Biographie

Famille d’origine tournaisienne. L’artiste passe sa jeunesse à Namur, puis à Bruges où ses parents s’installent en 1919.

1920-21.
Académie des Beaux-Arts de Saint-Josse (Bruxelles). Dessin. Professeur : Henri Ottevaere

1924-1930.
Professeur de dessin aux Athénées royaux de Chimay, puis de Bouillon.

1929.
- Complément de formation à l’Académie de Saint-Josse. Sculpture. Professeur : Gustave Fontaine.

- Poursuit une année de perfectionnement à l’Académie des Beaux-Arts d’Ixelles. Peinture. Professeur : Alfred Bastien.

1930-1941.
Obtient son transfert à l’Athénée Royal d’Ixelles où il enseignera jusqu’en 1941.

1930.
(19 juillet) Epouse à Bruxelles Augusta Bertrand, de Bouillon.

Durant ses années à la capitale, entre dans le cercle artistique l’« Art libre » où il côtoie de nombreux artistes tels que Marie Howet et Albert Raty qui deviendront des amis proches.

1934.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Cercle royal artistique littéraire. Edeline Guillaume.

1935.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Giroux. Salon Jeune Peinture belge.

1937.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Cercle royal artistique et littéraire.

(  /  --  /  ) Vienne / AT,                       . Art belge.
* e. a. Edeline Guillaume.
** Ensuite (  /  -  /  ) Budapest.

1938.
(  /  -  /  ) Namur, Galerie de la Bourse du Commerce. Edeline Guillaume.

1941.
Se réinstalle à Bouillon où il reprend son enseignement à l’Athénée Royal.

1941-1942.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Le Régent. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Namur, Galerie de la Renaissance. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Liège, Galerie Mordant-Giannoni. Edeline Guillaume.

1942.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie de l’Art Belge. Edeline Guillaume (avec Albert Raty).

1943-1947.
Bouillon (La Chanson d’Eve).

1948.
(  /  -  /  ) Namur, Galerie La Meuse. Edeline Guillaume.

1949.
(  /  -  /  ) La Haye,          Art belge.

Voyage en Italie (Florence et Sienne).

1951
(  /  -  /  ) Bruxelles ,Galerie d’Egmont. Edeline Guillaume.

Premier article sur le peintre, par G. Vanwelkenhuyzen (revue Le Thyrse).

1953.
(  /  -  /  ) Arlon, Salle de l’Auditorium. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Namur, Galerie La Meuse. Edeline Guillaume.

1954.
(  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel Windsor. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Albert 1er. Edeline Guillaume.

1955.
(  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel de Ville. Edeline Guillaume

(  /  -  /  ) Charleroi, Galerie d’art contemporain. Edeline Guillaume.

1956
Second voyage en Italie (Venise et Vérone).

(  /  -  /  ) La Roche, Hôtel de Ville. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel de Ville). Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Dutilleul. Edeline Guillaume.

1957.
(  /  -  /  ) Liège, Galerie Contact. Edeline Guillaume.

1958.
(  /  -  /  ) Arlon,                                   . Salon 58 de l’Académie luxembourgeoise.
* Barthélemy Camille, Edeline Guillaume, Jacob Roger, Howet Marie, Lejour, Raty Albert.

1958-1959
(  /  -  /  ) Vresse, Salon La Glycine. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel de Ville. Edeline Guillaume.

1959.
Installation définitive dans l’ancien presbytère de Chairière.

1960.
(01/06) Prend sa retraite de professeur, après 40 années de carrière.

1960-1961.
(  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel de Ville. Edeline Guillaume.

(  /  -  /  ) Dinant, Galerie Monique Bary. Edeline Guillaume.

1961

(04/02-19/02) Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. Œuvres d’art acquises par l’Etat en 1960.

1962.
Chevalier de l’Ordre de Léopold II.

1962-1963
(  -  /  -  /  ) Vresse, Salon La Glycine. Edeline Guillaume.

(  -  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel de Ville. Edeline Guillaume.

(  -  /  -  /  ) Florenville, Hôtel de France. Edeline Guillaume.

1963.

