Biographie

- Guy Dotremont. Vie et Oeuvre de Christian Dotremont in Christian Dotremont. 68°37’ lattitude nord. Bruxelles, éd. Didier Devillez, 2008.

1922-1927

12 décembre 1922, naissance à Tervuren, entre Bruxelles et Louvain (Belgique). Le père, Stanislas, écrit, dirige La Revue Latine, joue piano et violon, deviendra juriste, romancier, fondateur d’importantes revues internationales, parmi les­quelles La Revue Internationale de Musique, et d’un mouvement spiritualiste, La Mobilisation des Consciences. La mère, Marie-Jeanne, elle aussi, écrit, fondera et dirigera des revues féminines. ÀTer Bank, au « Castel », prime enfance un peu campagnarde, heureuse (n’était le drame que fut la mort accidentelle d’une petite sœur, Colette), dans l’inconfort et dans la fantaisie, avec, le soir, une assistance plus ou moins discrète, mais attentive, intéressée, à des lectures de poèmes (de Marie Noêl, notamment, et par la poétesse elle-même, venue au « Castel », pour la publication de ses poèmes dans La Revue Latine, devenant ainsi amie de la maman de Chr. D.) ainsi qu’aux discussions philosophiques et religieuses animées qui s’y déroulent, et la présence de «jolies gouvernantes jeunes » qui, venues du Danemark (l’une d’elles lui fait cadeau d’un Danebrog) et de Norvège, lui inspirent l’envie, la volonté, d’aller lui-même, un jour, « là-bas ».

 

1928-1940

Premières écoles à Auderghem (où le jeune écolier n’est pas sans remarquer que s’il doit écrire avec  de l’encre noire sur des feuilles blanches, le maître, lui, fait l’inverse, traçant ses signes au moyen d’une craie blanche sur un tableau noir), à Bruxelles (l’école de la rue de Ligne sera évoquée dans les Mémoires d’un imaginiste), puis, à la séparation des parents, à Na mur à l’Institut St-Louis, à L’Hermite à l’Institut St-Joseph (que l’on retrouve aussi dans les Mémoires...). Premiers poèmes, dont l’un paraît en 1935 dans Le petit vingtième, supplément pour les enfants d’un quotidien bruxellois qui allait devenir célèbre pour avoir publié les premières aventures de Tintin... Externe à Louvain au Collège de la Ste-Trinité, puis interne à Liège au Collège Saint-Servais (où les réponses à un examen de mathématiques font place à un poème), chez les Jésuites poèmes et textes dans le feu, la revue des élèves, se fait renvoyer pour gifle donnée au Père Préfet ... de la discipline : de là ses Souvenirs d’un jeune bagnard (1937, publiés en 1941 par le groupe « irréaliste » de la Nouvelle Revue Belgique, dont il fait alors partie avec Guy de Wargny, les frères Piqueray...). Rêve de devenir missionnaire chez les Esquimaux. Lectures nombreuses, parmi lesquelles Stendhal, Baudelaire, Rimbaud, que particulièrement il admire et sur la tombe de qui il va à pied à Charleville en 1939, Péguy aussi, qui ne sera pas, lui non plus, sans l’influencer (D. coche entre autres parmi ses « Pensées » « Il faut se sauver ensemble... », une exhortation à un agir collectif.)

Se passionne pour les aventures et les ouvrages de Grey Owl, amoureux « des grands espaces libres » du Canada, « des peuples primitifs et des humbles animaux», et d’Alain Gerbault, « le navigateur solitaire » qui s’est fait, lui, face à la colonisation européenne, le défenseur des Polynésiens. Publie poèmes, billet, conte, dans Maman ! revue que dirige sa mère. Découverte du jazz chez un ami de collège, Yannick Bruynoghe. Au cours de l’été 1939, aux bords de Meuse, rencontre de Doris, premier amour, écriture, à dix-sept ans, d’Ancienne~ éternité, « un des purs chefs-d’oeuvre de la poésie de notre temps » (L. Wouters et A. Bosquet) qui, publié en avril 1940  (Louvain, La poésie est là), suscite l’enthousiasme des surréalistes bruxellois Ubac, Magritte, Scutenaire, puis hainuyers : Chavée (qui lui dédiera, en mai 1941, un poème: « Pour un jeune poète »), Dumont (qui, en 1942, écrira à ChristineDe Bruycker : « Dotremont est une sorte de Rimbaud »), Lefrancq, qui l’accueillent parmi eux. Portrait, solarisé, de D. par Raoul Ubac. Admiratif de la Finlande héroïque, attaquée par l’URSS en novembre 1939, publie dans le n° de février 1940 de La Revue Belge le poème Ce petit pays si beau... et se présente à un bureau de recrutement de volontaires pour la Finlande, son offre cependant n’est pas prise en considération en raison de son trop jeune âge. Invasion de la Belgique. Exode vers Dunkerque, avec l’espoir, illusoire, de gagner l’Angleterre pour y retrouver Doris, bombardements. Retour à Louvain. Ultime tentative scolaire à Bruxelles.

