Biographie

Formation :
1961-1966. Académie royale des Beaux-Arts de Liège.

1962-64
Fait des recherches dans les matériaux de synthèse

1965 
(  /  -  /  ) Liège, Galerie "Le Croissant d'Or" [Sans titre].
 

1967-1981.
Professeur d'études des formes à l'Institut supérieur d'Architecture de la Ville de Liège

 

1968
(  /  -  /  ) Bruxelles, Maison des jeunes de Woluwé. [Sans titre].

1969
(29/03-16/04) Liège, Apiaw. Jeunes de Wallonie.
(  /  -  /  ) Péruwelz, Centre Culturel.  Sculpture contemporaine
(07/06-22/07) Namur, Bourse de commerce: Mouvement réaliste belge,
(26/07-10/08) Ferrière, Restaurant La Bécasse: Reflet de la peinture liégeoise.
(27/09-19/10) Anthisnes, Avouerie. Peintres liégeois avec la participation du Groupe Tarmac
(novembre) Seraing, Centre Culturel; Mouvement réaliste
(16/11-26/11) Liège, Apiaw. Le Vélo
(  /  -  /  ) Tournai. Sigma 13: Art relationnel en Belgique,

1970
(16/01-04/02) Bruxelles, Galerie Zodiaque. Groupe Tarmac.
(  /  -  /  ) Annevoie, Jardins d'Annevoie. Sculptures d'aujourd'hui.
(  /  -  /  ) Frameries,                                   . Sculpture contemporaine.

1971
(  /  -  /  ) Spa,                                          . Sculpture contemporaine
(19/11-12/12) Charleroi, Palais des Beaux-Arts. Cinquantenaire du Cercle Artistique et littéraire de Charleroi 1921-1971 et exposition Tendances... l'art jeune en Belgique.
(17/07-18/07) Ferrière, Restaurant La Bécasse: Grande fête des Arts.

1973

(  /  -  /  ) Liège, l'Institut Supérieur d'Architecture de la Ville de Liège./ I.S.A.L. Peintres et sculpteurs
 

1974
Livre (éd. Institut supérieure d'architecture de la ville de Liège) présentant 3 travaux réalisés avec les étudiants de l'Institut supérieure d'architecture de Liège:
(  /  -  /  ) Liège, I.S.A.L. Une caisse et un son.
* PREMIERE EXPOSITION PERSONNELLE
(  /  -  /  ) Anvers, Middelheim. Biennale de la sculpture

1976
(  /  -  /  ) Nivelles                             . Sculpteurs belges d'aujourd'hui

1976-2004.
Professeur de dessin à l'Académie de Liège

1977
(27/01-15/02) Liège / Roture, Galerie du premier étage. Expositions de dessins
(29/09-30/10) Musée d’Art Wallon. Première quadriennale des jeunes artistes liégeois.

1978
(12/05-18/06) Bruxelles, Palais des beaux-Arts. Livres d’artistes.
(02/07-15/10) Venise, Biennale de Venise. Natures de l'espace, Pavillon belge (Communauté française de Belgique; commissaire: Catherine De Croës)
* Henri Pousseur, Gary Bigot, Michel Boulanger.

1979
 (06/01-04/02) Liège. Salle Saint-Georges. L’A.
(  /  -  /  ) Namur, Maison de la Culture.

1980

(  /  -  /  ) Liège, Musée en plein air de l'Université du Sart-Tilman: Exercice avec les étudiants de l'I.S.A.L.
(27/09-02/11) Liège, Musée d'art moderne: Quelques artistes liégeois
(  /  ) Liège, Emission "Vidéographie", R.T.B.F.: Exercice / Trace.
(24/11-30/11) Liège, Palais des Congrès: Festival du Futur

1981 
(15/05-15/06) Bruxelles, Flageygebouw. Trans Art Express BRU '81.

1982 
(15/01-07/02) Gand, Galerie Richard Foncke. [Sans titre]
(  /  -  /  ) Burdinne, château, Galerie Richard Foncke.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Sint Lukasgalerij. [Sans titre]

1984
(30/03-18/04) Le Lieu en projet (Lg, Galerie L'A)
 (29/04-27/05) Treize interventions dans le lieu, Liège, Ancien Cirque d'Hiver
(12/05-09/06) Liège,                Nord / Investigations.
(16/08-01/07)Flémalle, Centre wallon d'art contemporain / La Châtaigneraie Tendances et projets.
(05/10-05/11) Liège, Espace 251 Nord ; (31/3-21/04) Maastricht, Kruisherencomplex aan de Kommel. Le Musée du Voyage

1985
(11/05-01/06) Liège, Galerie L'A: Autoportraits (affiches, dessins, écritures, gravures, peintures, photographies, livres)
(18/09-05/11) Liège, Sous-sol de la Place Saint-Lambert. Place Saint-Lambert / Investigations.(Org.: Espace 251 Nord)

1986.
(01/04-20/04) Rome / IT, Sala Uno : Boulanger Michel, Droste Monica, François Michel, Janssens Ann Veronica, Kandilaptis Babis.
(10/06-28/06) Bruxelles, Atelier Sainte Anne Intuition & mémoire.
(22/06, expo. d'un jour) Kalken, Estaminet den Bouw. [Sans titre].
(26/06-03/08) Venise, Casa Frollo (Espace 251 Nord), Portrait de scène à l'île aux Phoques. Manifestation OFF de la Biennale de Venise
(28/06-31/08) Liège, Musée Saint-Georges / Amnesty International (A.P.I.A.W.): Pour la liberté
(  /  -  /  ) Anvers, galerie Montevideo. [Sans titre]
(  /  -  /  ) Bruxelles, Galerie Christine et Isy Brachot: Les matériaux signifiés
(25/10-16/11) Gand, Richard Foncke Gallery. Boulanger Michel, Van Severen Dan.
(19/10-17/11) Liège. Portraits de scène de l'île aux phoques (Reprise, prolongation, transformation de l’exposition de Venise).
(28/11-11/01/87) Aix-la-Chapelle / DE, Galerie Monochrom. Euregionale 1.

