pas comme certains mobiles, comme certaines machines. Volontairement fragiles, leur vie ne tient même pas qu’à un fil, car il n’y a pas de fil. Sculptures vivantes, vraiment, au rythme de la petite aiguille, du temps qui passe, qui leur fait perdre la tête pour en refaire une autre. Un bras se brise pour devenir autre jambe, autre membre. Totems d’acier rouillé, de fonte enguirlandée de lucioles, de roues, de planches, de tessons ou de clous. De choses prises aux petits riens pour former un autre grand tout bien éphémère car demain le verra sans doute différent. On resterait là des heures, des jours, des mois. Jusqu’à dompter le grand gardien timide qui n’attend que notre simple passage pour que ses colliers et bracelets fredonnent une étrange musique. Nées des décharges, tu aimerais que tes sculptures y retournent aussi. Un peu comme toute peinture, comme toute vie, tout simplement.
      La visite est finie. Oubliez surtout le guide. Merci.

      - Jacques Parisse ; Situation critique. Mémoires d’un critique d’art de province. Liège, Adamm Editions (9 rue des Carmes), juin 2000, pp.195-197.

      Chaque œuvre de Daniel Fourneau, qu'elle soit peinture ou dessin, renferme un monde si vivant, si grouillant de vie que le regardeur en épuise rarement le contenu. C’est que ce peintre a déjà beaucoup vécu. Il est en piste depuis plus de vingt années.
      Frédérick Beunckens s'était entremis pour que Daniel Fourneau rencontre le critique. Celui que Fourneau appelle encore avec affection son ‘vieux maître » avait été son professeur. Ils étaient devenus amis et complices, adeptes de la "mise en bières". Le critique à jeun, qui ne connaissait pas le poulain de Beunckens, eut vite compris que les propos de ce « jeune qui avait du talent » étaient plus spiritueux que spirituels. D'avoir été cet après-midi-là, dans un bistrot de la place du Marché, pris à partie moins lui-même d’ailleurs que sa corporation – il n'en tint pas rigueur à Daniel Fourneau : ils ont aujourd'hui des souvenirs communs, dont certains new yorkais.
      Daniel Fourneau a commencé sa carrière à l'âge où son père mourait, le destin mettant fin à l'0euvre d'un homme jeune que l'une ou l’autre rétrospective trop discrète - dont celle organisée par Guy Vandeloise au Cirque Divers - annonçait exceptionnelle. « Bon sang ne pouvait mentir », selon une vieille formule qui, dans le champ assez clos des peintres, a subi bien des égratignures. La charité interdit à l’auteur de citer des noms …
      Daniel Fourneau a été une des révélations des années ’80. Dans sa production, il a, en intensité, des hauts et des bas car il a des humeurs sombres sinon sobres et chacun de ses « retours » étonne et réjouit. Le Grand Prix de peinture de sa ville en 1982 le révéla à ceux qui n’avaient pas suivi ses débuts. Dès lors, il multiplia ses expositions sans rien renier, sans épuiser un style qui fit, en peu d'années, sa notoriété, une notoriété souvent exportée.
      Daniel Fourneau est d'abord un passionné de dessin. Il n’est pas de support papier qu'il n'ait couvert, du carnet Canson à la nappe de papier au sous-bock ; il n'est pas de lieu qui ne l'inspire. Il jette en hâte ses signes comme un "homme de lettres" consigne à la diable ce qui lui paraît digne d'un développement ultérieur.
      Les mots et ses jeux, la phrase, le pseudo aphorisme sont glissés au détour de la plume. Le dessin est-il le "signe" avant-coureur d’une toile ? Pas toujours. Car Fourneau est un peintre en direct et le sujet initial connaîtra bien des détours, des repentirs, des avatars, des péripéties de parcours.
      Il est passé insensiblement du grand fouillis à une certaine épuration : on frappe plus, mieux et plus fort en disant moins. Que « dire » sur le papier, sur la toile : moins le rêvé que le vécu, moins le sérieux que la dérision, moins l'organisé que l'accidentel mais avec toujours au cœur la présence de l'homme - et de la femme - avec parfois des ouvertures sur l'horizon.
      Il lui a toujours paru que l'art de Daniel Fourneau reposait sur les fragments mais qu'il possédait, dans sa démarche mentale, l’art de les organiser en un ensemble cohérent qui n'apparaît pas toujours à un regardeur pressé.
      Sans aucun doute, Daniel Fourneau craint le vide : celui de son dessin, de sa toile, de sa vie, de son verre. Il aime que la coupe déborde car ce marcheur impénitent, cet amoureux de la ville et des rencontres dans la collision, dans la confusion de ses jours et de ses nuits vit vite, voit beaucoup et retient. Il appuie son expression sur le vu, le vécu, le ressenti, l’éprouvé et à ces bribes Daniel Fourneau, fils de la bande dessinée et de la publicité, donne corps dans de grandes pages narratives orchestrées dans les formes, les rythmes, les couleurs. C'est un poète à sa façon. C'est peut-être pour cela qu’il a trouvé en Joseph Orban poète le plus pénétrant et le moins conformiste lecteur et analyste de son œuvre.