 

1941-1944

Rencontre Marcel Mariën qui publie ses poèmes Le corps grand ouvert. Le 23avril 1941, arrivée semi-clandestine à Paris (où le conduit le désir de rejoindre l’Angleterre pour y retrouver Doris), accueil très cordial d’Éluard, qui le conduit chez Picasso, qui le reçoit et l’aide, Il voit «le premier « dessiner» les lettres d’un manuscrit, l’autre «écrire » des sortes de dessins, y répandre des taches de couleur», ce qui l’influencera beaucoup dans son travail futur. Rencontres aussi d’Henri Goetz, Cocteau, Giacometti... qui, eux aussi, l’aident. Accueilli « comme un autre Rimbaud», co-fonde avec Chabrun, Patin, Rius, et quelques autres, le groupe surréaliste La Main à Plume, vite rejoint par Noél Arnaud, et dont il est lui-même « un des éléments essentiels». Publie sous cette enseigne Noués comme une cravate, poèmes dédiés «À Simone Disparue»(avec un mot d’Êluard : « La vie et la légende de Christian Dotremont par un ami             d’Arthur Rimbaud », et un dessin de Dominguez) en 1941, et Lettres d’amour (poème de lettres gigognes, fruits d’une activité « automatico-rousselienne », avec un dessin de Magritte) en 1943. De Dotremont, Chabrun dira plus tard qu’a ses yeux « avec Patin, il était le meilleur du groupe » et Jean Cocteau, qui en dessine alors le portrait, le décrit dans son Journal comme « le type du jeune poète 1942, encombré de surréalisme, de daltonisme, de rimbaldisme et même de beauté » . Publie poèmes et textes dans publications collectives du groupe: Transfusion du Verbe et La Conquête du Monde par l’lmage. Rencontre et fréquente Bachelard, Dominguez, Duchamp, Sartre, Max Jacob. Accumulation d’influences diverses qui le détermineront fortement à l’époque de Cobra. Amoureux « fou » de Régine, publie en 1942 Oleossoonne ou le moment spéculatif (Louvain, Les grands moyens). « Adhésion de plus en plus totale aux positions philosophiques (matérialisme dialectique) du surréalisme, comme à ses positions artistiques, « anti-artistiques » plutôt. »

En janvier 1943, à l’Université de Louvain, prononce une conférence « surréaliste »dont des extraits seront reproduits sous le titre L’avenir sera membre du surréalisme dans Le surréalisme encore et toujours (Paris Cahiers de la Poésie août 1943) Y rencontre Benoît Braun et Jean Seeger Au printemps est a Paris Auteur du tract Nom de Dieu publié le 1e mai 1943 contre divers collaborateurs du numéro Exercice du Silence de la revue Messages et signé par Arnaud, Chabrun, Magritte, Patin, Rius, etc. À Louvain, «dévore les livres », absolument de tous les genres, qui le doteront d’une «culture fabuleuse, étourdissante’>, ses domaines préférés étant la poésie, la linguistique, la philosophie: Hume,

Kant Hegel, Marx, Heidegger et Sartre, bien sûr, qu’il a rencontré à Paris. Fonde à Louvain, au 3 rue Notre-Dame, en septembre, les éditions du Serpent de Mer, et entreprend la publication d’une « encyclopédie », L’homme à naître, dont paraîtront trois volumes: Quand un homme parle des hommes ou Les ceintures de la connaissance en 1943, Note sur les coïncidences, précédée de variations précises sur quelques moyens d’échapper à l’existence et suivie de quelques autres notes en 1944 et le 3e, La Mathématique du Ténu en 1946 aux éditions La Boétie à Bruxelles. Interview dans L’avenir du 19 novembre 1943 : Lemonde sera-t-il surréaliste dans 500 ans ?» Amoureux d’Ai-Li, une jeune Eurasienne, qu’il épouse en juillet 1944. Pour échapper au travail obligatoire décrété par les Allemands, se cache dans les Fagnes, puis à Spa où il publie L’Avant-Matin (« J’écris à toi, ma Chine à écrire l’amour [...] ») et Le Matin, poèmes. Libération. Retour à Louvain, installation avec Ai-Li à Bruxelles, y voient pour la première fois des films des Marx Brothers. Pr face pour les Ragionamenti de L’Arétin (Bruxelles, La Nef d’Argent).

 

1945-novembre 1948

En 1945, adhère au Parti communiste, au sein duquel il sera particulièrement actif (articles dans Le Drapeau Rouge, Belgique-U.R.S.S, organisation d’expositions d’artistes com­munistes, réunions publiques...) jusqu’au jour où pour les artistes aussi, écrira-t-on en 1949 dans Les Lettres françaises, auxquelles il aura activement collaboré, « la ligne » sera « tracée». Fonde avec Paul Colinet et Marcel Mariën Le ciel bleu, « hebdomadaire littéraire pour tous», qui comptera neuf numéros. Intense collaboration en même temps au Salut Public, fondé pan Jean Seeger, Dotremont en étant le secrétaire de rédaction. Travaille aux éditions La Boétie, « une usine, littéralement». Collaboration à La Terre n’est pas une Vallée de Larmes, publication de Marcel Mariën, avec des textes et dessins de Baudelaire, Nougé, Lewis Carroll, René Char, Éluard, Magritte, Picasso, etc.