1987
(02/04-03/05) Rome, Galerie E. Oddi Baglioni (Espace 251 Nord), Maison d'Ingres.
(12/02-06/03) Bruxelles Sint Lukasgalerij. Omtrent tekenkunst. - Hedendaagse Tekenvormen’

1988
(21/09-26/10) Paris-Montrouge / FR, Centre Culturel et Artistique. Salon (33e ). Un Panorama de l’art contemporain belge.

1989
(11/02-12/03) Kolekcja Profesora Gimnastyki.
 (  /  -  /  ) Tournai, Maison de la Culture. L’œil au bout des doigts. 100 dessins des collections de la Communauté française et de l'Etat belge accompagnés des œuvres de 15 leunes dessinateurs.

1992
(29/03-02/05) Liège, Galerie L'A / rue des Anglais: Michel Boulanger, Sculpture et dessins (édition d'un multiple à 70 ex.) + (19/03-02/05) Art d'Afrique, Asie, Océanie, collection privée
(24/10-28/11) Alost, Galerie S 65. Boulanger Michel

1993
(11/09-17/10 ; prolongation jusqu’au 7 novembre) Bruxelles, anciens établissements Old England. Le Jardin de la vierge.

1994
(05/05-04/06) Alost, Galerij S 65.Tekenwijzen.

1995.
(avril-mai) Liège, Espace 251 Nord. Angeli Marc, Boulanger Michel.
(  /  -  /  ) Alost, Galerie S 65: Tekeningen sculpturen in brons.

1996.
(14/04-28/04) Marchin, Foyer culturel. Une collection  [coll. Herbecq]

1997.
(25/10-31/12) Namur, Maison de la Culture. Images du corps.

2000.
(11/11-23/12) Flémalle, Centre wallon d’art contemporain : Libres échanges. Une histoire des avant-gardes au pays de Liège de 1939 à 1980.

2001
(22/02-31/03) Liège, Musée d’Art Wallon / Salle Saint-Georges : La peinture contemporaine à Liège.
(  /  -  /  ) Stavelot, Galerie Le Triangle bleu.

2002
(04/10-15/12 ; accrochage évolutif ; prolongation jusqu’au 5 janvier 2003) Liège, Espace 251 Nord : Le colloque des chiens. Off Collection, Biennale di Venezia, 1986, 2002. Focus sur les différentes participations off de Venise depuis 1986.

2004
(  /  -  /  ) Paris / FR, Galerie Bernard Bouche. Boulanger Michel.

2005
(22/09-29/10) Liège, Galerie L’Ombra. Angeli Marc, Boulanger Michel, Flausch Fernand, Fourneau Daniel, Lizène Jacques, Petry Pierre.

2006
(  /  -  /  ) Bruxelles, Librairie Vasco & Co. Boulanger Michel.

2007
(31/10-06/01/08) Stavelot, Galerie Le Triangle bleu. Hommage à Luc Claus.

2008.
(12/02-22/02) Paris / F, Galerie Bernard Bouche. Boulanger Michel.

2009
(  /  -  /  ) Stavelot, Galerie Le Triangle Bleu [Sans titre].

2010-2012.
(  /  -  /  ) Bruxelles, Cabinet of Curiosities from Belgium for Europe.

2013
(05/05-28/07) Stavelot, Galerie Le Triangle Bleu. Boulanger Michel.
(juin) Le projet OFF, "Le retour de l'enfui" proposée par l'Espace 251 Nord et dans lequel était repris Michel Boulanger, est refusé par la Communauté française quelques jours avant la prise de décision définitive.

2015
(27/03-27/06) Liège Espace 251 Nord. Les Mains libres.
(11/09-13/09) Bruxelles, Terarken Rooms (Rue Ravenstein 23). Art on Paper.

2017.
(15/10-12/11) Marchin, Centre culturel. J’avais 15 ans.
(10/11-15/12) Flémalle, Centre wallon d’at contemporain / CWAC – La Châtaigneraie. Carte blanche à Françoise Safin.
(24/11-24/02/18) Liège, Espace 251 Nord. Résurgences.

2018.
(18/04-07/05) Liège, Place des Déportés,1-3-5 Collection de Jean-Marie Rikkers et Catharina Helsmoortel.

2019.
(12/01-27/01)Rixensart, Chez Baidouin Oosterlynck. Choix dans sa collection.
(03/02-24/02) Marchin, Centre culturel. Boulanger Michel. Encres – Crayons.

 

 

 

Evenements / Expositions

Bibliographie texte et PDF

  • Texte de l'artiste, Interviews

    • in catalogue Sculpture contemporaine. Péruwelz, Centre Culturel / Parc Petit, 1969.
      in catalogue. Sculptures en plein air. Namur, Square Léopold (09/05-28/05/1972)

      De la représentation d’une tête à un espace cerné d’éléments plastiques ceux-ci ne sont que le support aux rythmes et aux pulsions internes.
      L’essentiel, étant le langage émotif.
      Les rapports existants entre les formes et les couleurs et les espaces sont l’outil pour faire naître ce langage émotif : du rapport entre un tête et un élément abstrait, s’emparer d’un espace en le cernant de signes et d’empreintes, tenter de lui donner présence (une aura), jusqu’à se mouvoir dans ces éléments, créer des zones d’aire, des espaces sensibles.

       

      - A partir d’un entretien. Michel Boulanger / Marc Renwart le 8 décembre 2007 IN Catalogue Galerie Bernard Bouche. Paris, 12/01-22/02.