Admission à l’Académie Luxembourgeoise.

1964.

(  -  /  -  /  )       Martilly, Centre artisanal. Edeline Guillaume.

(  -  /  -  /  ) Vresse, Salon La Glycine. Edeline Guillaume.

1965.

(  -  /  -  /  ) Arlon, Galerie Wagner. Edeline Guillaume.

1966-67 ( ?)

(  -  /  -  /  ) Spa, Cercle artistique. Edeline Guillaume.

1968.

(  -  /  -  /  ) Bouillon, Hôtel de Ville. Edeline Guillaume.

1969.

(  /  -  /  ) Namur, Maison de la culture. 50 ans de peinture en Wallonie et à Bruxelles.
* Org.: C.A.C.E.F.
** e. a. Edeline Guillaume, Lacasse Joseph
*** (1969-70. Exposition itinérante) Tournai, Maison de la Culture; Liège, Musée des Beaux-Arts; (17/1-22/2/70) Antwerpen, Museum voor Schone Kunsten; Ostende, Musée des Beaux-Arts.
**** Publication

(  -  /  -  /  ) Bruxelles,                    . Le paysage dans la peinture belge contemporaine.

(  /  -  /  ) Arlon, Athénée. Exposition de l’Académie Luxembourgeoise.

1969-1970
Séjour d’hiver à la Côte d’Azur.
* Y peint de nombreuses aquarelles.

1970-1971
Second séjour d’hiver à la Côte d’Azur.

1971.

(juin) Virton, Galerie Artvision. Edeline Guillaume.

1972.
(avril) Bruxelles, Galerie Racines. Edeline Guillaume. Exposition d’huiles et gouaches.

(  -  /  -  /  ) Chassepierre,                    . Edeline Guillaume.

1973.
(  /  -  /  ) Pont d’Oye,                          . Edeline Guillaume.

(15/11) Fait Chevalier de l’Ordre de la Couronne, au titre d’ «Artiste Peintre».

1974.
(juillet) Vresse, La Glycine. Edeline Guillaume.

1976.
(août) Florenville,                             .Nature et Paysage.

1977.
(  /  -  /  ) Vresse, Foyer culturel. Edeline Guillaume.

(mai-juin) Wépion, Galerie Paul Delvaux. Edeline Guillaume.

1978.
(août) Florenville. Ecole Communale. Edeline Guillaume.

1981.
(avril-mai) Namur, Maison de la Culture. Edeline Guillaume. 50 ans de peinture. Rétrospective.

1987
(17 avril) Décès du peintre à Chairière.

A ajouter : participations aux Salons quadriennaux d’Anvers, Gand, Liège et Mons, aux Salons de l’Art Libre (Bruxelles), aux Salons des Peintres dc l’Ardenne, Bruxelles, aux Salons de l’Académie Luxembourgeoise (Arlon), aux Salons des Artistes wallons.

 

 

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1988.
(juillet-août) Prüm / DE,                            .Exposition du Groupement Européen des Artistes des Ardennes et de l’Eifel..

1990.
(mai) Theux, Galerie La Marotte. Edeline Guillaume.

1991. Notice dans «Arts plastiques dans la Province de Namur - 1945-1990» (éd. Crédit communal, pp. 18-19, avec iIl.coul.).

1994. Notice par G. Gilquin in «Peintres en Forêt» in cahier «De Sax à Raty» (éd. O. Marchai, pp.I 13-118-119).

1995. Notice par A. Moxhet dans «Dictionnaire des peintres du Luxembourg Belge» (éd. O. Marchai, pp. 126-129, iII. coul).

1996.
(mars) Vresse, Centre touristique. Peintres du Luxembourg Belge, de 1775 à 1995.

1997.
(mai) Libramont,                     . Edeline Guillaume. Hommage à …
dans le cadre de « Le Printemps de l’Aquarelle ».

2012.
(sept.-  /  ) Bouillon, Ancienne Résidence du gouverneur du Duché : Edeline Guillaume.