En 1946, à Paris, rencontre Yves Bonnefoy, avec qui il se lie d’amitié ; il collabore à sa revue La Révolution la Nuit Y rencontre aussi Edouard Jaguer et Tristan Tzara. Travail chez Ernest Collet, libraire à Bruxelles et Paris, qui édite un Fichier bibliographique, dont D. est le rédacteur en chef et auquel collaborent Robert Kanters, Gaétan Picon, Yves Battistini, Yves Bonnefoy, Maurice Nadeau, etc. Publie Le Suractuel (avec Régine Raufast la reine des murs est morte, et la collaboration de Hamoir, Magritte, Scutenaire, Seeger et... Tchekhov). Nombreux voyages à Paris. Publication à La Boétie d’une monographie consacrée à Labisse. Avec Jean Seeger, publie La Grasse Matinée. Les Éditions / Séditions du Serpent de Mer de Dotremont lancent une nouvelle revue surréaliste, qui comptera 3 numéros, Les Deux Sœurs, avec d’importantes collaborations: Magritte, Breton, Chavée... Est achevé en février 1947 et publié en mai 1947 dans le n°3 des Deux Sœurs Le surréalisme révolutionnaire, texte qui, écrit D., « sert de base au regroupement des surréalistes entrepris en Belgique » et n’engage que lui. Contre Breton et sa Rupture inaugurale, contre le « vieux surréalisme», D. y préconise de renouveler l’expérimentation surréaliste, d’une part, sur le plan théorique, en poursuivant l’expérimentation sur le plan distinct qui est le sien et ce dans une absolue indépendance, et, d’autre part, sur le plan pratique, en allant plus avant et au-delà de la révolte intérieure et de l’aventure personnelle, en prenant part, activement, au combat contre les conditions économiques qui empêchent la libération totale de l’homme, l’expérimentation surréaliste s’unissant ainsi à l’action politique et révolutionnaire du parti communiste, seul organe à ses yeux apte à réaliser effectivement la transformation du monde et le changement de vie souhaités. En avril 1947 à la Diligence, rue du Marché-aux-Peaux àBruxelles, constitution du groupe surréaliste-révolutionnaire, dont D. devient le secrétaire-général. Coauteur avec Jean Seeger du tract Pas de quartiers dans la révolution! que signent en juin tous les surréalistes de Belgique: Bourgoignie, Chavée, Havrenne, Magritte, Marién, Nougé... En réplique à Ode à Fourier d’André Breton publie une Ode à Marx, et à l’exposition Le surréalisme en 1947 présentée à la galerie Maeght à Paris par André Breton et Marcel Duchamp, publie, avec Noël Arnaud, Le surréalisme en 947, y signant, sous le pseudonyme d’André Normand, En plein rideau. Coauteur du tract Les grands transparents. À Paris, rencontre et interviewe Chico Marx. Expérimentations cinématographiques. À la Conférence internationale du Surréalisme-Révolutionnaire qu’il organise à Bruxelles, en octobre 1947, rencontre le Danois Asger Jorn, qui adhère avec enthousiasme au mouvement, le Tchèque Zdenèk Lorenc. Codirecteur de la revue Le Surréalisme Révolutionnaire, qui n’aura qu’un numéro, en mars 1948. Différends entre les groupes français et belge que la Conférence du Centre intern ationol de Documentation sur l’Art d’Avant-Garde, qui se tient à Paris début novembre 1948, ne réussit pas à aplanir. Entre-temps, chez Collet, au Fichier bibliographique a succédé en mai Le Livre aux prestigieuses collaborations, auxquelles se mêlent maintenant celles de Zdenék Lorenc, Noél Arnaud, Asger Jorn. Dotremont en est le secrétaire de rédaction, signant sous ses initiales ou sous le pseudonyme de Bernard Dautrez. Crée ses premières peintures personnelles.

 

 

1948-1951

Premières peintures-mots, avec Jorn. Le 8 novembre 1948, excédé comme ses camarades danois (Jorn), hollandais (Appel, Constant, Corneille) et belge (Noiret) par les discussions stériles de la Conférence, Dotremont entraîne ses amis au Café Le Notre-Dame et rédige un court texte La Cause était entendue, qu’il soumet à leur signature : c’est la fondation, « non-cérémonieuse», d’un mouvement nouveau, auquel il donne le nom-enseigne de Cobra (acronyme de Copenhague Bruxelles Amsterdam, mot dans lequel il verra son « chef-d’oeuvre »), inventant ainsi un nouveau groupe, qui sera un mouvement, un mouvement nordique d’art expérimental: une rencontre d’artistes et de poètes, qui, ensemble, veulent retrouver les sources primi­tives, naturelles, spontanées, de l’art, un « mouvement de joie pour la vie, la vie naturelle, et mouvement de colère contre tout ce qui dénaturalise la vie, notamment contre la société industrielle», « violence créatrice contre la violence destructrice», « école de la liberté : liberté de la touche, de la tache, du signe; liberté de la matière, jetée à pleines mains ou à la truelle sur la toile ; liberté du matériau... » (Michel Ragon). Cobra, qui par ce qu’il allait faire et vivre, et déclencher, constituera « l’une des composantes majeures de l’art occiden­tal dans la seconde moitié du XXe siècle » (J-Cl. Lambert). Choisi comme secrétaire général de Cobra, D. en sera le principal animateur, le rédacteur en chef de la revue Cobra, le « théoricien » du mouvement, lI fut, écrira J-J. Lévêque en 1982 « l’André Breton de Cobra », mais « moins doctrinaire, moins rigoureux que Breton », nuancera Alain Jouffroy. Jorn, dans une inter­view accordée à Walter Korun en 1956, dira : « [...] c’est Christian Dotremont qui nous a donné le grand choc […] sans que nous autres, peintres, nous ayons pris conscience de ce qui se passait. Par son activité, Dotremont nous a stimulés partout et sans cesse dans une « expérimentation » toujours jeune et vivante. Et seulement maintenant je comprends clairement l’importance de cette présence qui tenait le mouvement en opposition à tout esthétisme ou formalisme possible [...] Dotremont tenait le groupe Cobra ensemble. » (in De Kunst-De Meridiaan, n° 4-5-6, 1958). Børge Birch, grand galeriste de Copenhague, fera de D. le « Konge af Cobra », le roi de Cobra, et Michet Butor, dans sa Ballade de la boussole en deuil, le « Prince de COpenhague BRuxelles Amsterdam », D. à qui il arriva à l’époque de se désigner sous le nom simplement de « monsieur Cobra».