      Fable sur la vérité du sentir ou sur le sentir vrai.
      Une affaire d’esthétique donc si l’on considère ce terme formé sur le grec αiσθητικός, « qui a la faculté de sentir et / ou de comprendre; qui peut être perçu par les sens » (cf. αiσθάνομαι « percevoir par les sens, par l'intelligence »).

      Deux expériences structurantes, constitutives, symptomatiques…, à la fois singulières et universelles.
      - La première : l’élaboration de l’inconscience se génère dans la souffrance et restera l’obstacle à toute sérénité.
      Il y eut une expérience avant la conscience d’une souffrance extrême dont il ne faudrait pas parler, par pudeur, pour ne pas tomber dans le pathos [et cependant information indispensable à la compréhension du parcours]. C’était en ’44, je suis né « dans la difficulté »… C’était la guerre, ma mère se réfugiait dans la cave dans la crainte des V1 ou V2, je ne sais plus,… mon père était prisonnier des Allemands… Trois jours après ma naissance, en ce fameux hiver 44, où il fit si froid, ma grand-mère me met une brique entouré de papier gris dans le berceau… J’urine et le contact de l’urine avec la brique provoque une vapeur qui me brûle le pied droit au 3e degré. J’ai toujours le talon comme de l’os (…). J’aurai voulu comprendre les causes de cette anxiété, de cette angoisse originelle, intra-utérine sans y parvenir… Le monde de l’obscurité. Le corps en danger. La violence du subi comme obstacle…

      Emblématique de ce propos, une œuvre, « La caisse », réalisée entre 1971 et 1973 et exposée au Pavillon belge à la Biennale de Venise en 1978.
      … On peut en faire des lectures différentes mais c’est quand même un lieu de préservation. Au départ, j’y voulais mettre une tête,… une tête pas plus grosse qu’une orange…, ma tête. Et j’ai déterminé un espace qui fut un cube. Je ne voulais pas faire un cube mais le résultat fut cube. La tête avait disparu et il n’y avait plus que le périmètre. …Complètement blindé. J’ai alors l’impression de revivre quelque chose.

      - La seconde : apparition de la conscience, éveil, immédiateté dans la compréhension des choses.
      Mais un peu plus tard, il est une autre expérience alors… une expérience totalement contraire… Si on peut se permettre, je ne sais pas ce que c’est que le satori, mais peut-être l’ai-je vécu cette fois-là. Alors que j’ai deux ou trois ans, ma mère me trempe dans une bassine d’eau, un soir d’été. Le soleil est rouge, les oiseaux viennent de finir de chanter, mon père brûle des branches et de l’herbe dans le jardin. Le moindre caillou, le moindre bois d’allumette, le moindre élément est à sa place. Tout est dans un ordre inouï. Tu fais un avec les choses. Tu es rayonnement, lumière dans la lumière.
      La plénitude du perçu comme indicateur…

      Ces deux expériences, identiques et contradictoires, auraient pu mener à l’autisme, s’il n’y eut la création.

      « Arriver au jardin d’Eden que le doigt de Cézanne m’indique… ».
      Quand je me retrouve à l’école technique - pour acquérir le diplôme d’ajusteur-tourneur - j’avais un cours d’art plastique,… une heure par semaine. Et là, oh miracle, je vais y rencontrer Cézanne. Un jour, le professeur ouvre un livre d’art et montre une reproduction à la classe. C’est une des dernières Montagne Ste Victoire de Cézanne. Je retrouve, immédiatement, intensément, cette sensation, cette vibration, cette plénitude de l’expérience de la bassine. Je retrouve une équivalence de cette conscience de l’être au monde éprouvée à l’orée de ma conscience.
      Bref, j’ai vu Cézanne… Et ne peux plus faire que « cela ».
      Je dessinais à tous les cours. J’avais acquis un petit livre sur Cézanne et copiais une branche par ci, un rocher par là.
      Je fus finalement compris par mes professeurs qui me laissaient faire. Jusqu’au moment où un professeur de mathématiques me réprimanda : « Boulanger, cela ne va pas… Vous n’êtes pas à votre place. Vous devriez faire l’académie, vous devez dessiner ».

      A la demande de mon père, tailleur de pierre, j’acquis tout de même mon diplôme puis vers 16 ans, m’inscrivit, au grand dam de ma mère, à l’Académie.
      A côté de ces expériences du sentir, l’enseignement m’apparut quelque peu stupide,… dans la morale. Moi, je voulais revivre l’expérience de la « révélation » et butais constamment sur quelque chose qui fait que ce que je réalise n’est pas spécialement drôle. …J’ai toujours cherché la lumière, je n’ai jamais quitté mon ombre.
      Quand je vois le rayonnement des œuvres de Cézanne…, pourquoi une petite aquarelle, la représentation d’une pomme me remue comme cela ?. C’est difficile à expliquer… même aux gens que j’aime. C’est une espèce d’osmose avec la personne et l’œuvre. C’est presque une expérience …[mystique].
      …Il faut se méfier des mots.
      Ce modeste et grandiose Paul Cézanne. A pleurer de bonheur.  Qu’est-ce qu’il a fait cet homme ? Avec si peu de dons au départ, c’est lui qui nous a ouvert le jardin d’Eden.

      Mon être.
      Ainsi on ne choisit pas on est choisi. Si j’avais pu choisir, j’aurais échappé à mon « moi-même ». Mais j’ai, d’emblée, eu à m’affronter de face, je n’ai jamais cherché une forme d’idéalisme. Je me suis toujours perçu dans la vérité du sentir même si quelque fois cela peut sentir mauvais.
      Avec toute la force qui m’est donnée, respirer.
      Revenir à la lumière.