 

 

 

 

Liste d'oeuvres

Bouquet de roses (détail) (38 x 46 cm)
, Plus d'infos
Vue de Dohan
, Plus d'infos
Lisière (41 x 61 cm)
1969, Plus d'infos
Pont de Bouillon (75 x 70 cm)
1975, Plus d'infos

Bibliographie liée

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de présentation

    • 1970-71. Parution d’une plaquette illustrée, avec des textes de G. Vanwelkenhuyzen, F. Kiesel, R. Brucher, sous l’égide de l’Académie luxembourgeoise, 38p.

      1984. Notice in Collard dans «50 artistes de Belgique» (éd. Viva, pp. 100-103, avec photo et clichés coul. et n&b).

       

      1991.- Pierre-Paul Dumont. 1945-1958 in Arts plastiques dans la province de Namur, 1945-1990. Bruxelles, éd. du Crédit Communal, 1991, p. 18-19 et 118.

      Guillaume Edeline a été formé à l’Académie de Saint-Josse-ten-Noode puis à la peinture d’après nature par Alfred Bastien à l’Académie de Bruxelles en 1928-1929. Ce Namurois d’origine a travaillé à Bruxelles puis à Bouillon où il était professeur de dessin. Il appartient davantage au groupe des peintres de l’Ardenne et de la Semois (Albert Raty, Marie Howet). Il pratique aussi le portrait et la nature morte mais c’est surtout le paysage qui retient son attention. Apres avoir exécuté de nombreuses études d’après nature, il recompose des toiles de grand ou de moyen format en atelier. A côté de l'huile utilisée pour les grandes toiles, il use volontiers de l'aquarelle qui permet l’expression directe et rapide et exige sobriété et fluidité, de la gouache aussi qui rend possible certains effets de « fondu » comme dans la peinture à l’huile. Les paysages ne retiennent que le règne végétal, l’homme étant le plus souvent absent ; il s’en dégage un climat de solitude méditative. On peut aussi noter chez lui des références à un cubisme très évolué spécialement dans certaines natures mortes où les objets, les fruits et les végétaux sont traités en formes simplifiées et anguleuses dans des compositions très serrées.
      Namurois et Bouillonnais, Guillaume Edeline a été le trait d’union entre les peintres de la Meuse et ceux de la Semois. Son contemporain Albert Raty, parce qu’il a vécu de longues années à Vresse, dans la province de Namur, méritait à ce titre d’être évoqué ici. Lui aussi a donné de la nature une vision très architecturée qui s'apparente davantage à l’héritage cézannien qu’à la tradition impressionniste.
      + Notice biographique :
      EDELINE, Guillaume. Namur, 1902 - Chairière, 1987.
      Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Josse-ten-Noode et à celle de Bruxelles où il s`est perfectionné dans l'art du paysage sous la direction d'Alfred Bastien. Parallèlement à sa carrière de peintre, il a mené une carrière de professeur de dessin à Chimay, Ixelles et Bouillon. Il a organisé de nombreuses expositions personnelles à Bruxelles et en diverses villes de Wallonie. Une bonne partie de sa carrière s'est déroulée à Bouillon et cela explique sans doute que sa conception du paysage s’apparente davantage à celle des peintres de l'Ardenne qu'à celle de ses contemporains namurois.
      Ses paysages peints à l’huile sont reconstruits en atelier d’après des esquisses élaborées sur le motif. Il a également beaucoup pratiqué le lavis et la gouache. Sa vision synthétique de la nature n’est pas sans rappeler le métier cézannien. Certaines natures mortes accusent par ailleurs de nettes influences cubistes. 

       

      1994. Notice par G. Gilquin in «Peintres en Forêt» in cahier «De Sax à Raty» (éd. O. Marchai, pp.I 13-118-119).

      1995. Notice par A. Moxhet dans «Dictionnaire des peintres du Luxembourg Belge» (éd. O. Marchai, pp. 126-129, iII. coul).

       

      2005 Jean-Marie Klinkenberg. Guillaume Edeline. En lisière. Conférence inédite prononcée à l’inauguration de la rétrospective « Guillaume Edeline, peintre de la Semois ». Galerie Faubourg Saint-Gilles, 2005 ; repris in Jean-Marie Klinkenberg. Voir faire – Faire voir. Liège, éd. Les Impressions Nouvelles, 2010, pp. 58-65.