 

« 1948-1951 »: les « années ardentes», folles, qui le voient se dépenser sans compter au 10 rue de la Paille à Bruxelles, « le point nodal de Cobra»,et sur les routes et dans les centres de « Cobraland » : « Cobra un boulot monstre ». Les jambages au cou, poèmes, avec des dessins de Corneille (Éditions Cobra, 1949). Octobre 1949, Første brev til Else, première de ses Lettres à Else, publiées de 1949 à 1954 dans le Politiken’s Magazinet, supplément au journal de Copenhague Politiken. En novembre 1949, Legrand rendez-vous naturel et L’orthocatalographe, et en décembre, le tract «…et je ne vais dans les musées que pour enlever les muselières. »

En 1949 encore, Jorn calligraphie autour d’une de ses toiles ces mots de Dotremont : ll y a plus de choses dans la terre d’un tableau que dans le ciel de la théorie esthétique. En 1950, Les transformes, peinture-mots avec Jean-Michel Atlan, Les développements de l’œil / À propos des photographies de Raoul Ubac, Roland d’Ursel et Serge Vandercam. (Bruxelles, Galerie St-Laurent), un texte fondamental sur la photographie, et aux editions Cobra une préface pour les Notes de zoologie de Lewis Carroll,

Le « réalisme-socialiste » contre la révolution et huit des quinze monographies de la Bibliothèque de Cobra, celles consacrées à Appel, Constant, Corneille, Sonja Ferlov, Henry Heerup, EgilI Jacobsen, Asger Jorn et CarI -Henning Pedersen. Boursier de la DanskeSelskab pour étudier au Danemark l’art viking, les arts populaires et le folklore danois.

 

1951-1961

Le soir du 19 avril 1951, au Laurits Betjent à Copenhague, « c’est le coup de foudre » pour une jeune Danoise, Bente, Bente Wittenburg, à qui il donnera les plus beaux noms (Ulla, Antigone, Boule d’Or, Gladys,.. et celui qui lui restera : Gloria), à qui il dédiera les plus beaux poèmes : amour immense, inspirant, consumant. Mais arrive la « catastrophe», la maladie qui le contraint, le 2 novembre, à s’aliter aux côtés de Jorn au sanatorium de Silkeborg, Projets personnels divers, dont une revue, La volonté de se fixer dans la liberté, à laquelle acceptent de collaborer Cocteau, Sartre, Julien Gracq, et avec Jorn concernant Cobra, qui doit continuer à se développer. À Silkeborg, écrit-peint Les gestes de l’oiseau. Portrait de D. par Jorn. Son vécu récent et présent lui inspire Le journal de la catastrophe devenu La pierre et l’oreiller, qu’il commence à écrire en 1951 et achèvera en 1953, son seul roman publié, en 1955 chez Gallimard : longue méditation sur la catastrophe; recherche de la force qui, Dieu, Staline, Keats étant morts pour lui, pourra l’aider à guérir: sera-ce l’amour? C’est l’histoire d’un amour débordant de tendresse, entrecoupée de notations sur la famille, les conditions d’hospitalisation, le Danemark, sa langue et sa « douceur de vivre », de souvenirs ; « ... une oeuvre émouvante sans sensiblerie, profonde sans attitude,... avec des éclaircies de voyance, d’innombrables trouvailles poétiques... »