      Sur le chemin, des influences… multiples et presque rien : la préhistoire, les vieux byzantins, Mathias Grünewald, Malevitch, Picasso comme sculpteur, Giacometti et Morandi, Barnett Newman, Ad Reinhardt, le grand Richard Serra… et la rencontre avec Dan Van Severen.
      Anselmo, Penone, Zorio… au départ, l’art povera m’a puissamment intéressé. Mais le développement de leur travail ne m’a pas laissé la même impression. Il me semblait qu’ils quittaient la réalité de l’expérience.

      Je voudrais cependant insister sur ce qui fut pour moi, une très grande découverte. En 1966, pendant mon service militaire en Allemagne, la visite d’une galerie, de la graisse dans un angle de la pièce… Josef Beuys. Je suis happé, émotionnellement saisi, intérieurement remué. Il se manifeste, à mes yeux, comme une sorte de romantique allemand et exerce la sculpture comme personne. Certains utilisent le bronze, d’autres le plâtre, la pierre, le bois mais lui utilise les matériaux comme force de vie ou de mort : feutre, graisse, cuivre sont là pour véhiculer du fondamental dans notre inconscient. Au niveau émotionnel, il met en relation des choses comme jamais un autre plasticien n’avait fait. Et de cela, je lui suis redevable.

      Je suis un passeur, traversé par quelque chose qui n’est pas moi. Toute mon œuvre est un travail sur moi alors même que le moi n’existe peut-être pas. Ce moi qui se prend pour une entité. Je n’est rien, seul compte le principe.

      La personnalité doit s’effacer. Dans la mesure du possible, évacuer toutes les règles. Il n’est plus de but connu. C’est une autre voix qui exprime. Cela ne relève pas de la conscience. Dégagé du soi-même. L’atelier est dans la tête. Quelqu’un frappe et dit : par toi, par là et je n’ai d’autre grandeur que la disponibilité à laisser passer. Laisser place à ce qui, au meilleur moment, se concrétise à travers moi. Les choses ne se décident pas, seule la nécessité doit se manifester.

      Cela vient d’avant la préhistoire, alors que nous-mêmes ne sommes qu’éphémères, c’est cela qui est effrayant.

      Mon faire.
      On devrait, peut-être, parler de quelque chose de plus concret. Le modèle par exemple. Sur deux heures de pose, il y a deux, trois tentatives… Un dessin, c’est une question de seconde… C’est beaucoup 20 secondes. Et puis il faut l’intérioriser.
      Un diptyque ou un « pas », il faut des années pour l’accepter. Un triptyque est une liaison entre trois papiers que je n’avais pas cherchée. Je fais une figurine, la dépose quelque part et ce n’est que des années après qu’elle va trouver son sens. Les bâtons, les cannes s’accumulent au fil du temps dans l’angle de l’atelier et soudainement, c’est là.
      Le travail, c’est comme une coupe dans un processus, … une coupe d’anatomiste. Il y a un mouvement, une trajectoire et subitement une évidence de perception.
      Pour moi les choses sont des structures vivantes. Mes dessins ne sont pas des images de corps mais des regards sur le corps. Et si je fais une figure géométrique, ce n’est pas non plus de l’abstraction.

      La création, une souffrance en-deçà de l’inconscience, une lumière au-delà de la conscience.

      Je ne pense pas être totalement étranger à moi-même.

      L’expérience est centrale.

      La variante m’est interdite.

      Un senti fort qui n’a plus rien à voir avec les contingences.

      « En art, moins c’est plus » (Ad Reinhardt) et, dit Michaux : « même si c’est vrai, c’est faux ».

      Faussement minimaliste donc… 15 ans de méditation pour Le Pas, 6 à 12 ans pour L’Os.

      Ce qui est parfaitement défini est parfaitement anéanti.

      L’acte artistique se déroule dans une sphère encore ignorée.

      Je ne crois pas au hasard.

      Une œuvre ce n’est jamais que le doigt qui montre la lune, pas la lune.

      Ce qui est dit est une chose, la manière dont cela est dit est capitale.

      J’aimerais devenir classique.

       

      - Propos recueillis d'après le travail sonore de Marie Zolamian en décembre 2018, à l'occasion de l'exposition de MichelBoulanger Encres et crayons au Centre culturel de Marchin du 3 au 24 février 2019.

      Alors...

      C'est-à-dire qu'on travaille toujours.
      Travailler ce n'est pas s'agiter.
      Gommer et recommencer.
      D'ailleurs la gomme, je n'utilise pas la gomme, c'est interdit.

      Ce sont les amis bouddhistes qui disent
      « Ce qui est trace ne peut être effacé. »

      Deux pas en avant, tu fais deux pas en arrière, trop tard, tu as fait deux pas en avant.
      Je ne me regarde pas.
      C'est comme si un cycliste,
      Dans une course, s’arrêtait pour se regarder.
      On ne peut pas agir, et être celui qui s’observe.

      Il y a le papier,
      l’encre,
      et le pinceau.
      Ce sont les trois choses.
      Plus celui qui agit.

      Donc
      la plupart des choses que je montre
      c'est de la peinture.
      Monochrome
      Noir et blanc
      Rouge et blanc.
      Je n'ai pas besoin d'autre couleur

      Je montrerai,
      Quelques crayons.

      Des crayons sur du papier
      Ça ce ne sont pas des peintures, ce sont des dessins.
      J'ai dit quelques crayons par rapport à beaucoup de peintures
      Donc encres et dessins

      Encres.
      Je ne vais pas mettre peintures parce qu'ici on croit que c'est des bazars sur une toile tendue sur un châssis
      Bon
      Encres et crayons

      Ne montrer que des encres et des crayons
      Simples
      C'est-à-dire pas de diptyque,
      Pas de triptyque,

      Et encore moins de sculpture.
      Pas de diptyque pas de triptyque.
      Des choses qui sont faites dans |'instantané.
      Sauf les crayons.
      Un crayon prend beaucoup plus de temps.
      Mais ne doit être fait quand même que dans une seule séance.