      Comme devant tout spectacle généreux, on est d’abord frappé par la profusion. C’est comme un grouillement, auquel les yeux doivent s’habituer, afin d’y distinguer les lignes directrices qui le construisent.
      Et c’est peu dire que l’œuvre de Guillaume Édeline est généreuse. Elle est complexe, multiforme.
      Beaucoup de critiques, se penchant sur l’œuvre d'un peintre, aiment à y retrouver une ligne directrice simple, un trajet rectiligne allant du point d›origine vers un accomplissement. Décrivant une aventure, ils y voient un destin. Croyant parler d’un artiste, ils ne définissent qu’une manière et qu’une signature. Il faut dire que certains peintres aident bien ces critiques, quand chacune de leurs œuvres est cadastrée par la même formule, quand ils exhibent leur marque de fabrique, tout comme l’animal marque son territoire.
      Avec l’œuvre de Guillaume Édeline, ces critiques à l’esprit de géométrie seront bien déconcertés. Les styles y sont multiples. La luminosité des ciels méditerranéens fait pendant aux bruns de l’Ardenne, l’énergie active des forêts - qui fait vibrer les verticales, qui fait fléchir ces verticales jusqu’à l’oblique - répond à la puissance massive des blocs urbains. Ce qui ajoutera à la confusion de ces critiques, c’est la diversité des techniques maitrisées par Édeline : huile, aquarelle, gouache, lavis, crayon, gravure...
      Dilettantisme de celui qui nia pu se décider à choisir ? Non.  Nous avons plutôt ici quelqu’un qui s’est refusé le confort d’un style immédiatement identifiable, une personnalité exigeante, stimulée par une perpétuelle remise en question. Mais aussi la manifestation d’une curiosité sans limites et d’une avidité jamais assouvie. La déclinaison des inspirations et des techniques, c’est sans doute, pour l’homme austère qu’était parait-il Guillaume Édeline, la manière d’exprimer ses faims dévorantes.
      Mais surtout, cette œuvre aux mille facettes est animée par un même esprit. Une solide unité la charpente. Oh cette unité ne s’appréhende pas facilement : chez ce peintre des lisières et des clairières, les arbres peuvent cacher la forêt ! Mais cette forêt existe. On discerne en effet sans trop de difficulté trois grandes constantes dans l’œuvre d’Édeline.
      La première, c’est qu’elle prend au sérieux le fait que la matière première de la vision, c’est la lumière. C’est cette lumière diffusée par la nature que fait jouer le peintre de la Semois. C’est aussi elle que sculptent en volumes fermes les huiles rappelant le travail solide de ceux qui ont construit nos maisons. C’est elle que l’artiste des gouaches monochromes ou des lavis fait ressortir de ses contrastes vigoureux. C’est elle que fait vibrer dans les sous-bois l’inventeur des subtils touchers aquarelliens. C’est le spectre de cette lumière que déclinent les solfèges de couleurs vives.
      Mais le mystère de la lumière, c’est surtout dans les reflets et dans les transparences que l’artiste le cherche. D'où son tropisme pour les rivières et les étangs, pour les vases et les verres d’eau.
      La seconde constance, je la vois dans le fait que cette œuvre généreuse et curieuse est aussi, paradoxalement, toute d'économie. Une économie qui n'est pas rétention.
      L’art de Guillaume Édeline est en effet une tentative pour réduire le monde à l’essentiel. Ramener la puissance de l’arbre à l’horizontalité de ses branches, la vie végétale à la logique de ses arabesques, rendre le feuillage à ses rythmes, l’immeuble ou le bourg à ses arêtes fortes, l’horizon à sa dominante chromatique, ou à l’étagement de ses strates végétales. Discipliner le foisonnement des couleurs en le forçant dans des monochromies, passer des modelés aux aplats. Faire savoir que le monde est construit sur une architecture de verticales et d’horizontales, elles-mêmes animées par des énergies que figurent des courbes maitrisées. Énumérer les éléments du monde en les séparant par des contours, ces contours qui vont parfois jusqu’à imiter la ligne claire des bandes dessinées. Filtrer le détail pour aller à l’architecture.