Suit une période difficile, douloureuse, cahotante, de solitude. Après Silkeborg, qu’il quitte début février 1952, il y a, avec Bente W., un bref séjour à Hellerup, Bruxelles, Paris, puis installation àTervuren, à trois maisons de sa maison natale, dans des pièces-vestiges de ce qui fut un grand établissement le «Royal Hotel», et qui est alors la « Gloria House », la « gloriole maison », où il connaît « d’immenses joies », avant que viennent après toutefois deux semaines d’un grand bonheur encore à Hellerup, le « coup de grâce du 8 novembre 1952 », les « immenses peines » et des errances à Copenhague, Stockholm, Malmoe, Oslo, puis retour à Bruxelles. Nouvelles hospitalisations : à l’hôpital Brugmann à Bruxelles, au sanatorium universitaire à Eupen (de juillet 1953 à mars 1954 ; il y collabore à la « revue inter-sanatoniale et inter-universitaire » Sillages ; où, se servant du procédé de Gjon Mili, il trace dans l’espace, au moyen d’une lampe de poche, dans l’obscurité, des « écritures lumineuses » qu’enregistre l’objectif photographique demeuré ouvert et, après « 39 jours de liberté » et une « virée danoise » heureuse, au sanatorium Rose de la Reine à Buizingen (d’avril à août 1954). Les grandes choses, poèmes qu’accompagnent des aquarelles de Bente, publiés en 1953 (Paris, Le premier pas). Beaucoup d’absence(s) de Bente. Obtient d’Anouilh une interview par correspondance qu’il publiera en septembre 1955 dans la revue danoise Perspektiv sous le titre Samtale medAnouil (Entretien avec Anouilh). En 1954, première collaboration à la Nouvelle Nouvelle Revue Française, publication de L epays du Nja, que suivront des notes et textes. Avec les Alechinsky, premier voyage dans «le Sud » : la Provence (il y revoit Cocteau), « un peu d’italie», la Suisse. Chez Gallimard à Paris rencontre Michel Butor. De septembre 1955 à septembre 1956, travaille la nuit comme correcteur dans une imprimerie bruxelloise. Commencement d’un long effort solitaire pour l’affirmation et la défense du mouvement Cobra - auquel il s’identifie de plus en plus - avec à la galerie Taptoe à Bruxelles en juillet 1956, présentée par D., une exposition collective « et Dotremont avec Cobra », 1e exposition Cobra « après » Cobra, réapparition de son nom, et développement «aussi collectivement que possible des expérimentations les plus originales » de Cobra, parmi lesquelles celle des peintures-mots. Dans ce travail et dans ses « écritures » à Gloria (« j’écris à Gloria / c’est mon travail / je suis écrivain à Gloria […] », log. de 1969), D. trouve de nouvelles raisons de vivre, de lutter. Décembre 1956: léger mieux dans la santé de D., autorisant un départ vers le Nord. « ébloui, remué jusqu’à revivre, vivre enfin absolument», il découvre - enfin - la Laponie (finlandaise), avec Ivalo. « La Laponie, c’est formidable: il n’y rien», mais « un rien plein», où il y a « le silence et la paix gorgée de richesses», comme avait dit Giono dans Les vraies richesses C est alors et la bas que la Laponie lui apparaissant comme « une immense papeterie avec quelques signes noirs», comme une page blanche sur laquelle glissent les Lapons avec leurs rennes et leurs traîneaux, il dira avoir été «le plus inspiré vers les logogrammes », vers l’accomplissement de son désir de voir la poésie « être verticale, se dresser comme les affiches, tenir debout», « se lever, ne pas dormir dans les livres», être « vue et pas seulement lue». À la Lapin Pirtti, l’auberge lapone. -Nombreux textes « lapons », « commencements lapons ». En 1957, Vues, Laponie, avec des dessins d’Alechinsky, Appel, Corneille et Jorn, ainsi qu’un commentaire du film d’Alechinsky Calligraphie japonaise et un texte pour le livret qui annonce celui-ci. Portrait de Dotremont en bonnet lapon par Alechinsky. En 1958, Fagnes, avec des dessins de VUES, LAPONIE Serge Vandercam, évocation poétique fabuleuse de cette terre de Belgique qui, par maints aspects, rappelle la Laponie. Création, en 1958-59, avec le même Serge V., des Boues, « spectacle de pierre »,          et écriture d’un texte et collaboration au scénario du film de Vandercam et Kessels Un autre monde, sur l’oeuvre de Grandville, film qui obtiendra le Prix du Film d’art au Festivaf~ d’Anvers 1958. En 1958, début d’une collaboration au Berlingkse Jidende età Aktuelt, de Copenhague. Avril 1958 : second voyage dans le Sud, avec des amis de Roger de Coninck, à Aix, dans la montagne (« Quelle magnifique expérience là-haut!», vie simple, primitive), y rencontre Louis Pons qui le portraiture, et à Saint-Paul-de-Vence, reçu chez lui, interviewe Chagall (d’où, en août 1960, dans le Gôteborgs-77dningen, Chagall, gladjens konstnar/ Arstandigt fôralskad), poèmes. « Fonde » les « Entreprises passionneiles de longue haleine»... Début 1959, est à Copenhague où il interviewe Tati (d’où, en avril, dans Kosmorama 5, Tati om sig selv). Texte pour Le site brutal, film de Jean Delire, présenté au Festival du film de court-métrage de Tours 1959. Sur base des réponses à un questionnaire adressé à Cocteau, à propos de  son « Testament d’Or hée », publie en avril 1960 dans le Berlingske Tidende Jean  Cocteaus testamente / En digters forsøg paa gennem filmen atudtrykke sig selv- og sine indre modsœtninger En 1959, publication, de Digue, avec des photographies d’Oscar Schellekens et avec des dessins de Corneille, de Petite géométrie fidèle (Paris, Patris). En 1960, avec des lithographies d’Alechinsky, La Reine des Murs, poème de 1942 interdit de publication sous l’Occupation (Paris, Galerie de France). En 1961, La chevelure des choses, dessins-mots de Jorn et de D. de 1949-1952, avec une préface d’Alechinsky (Paris, Éditions Galerie Rive Gauche), et avec des dessins d’Alechinsky, premiers poèmes à tmèses, à « mots brisés » : Moi qui j’avais (Paris, Girard). Printemps 1961, deuxième voyage en Laponie, grâce à une bourse du Ministère de l’Éducation nationale : Jokkmokk (en Laponie suédoise), Ivalo, Karasjok (en Laponie norvégienne). Réédition d’Ancienne éternité, avec des burins d’Ubac (Paris, Adrien Maeght Éditeur, 1961). Réinstallation àTervuren au «Royal Hotel», où il vécut heureux avec Bente en 1952, mais à présent dans des pièces délabrées, humides, tristes, dont il fera le « Grand Hôtel des Valises » et dans lesquelles il inventera le logogramme: premiers tracés au stylo.

 

1962-1968.

Au retour de son 3e voyage en Laponie (Inari, Ivalo, Hammerfest) en octobre 1962, à Silkeborg, au Jernbanehotellet, premiers logogrammes aux pastels gras de couleurs. Dessins- et peintures-mots avec Alechinsky, Appel, Hugo Claus. Dessins-mots, de Mogens Balle et D. publiés fin 1962 (Copenhague, Grizanta Fonden). En 1963, 4e voyage en Laponie:

Ivalo (toujours !), Kirkenes, Kaamanen, Sevettijârvi, Utsjoki, écriture des Mémoires d’un imaginiste, « ana de sa (ma) prime jeunesse » et début de l’expérimentation des « écritures espacées ». À Silkeborg, dessins-mots avec Jorn. Paraissent, à Silkeborg, le premier numéro (qui porte en réalité e n° 3 !) d’une revue-tract, Le tressor, qui comptera 4 numéros, et, à Bruxelles, celui de Strates, qui en aura 7, bulletin à la fois lapon et irlandais, le premier numéro reproduisant notamment de lui, des textes et le premier logoneige. En septembre 1963, premier voyage en Irlande, à Dublin (où il inventera l’Old Cobra Road) et Limerick. Monographie sur Egilliacobsen (Copenhague, Munksgaard). Abstrates, placard lithographique avec Alechinsky (Valby, Permild et Rosengreen). En 1964, 5e voyage lapon : Ivalo, Karasjok. Un poème pour les 50 ans de Jorn : JORN LEVE, et Logogrammes I, premier recueil de logogrammes, qui sort des presses de l’imprimerie Nordia aux éditions Strates, et en 1965, Logogrammes Il et les 6e et 7e voyages lapons : Narvik, îles Lofoten, avec Svolvaer, Ivalo. De Svolvaer, D. écrit à Paolo Marinotti, admirateur de Cobra et ami de Jorn et d’autres, organisateur de grandes expositions au Palazzo Grassi à Venise ( Visionecolore, notamment, en 1963, avec deux textes de D.), lui proposant de réaliser une fresque, « un grand mur anti-mur Cobra : l’histoire du mouvement par objets, poèmes, journaux, photos... », fresque qu’il appellera Cobra-forêt. Avec l’appui de P. M., D. y travaillera beaucoup, mais ne pourra arriver à la réaliser. Poursuit son travail sur et pour Cobra. Continue à écrire des préfaces pour ses amis artistes. lvalo, lithographie avec des mots de D. et des dessins d’Alechinsky, Paris, Le Soleil Noir). En 1966, quitte le « Royal Hotel» pour un petit appartement de l’avenue Nouvelle à Etterbeek, à l’étage d’abord, puis dans un sous-sol, humide, mais moins cher. Jorn fait transférer à D. la rente que l’État danois a décidé de lui octroyer, et ce parce que écrit Jorn c’est D «qui a apporté le plus à l’estime de l’art danois dans le monde ». 8e voyage en Laponie sur le Polarlys aux Lofoten a Trondheim Publie polycopiées, ses Quelques observations au sujet d’une exposition « Cobra » qui doit avoir lieu au  musée Boymans-van Beuningen, à Rotterdam, qu’il estime « falsificatrice » et contre laquelle il monte une « contre exposition » Tegn og Tegninger a Sorgenfri. En 1967 9e voyage lapon long séjour a Haparanda et Tornio. Début de relations amicales et de collaboration avec le peintre suédois Rune Jansson.

En 1968 résultat d’une longue misère, nouvelle hospitalisation à Buizingen où il publie Le nouveau pour et contre la durée qui n aura qu un numéro. Publie a Bruxelles pour les 20 ans de Cobra le poème « 10 rue de la Paille Bruxelles ». À Copenhague a lieu sa première exposition personnelle, de variations graphiques, et de l’ouvrage Le oui et le non - le peut-être / Ja og nej, maske, préfacé par Uffe Harder. À Maastricht, première exposition personnelle de logogrammes « Schrifttekens », dans les Zalen (Salles) Dejong-Bergers, avec la première publication, dans une traduction néerlandaise de Hugo Claus, de J’écris, donc je crée, et une préface en néerlandais de Fred van Leeuwen sous le titre de Et ça signifie quoi ?

 

1969-1979

En 1969, santé toujours défaillante. Publication de L’imagitatrice, neuf affiches spontanées de Mogens Balle et D. (Copenhague et Bruxelles), et en février-mars Xylografierog Gouacher à la Galerie Jensen à Copenhague, avec une préface de Bent lrve. En avril revient à Tervuren, son village natal, au 4 de l’Albertlaan, à Pluie de roses, une maison pour personnes âgées. Dans L’éphémère paraissent Pour5evett,jarvi et Vues, Laponie, suivis de la reproduction de logogrammes. Juillet : émission radiophonique intitulée, conformément à son souhait Le scandale lapon, dans laquelle il dénonce «lindifférence générale de l’Europe pour cette extrémité d’elle-même, pour ce Canada européen où vivent nos Indiens, nos Esquimaux, des hommes que nous avons chassés de nos terres les plus douces.., la Laponie [qui] nous offre le sens du grand, du vaste, et en même temps, le sens du peu... ».

 

Octobre 1969, mort de son père, qui a eu sur lui, écrira-t-il à Noiret, « de fortes influences négatives et (ainsi pour telles de ses revues internationales) positives. » En novembre 1969, première exposition de logogrammes en Belgique, à Bruxelles, au sein d’une exposition collective d’abord, avec Alechinsky, Corneille, Jorn, puis seul, à la Galerie Maya, que dirige avec sa femme un ancien ami de collège, Yannick Bruynoghe, le catalogue reproduisant « Voix de l’écrit», une «cantate optique pou rsaluer les logogrammes » de Michel Butor. Le même mois aboutit la procédure de divorce intentée par Ai-Li contre D. En 1970, à l’enseigne de ses propres « Éditions », D. publie Ltation exa tumulte et différents poèmes, poèmes aux mots éclatés.

 

1971: Première exposition à Paris de ses logogrammes à la Galerie de Fronce, catalogue avec une préface d’Yves Bonnefoy,

Voici les logogrammes, Il ne faut pas les regarder comme des compositions abstraites,.., immense succès. Forte et efficace activité pour faire sortir de l’oubli le romancier Emmanuel Bove, diffusion d un carton avec ces mots : « La lecture d Emmanuel Bove est necessaire [...]». Mme Bove lui ecrit : «je pense quetout ce qu’on fait pour Emmanuel aujourd’hui, c’est grâce à vous».

Publie en mai un « tiré à part » du n°3568 de la revue imaginaire Présence de l’actualité avec, sous le pseudonyme de Piet Stress, la fin d’un article évoquant « le petit amateurisme enlisé du groupe subjectif Cobra » et, sous sa signature, Pour la propagation des nouveautés technologiques. En juillet, une page entière du quotidien danois in formation intitulée Christian Dotremont / Logogrammer. J’écris a Gloria [...], placard lithographique avec Alechinsky (Milan, Giorgio Soavi). En octobre, Dotremont  / Logogrammes à la Galerie Maya à Bruxelles, avec, d’Émile Langui , Les logogrammes d’un cobra nommé Dotremont. En décembre, paraît Typographismes I, « catalogue » pour une « imprimerie imaginaire » de caractères typographiques nouveaux, qui témoignent de l’esprit inventif et de la joyeuseté de Dotremont, occasion que celui-ci saisit cependant pour publier un de ses textes les plus émouvants, Gladys en allée […] (Bruxelles, Éditions).