      C'est-à-dire,
      Au maximum deux heures, deux heures et demie.
      Un crayon.
      Sans jamais de coup de gomme !
      C'est interdit !

      On sait même pas ce que ça veut dire réussi ou raté
      Mais la, le raté,
      On fait avec.

      À l'Académie
      Si un étudiant me disait
      « J'ai fini »
      Je dis mais
      C'est pas possible !
      Ça ne va pas dans la tête '? !
      Il est impossible de finir quoi que ce soit !
      On ne peut qu'abandonner !

      Mais alors c'est quoi ?
      Ces encres
      Seules.
      C’est l’équivalent d’une allumette
      Que l'on allume
      C'est pas plus.

      C'est quand même...
      C'est un démarrage.
      C'est un démarrage qui peut donner,
      qui peut déclencher un diptyque, un triptyque ou une sculpture.
      C’est simplement l'allumette qui met le feu, peut-être, à autre chose.
      C'est pour cela que les diptyques, triptyques et sculptures,
      il y en a beaucoup moins
      Et il faut parfois des semaines, des mois et même des années, pour accepter, une sculpture.
      Par exemple ce qui s'appelle
      « Un pas »
      Ça a duré,
      Ça a traîné là quinze ans
      Un morceau de bois
      sur lequel il y avait comme une espèce de cale
      Et c'était dans l'atelier
      Et je regardais
      Ah bon
      Ça pourrait tenir
      Mais
      Quinze ans !
      Ah ça tient !
      Ah oui, ça peut tenir
      Peut-être oui
      Ah ça tient
      Il va falloir, bon
      faire,

      l'équivalent d'une cale en bois
      donc en fer massif sur un bloc de plâtre.
      Le dur sur le tendre.

      Donc un diptyque, un triptyque ou bien les bâtons
      J'appelle « Passages »au pluriel.
      Ils sont l'équivalent de prothèses humaines
      Comme les chaussures,
      Les bois se déposaient l'un après l'autre, comme ça
      par pur hasard
      dans l'angle de l'atelier
      il y en avait deux qui étaient couches
      puis je regardais tout cela,
      je mets une encre beaucoup plus haut,
      à côté des bâtons
      mais je dis
      c'est fait, sans ma volonté, tu vois.

      À propos de volonté,
      la volonté n'intervient pas du tout.
      Je VEUX ceci,
      Je VEUX cela,
      Je vais faire ceci...
      Non.
      J'attends
      Sans me dire
      Tiens est-ce que je pourrais taire...
      J'attends
      J'attends
      Que quelque chose peut peut-être se déclencher, tu vois

      Disons que
      Si je peux me permettre
      C'est le contraire de la volonté
      C'est l'attente
      Disons c'est...
      Euh...
      C'est plutôt féminin
      C'est plutôt ce que je peux être
      Parce que je suis aussi
      C'est dans cette situation
      D'attente
      De réception
      De réceptivité
      Je ne veux pas
      J'attends.

      Oui
      Mais évidemment il faut être dans un état si tu veux
      il faut être prêt à recevoir
      donc il faut être dans un état
      d’ouverture
      tu ne choisis pas
      tu te laisses choisir
      c'est la chose qui t'appelle à faire
      va par là.

      La caisse
      entre 71 et 73
      ça a duré deux ans
      Faut pas deux ans pour faire une caisse !
      Ça pouvait être fait
      si on n'est pas paresseux,
      en une dizaine de jours,
      au niveau matériel.
      Mais ce n'est pas ça.

      J'étais conduit
      « C'est par là, c'est par là »
      J'exécutais.
      C'est-à-dire que j'étais dans un état de réceptivité,
      et je ne pouvais plus que
      acter

      Ce n'est pas moi qui l'ai dit
      C'est Henri Maldiney,
      philosophe, français, je crois du sud, je crois qu'il est mort
      il s'approchait beaucoup de l'œuvre du grand Cézanne
      et, il a tout simplement dit
      «L'art c'est la vérité du, sentir »

      C'est le résultat de la vérité du sentir
      qui prend le pas
      sur la raison raisonnante
      tu vois ?

      Il faut
      ne pas avoir d'idées préconçues,
      même si d'un travail à l'autre,
      il y a une relation.

      C'est quoi être devant un modèle ?

      À propos du beau.
      C'est quoi le beau, etc.
      À chaque époque le beau, ça change. Non ?
      C'est quoi le beau ?
      Joseph Beuys l'a dit.
      Il a synthétisé.
      « Le beau ? C'est l'éclat du vrai. »

      Les aveugles, disent,
      mais ça, ça veut dire quoi ?
      C'est comme si on était devant un chêne...
      ça nous fait quelque chose un arbre
      mais le borgne va dire
      comment ça s'appelle ? c'est quoi ?
      Un chêne.
      Il est content parce qu'on lui définit ce que c'est.
      « Ce qui est parfaitement défini est parfaitement anéanti » (Zen)

      Ceux qui font des visites des musées,
      avec un groupe, avec ce petit drapeau là,
      qui expliquent aux gens,
      ce qu'ils sont en train de regarder
      mais c'est insensé !
      En plus ça passe par des anecdotes à cinq francs,
      on s'y retrouve plus,
      ça ne veut plus rien dire
      la bête est tuée.