      En domestiquant les forces et les richesses du monde, il ne s’agit nullement de les évacuer ou de s’en méfier, de les refuser ou de les nier : il s’agit bien au contraire de les exalter. Mais de les exalter sans gesticulation. De les exalter par l’ascèse. Je vois dans l’œuvre d’Édeline un souci constant de rendre justice au monde en le purifiant de toute anecdote, comme Mondrian l'a fait en ramenant petit à petit ses arbres à leur épure pour arriver enfin à son alphabet puissant de formes simples et de couleurs primaires. Un souci de densifier ses forces en se tenant au plus près de leur principe actif. Si Guillaume Édeline aime à disjoindre ses plages colorées - tantôt en procédant par petits modules géométriques, tantôt en laissant une réserve blanche entre les éléments de ses gouaches, tantôt encore en jouant carrément du tout ou rien, comme dans ces stylisations orientalisantes – c’est bien pour montrer comment le tout se construit. Il s’agit toujours d’allouer une structure à ce qui se présente de manière brute. De conférer l’intelligibilité à ce qui, comme tel, n’en a pas. En d'autres termes, il s'agit ici non de donner à voir, mais de donner à comprendre. Un peut atteindre le grand tout par le dérèglement systématique de tous les sens, comme le voulait Rimbaud. On le peut aussi, et c’est la voie explorée par Guillaume Édeline, par le règlement systématique du sens.
      La troisième constante de l’œuvre est qu’elle tend à investir ce  subtil point d’équilibre où l’artiste se tient, à la même distance du monde et de ses matériaux.
      Qu’est-ce que peindre pour celui qui a décidé de représenter le monde ? C’est regarder ce monde et, par le geste du poignet ou du bras, armé d’une matière brute, se l’approprier, le pousser dans sa propre histoire.
      C’est aller plus loin que la sensation, en donnant aux produits de cette perception l’énergie des couleurs et des volumes. C’est forcer la rencontre entre le monde vu et les matériaux que l’ingéniosité humaine a permis d’élaborer.
      L’artiste est ainsi un médiateur. Car le monde, comme tel, ne signifie rien : il n’est qu’un désordre en attente de sens. Les substances non plus, ne signifient rien : pigments, liants, fonds, ondes lumineuses, attendent de se composer, d’être investis par la signification. La tâche de l’artiste est là : susciter cet investissement mutuel du monde et des matériaux pour produire le sens. Non pas donner à voir, mais donner à comprendre, non pas submerger mais libérer, non pas donner à surprendre, mais donner à lire.
      Mais cet investissement mutuel, il faut aussi le montrer. Pousser le monde dans sa propre histoire, mais aussi dans notre histoire. Voilà pourquoi il n'est pas contradictoire qu’Édeline, peintre des solfèges colorés et des géométries, soit aussi celui des fluidités et des ombres, et soit parfois celui des rayonnements crépusculaires où les identités disparaissent. « Peintre de l’entre-deux », comme on l’a dit, Édeline est aussi celui qui sait capter le moment où la forêt devient prairie, où la nature devient banlieue, celui qui se poste aux -lieux de passage et de transformation, allées, friches ou clairières. Lieux de transformation que sont aussi les reflets et les transparences, où une chose se mue en sa parente.
      Passeur, médiateur. Une telle posture n’est pas celle du démiurge ou du sorcier. Elle exige au contraire l'ascèse et l’effacement, puisqu’il s’agit de ménager la rencontre entre deux choses qui ne sont pas soi. De ménager la rencontre entre ces choses et celui à qui on donne à comprendre. Elle exige donc rigueur et modestie. Solitude aussi, sans doute.
      Et c’est bien ainsi que je me représente Guillaume Édeline : en vigie, en lisière, debout sur la frontière, au flanc des clairs coteaux.

       

Acquisitions

Œuvres aux Musées de Liège, d’Ixelles, de Virton, de Bouillon et de Namur. Achats par l‘État, par la Province du Luxembourg et la Ville dc Bouillon.