En 1972, Luc de Heusch tourne à Pluie de roses le film Dotremont-les-logogrammes : D. dans sa chambre, dans son « atelier », au travail. Avec Alechinsky, représente la Belgique au Pavillon belge de la 35e  Biennale de Venise : grand succès. feuille orée de verbe […] (Paris, Atelier Clot éditeur) et brassée sismographique de gouffre [...] (Paris, Maeght Éditeur), togogrammes avec « remarques marginales » d’Alechinsky, Linolog I et Linolog I!, logogrammes avec linogravures d’Alechinsky (Paris, Jacques Putman), Oiseauparadis […], peinture-mots avec Corneille. Publication en fac-similé du cahier les transformes, de Atlan et D., de 1950 (Paris, Yves Rivière), Abrupt etc., portefolio de 24 sérigraphies couleurs de Mogens Balle et D. et exposition à Gallerietà Kalundborg. Expose au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, catalogue avec une préface de Joseph Noiret, Du temps que nous faisions Cobra, ... « First one-man-show in the USA », à la Lefebre Gallery à New York, avec une préface d’Yves Bonnefoy, The Logograms by Christian Dotremont. En 1973, au centre d’art Sophienhoim, à Lyngby (Danemark), exposition collective Dotremontog vennerfra Cobra, avec des textes d’Erik Andreasen et J-Cl. Lambert (Dotremont, Cobra og Logogrammerne). Expositions à Milan, chez Zita Vismara, avec un texte de Maria Giacobbe Harder, Molti anni fa, orma~ a Copenhagen..., et à Rome, au Delta InternationalArt Center. 1 0e voyage en Laponie, r.ogbo~ik accompagné de Radomir: Rovaniemi, lvalo : série de logoneiges / logoglaces; il y apprend, le 5 mai la mort de Jorn : profonde tristesse, mais affirmation de la nécessité du développement de Cobra. Puis Raja-Jooseppi, Karigasniemi, Karasjok, Hammerfest où il s’embarque sur le Nordlys vers Svolvaer et le Sud. Pour l’album de lithographies Cobra 1973, qui en contient une de lui, écrit en guise d’introduction Une rencontre lithographique de vagabonds. Reçoit le seul prix reçu de sa vie, le Prix de la Libre Académie de Belgique. La guerre du Kippour et la crise pétrolière qui en résulte lui font publier un carton-tract rappelant que «L’existence précède l’essence/Jean-Paul Sartre ». Début d’une amitié et collaboration avec un jeune peintre, Michel Mineur. Publie De loin aussi d’ici, poèmes où il chante Copenhague, et sa petite enfance, et Gloria.

 

1974: Première exposition de Cobra ne donnant pas lieu à critiques de la part de Dotremont à l‘Hôtel de Ville de Bruxelles : « Cobra ‘48 ‘51 ‘74». Exposition à la Galerie Maya, avec une préface de Luc Richir, Dotremont manie le langage à coups de pinceau,... Publication du Logbook, chezYves Rivière à Paris. Peintures-mots avec Alechinsky : du feu profond premier qui dort […] et ondes extrêmes / du feu du fond d’une Ande [...]. En 1975, présentation du Logbook à la Galerie Mogens Balle de France, et exposition. Exposition à l’Eco Galleria d’Arte à Finale Ligure. Un match et avant et après, album de lithographies avec Balle (Hjørring, J. Chr. Sørensen) et exposition à la Galerie Grand à Copenhague. Exposition à la Jacques Damase Gallery à Bruxelles avec une préface de Luc de Heusch, Dotremontou l’antiscribe / Introduction anthropologique au logogramme. Publication de Dotremont Logogrammes, monographie de Max Loreau, aux Éditions Georges FaIl, à Paris. En 1976, exposition à la Galerie D.Benadorà Genève. 11e voyage en Laponie, accompagné de Caroline Ghyselen, qui photographie les logoneiges et logoglaces et D. les traçant: Sodankylà, Ivalo, Karasjok, Hammerfest, Trondheim, Svolvaer,

Réalisation, avec Alechinsky, d’une peinture-mot pour une station du métro de Bruxelles : Sept écritures comme une semaine [...],installée depuis 2007 à la station Delta, ainsi que de abrupte fable / d’être d’herbe de verbe de sable de flots[…] Visite de « la plus grande librairie du monde », qui occupe sept maisons villageoises de Hay-on-Wye, dans le pays de Galles, et suscitera la création de villages « du Livre ». Publication de L’ante/ilinguistique dans le n° 7de  Sionna. Et, à Copenhague, de Dotremont og Logogrammerne d’Annemarie Balle. Publication d’un carton reproduisant l’éloge que fait Mark Twain du tabac. D. collabore à la revue qu’a fondée Marc Dachy, Luna-Park, notamment à son numéro Graphies. Exposition à la Galeria Cesarea à Gênes.