      Si tu expliques qu'un lapin,
      est fait de deux oreilles,
      d'autant de côtes,
      il a une queue,
      mais c'est la catastrophe !
      Le lapin ne court plus l
      C'est quoi un lapin ?
      C'est sa course, d'abord.
      Et pas son nombre de côtes, et ses deux oreilles, tu vois ?
      On tue,
      le vrai,
      le vivant,
      en le découpant.

      À l'Académie, je faisais aussi bien dessiner des hommes que des femmes,
      je n'imagine pas que je puisse maintenant être devant un homme nu.
      Je tombe sur un bloc,
      qui est dur.
      Donc je n'ai que des modèles,
      féminins.

      Ça n'a pas la dimension sensuelle,
      oui et non.
      Ça n'a pas de dimension,
      de voyeurisme.
      Ça n'a pas de dimension,
      du désir,
      oui et non.
      Ce n'est pas sexuel,
      c'est,
      la différence de l'autre.
      Je suis quand même un pourcentage masculin,
      un pourcentage féminin,
      la dame qui pose pour moi aussi,
      elle est surtout féminine,
      avec une petite dimension masculine...

      Je me mets dans l'état de ne pas savoir,
      et j'essaie de me mettre dans l'état zéro,
      et me mettre dans l'état,
      d'être devant quelque chose
      que je ne sais pas.
      Qu'est-ce qui se manifeste devant moi ?

      Donc je vais agir, pinceau, papier, encre.
      Comme si quelque chose devant moi,
      n'était pas encore écrit.
      Malheureusement,
      ça se répète.
      Encore que deux encres ne sont jamais les mêmes

      C'est pour cela,
      le modèle arrive à dix heures moins le quart,
      on papote un quart d'heure,
      puis elle va poser,
      entre dix heures et midi,
      mais en réalité,
      elle va poser au maximum,
      trois minutes sur les deux heures.

      Qu’est-ce qui se passe ?

      Elle est à une certaine distance de moi,
      Elle attend, assise,
      Peignoir,
      Et moi, je suis,
      assis,
      sur ma chaise,
      tournante, la,
      et je regarde dans l'autre direction
      plutôt vers la cour.

      Et j'attends.
      Je ne pense
      à rien
      j'essaie de me vider
      comme on vide une bouteille de vin
      mais je ne bois pas de vin en actant
      De faire le vide

      j'attends...
      Je ne regarde pas
      je regarde dans une autre direction,
      vers la cour
      alors que elle,
      elle est là.
      Je regarde par-là,
      elle, elle est là.

      À un moment donné je me lève,
      je lui dis
      Marta,
      vas-y,
      mets-toi comme tu veux
      non
      bouge
      arrête
      le pinceau,
      l'encre.
      Ça, dure,
      parfois,
      moins de dix secondes,
      plus de dix secondes.
      Il y aura trois tentatives,
      quatre maximum,
      sur les deux heures.
      Tu ajoutes les secondes, les secondes et les secondes,
      ça ne fait même pas une minute de pose sur deux heures
      Le résultat ça passe ou ça casse.
      Ça casse plus souvent que ça ne passe.
      Et ça c'est une question de disponibilité.
      Le jour j'ai été dormir trop tard,
      ou bien j'ai bu un peu trop d’excellent vin,
      le lendemain je suis moins disponible.
      Ça je le sens,
      si ça peut passer ou pas
      on le sent.

      Donc entre deux tentatives il y a un énorme vide.
      Qui est im-por-tant.
      C'est très important.
      Cette espèce de non agir.
      C’est très im-por-tant.
      Les vides.
      Le vide sur le papier,
      c'est très important.
      Pour te voir,
      il faut un espace,
      il faut du vide.
      C'est enfoncer des portes ouvertes ce que je dis.

      Regarde un peu nos cimetières.
      La catastrophe.
      C'est monstrueux.
      Cette démonstration,
      de l'avoir,
      tu vas au Danemark,
      c'est des petites pelouses,
      une toute petite pierre, à une tombe,
      mais ici,
      c'est le festival,
      c'est du délire,
      c'est un peu le délire de Gaudi pour sa Sagrada Familia,
      c'est un délire,
      c'est horrible quand on est tout près.
      c'est le contraire de Jésus, parce que c'est lui tourner le dos.
      Ce sont les signes de la, chute.

      Ce qui se passe,
      c'est que j'ai vraiment...
      la fameuse allumette- là
      qui pourrait m'emmener à quelque chose d'autre,
      Je dois avoir un démarreur.
      Alors, le démarreur, j'allume, le moteur tourne.
      Mais je n'ai pas encore fait un trajet.
      Le trajet, c'est peut-être un diptyque, un triptyque ou une sculpture.
      Ok ?

      Les petites statuettes faites rapidement,
      c'est une excroissance des encres.

      Le dessin,
      c'est CENTRAL
      Il faut que l'esprit se manifeste par la présence du corps.
      Je ne dis pas un corps physique, simplement
      un corps...
      il faut que,
      ça se cristallise en passant par quelque chose de plastique.
      Pas des idées, des théories, etc.
      Un fait physique.
      L’esprit et le physique sont deux choses unifiées.
      Qui ne font qu'un.
      Il n'y pas l'esprit d'un côté et le corps de l'autre.
      Ça ne fait qu’un.

       

      - Dans le texte de présentation de l'exposition au Centre culturel de Marchin, février 2019.

      « Mes dessins ne sont pas des images de corps mais des regards sur le corps. Et si je fais une figure géométrique, ce n’est pas non plus de l’abstraction. »

      « Je suis un passeur, traversé par quelque chose qui n’est pas moi. Toute mon œuvre est un travail sur moi alors même que le moi n’existe peut-être pas. Ce moi qui se prend pour une entité. Je n’est rien, seul compte le principe. »

      « Une œuvre ce n’est jamais que le doigt qui montre la lune, pas la lune. »

      « Quand je vois le rayonnement des œuvres de Cézanne…, pourquoi une petite aquarelle, la représentation d’une pomme me remue comme cela ? (...) C’est une espèce d’osmose entre la personne et l’œuvre. (…) Ce modeste et grandiose Paul Cézanne. A pleurer de bonheur. Qu’est-ce qu’il a fait cet homme ? Avec si peu de dons au départ, c’est lui qui nous a ouvert le jardin d’Eden. »

      « La plus belle citation est de Robert Filliou : L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »

       

       

  • Texte de présentation

    • Philippe Minguet, Art à Liège en 1980 in Bulletin d'informations d'IBM, 3e trimestre 1980.
      "Comme Wuidar, Michel Boulanger est un ascète, mais plus dominicain que cistercien. Il a fait vœu de pauvreté et il a la vocation d'un prêcheur. Son appartement n'est pas baroque, me dit‑on. Ça ne m'étonne pas. Incisif, inquiet, intelligent, d'une véhémence contenue, Boulanger pense qu'un artiste ne doit pas se compromettre. Son exigence le conduirait sans doute à rejoindre le petit nombre de ceux qui, au moins depuis Rimbaud, ont décidé à un certain moment qu'il fallait renoncer à l'art, chose somme toute futile.

      Je n'oublierai jamais l'étrange apparition du grand travail de Boulanger dans une éphémère galerie de la rue des Croisiers. Avec Une caisse et un son, on avait l'impression soudainement que ce morne quartier de Liège était un coin de New York ou de Milan. De cette oeuvre monumentale, un cube de 220 cm, élaborée en 1971-1972, exposée en des lieux divers, dont la Biennale de Venise en 1978, je ne dirai rien ici, préférant donner la place qu'elle mérite à une toute récente activité de Boulanger pédagogue.
      Depuis presque dix ans, toutes ses oeuvres se sont inscrites sous le signe de l'éphémère, soit que telle pièce, la Caisse par exemple, change de nature selon le lieu qui l'accueille, soit que l'oeuvre conçue pour un espace bien déterminé en modifie provisoirement la résonance. Attentif aux énergies du matériau, Boulanger est hanté, comme quelques artistes de cette fin de siècle, par le thème de la dégradation. Il lui est arrivé de mettre en forme des matières périssables. Il voudrait sculpter dans la boue. Mais c'est avec 40 de petit granit sous forme de blocs dont le poids à l'unité n'excédait pas 30 kg que ses étudiants de l'Institut supérieur d'architecture de la ville de Liège ont été invités par lui à un exercice collectif qui s'est déroulé en cinq phases, du 14 au 18 avril dernier, sur un terrain de 300 m. de longueur, une sorte d'avenue forestière d'une largeur de 10 à 25 m, quelque part dans le domaine universitaire du Sart Tilman.  d'études des formes, que dirige Michel Boulanger, s'était proposé, avec 33 étudiants de deuxième année, diverses mises en situation de la totalité du matériau. A l'intérieur d'un schéma donné, chaque réalisateur pouvait agir de manière autonome, manipulant une certaine quantité de pierre et appréhendant un fragment du lieu (je cite quasi textuellement le programme). Le document reproduit est suffisamment évocateur de la portée réelle de cet exercice. Les aspects formels, tels que les fige la photographie comme une coupe dans un processus continu, importaient moins que l'action des 33 constructions simultanées par 33 corps arpentant un espace. L'oeuvre n'a existé pleinement que pour ses 33 cocréateurs. Ce qu'ils ont dû s'amuser! Quand j'étais chez les scouts, il y a pas mal de temps, on faisait du  mais notre master était beaucoup moins stimulant. Les photos que j'ai conservées ne donnent pas une haute idée de nos travaux.

      Ce qu'on vient d'écrire ne comporte nulle ironie. On doit comprendre et admirer les efforts que déploient depuis une dizaine d'années un certain nombre d'artistes convaincus, avec Proudhon, que dix mille élèves qui ont appris à dessiner comptent plus pour le progrès de l'art que la production d'un chef-d'œuvre ». Même s'ils sont éculés, les termes de participation, de fête, d'événement me semblent parmi les plus chargés de sens dans ceux sur lesquels notre époque aura vécu, Sans se dissimuler que les arrangements de pierres du Sart Tilman n'auront pas eu la même somptuosité que le voile de nylon étiré par Christo sur quelque trente kilomètres à travers les collines de Californie - l'ambition et les moyens ne sont pas comparables - il reste que Liège aura connu pendant quelques jours une entreprise du même ordre. C'est bien qu'une telle manifestation se soit déroulée en un site où quelques volontés généreuses souhaitent que s'installe bientôt un vrai musée de plein air dont la politique soit audacieuse et cohérente, digne du cadre architectural qui l'environne."

       

      - René Debanterlé in F.A.R., n°160, sept.-oct. 1986, p.68.

      Michel Boulanger dont le propos artistique vise les gestes primordiaux et ultimes de la création et ses paramètres consubstantiels: la masse, le bord, la touche, le crayonné sont chez lui autant d'actes pléniers d'existence (la coulée coule l'être; le jet jette l'être, le dessin donne le corps quand l'aplat donne l'espace)

       

      - René Debanterlé in Actualité de la peinture, 1987.

      Cette notion incernable d'«Etre» se retrouve sous un dehors plus dynamique (plus "héraclitéen", pourrait-on dire), chez Michel Boulanger qui l'envisage plutôt comme une «succession irréversible d'états» (M. Boulanger).

      La création artistique est, en effet, pour ce sculpteur-peintre, «simultanément mise en forme et destruction de la forme (...), une expérience totale, une question qui ne suppose pas de limite, n'accepte pas d'être stabilisée ou réduite» (M. Boulanger).