1977 : Santé toujours déficiente : troubles respiratoires, hépatite,     goitre. Préface pour Armand d’Emmanuel Bove (Paris, Flammarion). Participation aux expositions collectives Graphies au Musée d’Art moderne (provisoire) de Bruxelles, L’écriture et la notation musicale à la Maison de la Culture de Chalon-sur-Saône, L’Ar tet la Lettre au Musée de Stavelot, expositions personnelles à la Galerie Mark à Zurich, avec un  texte de Max Loreau, Dotremont the logographer, Christian Dotremont / Grammes de log à la GalerieArt actuel à Bruxelles, avec un texte de Pierre Descargues, La poésie totale des logogrammes, et à La dérive à Paris: Un temps lapon d’écritures. Reçoit « une délicieuse lettre sur bois de Joyce Mansour avec lierre. » D. et Bente se revoient, passent ensemble « un temps exceptionnellement heureux » à Snekkersten, non loin d’Elseneur.Y travaille notamment à la composition d’« une sorte de roman poétique», d’un « immense logogramme », dans ma chambre [...], dont les 25 parties feront l’objet chez Ziggu rat àAnvers d’abord, en 1977, d’un album lithographique intitulé Dotremont, et, l’année suivante, d’un volume broché sous le titre de J’écris, donc je crée. D. a l’idée d’un opéra, Elseneur, que Butor, à partir de cette idée et des données fournies par D., créera en 1980 à Radio-France, avec une musique de René Koering. Peintures-mots avec Jacques Calonne. D. écrit pour Armand Simon un texte dont celui-ci dira qu’il est « somptueux comme personne jamais n’en a écrit à son [mon] propos ». À ses « Éditions », D. publie Linguistique réelle 1 a : « Vues générales, langage et pratique, spécificités, interactions. Activité d’écrire, physique, matérielle. Sa créativité plastique. Sa propagation, malgré la propagation des moyens mécaniques ». Écriture noire mêlée de couleurs […], peinture-mots, et autres travaux, avec Appel.

1978 : Participation aux expositions collectives typographies-écritures, à la Maison de la Culture de Rennes, Le Texte à la Question (catalogue préfacé par Gérard Durozoi : À perte de langue. . .) à Calais et Tourcoing, Tecken / ï’ext som Bild-Bild som text / Lettres, signes, écritures à Malmoe, aux multiples expositions qui ont lieu pour les 30 ans de Cobra et expositions personnelles, aux galeries Gilles Gheerbrant à Montréal, avec un texte de Gilles Béraud, Une observation distraite du solde ma cuisine..., Calligrammes à Ottawa, Le Miroir d’Encre à Bruxelles, et à la Galerie de France à Paris, avec un texte d’André Miguel, Le logogramme ne justifie ni ne conforte formellement un signifié... 12e  et dernier voyage en Laponie, avec Anne West: Rovaniemi, Ivato encore, Karasjok encore, Hammerfest et Svolvaer encore ! Logogrammes et logoneiges. Dotremont et ses écrivures / Entretiens sur les logogrammes par Michel Butor et Michel Sicard chez J.-M. Place à Paris. Début d’une correspondance amoureuse avec Collette Vaughan, journaliste irlandaise. Cobra Écriture Peinture, exposition d’écrits de D. dans des peintures, dessins et gravures d’Alechinsky, Appel, Atlan, Balle, Bury, Claus, Corneille, Hultén, Jorn, Reinhoud et Vandercam à la Galerie Détour à Jambes (Namur). Regard balancé, [...], peinture-mots avec Michel Mineur (pour l’album Art made in Belgium). Visite à Pluie de roses de Félix Rozen, peintre (pour qui D. écrira sa dernière « préface » et qui, en 1982, avec le lithographe Peter A. Johansen, publiera chez Borgen à Copenhague un album de photos de D.) et de Georgina Oliver (qui dans Les Nouvelles Littéraires écrira Dotremont et merveilles).

 

1979, la dernière... Ultime voyage au Danemark chez les amis Balle ; peintures-mots. Voyage malheureux en Irlande, à la rencontre, qui n’a pas lieu à cause des grèves qui paralysent te pays, de Colette V. et, face à celles-ci, écrit-trace, dactylographie et publie là-bas la Logbookletter, « en hommage à CN.V [Collette N. Vaughan], en hommage à la langue et à l’écriture et (malgré mon anti-calligraph e) la calligraphie gaëliques». Expositions Christian Dotremont / Newlogograms à la Galerie Lefebre à New York, avec un texte d’Anne West, The Logogram and Dotremont, et Aut(r)ographes, etc., de chez Dotremont à La tache d’encre à Namur. Participe à l’exposition Sous le signe au Cabinet desArts Graphiques à Bruxelles. Sa santé défaille : consultations, hospitalisation à Louvain le 23 juillet, il décline - mais n’oublie pas, le 15 août, la fête de sa maman, à qui il téléphone. Le 16, demande à être transféré à Buizingen au sanatorium Rose de la Reine; conformément à son souhait, l’ambulance passe par Tervuren, par Pluie de roses, qu’il veut revoir une dernière fois, ainsi que MIle Nicole. Il ne demande pas à être monté dans sa chambre, seulement de sortir un moment, couché sur la civière. Personne ne parle. Puis, l’ambulance reprend sa route vers Buizingen où le Dr Hennebert et Alice, l’infirmière amie, l’accueillent avec amitié, avec bonté, l’installent dans une petite chambre, lui prodiguent d’ultimes soins. De sa part, attentions pour les autres, derniers sourires, paroles, gestes. Le 20 août, 16 h. 15, en présence de son frère Guy et de son neveu Patrick, de Pierre et Micky Alechinsky, de Joseph et Irène Noiret, son cœur s’arrête de battre.

L’inhumation eut lieu dans la plus grande simplicité et dans une stricte intimité familiale trois jours après dans le petit cimetière de Maredret, là où reposaient déjà de nombreux membres de ta famille maternelle du poète et là où sa maman, à ses côtés, fut mise en terre sept ans plus tard. La radio, la télévision, les journaux, de France, des Pays-Bas, du Danemark aussi, annoncèrent le décès de Dotremont.

Mais Christian Dotremont et ce qu’il a créé continuent à illuminer l’existence de tant et tant.