      Aussi l'abordera-t-il sous tous les aspects où elle échappe à l'achèvement qui en serait la figure morbide.

      L'instant où le monde advient dans la fulgurance du geste, la surface qui cumule la succession des recouvrements, la mise en relation dont chaque élément s'échange, se défait puis se recompose différemment, sont les ressorts de cette exigence impérieuse d'un vécu puissant et expansif. Vouée au corps, à la nature et à l'architectonique des formes, l'œuvre de Boulanger conjoint leurs qualités essentielles: la structure d'une jambe s'y fait à la fois charpente et liquidité, la masse d'un rectangle noir s'y donne pour sa charge spatiale et la nuit de l'esprit qu'elle évoque, le trait s'y délie en tension de surface et tremblement, l'état poudreux interroge le lavis, etc.

      Pour accroître encore cet effet de mutation, qui n'est autre que le monde temporel des choses et des êtres, Michel Boulanger aime à disperser plusieurs peintures, dessins - voir même sculptures -sur un même mur ou en un seul espace, comme pour toujours nous dire que l'identité ne tient que par son autre.

      - Renwart Marc, 01/10/2007 in Catalogue galerie Bernard Bouche, Paris (12/01-22/02/2008)
      Michel,
      Ci-dessous le texte que tu m’as fait amitié de me demander.
      Je l’ai écrit en pensant à toi et en me laissant imprégner tout entier des souvenances sensitives et intellectuelles que m’évoque ton œuvre, la spécifique tienne, ta singulière singularité. Si particulière qu’elle confine au tout et à tous de par son efficiente concrétude.
      Ce texte n’est évidemment pas développé sur le mode réaliste, ne s’engage en aucun cas dans un cheminement descriptif, ne parle ni d’étant, ni d’objet.
      Plutôt de mise en réceptivité, de méditation préalable, de construction d’une véritable rencontre au sein de l’universel, ici et maintenant.
      Et j’invite tous ceux qui imagineraient que ce texte est valable pour tout un chacun, d’accepter de se laisser aller au plus profond auquel ton investigation artistique incite, pour comprendre qu’il s’agit bien d’elle et seulement d’elle.
      En attente de tes nouvelles…
      Très cordialement,
      Marc.

      A Michel Boulanger.
      Ni critique, ni écrivain, il m’est toujours difficile sinon pénible d’utiliser cette pratique de l’écriture tant est grande ma dette envers le littéraire.

      Que dire alors si l’on me demande du littéral ?
      Est-ce que les mots peuvent servir à décrire notre appartenance aux choses ?
      Si la grandeur, autre part que dans l’algèbre, pouvait s’énoncer par des lettres, tout art serait inutile.
      Le ressenti et l’explicatoire peuvent-ils être du même monde ?
      Si l’impalpable se touchait, toute mouvance deviendrait impossible.
      Le percept et le concept peuvent-ils se fréquenter ?
      Si le corps et l’esprit n’étaient qu’un, notre schize structurelle ne serait qu’handicap.

      Ce que cherche à nous livrer Michel Boulanger, c’est le cœur même du processus créatif.
      Plutôt qu’un résultat, un chemin.
      Plus qu’un chemin, une nécessité.
      Plus qu’une nécessité, la dynamique du vivant.

      Un compendium des qualités et défauts spécifiques et strictement indispensables qui ont fait de l’homo, un homo sapiens, un être susceptible d’émergiser l’universel.
      Une onde à jamais vibrante qui effleure l’âme pour l’énergiser.
      Une physiologie de la jouissance.

      Plaisir et déplaisir sont constitutifs du je.
      Et le jeu nous vaudra chaleur et éblouissement, enchantement et stupeur, étonnement vivifiant.
      Approfondissement de l’investigation, mûrissement de la solitude, renforcement de l’étant.

      On ne peut être qu’admiration et redevance devant l’œuvre, gratitude et respect envers la démarche, amitié et tendresse vis à vis de la personne.

      Je n’ai pas à décrire ce qui est à regarder… simplement rappeler des conditions de l’expérience esthétique. L’œuvre se donne à qui veut. Tout commence par l’empathie… ensuite seulement viendra savoir et raison (s)

      L’œuvre, son œuvre est un en-soi.
      Elle est, en et par elle-même, absolu ; elle ne souffre pas discussion et se livre comme elle le peut.

      Immense et insignifiante.
      Essentielle et inutile.
      Inépuisable et éphémère.
      ou dans l’autre sens

      Sans signifiance et illimitée.
      Légère et décisive.
      Immédiate et éternelle.

      Elle est la vie et le nirvana,
      la puissance et le non-être,
      la présence et l’absence.

      Elle est préalable au dicible,
      elle concrétise l’inimaginable,
      et pense ce qui n’a pas de substance.

      Elle est la plus réelle réalité du réel.
      Elle ne sert que si l’on s’en sert.
      Elle étreint qui la saisit.

      Dans la fluidité de la conscience, elle est le phare qui mesure la dérive, l’embarcation qui porte le délire, la brindille qui indique la direction.
      Dans le vortex du devenir, elle est la carte de nos cieux intérieurs et la distanciation libératrice.
      Son assise est rhizomatique, son mouvement pendulaire et ses séquences atomiques.

      Elle est la beauté de la beauté, celle qui s’épanouit en deçà de sa définition même et bien au-delà de l’immédiateté du ressenti.
      Son ombre s’appelle idée. C’est l’horizon à portée de main, l’incommensurabilté du territoire, les raisons de la marche.

      Elle clame haut et fort les possibles de l’impossible.
      Elle abolit les contingences.
      Elle objective la cosmique utopie.

      Et si « la vie est un rêve dont nous délivre la mort », elle en aura été la sève, le suc, le nectar… assurément le goût primordial.